Histoire du Bas-Empire. Tome 01
[Note latérale: Gelas. Cyzic. l. 2, c. 1.]
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 4 parties.
[Note 48: Rufin, Socrate, Sozomène, Théodoret et aucun des auteurs qui, après eux, ont parlé de la conversion des Ibériens, n’ont fait connaître le nom de la vierge chrétienne qui fut leur apôtre. Il faut recourir aux auteurs arméniens et georgiens, pour savoir son nom et celui du prince qui régnait de son temps dans l’Ibérie. Les Georgiens appellent cette femme Nino, et les Arméniens Nouni.—S.-M.]
[Note 49: Selon les chroniques georgiennes ce Mihran, qui était devenu roi d’Ibérie en l’an 265, aurait été fils du roi de Perse. S’il fallait s’en rapporter à cette indication, dont nous n’avons pas les moyens d’apprécier l’exactitude, Mihran aurait été fils de Schahpour Ier, deuxième des princes Sassanides, qui occupaient alors le trône de Perse. Ce prince aurait fait épouser à son fils, l’héritière de la couronne d’Ibérie, à laquelle il aurait ajouté quelques provinces limitrophes du Cyrus et enlevées à l’Arménie. Voyez le Voyage en Georgie de M. Klaproth, t. 2, p. 138. (Édit. allemande).—S.-M.]
[Note 50: Le dieu nommé Armaz par les Ibériens, et Aramazt par les Arméniens, était le même que le Jupiter des Occidentaux; il était aussi, au moins pour le nom, l’Ormouzd des Persans. Mais celui-ci n’était, selon la doctrine de Zoroastre, que le chef des bons génies.—S.-M.]
[Note 51: Elle est nommée Mestleta par Ptolémée (l. 2, c. 11), et Mechistha par Agathias (l. 2, p. 60). On peut voir au sujet de cette ville située à une petite distance au nord de la moderne Teflis, ce que j’en ai dit dans mes Mémoires historiques et géographiques sur l’Arménie, t. 2, p. 181.—S.-M.]
Le roi, ayant fait bâtir une église, députa à Constantin pour faire alliance avec lui, et pour lui demander des prêtres capables d’instruire sa nation. La conquête de ce royaume n’aurait pas causé autant de joie à l’empereur. Il envoya à ce prince de riches présents, dont le plus précieux était un évêque[52] rempli de l’esprit de Dieu, et accompagné de dignes ministres. La foi jeta de profondes racines en Ibérie, et elle s’y est long-temps conservée dans sa pureté, au milieu des hérésies qui l’environnaient.
[Note 52: Selon les annales georgiennes (Voyez Klaproth, Voyage en Georgie, en allemand, t. 2, p. 160), l’évêque envoyé en Ibérie était Eustathius d’Antioche. Ce prélat, né à Side en Pamphylie, avait été évêque de Bérhée, actuellement Halep, puis patriarche d’Antioche en l’an 325. Il avait été déposé par les Ariens en l’an 331, et exilé par Constantin. On ignore le temps et le lieu de sa mort, mais on voit par le témoignage de Socrate (l. 4, c. 14), et par celui de Sozomène (l. 6, c. 13), qu’il vivait encore en l’an 370, époque à laquelle il sacra Evagrius évêque de Constantinople. C’est sans doute après son exil en 331, qu’Eustathius entreprit par l’ordre de l’empereur le voyage d’Ibérie.—S.-M.]
[Note latérale: LXVI. Établissement des Monastères.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 28.]
[Note latérale: Soz. lib. 1, c. 12, 13, 14.]
[Note latérale: [Soz. lib. 3, c. 14.]]
Ce qui acheva sous Constantin d’affermir l’église et de rendre complète, pour ainsi dire, son armée spirituelle, ce fut l’établissement des monastères. Les persécutions avaient souvent fait fuir les chrétiens dans les montagnes et dans les déserts. Elles furent ainsi l’occasion de la vie solitaire. Mais cette même raison les tenait séparés les uns des autres. La paix étant rendue, ces ames célestes se réunirent; il se forma des communautés nombreuses, où les mérites de chaque membre devenaient le bien commun de tout le corps. Les déserts furent peuplés de vertus. Saint Antoine révéré de l’empereur, comme nous le verrons bientôt, rassembla le premier plusieurs disciples. Saint Pacôme fondait le monastère de Tabenne[53] dans le temps que Constantin bâtissait Constantinople. En peu de temps ces premiers plants de la vie cœnobitique se multiplièrent à l’ombre d’un gouvernement qui les protégeait; et l’on vit s’élever dans toutes les parties de l’empire ces monastères, si précieux à l’église tant qu’ils conservent la ferveur du premier institut ou de la réforme.
[Note 53: Dans la Thébaïde.—S.-M.]
[Note latérale: LXVII. Restes de l’idolâtrie.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. lib. 1, c. 8, et l. 3, c. 1.]
[Note latérale: Socr. lib. 1, c. 18.]
[Note latérale: Theod. l. 5, c. 21.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 8.]
[Note latérale: Prud. contra Symm.]
[Note latérale: Oros. lib. 7, c. 28.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 12, tit. 5.]
[Note latérale: [Vit. Const. l. 4, c. 16.]]
Recueillons en peu de mots ce que fit Constantin pour la religion chrétienne, et l’état où il la laissa. Disons, pour n’y plus revenir, qu’il la consulta sur les mesures qu’il prit pour la favoriser, et qu’il n’employa que les moyens qu’elle approuve elle-même. Il distingua par des faveurs ceux qui la professaient; il s’efforça de faire mépriser et oublier le paganisme en fermant, déshonorant, démolissant les temples, en les dépouillant de leurs possessions, en manifestant les artifices des prêtres idolâtres, en interdisant les sacrifices, autant qu’il put y réussir, sans violence et sans compromettre la qualité de père de tous ses sujets, même de ceux qui étaient dans l’erreur. Où il ne put abolir la superstition, il étouffa du moins les désordres qui en étaient la suite. Il fit des lois sévères pour arrêter le cours de ces horribles dérèglements que la nature désavoue. Il prêcha lui-même Jésus-Christ par sa piété, par son exemple, par ses entretiens avec les députés des nations infidèles, et par les lettres qu’il écrivit aux Barbares. Loin de faire aux dieux des païens l’honneur de placer sa statue dans leurs temples, comme le dit faussement Socrate, il défendit cet abus par une loi expresse, selon Eusèbe. Il honora les évêques; il en établit en beaucoup de lieux. Il rendit le culte extérieur auguste et magnifique. Il fit planter partout le signe salutaire de la croix; ses palais présentaient cette image sur toutes les portes, sur toutes les murailles. On vit disparaître de dessus ses monnaies les inscriptions qui retraçaient la superstition: on l’y représenta le visage levé vers le ciel, et les mains étendues en posture de suppliant. Mais il ne se livra point à un zèle précipité: il voulut attendre du temps, des circonstances, et surtout de la grace divine, la consommation de l’ouvrage de Dieu. Les temples subsistèrent à Rome, à Alexandrie, à Antioche, à Gaza, à Apamée, en plusieurs autres lieux, où leur destruction aurait entraîné des suites funestes. Nous avons une loi affichée à Carthage la veille de sa mort, par laquelle il confirme les priviléges des prêtres païens en Afrique. Il était réservé à Théodose de porter les derniers coups. L’humanité et la religion elle-même savent gré à Constantin de n’avoir pas donné de martyrs à l’idolâtrie.
