Histoire du Bas-Empire. Tome 01
[Note latérale: Vorburg, Hist. Rom. Germ., t. 2, p. 138.]
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.
[Note latérale: LIV. Jeux séculaires négligés par Constantin.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 1.]
La révolution des jeux séculaires tombait sur cette année: c’était la cent dixième depuis qu’ils avaient été célébrés par Sévère sous le consulat de Cilon et de Libon en 204. Ceux de l’empereur Philippe n’avaient été qu’une fête extraordinaire pour solenniser la millième année depuis la fondation de Rome. L’ordre des cent dix ans anciennement établi subsistait toujours. Constantin laissa passer le temps de cette cérémonie superstitieuse sans la renouveler. Zosime en fait de grandes plaintes; il attribue à cette omission la décadence de l’empire, dont la prospérité, dit-il, était attachée à la célébration de ces jeux.
[Note latérale: LV. Paix universelle de l’église.]
[Note latérale: Euseb. hist.]
[Note latérale: eccl. l. 10. c. 1 et 2.]
[Note latérale: S. Aug. de civ. l. 18, c. 53. t. VII, p. 536, et 1691.]
La mort de Maximin ne laissait plus de prince ennemi du christianisme. Les églises s’élevaient, le culte divin se célébrait en liberté, et la piété libérale de Constantin y ajoutait l’éclat et la magnificence. Les païens jaloux de cette gloire firent courir un prétendu oracle en vers grecs, qui portait que la religion chrétienne ne durerait que trois cent soixante-cinq ans; ils débitaient que J.-C. avait été un homme simple et sans malice; mais que Pierre était un magicien, qui, par ses enchantements, avait ensorcelé l’univers, et réussi à faire adorer son maître; qu’après trois cent soixante-cinq ans le charme cesserait. Ces chimériques impostures n’alarmèrent pas les défenseurs du christianisme; c’étaient des cris impuissants de l’idolâtrie terrassée. L’église chrétienne qui s’était accrue malgré toutes les puissances humaines, protégée alors par les souverains, n’avait de blessures à craindre que de la part de ses enfants. Et comme sa destinée est de combattre et de vaincre sans cesse, n’ayant plus de guerre étrangère à soutenir, elle fut attaquée dans son propre sein par des ennemis d’autant plus acharnés que c’étaient des sujets rebelles. Je parle des donatistes, dont je vais reprendre l’histoire dès l’origine. Comme c’est ici la première occasion qui se présente de parler de matières ecclésiastiques, je me crois obligé d’avertir le lecteur, que dans tout le cours de cet ouvrage, je ne les traiterai qu’autant qu’elles auront de l’influence sur l’ordre civil. Les empereurs devenus chrétiens ne sont que trop entrés dans les querelles théologiques; ils y entraînent leur historien malgré lui. J’éviterai les détails étrangers à mon objet, et je laisserai le fond des discussions à l’histoire de l’église, à laquelle seule il appartient de décider souverainement ces questions.
[Note latérale: LVI. Origine du schisme des donatistes.]
[Note latérale: Optat. de schism. Donat. l. 1. p. 9-24.]
[Note latérale: Bald. in Optat.]
[Note latérale: Acta Felicis Aptung.]
[Note latérale: S. Aug. contra Petil. t. IX, p. 205-337.]
[Note latérale: Brevi. coll. cum Donat. t. IX. p. 545-581.]
[Note latérale: Epist. 141, 88 et 185.]
[Note latérale: Post coll. ad Donat. t. IX, p. 581-617.]
[Note latérale: Contra Crescon., l. 1, t. IX, p. 390-420, et in Parmen. t. IX. p. 11-79. edit. 1691.]
[Note latérale: Coll. Carth.]
[Note latérale: Conc. Hard. t. I, p. 259, et seq.]
[Note latérale: Euseb. hist. eccl. l. 10, c. 5.]
[Note latérale: Vales. de Schism. Donat.]
[Note latérale: Dupin, Hist. Donat.]
[Note latérale: Pagi, ad Baron. an. 306.]
[Note latérale: Till. Hist. des Donat.]
[Note latérale: Fleury, Hist. eccles.]