[Note latérale: AN 329.]
[Note latérale: LXVIII. Date de la fondation de C. P.]
[Note latérale: Theoph. p. 17.]
[Note latérale: Cod. orig. C. P. p. 8.]
[Note latérale: Pagi, diss. p. 145.]
[Note latérale: Petav, doct. temp. l. 11, c. 42.]
[Note latérale: Till. not. 60. sur Const.]
[Note latérale: [Chron. Alex. vel Pasch. p. 285.]]
Ces événements si intéressants pour la religion, n’ont point de date assurée. Plusieurs peuvent être antérieurs même au concile de Nicée; d’autres postérieurs à la fondation de Constantinople. Ils firent une partie considérable des soins de Constantin depuis qu’il fut seul empereur jusqu’à sa mort. Nous les avons réunis sous les yeux du lecteur, pour n’être plus occupés que de l’établissement de la nouvelle Rome. On sait certainement en quel temps Constantinople fut achevée et dédiée: mais on ne convient pas du temps où elle fut commencée. Selon quelques auteurs, ce fut dès l’an 325; selon d’autres, seulement à la fin de 329. Ce qui nous paraît plus probable, c’est que Constantin étant sorti de Rome en 326 avec le projet formé de donner une rivale à cette ville, il fut occupé l’année suivante à chercher un lieu propre à l’exécution de son dessein, et qu’après un premier essai bientôt abandonné, il se fixa au terrain de Byzance; où ayant commencé à bâtir en 328, il continua avec ardeur, et acheva presque l’ouvrage l’année suivante; en sorte que la ville fut en état d’être dédiée au mois de mai 330[54]. Cette conjecture nous détermine à ranger sous l’an 329 tout ce qui regarde la fondation de Constantinople, l’empereur étant consul pour la huitième fois, et son fils aîné pour la quatrième[55]. Il passa la plus grande partie de ces deux années dans le voisinage de son nouvel établissement, afin de pouvoir plus aisément se transporter souvent sur le lieu même, pour diriger et animer les travaux.
[Note 54: Selon la chronique d’Alexandrie et Codin, cette dédicace eut lieu le 11 mai.—S.-M.]
[Note 55: Selon Codin, ce fut un mercredi, le 26 novembre 329, que l’on jeta les fondements de Constantinople.—S.-M.]
[Note latérale: LXIX. Motifs de Constantin pour bâtir une nouvelle ville.]
[Note latérale: La Bletterie, hist. de Jovien, t. 1, p. 353.]
Si l’on consulte les règles d’une sage politique, on ne peut s’empêcher de blâmer Constantin d’avoir entrepris de bâtir une nouvelle capitale, et de diviser les forces de l’empire dans un temps où ce grand corps fatigué de la longueur des guerres civiles, épuisé par la tyrannie et le luxe de tant de princes qui l’avaient en même temps accablé, avait besoin de réunir et de concentrer ses esprits pour leur donner un nouveau ressort: cette distraction ne pouvait que dissiper un reste de chaleur. Constantinople formée et nourrie aux dépens de Rome, sans pouvoir jamais l’égaler en vigueur et en puissance, ne servit qu’à l’affaiblir. Mais les raisons d’état cédèrent aux goûts particuliers du prince, à l’éloignement qu’il avait conçu pour Rome et pour ses superstitions, et peut-être aussi à l’ambition d’être regardé comme fondateur d’un nouvel empire, en transportant le siége de l’ancien. Cette résolution étant une fois bien arrêtée, il s’agissait de choisir dans la vaste étendue de sa domination l’emplacement de sa ville impériale. La Perse était alors la seule puissance qui pût donner de l’inquiétude aux Romains, et Constantin prévoyait que Sapor ne resterait pas long-temps en paix. Il crut donc qu’il fallait reculer vers l’Orient le centre de ses forces, et opposer une barrière plus voisine à un si redoutable ennemi.
[Note latérale: LXX. Il veut bâtir à Troie.]
[Note latérale: Suet. in Cæs. c. 79.]
[Note latérale: Zos. lib. 2, c. 30.]
[Note latérale: Soz. lib. 2, c. 3.]
[Note latérale: Crevier, Hist. des empereurs. t. 12, p. 186.]
Le bruit avait couru autrefois que Jule-César voulait transporter à Troie toute la splendeur de Rome. Ce fut aussi la première vue de Constantin. Le souvenir de Troie était toujours cher aux Romains; et les Dardaniens d’Europe, chez lesquels il avait pris naissance, regardaient cette ville comme la patrie de leurs ancêtres. D’ailleurs, il se laissa sans doute enchanter par la beauté et la renommée des rivages de l’Hellespont, plus embellis encore par la poésie d’Homère que par la nature, et où tout lui rappelait des idées héroïques. Il traça donc l’enceinte de sa ville entre les deux promontoires de Rhétée et de Sigée, près du tombeau d’Ajax, et il en jeta les fondements. Les murailles sortaient déja de terre quand une vision céleste, selon Sozomène, ou sa propre réflexion lui fit abandonner l’entreprise, et préférer l’assiette de Byzance. Les navigateurs apercevaient encore long-temps après les portes de cette ville commencée sur une hauteur.
[Note latérale: LXXI. Situation de Byzance.]
[Note latérale: Cod. orig.]
[Note latérale: Dionys. Byzant.]
[Note latérale: Zos. lib. 2, c. 30.]
[Note latérale: Polyb. l. 4, §. 38.]
[Note latérale: Proc. de ædif. l. 1, c. 5.]
[Note latérale: Gyll. de Bosp. Thrac. l. 1, c. 2.]
Les Grecs, jaloux des merveilles qui ont ennobli la naissance de Rome, font ici usage de leur fécondité dans l’invention: ils promènent le lecteur de miracle en miracle. Nous nous dispensons d’en rapporter aucun: il n’en fallait point d’autre pour attirer Constantin à Byzance, que l’admirable situation de cette ville: elle est unique dans l’univers. Située sur un coteau dans un isthme à la pointe de l’Europe et à la vue de l’Asie, dont elle n’était séparée que par un détroit de sept stades, elle joignait les avantages de la sûreté et du commerce avec toutes les faveurs de la nature, et les charmes de la perspective. C’était la clé de l’Europe et de l’Asie, du Pont-Euxin et de la mer Égée. Les vaisseaux ne pouvaient passer d’une mer dans l’autre sans le congé des Byzantins. Baignée au midi par la Propontide, à l’orient par le Bosphore, au septentrion par un petit golfe nommé Chrysocéras ou la Corne-d’Or, elle ne tenait au continent que par le côté occidental. La température du climat, la fertilité de la terre, la beauté et la commodité de deux ports, tout contribuait à en faire un séjour délicieux. Les poissons, et surtout les thons, qui viennent en affluence du Pont-Euxin dans la Propontide, effrayés d’une roche blanche qui s’élève presque à fleur d’eau du côté de Chalcédoine, et se rejetant vers Byzance, y procuraient une pêche abondante. La ville avait quarante stades de circuit, c’est-à-dire, près de deux lieues, avant qu’elle eût été ruinée par l’empereur Septime Sévère.
[Note latérale: LXXII. Abrégé de l’histoire de Byzance jusqu’à Constantin.]
[Note latérale: Herodot. l. 4, §. 144.]
[Note latérale: Thucyd. l. 1, §. 94.]
[Note latérale: Xenoph. hist. Græc. l. 1, c. 3.]
[Note latérale: Memnon apud Phot. cod. 224.]
[Note latérale: Justin. l. 9, c. 1.]
[Note latérale: Cic. orat. de prov. consul. c. 6.]
[Note latérale: Hesych. Miles.]
[Note latérale: Herodian. l. 3. §. 2 et 16.]
[Note latérale: Suet. in Ves. c. 8.]
[Note latérale: Treb. Pollio, in Gallieno, c. 6.]
[Note latérale: Syncell. p. 382.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Pasch. p. 265.]
[Note latérale: Tac. ann. l. 12, c. 63.]
Les Byzantins ne manquaient pas de faire remonter leur origine jusqu’aux temps fabuleux. Ce qu’il y a de plus certain, c’est que les Mégariens ayant bâti Chalcédoine de l’autre côté du détroit, Byzas, chef d’une autre colonie de Mégare, vint fonder Byzance dix-sept ans après, et plus de six cent cinquante ans avant l’ère chrétienne. On ajoute que l’oracle d’Apollon lui avait ordonné de bâtir sa ville vis-à-vis des aveugles: c’étaient les Chalcédoniens assez peu clairvoyants, pour ne s’être pas aperçus de l’avantage que leur offrait le terrain au-delà du Bosphore. Cette ville, d’abord indépendante, tomba successivement sous la puissance de Darius, des Ioniens, de Xerxès. Pausanias l’assujettit aux Lacédémoniens, l’augmenta, et y établit une nouvelle colonie: ce qui l’a fait passer pour le second fondateur de Byzance. Sept ans après, les Athéniens s’en emparèrent, et les deux républiques s’en disputèrent long-temps la possession. A la faveur de ces querelles les Byzantins reprirent leur liberté, rendirent respectables leurs forces maritimes, résistèrent à Philippe de Macédoine qui les assiégea inutilement, et sortirent avec honneur de plusieurs guerres contre de puissants ennemis. Ils cédèrent avec le reste de la Grèce à la valeur romaine; et leurs nouveaux maîtres, pour les payer de leurs bons services dans la guerre contre Mithridate, leur accordèrent le privilége de se gouverner par leurs lois. Byzance était alors riche, peuplée, et embellie de magnifiques statues. Elle avait le titre de métropole. Vespasien lui ôta sa liberté. Pescennius Niger, qui disputait l’empire à Sévère, s’en étant emparé, et ayant perdu la vie, elle demeura fidèle au parti de ce prince, même après sa mort, et soutint pendant trois ans contre le vainqueur un de ces siéges mémorables par l’opiniâtre défense des assiégés, et par les extrémités les plus affreuses. Sévère, maître enfin de Byzance, traita sa conquête avec la plus grande cruauté: les principaux habitants furent mis à mort; les murs renommés pour leur structure furent rasés; la ville fut ruinée, et réduite à la qualité d’un simple bourg, soumis à Périnthe ou Héraclée. Sévère se repentit bientôt d’avoir détruit un si fort boulevard de l’empire; il la releva à la prière de son fils Caracalla; mais elle ne recouvra pas sa première étendue ni son ancien éclat. Sous Gallien elle fut encore détruite, et les habitants passés au fil de l’épée, sans que l’histoire en donne la raison. Il ne resta des anciennes familles que ceux que leur absence déroba à cet horrible massacre. Elle fut aussitôt rétablie par deux de ses citoyens, Cléodamus et Athénée. Du temps de Claude II, une flotte d’Hérules ayant traversé les Palus-Méotides et le Pont-Euxin, prit Byzance et Chrysopolis, située vis-à-vis, au-delà du détroit; mais ils furent bientôt obligés d’abandonner leur proie. Nous avons vu cette ville fidèle à Licinius, tant que ce prince conserva quelque espérance.
[Note latérale: LXXIII. État du christianisme à Byzance.]
[Note latérale: Le Quien, Or. Christ. t. 1, p. 8 et 196.]
[Note latérale: Tertull. ad Scapul. c. 3.]
L’origine de l’église de Byzance est moins constatée que celle de la ville. Les Grecs modernes, pour ne pas céder à l’église romaine l’avantage de l’ancienneté, en attribuent la fondation à l’apôtre saint André. Ils donnent depuis ce temps-là une suite d’évêques. D’autres disent, avec plus de vraisemblance, que le siége épiscopal n’y fut établi que du temps de Sévère, sous lequel il y avait, en effet, à Byzance beaucoup de chrétiens. Quelques-uns même ne lui attribuent pour premier évêque que Métrophane, qui mourut huit ou neuf ans avant le concile de Nicée. Alexandre lui avait succédé, et gouvernait cette église sous la métropole d’Héraclée.