Depuis l’abdication de Maximien, les troubles de l’empire avaient fait cesser la persécution en Afrique. L’église de cette province commençait à jouir du calme, lorsque l’hypocrisie, l’avarice, l’ambition, soutenues par la vengeance d’une femme puissante et irritée, y excitèrent une nouvelle tempête. Par l’édit de Dioclétien, il y allait de la vie pour les magistrats des villes, qui n’arracheraient pas aux chrétiens ce qu’ils avaient des saintes écritures. Ainsi la recherche en était exacte et rigoureuse. Un grand nombre de fidèles et même d’évêques eurent la faiblesse de les livrer: on les appela Traditeurs. Mensurius, évêque de Carthage, était recommandable par sa vertu; Donat, évêque des Cases-Noires en Numidie, l’accusa pourtant de ce crime, et quoiqu’il n’eût pu l’en convaincre, il se sépara de sa communion. Mais ce schisme fit peu d’éclat jusqu’à la mort de Mensurius. Celui-ci fut mandé à la cour de Maxence, pour y rendre compte de sa conduite. On lui imputait d’avoir caché dans sa maison, et d’avoir refusé aux officiers de justice un diacre nommé Félix, accusé d’avoir composé un libelle contre l’empereur. En partant de Carthage, il mit les vases d’or et d’argent qui servaient au culte divin, en dépôt entre les mains de quelques anciens, et il en laissa le mémoire à une femme avancée en âge, dont il connaissait la probité, avec ordre de le remettre à son successeur, s’il ne revenait pas de ce voyage. Il mourut dans le retour. Les évêques de la province d’Afrique mirent en sa place Cécilien, diacre de l’église de Carthage, qui fut élu par le suffrage du clergé et du peuple, et ordonné par Félix, évêque d’Aptunge. Le nouvel évêque commença par redemander les vases dont l’état lui avait été remis. Les dépositaires, au lieu de les rendre, aimèrent mieux contester à Cécilien la validité de son ordination. Ils furent appuyés de deux diacres ambitieux, Botrus et Céleusius, irrités de la préférence qu’on lui avait donnée sur eux. Mais le principal ressort de toute cette intrigue était une Espagnole établie à Carthage, nommée Lucilla, noble, riche, fausse dévote, et par conséquent orgueilleuse. Elle ne pouvait pardonner à Cécilien une réprimande qu’il lui avait faite sur le culte qu’elle rendait à un prétendu martyr, qui n’avait pas été reconnu par l’église. Cette femme si délicate sur l’honneur d’une relique équivoque, ne se fit point de scrupule d’employer contre son évêque tout ce qu’elle avait de crédit, de richesses et de malice. Toute cette cabale, soutenue par Donat des Cases-Noires, écrivit à Sécundus, évêque de Tigisi et primat de Numidie, pour le prier de venir à Carthage avec les évêques de sa province. On s’attendait bien à trouver dans ce prélat une grande disposition à condamner Cécilien. Sécundus lui en voulait de ce qu’il s’était fait ordonner par Félix plutôt que par lui, et les autres trouvaient mauvais qu’il ne les eût pas appelés à cette ordination. Avant même qu’elle fût faite, Sécundus avait envoyé à Carthage plusieurs de ses clercs, qui, ne voulant pas communiquer avec les clercs de la ville, s’étaient logés chez Lucilla, et avaient nommé un visiteur du diocèse.
[Note latérale: LVII. Conciliabule de Carthage, où Cécilien est condamné.]
Les évêques de Numidie, ayant leur primat à leur tête, ne tardèrent pas à se rendre à Carthage, au nombre de soixante et dix. Ils s’établirent chez les ennemis de l’évêque; et au lieu de s’assembler dans la basilique où tout le peuple avec Cécilien les attendait, ils tinrent leur séance dans une maison particulière. Là ils citèrent Cécilien. Il refusa de comparaître devant une assemblée aussi irrégulière. D’ailleurs il était retenu par son peuple, qui ne voulait pas l’exposer à l’emportement de ses ennemis. Ils le condamnèrent comme ordonné par des Traditeurs, et enveloppèrent dans sa condamnation ceux qui l’avaient ordonné: on déclara qu’on ne communiquerait ni avec eux ni avec Cécilien. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que les principaux de ces évêques si zélés contre les Traditeurs, s’étaient avoués coupables du même crime dans le concile de Cirtha, tenu sept ans auparavant, et s’en étaient mutuellement donné l’absolution.
[Note latérale: LVIII. Ordination de Majorinus.]
Le siége de Carthage étant ainsi déclaré vacant, la cabale élut pour le remplir Majorinus, domestique de Lucilla, et qui avait été lecteur dans la diaconie de Cécilien. Lucilla acheta cette place en donnant aux évêques quatre cents bourses, pour être, disait-elle, distribuées aux pauvres; mais ils les partagèrent entre eux, pour mieux suivre la vraie intention de celle qui les donnait. Ils écrivirent en même temps par toute l’Afrique, afin de détacher les évêques de la communion de Cécilien. La calomnie, qui naît bien vite de la chaleur des querelles, fut aussitôt mise en œuvre. Ils accusaient les adversaires d’avoir assassiné un des leurs à Carthage, avant l’ordination de Majorinus. Les lettres d’un concile si nombreux divisèrent les églises d’Afrique: mais Cécilien n’en fut pas alarmé, étant uni de communion avec toutes les autres églises du monde, et principalement avec l’église romaine, en qui réside de tout temps la primauté de la chaire apostolique.
[Note latérale: LIX. Constantin prend connaissance de cette querelle.]