[Note latérale: LXXIV. Nouvelle enceinte de C. P.]
[Note latérale: Jul. orat. 1, p. 41, ed. Spanh.]
[Note latérale: Themist. orat. 18, p. 223.]
[Note latérale: Socr. l. 7, c. 1.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 284 et 285.]
[Note latérale: Zonar. l. 13, t. 2. p. 42 et 43.]
Tel était l’état de Byzance, lorsque Constantin entreprit d’en faire le siége principal de l’empire. Il la prolongea de quinze stades au-delà de l’ancienne enceinte, et la ferma d’une muraille qui devait s’étendre du golfe à la Propontide, mais qui ne fut achevée que par Constance. Cette enceinte reçut dans la suite divers accroissements sous Théodose le grand, Théodose le jeune, Héraclius et Léon l’Arménien. Une description de Constantinople, qu’on croit faite entre le règne du grand Théodose et celui de Justinien, donne à cette ville quatorze mille soixante et quinze pieds de longueur, en droite ligne, depuis la porte d’or à l’occident jusqu’à la pointe la plus orientale sur le Bosphore, et six mille cent cinquante pieds de largeur, apparemment à la base du triangle du côté de l’occident. Le terrain semblable à celui de Rome se partageait en sept collines.
[Note latérale: LXXV. Bâtiments faits à C. P.]
[Note latérale: Du Cange, Const. Christ.]
L’empereur s’efforça autant qu’il put d’achever cette conformité, en imitant dans la nouvelle Rome tous les ornements et toutes les commodités de l’ancienne. Il fit élever un capitole, construire des palais, des aqueducs, des thermes, des portiques, un arsenal, deux grands édifices pour les assemblées du sénat, deux autres bâtiments qui servaient de trésor, l’un destiné pour les deniers publics, l’autre pour renfermer les revenus patrimoniaux du prince.
[Note latérale: LXXVI. Places publiques.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 48 et 49.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 31 et 35.]
[Note latérale: Philos. l. 2, § 9.]
[Note latérale: Zonar. l. 13, t. 2, p. 7.]
[Note latérale: Cedren. t. 1, p. 322.]
Deux grandes places faisaient une des principales beautés de la ville. L’une quarrée, entourée de portiques à deux rangs de colonnes, servait comme d’avant-cour commune à la grande église et au palais de l’empereur, dont les deux façades s’élevaient à l’opposite l’une de l’autre. Cette place s’appelait l’Augustéon, parce qu’il y fit poser sur une colonne la statue d’Hélène, qu’il avait, comme nous avons dit, honorée du titre d’Auguste. On voyait au milieu le milliaire d’or. Ce n’était pas comme à Rome une simple colonne de pierre posée sur une base et sommée d’un globe doré, c’était une arcade élevée et décorée de statues. L’usage en était le même qu’à Rome: tous les grands chemins de l’empire y devaient aboutir, et c’était le point d’où l’on partait pour compter les distances. L’autre place était ronde, pavée de larges pierres: elle faisait le centre de la ville, et portait le nom de Constantin. Elle était environnée d’un portique à deux étages, coupé en deux demi-cercles par deux grandes arcades de marbre de Proconnèse, opposées l’une à l’autre. Les entrecolonnes étaient garnies de statues: il y en avait encore un grand nombre dans la place même. Au milieu était une fontaine, sur laquelle s’élevait la figure du Bon-Pasteur, comme sur toutes les autres fontaines de la ville; mais celle-ci était de plus décorée d’un groupe de bronze représentant Daniel au milieu des lions. Le plus bel ornement de cette place était la fameuse colonne de porphyre, venue de Rome, sur laquelle était élevée l’image de Constantin couronné de rayons. C’était une figure d’Apollon qu’on avait apportée d’Ilion: on n’y avait fait d’autre changement que de lui donner le nom du prince. Ce fut dans cette statue qu’il renferma une partie de la vraie croix. Les Grecs parlent encore de plusieurs reliques qu’il fit déposer sous la base. Une inscription déclarait que Constantin mettait sa ville sous la protection de Jésus-Christ. Cette colonne fut en grande vénération dans les siècles suivants. Tous les ans au 1er de septembre, où commençait l’année des Grecs, le patriarche accompagné du clergé y venait en procession avec l’empereur; et les Ariens ne manquèrent pas de taxer les chrétiens d’idolâtrie, comme si ces hommages se rapportaient à la statue de Constantin. Celle-ci fut renversée par un orage sous Alexis Comnène: on la remplaça d’une croix. Quelques Grecs superstitieux ont avancé que Constantin avait enseveli au-dessous, le Palladium qu’il avait secrètement enlevé de Rome: c’eût été faire un mélange monstrueux du sacré et du profane. Cette colonne se voit encore à Constantinople: elle est à la vérité très-endommagée; mais un savant voyageur a conclu des proportions de ce qui en reste, qu’elle devait avoir de hauteur plus de quatre-vingt-dix pieds, non compris le chapiteau ni la base.
[Note latérale: LXXVII. Palais.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 35.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 49.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 284 et 285.]
[Note latérale: Ducange, Const. Christ. l. 2, c. 4, 5, 6.]
Deux palais s’élevaient aux deux extrémités de la ville: l’un situé au bord de la mer, à peu près à l’endroit où est aujourd’hui le sérail, s’appellait le grand palais. Il ne cédait à celui de Rome ni par la beauté, ni par la grandeur de l’édifice, ni par la variété des ornements intérieurs. Dans la salle principale, enrichie de lambris dorés, au milieu du plafond était attachée une grande croix d’or rayonnante de pierreries. A l’autre bout de la ville du côté de l’occident était un autre palais nommé la Magnaure. Constantin fit encore bâtir près de l’Hippodrome un salon superbe, destiné aux festins que les empereurs faisaient à leur cour dans les grandes cérémonies, comme à leur couronnement, à celui de leurs femmes et de leurs enfants, et aux principales fêtes de l’année. L’empereur et les convives y étaient assis à table et servis en argenterie: mais au festin de la fête de Noël, ils étaient couchés à l’antique et servis en vaisselle d’or.
[Note latérale: LXXVIII. Autres ouvrages.]
[Note latérale: Glycas, l. 4, p. 252.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 265 et 284.]
[Note latérale: Cedrenus, t. 1, p. 252.]
[Note latérale: Ducange, Const. Christ. l. 1, c. 27.]
Outre les ouvrages dont il fut l’auteur, et dont une description complète demanderait un gros volume, il augmenta tous ceux qu’il trouva subsistants, excepté la prison qu’il laissa petite et étroite. Elle ne fut agrandie que par le cruel Phocas, qui eût voulu y renfermer tout l’empire. Sévère avait déja bâti l’Hippodrome, le théâtre, l’amphithéâtre, les bains d’Achille, les thermes de Zeuxippe. Constantin rendit ces édifices dignes de la grandeur de sa ville. Il ajouta à l’Hippodrome des promenoirs, des degrés et d’autres embellissements. Comme il souhaitait d’abolir les spectacles des gladiateurs, l’amphithéâtre ne fut plus destiné qu’à des combats contre les bêtes; et dans la suite, le christianisme ayant peu à peu détaché les peuples de ce divertissement souvent ensanglanté, toujours dangereux, ce lieu ne servit plus qu’à l’exécution des criminels. Les thermes de Zeuxippe devinrent les plus belles du monde par le grand nombre de colonnes et de statues de marbre et de bronze dont il les enrichit.
[Note latérale: LXXXIX. Statues.]
[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 3, c. 54.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 5.]
[Note latérale: Cod. or. C. P. p. 30, 31, 62.]
Ces statues, dont on peut dire que Constantinople fut peuplée, étaient celles des dieux des païens, que Constantin avait enlevées de leurs temples. On voyait entre autres ces anciennes idoles, si long-temps les objets d’une adoration insensée; l’Apollon Pythien et celui de Sminthe, avec les trépieds de Delphes, les Muses de l’Hélicon, ce Pan si célèbre que Pausanias et les villes de la Grèce avaient consacré après la victoire remportée sur les Perses, la Cybèle placée par les Argonautes sur le mont Dindyme, la Minerve de Linde, l’Amphitrite de Rhodes, et surtout celles qui avaient autrefois rendu des oracles, et qui devenues muettes ne recevaient plus au lieu d’encens que du mépris et des railleries.
[Note latérale: LXXX. Églises bâties.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 58 et seq.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 16.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 3.]
[Note latérale: Greg. Naz. carm. 9, t. 2, p. 78.]
[Note latérale: Theoph. p. 18.]
[Note latérale: Hist. Misc. l. 11, apud Muratori, t. 1, p. 73 et 74.]
[Note latérale: Cedren. t. 1, p. 284.]
[Note latérale: Niceph. Call. l. 7, c. 49.]
[Note latérale: Ducange, Const. Christ. l. 3, c. 3.]
Pour purger sa ville de toute idolâtrie, il abattit les temples des dieux, ou les consacra au culte du dieu véritable. Il bâtit plusieurs églises. Celle de la Paix était ancienne; Constantin l’augmenta et l’embellit. Elle fut la principale de la ville, jusqu’à ce que Constance en ayant fait construire tout auprès une autre beaucoup plus grande, il les enferma toutes deux dans la même enceinte et n’en fit qu’une seule sous le nom de Sainte-Sophie. D’autres églises furent dédiées sous l’invocation des anges, des apôtres et des martyrs. Constantin destina à la sépulture des empereurs et des évêques de la ville l’église des Saints-Apôtres. Elle était bâtie en forme de croix, très-élevée, revêtue de marbre depuis le bas jusqu’en haut. La voûte était ornée d’un lambris d’or, le toit couvert de bronze doré, le dôme environné d’une balustrade d’or et de bronze. L’édifice était isolé au milieu d’une grande cour carrée: à l’entour régnait un portique, qui donnait entrée dans plusieurs salles et appartements pour l’usage de l’église et le logement du clergé. Cette église ne fut achevée que peu de jours avant la mort de Constantin; elle tombait en ruine vingt ans après. Elle fut rétablie par Constance, rebâtie par Justinien, et détruite par Mahomet II, qui se servit des débris de cet édifice pour construire une mosquée. Constantin fit encore bâtir plusieurs belles églises dans les environs de la ville: la plus célèbre fut celle de Saint-Michel, sur le bord du Bosphore, du côté de l’Europe: les peuples y venaient chercher la guérison de leurs maladies. Les premiers successeurs de ce prince ne paraissent pas avoir été aussi zélés pour les pieuses fondations. Il n’y eut que quatorze églises à Constantinople jusqu’au règne d’Arcadius.
[Note latérale: LXXXI. Égouts de C. P.]
[Note latérale: Cod. Or. C. P. p. 11, et 73.]
[Note latérale: Ducange, Const. Christ. l. 1, c. 29.]
Les égouts de Rome passaient pour être un des plus beaux ouvrages de cette ville. Constantin voulut encore égaler cette magnificence. Il fit creuser de larges et profonds souterrains qui traversaient toute la ville, et qui avaient leur décharge dans la mer. Un gros ruisseau, nommé le Lycus, dont on retenait les eaux par le moyen d’une écluse, servait à les nettoyer.
[Note latérale: LXXXII. Prompte exécution de ces ouvrages.]
[Note latérale: Jornand. de reb. Get. c. 21.]
[Note latérale: Vict. epit. p. 224.]
[Note latérale: Themist. Or. 3, p. 43.]
Tant d’immenses entreprises occupèrent Constantin le reste de sa vie. Il employa un nombre infini de bras, et attira quantité d’ouvriers du pays des Goths, et des autres Barbares d’au-delà du Danube. Il ne fut pas jaloux de l’honneur des inscriptions. Il en accepta fort peu entre un si grand nombre dont il aurait pu couvrir tous les édifices; et il se moquait de Trajan, qu’il appelait la Pariétaire, parce que le nom de ce prince se lisait sur toutes les murailles de Rome. Mais Trajan avait fait des ouvrages durables; et l’empressement de Constantin fut cause que les siens eurent bientôt besoin d’être réparés.
[Note latérale: LXXXIII. Maisons bâties à C. P.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 3.]
[Note latérale: Hesych. Miles.]
[Note latérale: Novel. Theod. jun. tit. 12.]
[Note latérale: Sidon. carm. 2, v. 30-75.]
[Note latérale: Eunap. in Ædes. p. 22 ed. Boiss.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 35.]