Peu de temps après l’ordination de Majorinus, Constantin, s’étant rendu maître de l’Afrique, fit distribuer des aumônes aux églises de cette province. Il était déja instruit des troubles excités par les schismatiques, et il les excluait de ses libéralités. La jalousie qu’ils en conçurent aiguisa leur malice. Accompagnés d’une foule de peuple qu’ils avaient séduit, ils viennent avec grand bruit présenter au proconsul Anulinus un mémoire rempli de calomnies contre Cécilien, et une requête à l’empereur, par laquelle ils demandaient pour juges des évêques de Gaule. Ceux-ci semblaient en effet, plus propres à faire dans cette querelle la fonction de juges, parce qu’il n’y avait point parmi eux de Traditeurs, la Gaule ayant été à l’abri de la persécution sous le gouvernement de Constance et de Constantin: l’empereur prit connaissance de ces pièces, et ordonna au proconsul de signifier à Cécilien et à ses adversaires, qu’ils eussent à se rendre à Rome avant le 2 d’octobre de cette année 313, pour y être jugés par des évêques. Il écrivit en même temps au pape Miltiade et à trois évêques de Gaule, célèbres par leur sainteté et par leur savoir, les priant d’entendre les deux parties et de prononcer. Il envoya au pape le mémoire et la requête des schismatiques. Les trois évêques de Gaule étaient Rhéticius d’Autun, Marinus d’Arles, et Maternus de Cologne. Le pape leur joignit quinze évêques d’Italie. Cécilien avec dix évêques catholiques, et Donat à la tête de dix autres de son parti, arrivèrent à Rome au temps marqué.
[Note latérale: LX. Concile de Rome.]
Le concile s’ouvrit le 2 d’octobre dans le palais de l’impératrice Fausta, nommé la maison de Latran. Le pape y présida; les trois évêques de Gaule étaient assis ensuite; après eux les quinze évêques d’Italie. Il ne dura que trois jours, et tout se passa dans la forme la plus régulière. Dès la première session, les accusateurs ayant refusé de parler, Donat, convaincu lui-même de plusieurs crimes par Cécilien, se retira avec confusion, et ne reparut plus devant le concile. Dans les deux autres sessions on examina l’affaire de Cécilien; on déclara illégitime et irrégulière l’assemblée des soixante et dix évêques numides; mais on ne voulut pas entrer en discussion sur Félix d’Aptunge: outre que cet examen était long et difficile, on décida qu’il était inutile dans la cause présente, puisque supposé même que Félix fût traditeur, n’étant point déposé de l’épiscopat, il avait pu ordonner Cécilien. On prit dans le jugement le parti le plus doux, ce fut de déclarer Cécilien innocent et bien ordonné, sans séparer de la communion ses adversaires. Le seul Donat fut condamné sur ses propres aveux, et comme auteur du trouble. On rendit compte à Constantin de ce qui s’était passé, et on lui envoya les actes du concile. Miltiade ne survécut pas long-temps; il mourut le 10 de janvier de l’année suivante, et Silvestre lui succéda.
[Note latérale: LXI. Suites de ce concile.]
[Note latérale: Le Père Morin, de la délivr. de l’église, part. 2, c. 17.]
Il eût été de la prudence chrétienne, dit un pieux et savant moderne, de ne pas montrer à un empereur nouvellement converti les dissensions de l’église. Les donatistes n’eurent pas cette discrétion. Cependant un tel scandale n’ébranla pas la foi de Constantin: mais on voit par sa conduite en toute cette affaire, qu’il n’était pas encore parfaitement instruit de la discipline de l’église. Ce prince aimait la paix; il la voulait sincèrement procurer; mais, trompé par les partisans secrets que les donatistes d’abord et ensuite les ariens avaient à la cour, il croyait souvent la trouver où elle n’était pas; plus ardent à chercher la lumière, que ferme à la suivre quand il l’avait une fois connue. Après le concile, Donat ne put obtenir la permission de retourner en Afrique, même sous la condition qu’il n’approcherait pas de Carthage. Pour l’en consoler, Filumène son ami, qui était en crédit auprès de l’empereur, persuada à ce prince de retenir aussi Cécilien à Brescia [_Brixia_] en Italie, pour le bien de la paix. Constantin envoya encore deux évêques à Carthage, pour reconnaître de quel côté était l’église catholique. Après quarante jours d’examen et de discussions, où les schismatiques montrèrent leur humeur turbulente, ces évêques prononcèrent pour le parti de Cécilien. Donat, afin de ranimer le sien par sa présence, retourna à Carthage contre l’ordre de l’empereur. Cécilien ne l’eut pas plus tôt appris, qu’il en fit autant, pour défendre son troupeau.
[Note latérale: AN 314.]
[Note latérale: LXII. Plaintes des Donatistes.]