Les personnages distingués qui abandonnèrent Rome pour suivre le goût du prince, firent aussi bâtir à Constantinople des maisons conformes à leur rang et à leur fortune. L’empereur en fit construire à ses frais pour des gens illustres par leur mérite, qu’il y fit venir de toutes les contrées de l’empire, et même des pays étrangers, avec leurs familles. Il y attira par des priviléges et par les distributions de vivres dont nous parlerons bientôt, un peuple très-nombreux. Il ôta par une loi à tous ceux qui possédaient des fonds dans l’Asie proprement dite, et dans le Pont, la liberté d’en disposer, même par testament, à moins qu’ils n’eussent une maison à Constantinople: cette loi onéreuse ne fut abrogée que par Théodose le Jeune. En peu de temps la ville fut tellement peuplée, que l’enceinte de Constantin, quelque vaste qu’elle fût, se trouvait trop petite. Les maisons trop multipliées dans un terrain borné, rendirent les rues fort étroites: on avança les édifices jusque dans la mer sur des pilotis; et cette ville qui nourrissait autrefois Athènes, n’avait pas assez de toutes les flottes d’Alexandrie, d’Asie, de Syrie, de Phénicie, pour fournir à la subsistance de ses habitants.
[Note latérale: LXXXIV. Nom et divisions de C. P.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 16.]
[Note latérale: Hist. Misc. l. 11, apud Murat. t. I, p. 73.]
[Note latérale: Justinian. Nov. 43, c. 1.]
[Note latérale: Zonar. l. 13, t. 2, p. 6.]
[Note latérale: Vetus Topog. C. P.]
[Note latérale: [Mionnet, descr. de Med. t. I, p. 378.]]
L’empereur donna à sa ville le nom de Constantinople, et celui de nouvelle Rome. Il lui assura ce dernier titre par une loi gravée sur une colonne de marbre, dans la place nommée le Stratége. Il la divisa comme la ville de Rome en quatorze quartiers: cette division avait déja été imitée à Carthage et à Alexandrie. Il attacha à chaque quartier un magistrat pour la police, une compagnie de bourgeois tirée de différents ordres pour remédier aux incendies, et cinq inspecteurs des rues pour veiller à la sûreté des habitants pendant la nuit. Pendant que tout l’empire se faisait un mérite de contribuer à la grandeur et à l’embellissement de Constantinople, l’opération la plus inutile fut celle d’un astrologue, nommé Valens, qui chargé, dit-on, par le prince de tirer l’horoscope de la ville, trouva à force de calculs qu’elle devait durer six cent quatre-vingt-seize ans. Cette prédiction ne s’est pas rencontrée dans le nombre de celles que le hasard rend quelquefois heureuses. On voit par les anciennes médailles de Byzance, que le croissant fut toujours un symbole attaché à cette ville.
FIN DU LIVRE QUATRIÈME.
LIVRE V.
I. Changement dans le gouvernement. II. Dédicace de C. P. III. Précautions de Constantin pour la subsistance de C. P. IV. Chrysargyre. V. Priviléges de C. P. VI. Autres établissements. VII. Nouvel ordre politique. VIII. Nouvelle division de l’empire. IX. Quatre préfets du prétoire établis. X. Des maîtres de la milice. XI. Patrices. XII. Des ducs et des comtes. XIII. Multiplication des titres. XIV. Luxe de Constantin. XV. Suite de l’histoire de Constantin. XVI. Guerre contre les Goths. XVII. Sarmates vaincus. XVIII. Delmatius consul. XIX. Peste et famine en Orient. XX. Mort de Sopater. XXI. Ambassades envoyées à Constantin. XXII. Lettre de Constantin à Sapor. XXIII. Préparatifs de guerre faits par les Perses. XXIV. Constantin écrit à saint Antoine. XXV. Constant César. XXVI. Consuls. XXVII. Les Sarmates chassés par leurs esclaves. XXVIII. Consuls. XXIX. Tricennales de Constantin. XXX. Delmatius César. XXXI. Partage des états de Constantin. XXXII. Comète. XXXIII. Consuls. XXXIV. Mariage de Constance. XXXV. Ambassade des Indiens. XXXVI. Rappel d’Arius. XXXVII. Retour d’Eusèbe et de Théognis. XXXVIII. Déposition d’Eustathius. XXXIX. Troubles d’Antioche. XL. Eusèbe de Césarée refuse l’épiscopat d’Antioche. XLI. Athanase refuse de recevoir Arius. XLII. Calomnies contre Athanase. XLIII. Accusation au sujet d’Arsénius. XLIV. Eusèbe s’empare de l’esprit de l’empereur. XLV. Concile de Tyr. XLVI. Accusateurs confondus. XLVII. Conclusion du concile de Tyr. XLVIII. Dédicace de l’église du Saint-Sépulcre. XLIX. Concile de Jérusalem. L. Athanase s’adresse à l’empereur. LI. Exil d’Athanase. LII. Concile de C. P. LIII. Efforts d’Eusèbe pour faire recevoir Arius par Alexandre. LIV. Mort d’Arius. LV. Constantin refuse de rappeler Athanase. LVI. Lois contre les hérétiques. LVII. Loi sur la juridiction épiscopale. LVIII. Lois sur les mariages. LIX. Autres lois sur l’administration civile. LX. Les Perses rompent la paix. LXI. Maladie de Constantin. LXII. Son baptême. LXIII. Vérité de cette histoire. LXIV. Mort de Constantin. LXV. Deuil de sa mort. LXVI. Ses funérailles. LXVII. Fidélité des légions. LXVIII. Inhumation de Constantin. LXIX. Deuil à Rome. LXX. Honneurs rendus à sa mémoire par l’église. LXXI. Caractère de Constantin. LXXII. Reproches mal fondés de la part des païens. LXXIII. Ses filles.
[Note latérale: AN 330.]
[Note latérale: I. Changement dans le gouvernement.]
La fondation de Constantinople peut être regardée comme le commencement d’un nouvel empire. La seconde Rome éclipsa la première. Un grand nombre de gens de mérite, qui font en tout genre le principal ornement et le véritable nerf de l’état, suivirent la cour, et portèrent leurs talents et leurs services dans la sphère des faveurs et des récompenses. Rome, abandonnée des empereurs, devint semblable à un grand et superbe édifice, qui, cessant d’être habité par le maître, perd d’abord ses ornements, et enfin sa solidité même. Il lui arriva ce qui arrive à nos climats, quand le soleil s’en éloigne: tout s’y refroidit et s’y glaça peu à peu, et un siècle après on ne trouvait plus de Romains au milieu de Rome. Le court intervalle pendant lequel l’empire divisé en deux branches lui laissa des souverains propres, mais qui ne furent la plupart que des fantômes de princes, ne lui rendit pas sa première fécondité. Ce ne fut pas là le seul effet de cette nouveauté; elle en produisit une autre dans la personne des empereurs: le gouvernement devint plus despotique. L’ancienne Rome avait créé ses maîtres; elle se flattait du moins de les avoir créés: quoiqu’ils l’eussent asservie, ils conservaient pour elle des égards; leur puissance était entée sur la république; ils y avaient trouvé des lois: les bons princes respectaient la majesté de Rome dans celle du sénat; les méchants ne la maltraitaient pas sans danger, et dans leurs emportements ils ne lui refusaient guère ces dehors de bienséance, que des fils dénaturés conservent souvent à l’égard de leurs mères. Mais les empereurs ayant créé Constantinople n’y virent d’autre autorité que la leur; plus anciens qu’elle, ils crurent ne lui rien devoir. Les uns la gouvernèrent en pères, les autres en tyrans; mais tous n’eurent dans l’ordre public d’autres lois que celles qu’ils se faisaient eux-mêmes. Ils en furent plus absolus et moins obéis.