La décision du concile de Rome, loin de fermer la bouche aux schismatiques, leur fit jeter de plus grands cris. Comme pour de bonnes raisons on n’avait pas jugé à propos d’entrer dans l’examen de la personne de Félix d’Aptunge, ils se plaignaient que leur cause, abandonnée à un petit nombre de juges, n’eût pas été entendue; ils représentaient ce concile comme une cabale; ils publiaient que les évêques, renfermés en particulier, avaient prononcé selon leurs passions et leurs intérêts. L’empereur, pour leur ôter tout prétexte, consentit à faire examiner dans un concile plus nombreux la cause de Félix et l’ordination de Cécilien: et comme ils avaient demandé pour juges des évêques de Gaule, il choisit la ville d’Arles. Pour avérer la conduite de Félix pendant la persécution, et décider s’il avait véritablement livré les saintes écritures, il fallait des informations faites sur les lieux. L’empereur en chargea Élien, proconsul d’Afrique en cette année 314. L’affaire fut instruite juridiquement et avec exactitude. Le 15 de février on entendit des témoins, on interrogea les magistrats et les officiers d’Aptunge; on reconnut l’innocence de Félix et la fourberie des adversaires qui avaient falsifié des actes et des lettres. Un secrétaire du magistrat, nommé Ingentius, dont ils s’étaient servis, découvrit toute l’imposture; et le procès-verbal, dont il nous reste encore une grande partie, fut envoyé à l’empereur.
[Note latérale: LXIII. Convocation du concile d’Arles.]
Pendant qu’on préparait par cette procédure les matières qui devaient être traitées dans le concile, Constantin convoquait les évêques. Il chargea Ablabius, vicaire d’Afrique, d’enjoindre à Cécilien et à ses adversaires de se rendre dans la ville d’Arles avant le 1er d’août, avec ceux qu’ils choisiraient pour les accompagner. Il lui ordonne de leur fournir des voitures par l’Afrique, la Mauritanie et l’Espagne, et de leur recommander de mettre ordre, avant leur départ, au maintien de la discipline et de la paix pendant leur absence. Il déclare que son intention est de faire donner dans ce concile une décision définitive, et que ces disputes de religion ne sont propres qu’à attirer la colère de Dieu sur ses sujets et sur lui-même. L’empereur écrivit en même temps une lettre circulaire aux évêques. Nous avons celle qui fut envoyée à Chrestus, évêque de Syracuse. Le prince y expose ce qu’il a déja fait pour la paix, l’opiniâtreté des donatistes, sa condescendance à leur procurer un nouveau jugement; il ajoute ensuite: «Comme nous avons convoqué les évêques d’un grand nombre de lieux différents pour se rendre à Arles aux calendes d’août, nous avons cru devoir aussi vous mander de vous rendre au même lieu, dans le même terme, avec deux personnes du second ordre, telles que vous jugerez à propos de les choisir, et trois valets pour vous servir dans le voyage. Latronianus, gouverneur de Sicile, vous fournira une voiture publique.» On voit avec quelle facilité on pouvait alors assembler des conciles, et le peu qu’il en coûtait à l’empereur pour les frais du voyage des évêques.
Le concile commença le 1er jour d’août. Marinus, évêque d’Arles, y présida. Le pape y envoya deux légats: c’étaient les prêtres Claudianus et Vitus. On a dans la lettre synodale la souscription de trente-trois évêques, dont seize étaient de la Gaule. Il y en avait sans doute un plus grand nombre; mais leurs souscriptions sont perdues. Constantin n’y assista pas: il était occupé de la guerre contre Licinius. On examina les accusations contre Cécilien, et surtout la cause de Félix. On ne trouva point de preuve que celui-ci eût livré les livres saints. Après un mûr examen, tous deux furent déclarés innocents, et leurs accusateurs, les uns renvoyés avec mépris, les autres condamnés. Cette sainte assemblée fit encore, avant que de se séparer, d’excellents canons de discipline. Les évêques écrivirent au pape, qu’ils appellent leur très-cher frère, une lettre synodale, où ils lui rendent compte de leur jugement et de leurs décrets, afin qu’il les fasse publier dans les autres églises.
[Note latérale: LXIV. Les donatistes appellent du concile à l’empereur.]
Un petit nombre de schismatiques, qui s’étaient égarés de bonne foi, rentrèrent dans le sein de l’église catholique, en se réunissant avec Cécilien. Les autres osèrent appeler de la sentence du concile à l’empereur. Il en fut indigné, et le témoigna dans une lettre qu’il écrivit aux évêques avant qu’ils fussent sortis d’Arles: Ils attendent, dit-il, le jugement d’un homme, qui attend lui-même le jugement de Jésus-Christ. Quelle impudence! Interjeter appel d’un concile à l’empereur comme d’un tribunal séculier! Il menace de faire amener à sa cour ceux qui ne se soumettront pas, et de les y retenir jusqu’à la mort. Il déclare qu’il a donné ordre au vicaire d’Afrique de lui envoyer sous bonne garde les réfractaires; il exhorte pourtant les évêques à la charité et à la patience, et leur donne congé de retourner dans leur diocèse, après qu’ils auront fait leurs efforts pour ramener les opiniâtres. Les plus séditieux furent conduits à la cour par des tribuns et des soldats. Les autres retournèrent en Afrique, et furent, aussi-bien que les évêques catholiques, défrayés dans leur retour par la générosité de Constantin.
FIN DU LIVRE SECOND.
LIVRE III.