[Note latérale: II. Dédicace de C. P.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Hesych. Miles.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 285.]
[Note latérale: Niceph. Call. l. 10, c. 23.]
[Note latérale: Cod. Or. Const. p. 25.]
[Note latérale: Baron. in an. 330.]
[Note latérale: Ducange, Const. Christ. l. 1, c. 3, 4.]
La dédicace de Constantinople fut célébrée le 11 mai de l’an 320, sous le consulat de Gallicanus et de Symmachus. La fête dura quarante jours. C’était chez les païens une cérémonie mystérieuse et remplie de superstition; ce fut pour Constantin une pompe toute chrétienne. Les évêques et le clergé sanctifièrent par des prières le berceau de la nouvelle ville. L’empereur en fit une fête annuelle, dans laquelle on donnait, comme cette première fois, des jeux dans le Cirque; on faisait des largesses aux soldats et au peuple, et, sous les empereurs suivants, l’on promenait sur un char la statue de Constantin, suivie des officiers du palais et des soldats, portant des cierges, et chantant des hymnes. Le prince régnant, assis sur un trône dans l’hippodrome, saluait avec respect cette statue lorsqu’elle passait devant lui; tout le peuple l’honorait par des acclamations, jusqu’à ce qu’elle fût replacée sur la colonne de porphyre. Elle tenait en main une autre petite statue qu’on appelait la Fortune de Constantinople. La ville fut dédiée sous l’invocation de la sainte Vierge, qui en fut toujours honorée comme la patrone et la protectrice.
[Note latérale: III. Précautions de Constantin pour la subsistance de C. P.]
[Note latérale: Eunap. in Ædes. p. 22, ed. Boiss.]
[Note latérale: Hier. Chron.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Socr. l. 2, c. 13.]
[Note latérale: Philost. l. 2, c. 9.]
[Note latérale: Edict. Just. 13, c. 4, 6.]
[Note latérale: Claud. de bell. Gildon.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 3.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 32.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 14, tit. 16 et ibi Godef.]
[Note latérale: Suid. in. Παλατῖνοι.]
[Note latérale: Vales. ad Amm. l. 14, c. 6.]
Constantin, ayant épuisé ses trésors et dépeuplé plusieurs autres villes pour peupler la sienne, songea à la subsistance de cette multitude d’habitants. Nous avons déja dit[56] que la flotte d’Alexandrie, qui portait auparavant du blé à Rome, changea de destination, et fut employée à nourrir Constantinople. C’était au préfet d’Égypte à y faire tenir, avant la fin du mois d’août, la quantité de blé nécessaire; il en répondait sur ses propres biens. On en donnait au peuple quatre-vingt mille mesures par jour. Constance irrité contre la ville en retrancha la moitié. Théodose Ier ajouta encore à ce que Constantin avait réglé. On distribuait aussi de l’huile, de la chair de porc et du vin. Ces largesses ne se faisaient qu’aux familles qui avaient des maisons dans la ville, afin d’engager à y bâtir.
[Note 56: Liv. 4, § 83.]
[Note latérale: IV. Chrysargyre.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 38.]
[Note latérale: Evagr. l. 3, c. 39.]
[Note latérale: Cedren. t. I, p. 357.]
[Note latérale: God. ad Cod. Th. t. 5, p. 4.]
[Note latérale: Suet. Calig. c. 40.]
[Note latérale: Lamprid. in Alex. c. 24.]
[Note latérale: Theod. jun. nov. 18.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 2, 3.]
Quelques auteurs prétendent que, pour soutenir tant de dépenses, Constantin établit de nouveaux impôts. Le plus odieux était celui qu’on appela chrysargyre, mot grec, qui signifie or et argent, parce que les taxes ordinaires ne se payant qu’en or, celle-ci se pouvait payer en or ou en argent. Si l’on en croit Zosime, Constantin en fut l’auteur. C’était une taxe imposée sur les marchands de quelque espèce qu’ils fussent, jusqu’aux plus vils détailleurs, jusqu’à ces misérables qui faisaient ou avaient fait le honteux trafic de prostitution: on ajoute que les esclaves et les mendiants n’en étaient pas exempts; qu’il fallait payer pour les chevaux, les mulets, les bœufs, les ânes, les chiens même, soit dans les villes, soit dans les campagnes: ce tribut se percevait jusque sur les plus sales ordures; on achetait la permission de les faire enlever. On le recueillait tous les quatre ans. A l’approche de cette exaction, dit le même Zosime, ce n’était que larmes et désolation; et dès que les collecteurs commençaient à paraître, on n’entendait plus que coups de fouet; on ne voyait que tortures employées pour forcer la misère même à donner ce qu’elle n’avait pas. Les mères vendaient leurs enfants, les pères prostituaient leurs filles. Il y a grande apparence que cette peinture est une exagération de Zosime pour noircir la mémoire de Constantin: il est le seul qui attribue à ce prince l’établissement de cet impôt. La taxe imposée sur les femmes publiques était presque aussi ancienne que l’empire: elle fut imaginée par Caligula; on voit qu’elle existait encore sous Alexandre Sévère. Elle fut abolie par Théodose le jeune, qui chassa de Constantinople tous les courtiers de débauche; et après lui, Anastase anéantit tout-à-fait le chrysargyre. Tout ce qu’on peut reprocher à Constantin, c’est de n’avoir pas prévenu ces deux princes, et d’avoir laissé subsister un ancien impôt, moins cruel sans doute que ne le veut faire entendre Zosime, mais qui portait un caractère honteux. Loin que Constantin se soit montré avide de nouveaux subsides, il déchargea ses sujets du quart de la taxe qu’il trouva imposée sur les terres; et comme l’ancienne répartition passait pour injuste, et qu’elle excitait beaucoup de plaintes et de murmures, il en fit dresser une nouvelle avec une exactitude scrupuleuse.