I. Consuls de cette année. II. Première guerre entre Constantin et Licinius. III. Bataille de Cibalis. IV. Suites de cette bataille. V. Bataille de Mardie. VI. Traité de paix et de partage. VII. Loi en faveur des officiers du palais. VIII. Décennales de Constantin. IX. Révolte des Juifs réprimée. X. Lois en l’honneur de la croix. XI. Constantin en Gaule. XII. Il se détermine à juger de nouveau les donatistes. XIII. Nouveaux troubles en Afrique. XIV. Jugement rendu à Milan. XV. Mécontentement des donatistes. XVI. Violences des donatistes. XVII. Sylvanus exilé et rappelé. XVIII. Le schisme dégénère en hérésie. XIX. Donatistes à Rome. XX. Circoncellions. XXI. Constantin en Illyrie. XXII. Nomination des trois Césars. XXIII. Lactance chargé de l’instruction de Crispus. XXIV. Naissance de Constance. XXV. Éducation du jeune Constantin consul avec son père. XXVI. Persécution de Licinius. XXVII. Victoire de Crispus sur les Francs. XXVIII. Quinquennales des Césars. XXIX. Consuls. XXX. Les Sarmates vaincus. XXXI. Pardon accordé aux criminels. XXXII. Lois de Constantin. XXXIII. Loi pour la célébration du dimanche. XXXIV. Loi en faveur du célibat. XXXV. Loi de tolérance. XXXVI. Loi en faveur des ministres de l’église. XXXVII. Lois qui regardent les mœurs. XXXVIII. Lois concernant les officiers du prince et ceux des villes. XXXIX. Lois sur la police générale et sur le gouvernement civil. XL. Lois sur l’administration de la justice. XLI. Lois sur la perception des impôts. XLII. Lois pour l’ordre militaire. XLIII. Causes de la guerre entre Constantin et Licinius. XLIV. Préparatifs de guerre. XLV. Piété de Constantin et superstition de Licinius. XLVI. Approches des deux armées. XLVII. Harangue de Licinius. XLVIII. Bataille d’Andrinople. XLIX. Guerre sur mer. L. Licinius passe à Chalcédoine. LI. Bataille de Chrysopolis. LII. Suites de la bataille. LIII. Mort de Licinius.
[Note latérale: AN 314.]
[Note latérale: I. Consuls de cette année.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Till. note 5, sur Constantin.]
[Note latérale: Buch. de cycl. p. 238.]
Il y avait treize ans que les Augustes et les Césars, dont l’empire était surchargé, s’étaient emparés du consulat ordinaire. Jaloux de cette dignité, quand ils ne jugeaient pas à propos de la remplir eux-mêmes, ils avaient pris le parti de la laisser vacante et de dater de leurs consulats précédents. Les sujets ne pouvaient atteindre qu’à des places de consuls subrogés; leur gloire et la récompense de leurs services restaient comme étouffées entre ce grand nombre de souverains. Toute la puissance étant enfin réunie sur deux têtes, pour l’être bientôt sur une seule, le mérite des particuliers se trouva plus au large et dans un plus grand jour. Constantin voulut bien leur faire place et partager avec eux la première charge de l’empire. Cette année Volusianus et Annianus furent consuls ordinaires, c’est-à-dire qu’ils entrèrent en fonction au 1er de janvier. Ce Volusianus est celui qui avait été sous Maxence préfet de Rome en 310, consul pendant les quatre derniers mois de l’année 311, et en même temps préfet du prétoire, et qui en cette année-là avait vaincu Alexandre et réduit l’Afrique. Constantin capable de sentir le vrai mérite dans ses ennemis même, lui tint compte des talents qu’il avait montrés au service de Maxence; il lui donna de nouveau en 314, avec le consulat, la charge de préfet de Rome.
[Note latérale: II. Première guerre entre Constantin et Licinius.]
[Note latérale: Zos. l. 2. c. 18.]
[Note latérale: [Eutrop. l. 10.]]
[Note latérale: Anony. Vales.]
Tandis que l’empereur s’efforçait de terminer par des conciles la contestation qui divisait l’église d’Afrique, il décidait lui-même par les armes la querelle survenue entre lui et Licinius. En voici l’occasion. Constantin voulant donner le titre de César à Bassianus qui avait épousé sa sœur Anastasia, envoya un des grands de sa cour, nommé Constantius, à Licinius pour obtenir son consentement. Il lui faisait part en même temps du dessein qu’il avait d’abandonner à Bassianus la souveraineté de l’Italie, qui ferait par ce moyen une ligne de séparation entre les états des deux empereurs. Ce projet déplut à Licinius. Pour en traverser le succès, il employa Sénécion, homme artificieux, dévoué à ses volontés, et qui étant frère de Bassianus, vint à bout de lui inspirer des défiances, et de le porter à la révolte contre son beau-frère et son bienfaiteur. Cette perfidie fut découverte: Bassianus fut convaincu et paya de sa tête son ingratitude. Sénécion, auteur de toute l’intrigue, était à la cour de Licinius; Constantin le demanda pour le punir: le refus de Licinius fut regardé comme une déclaration de guerre. On peut croire que Constantin la souhaitait; il était sans doute jaloux de n’avoir point profité de la dépouille de Maximin: Zosime fait entendre que Constantin demandait qu’on lui cédât quelques provinces. Licinius commença par faire abattre les statues de son collègue à Émona en Pannonie sur les confins de l’Italie.
[Note latérale: III. Bataille de Cibalis.]
[Note latérale: Cod. Just. lib. 3, tit. 1. leg. 8.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 18.]
[Note latérale: Vict. epit. p. 223.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: [Eutrop. l. 10.]]
La rupture des deux princes n’éclata qu’après le 15 de mai, jour duquel est encore datée une loi attribuée à tous les deux. Constantin laisse en Gaule son fils Crispus, et marche vers la Pannonie. Licinius y assemblait ses troupes auprès de Cibalis. C’était une ville fort élevée; on y arrivait par un chemin large de six cents pas, bordé d’un côté par un marais profond, nommé Hiulca, et de l’autre par un coteau. Sur ce coteau s’étendait une grande plaine, où s’élevait une colline, sur laquelle la ville était bâtie. Licinius se tenait en bataille au pied de la colline. Son armée était de trente-cinq mille hommes. Constantin ayant rangé au pied du coteau la sienne, qui n’était que de vingt mille hommes, fit marcher en tête les cavaliers, comme plus capables de soutenir le choc, si les ennemis venaient fondre sur lui dans ce chemin escarpé et difficile. Licinius au lieu de profiter de son avantage, les attendit dans la plaine. Dès que les troupes de Constantin eurent gagné la hauteur, elles chargèrent celles de Licinius: jamais victoire ne fut mieux disputée. Après avoir épuisé les traits de part et d’autre, ils se battent long-temps à coups de piques et de lances. Le combat commencé au point du jour, durait encore avec le même acharnement aux approches de la nuit, lorsque enfin l’aile droite commandée par Constantin enfonça l’aile gauche des ennemis qui prit la fuite. Le reste de l’armée de Licinius, voyant son chef, qui jusque-là avait combattu à pied, sauter à cheval pour se sauver, se débanda aussitôt, et prenant à la hâte ce qu’il fallait de vivres seulement pour cette nuit, elle abandonna ses bagages et s’enfuit en toute diligence à Sirmium sur la Save. Cette bataille fut livrée le 8 d’octobre. Licinius laissa vingt mille hommes sur la place.
[Note latérale: IV. Suites de la bataille.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 19.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
Il ne s’arrêta à Sirmium que pour y prendre avec lui sa femme, son fils et ses trésors; et ayant rompu le pont dès qu’il l’eut passé, il gagna la Dacie[25] où il créa César Valens général des troupes qui gardaient la frontière. De là il se retira vers la ville d’Andrinople [_Hadrianopolis_], aux environs de laquelle Valens rassembla une nouvelle armée. Cependant Constantin s’étant rendu maître de Cibalis, de Sirmium et de toutes les places que Licinius laissait derrière lui, détacha cinq mille hommes pour le suivre de plus près. Ceux-ci se trompèrent de route et ne purent l’atteindre. Constantin ayant rétabli le pont sur la Save, suivait les vaincus avec le reste de son armée. Il arriva à Philippopolis en Thrace, où des envoyés de Licinius vinrent lui proposer un accommodement: ce qui fut sans effet, parce que Constantin exigeait pour préliminaire la déposition de Valens.
[Note 25: Il ne s’agit pas ici des pays au nord du Danube, conquis autrefois par Trajan, et qui forment chez les modernes la Transylvanie et les deux principautés de Moldavie et de Valachie. Il est question des provinces de la Mœsie, situées au sud du Danube, qui répondent à la Bulgarie des modernes, et qui étaient alors nommées Dacie.—S.-M.]
[Note latérale: V. Bataille de Mardie.]
Le vainqueur continuant sa marche trouva l’ennemi campé dans la plaine de Mardie. La nuit même de son arrivée il donne l’ordre de la bataille, et met son armée sous les armes. A la pointe du jour Licinius voyant déja Constantin à la tête de ses troupes, se hâte avec Valens de ranger aussi les siennes. Après les décharges de traits, on s’approche, on se bat à coups de main. Pendant le fort du combat, les troupes de détachement que Constantin avait envoyées à la poursuite et qui s’étaient égarées, paraissent sur une éminence à la vue des deux armées et prennent un détour par une colline, d’où elles devaient en descendant rejoindre leurs gens et envelopper en même temps les ennemis. Ceux-ci rompirent ces mesures par un mouvement fait à propos, et se défendirent de tous côtés avec courage. Le carnage était grand et la victoire incertaine. Enfin, lorsque l’armée de Licinius commençait à s’affaiblir, la nuit étant survenue lui épargna la honte de fuir. Licinius et Valens profitant de l’obscurité décampèrent à petit bruit, et tournant sur la droite vers les montagnes, se retirèrent à Bérhée. Constantin prit le change, et tirant vers Byzance, il ne s’aperçut qu’il avait laissé Licinius bien loin derrière lui, qu’après avoir lassé par une marche forcée ses soldats déja fatigués de la bataille.
[Note latérale: VI. Traité de partage.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 20.]
[Note latérale: Petr. Patric. excerp. leg. p. 27.]
[Note latérale: Vict. epit. p. 221 et 222.]
[Note latérale: Eutrop. l. 10.]
[Note latérale: Toinard, in Lact. p. 417.]
[Note latérale: Godef. in Chron. p. 9.]
[Note latérale: Till. art. 37.]
Dès le jour même le comte Mestrianus vint trouver Constantin pour lui faire des propositions de paix. Ce prince refusa pendant plusieurs jours de l’écouter. Enfin, réfléchissant sur l’incertitude des événements de la guerre, et ayant même depuis peu perdu une partie de ses équipages, qui lui avaient été enlevés dans une embuscade, il donna audience à Mestrianus. Ce ministre lui représenta, «Qu’une victoire remportée sur des compatriotes était un malheur plutôt qu’une victoire: que dans une guerre civile le vainqueur partageait les désastres du vaincu; et que celui qui refusait la paix devenait l’auteur de tous les maux de la guerre». Constantin justement irrité contre Licinius, et naturellement prompt et impatient dans sa colère, reçut fièrement cette remontrance, qui semblait le rendre responsable des suites funestes qu’avait entraînées la perfidie de Licinius; et montrant son courroux par l’air de son visage et par le ton de sa voix: Allez dire à votre maître que je ne suis pas venu des bords de l’Océan jusqu’ici, les armes à la main et toujours victorieux, pour partager la puissance des Césars avec un vil esclave, moi qui n’ai pu souffrir les trahisons de mon beau-frère et qui ai renoncé à son alliance. Il déclara ensuite à Mestrianus qu’avant que de parler de paix, il fallait ôter à Valens le titre de César. On y consentit. Selon quelques auteurs, Valens fut seulement réduit à la condition privée; selon d’autres, Constantin demanda sa mort; Victor dit que ce fut Licinius qui le fit mourir. Cet obstacle étant levé, la paix fut conclue à condition d’un nouveau partage. Constantin ajouta à ce qu’il possédait déja, la Grèce, la Macédoine, la Pannonie, la Dardanie, la Dacie, la première Mésie, et toute l’Illyrie. Il laissa à Licinius la Thrace, la seconde Mésie, la petite Scythie, toute l’Asie et l’Orient. Ce traité fut confirmé par le serment des deux princes. Constantin passa le reste de cette année et la suivante dans ses nouveaux états, c’est-à-dire dans les provinces de Grèce et d’Illyrie.
[Note latérale: VII. Loi en faveur des officiers du palais.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 6, tit. 35.]
[Note latérale: Dig. lib. 49, tit. 17.]
Tant d’expéditions et de voyages fatiguaient les officiers de son palais. Pour les en dédommager, il les exempta de toute fonction municipale et onéreuse, soit qu’ils fussent actuellement à la suite, soit qu’ils se fussent retirés de la cour après avoir obtenu leur congé; il défendit de leur susciter à ce sujet aucune inquiétude: il étendit cette exemption à leurs fils et à leurs petits-fils. Il renouvela et expliqua plusieurs fois cette loi, pour dissiper les chicanes qu’on leur faisait sur cette immunité, et déclara que par rapport aux biens qu’ils auraient pu acquérir à son service, ils jouiraient des mêmes priviléges dont jouissaient les soldats pour les biens acquis à la guerre: Parce que le service du prince devait être mis au même rang que le service de l’état; le prince lui-même étant sans cesse occupé de voyages et d’expéditions laborieuses, et sa maison étant, pour ainsi dire, un camp perpétuel. En effet, si l’on excepte les premières années de son règne, où l’humeur inquiète des Francs lui fit choisir Trèves pour sa résidence; et les dernières années de sa vie, dans lesquelles le soin d’établir sa nouvelle ville le fixa plus long-temps en Illyrie et à Constantinople, il ne fit nulle part de longs séjours. Souvent aux prises avec Maxence, avec Licinius, avec les Barbares qui attaquaient les diverses frontières, et dans les intervalles de ces guerres toujours occupé de la discipline, on le voit courir sans cesse d’une extrémité à l’autre de son vaste empire. Il porte sa présence partout où l’appelle le besoin de l’état, avec une promptitude qui fait souvent perdre la trace de ses voyages.
[Note latérale: ΑN 315.]
[Note latérale: VIII. Décennales de Constantin.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 1, c. 48.]
[Note latérale: Tertull. de Coron. milit. c. 12.]
[Note latérale: Dig. lib. 50, c. 233.]
[Note latérale: Baron. ann. 315.]
[Note latérale: Columb. in Lact. p. 373.]
[Note latérale: Pagi, in Bar.]
[Note latérale: Till. note 37 sur Constantin.]
La concorde paraissait solidement rétablie entre les deux princes; ils furent consuls ensemble pour la quatrième fois en 315. Cette année fut presque toute employée à faire des lois utiles dont nous parlerons bientôt. Constantin entrait au 25 de juillet dans la dixième année de son règne, et plusieurs auteurs croient avec fondement qu’il fit alors ses décennales. C’était une espèce de fête, que les empereurs solennisaient tantôt au commencement, tantôt à la fin de la dixième année de leur empire. Ils célébraient aussi la révolution de cinq ans de règne, ce qui s’appellait les quinquennales. Ces fêtes aussi bien que deux autres, qui se faisaient l’une le 3 de janvier, l’autre le jour anniversaire de la naissance des empereurs, avaient été jusqu’alors infectées de paganisme. Constantin les purgea de toutes ces superstitions; il en bannit les sacrifices, il défendit d’offrir à Dieu pour lui autre chose que des prières et des actions de grace. Licinius par une émulation frivole, pour ne pas reconnaître qu’il n’était empereur que postérieurement à Constantin, célébra aussi cette année ses décennales, quoiqu’il n’entrât que dans la neuvième année de son empire le 11 de novembre.
[Note latérale: IX. Révolte des Juifs réprimée.]
[Note latérale: Zonar. l. 13, t. 2, p. 4.]
[Note latérale: Cedrenus. t. I, p. 273.]
[Note latérale: S. Chrysost. Hom., 2 adv. Jud. t. I, p. 605.]
[Note latérale: Baron. in an. 315.]
[Note latérale: Vorb. hist. Rom. Germ. t. 2, p. 165.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 16, tit. 8 et ibi Godef.]
[Note latérale: Ibid. tit. 9.]
La controverse rapportée dans les actes de saint Silvestre, aussi-bien que par Zonaras et Cédrénus, dans laquelle ce saint pape confondit les docteurs de la synagogue, porte tous les caractères d’une fable. Mais un fait attesté par saint Jean Chrysostôme, c’est que les Juifs jaloux de la prospérité du christianisme, se révoltèrent sous Constantin. Ils entreprirent de rebâtir leur temple, et violèrent les anciennes lois qui leur interdisaient l’entrée de Jérusalem. Cette révolte ne coûta au prince que la peine de la punir. Il fit couper les oreilles aux plus coupables, et les traîna en cet état à sa suite, voulant intimider par cet exemple de sévérité cette nation que la vengeance divine avait depuis long-temps dispersée par tout l’empire. On ne sait pas le temps précis de cet événement. Ce qui nous engage avec quelques modernes à le mettre en cette année, c’est que la première loi de Constantin contre les Juifs est datée de son quatrième consulat. Ils poussaient la fureur jusqu’à maltraiter et même lapider ceux d’entre eux qui passaient au christianisme: l’empereur condamne au feu ceux qui se rendront désormais coupables, et même complices de ces excès; et si quelqu’un ose embrasser leur secte impie, il menace de punir sévèrement et le prosélyte et ceux qui l’auront admis. Il s’adoucit cependant quelques années après; et comme depuis Alexandre Sévère, tous les Juifs avaient été exempts des charges personnelles et civiles, il continua ce privilége à deux ou trois par synagogue; il l’étendit ensuite à tous les ministres de la loi. La rage de ce peuple l’obligea encore, un an avant sa mort, à renouveler sa première loi; et de plus il déclara libre tout esclave chrétien ou même de quelque religion qu’il fût, qu’un Juif maître de cet esclave aurait fait circoncire. Son fils Constance alla plus loin: il ordonna la confiscation de tout esclave d’une autre nation ou d’une autre secte qui serait acheté par un juif, la peine capitale si le juif avait fait circoncire l’esclave, et la confiscation de tous les biens du juif, si l’esclave acheté était chrétien.
[Note latérale: X. Lois en l’honneur de la croix.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 8.]
[Note latérale: Aurel. Vict. de Cæs. p. 176.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 9, tit. 40. et ibi Godef.]
[Note latérale: Lact. Instit. l. 4, c. 26, 27.]
Les honneurs que Constantin rendit à la croix de Jésus-Christ ne durent pas causer moins de dépit aux juifs que de joie aux chrétiens. Elle était déja sur les étendards; il ordonna qu’elle fût gravée sur ses monnaies et peinte dans tous les tableaux qui porteraient l’image du prince. Il abolit le supplice de la croix et l’usage de rompre les jambes aux criminels. C’était la coutume de marquer au front ceux qui étaient condamnés à combattre dans l’arène ou à travailler aux mines; il le défendit par une loi, et permit seulement de les marquer aux mains et aux jambes, afin de ne pas déshonorer la face de l’homme, qui porte l’empreinte de la majesté divine. On croit que ces pieuses idées lui furent inspirées par Lactance, qui était alors avec Crispus dans les Gaules en qualité de précepteur, et qui dans ses livres des Institutions divines, qu’il composa dans ce temps-là, fait un magnifique éloge de la croix et de la vertu qu’elle imprime sur le front des chrétiens.
[Note latérale: AN 316.]
[Note latérale: XI. Constantin en Gaule.]
[Note latérale: Vict. epit. p. 223.]