[Note latérale: V. Priviléges de C. P.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 16; lib. 6, c. 2.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 3. et 32, l. 4, c. 22, l. 7, c. 9.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 32.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Themist. Or. 3, p. 48, et 14, p. 183.]
[Note latérale: Conc. Constant. can. 3.]
[Note latérale: Godef. ad Cod. Th. lib. 14. tit. 13.]
[Note latérale: Vales. ad Amm. l. 26, c. 6.]
[Note latérale: Le Quien, Or. Christ. t. 1, p. 66.]
[Note latérale: Till. art. 67.]
Dans le dessein de donner à sa ville tout le lustre de Rome, il lui accorda de grands priviléges, entre autres celui qu’on appelait le droit italique. C’était l’exemption de capitation et de taille, et le droit de suivre dans les actes et dans les contrats les mêmes lois et les mêmes coutumes que suivait l’Italie. Le peuple y fut divisé comme à Rome, en curies et en tribus. Il institua la même distinction entre les ordres, les mêmes magistrats, revêtus des mêmes droits et des mêmes honneurs. Il y établit un sénat: mais quoique ces sénateurs fussent créés sur le modèle de ceux de Rome, leur autorité ne fut jamais égale. Les offices exercés pendant un certain temps dans la cour des empereurs, y donnaient entrée. Selon quelques auteurs, ce n’était qu’un sénat du second ordre, et les membres n’avaient que le titre de Clari, au lieu que les sénateurs de Rome étaient appelés Clarissimi. Thémistius va jusqu’à dire que, vingt-cinq ans après Constantin, ce sénat avait encore si peu de considération, que l’ambition d’y parvenir était taxée de folie; et du temps de Théodose Ier, il avoue que ces sénateurs, qu’on appelait Pères Conscripts, étaient fort au-dessous de ce titre. Ce n’est pas que les empereurs n’eussent tâché de donner à leur sénat tout l’éclat qu’ils pouvaient lui communiquer; mais ce ne fut jamais qu’une lumière réfléchie: celui de Rome brillait de son propre fonds, et par l’antiquité de sa noblesse. Cette distinction primordiale, entre les deux sénats, se maintint dans l’opinion publique, malgré tous les efforts de la puissance souveraine pour la faire disparaître. Ajoutez que les empereurs firent tout pour relever le nouveau sénat, excepté la seule chose qui peut vraiment illustrer une compagnie politique; ils ne lui donnèrent aucune part dans le gouvernement, et ne le respectèrent pas assez pour le rendre respectable à leurs sujets. Constantin fit une espèce de partage entre Rome et Constantinople: il déclara celle-ci capitale de toute l’étendue comprise du Septentrion au Midi, entre le Danube et les extrémités de l’Égypte, et d’Occident en Orient, entre le golfe Adriatique et les frontières de la Perse. Il y mit le siége du préfet du prétoire d’Orient, et la détacha de la province d’Europe[57], et de la métropole d’Héraclée, pour la juridiction civile et ecclésiastique. Mais son église ne fut érigée en patriarchat qu’au concile de Chalcédoine en 451; ce qui fut jusqu’au commencement du treizième siècle un sujet de contestation entre cette église et celle de Rome. Constance établit ensuite un préfet de la ville; et la coutume s’introduisit que des deux consuls l’un résidât à Rome, l’autre à Constantinople.
[Note 57: L’une des divisions administratives de la Thrace.—S.-M.]
[Note latérale: VI. Autres établissements.]
[Note latérale: Cod. Th. l. 13, t. 3.]
[Note latérale: Hist. Misc. l. 21, apud Murat. t. 1, p. 151.]
[Note latérale: Zonar. l. 14, t. 2, p. 52.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 36, 37.]
[Note latérale: Just. nov. 43 et 59.]
[Note latérale: Leon, nov. 12.]
[Note latérale: Ducange, Const. Christ. l. 2, c. 9, p. 150 et 151.]
[Note latérale: Till. art. 65.]
Le fondateur voulut encore que sa ville partageât l’empire des sciences. Il y institua des écoles célèbres, dont les professeurs jouissaient de grands priviléges. Elles subsistèrent jusqu’à Léon l’Isaurien. La bibliothèque commencée par Constance, augmentée et placée dans un bel édifice par Julien, mise par Valens sous la garde de sept antiquaires, montait à cent vingt mille volumes quand elle fut brûlée sous Basilisque. Zénon la rétablit, et elle était déja fort nombreuse, lorsque ce même Léon, destructeur barbare de toute science, comme il eût voulu l’être de toute orthodoxie, la fit brûler avec le chef et les douze savants associés qui en avaient la direction. Constantin s’était contenté de fournir les églises de Constantinople d’exemplaires de l’Écriture sainte. Eusèbe nous donne la lettre par laquelle ce prince le prie de faire copier sur du parchemin bien préparé, par les plus habiles écrivains, cinquante de ces exemplaires, et de les lui envoyer dans deux chariots, sous la conduite d’un diacre de Césarée. Il chargea en même temps le receveur général de la province de faire les avances nécessaires. Ses ordres furent promptement exécutés, et l’empereur accoutumé à donner à ses peuples la subsistance corporelle, distribua aux églises avec encore plus de joie cette divine nourriture. Sa prévoyance s’étendit jusque sur les morts. Pour leur procurer gratuitement la sépulture, il fit don à l’église de Constantinople de neuf cent cinquante boutiques exemptes de toute imposition. Le loyer, dont cette exemption augmentait la valeur, était employé à gager un pareil nombre de personnes destinées au soin des funérailles dont ils faisaient tous les frais. On les appelait Decani, Lecticarii, Copiatæ. Ils étaient au rang des clercs. L’empereur Anastase en augmenta le nombre jusqu’à onze cents. Cette institution paraîtra peut-être de peu de conséquence, mais elle épargnait aux pauvres un surcroît de larmes; et la sépulture de ceux qui mouraient dans l’indigence, n’était plus pour leurs enfants un second dommage.
[Note latérale: VII. Nouvel ordre politique.]
[Note latérale: Vict. epit. in Hadriano, p. 204.]
C’est au temps de la fondation de Constantinople, qu’on doit, ce me semble, rapporter le nouvel ordre établi dans l’empire. Hadrien avait introduit des changements dans les emplois, tant civils que militaires: il avait réglé les offices de la maison des princes. Dioclétien et Constantin y firent encore quelques innovations. Les détails ont échappé à l’histoire: ces objets ne lui appartiennent en effet, qu’autant qu’ils intéressent l’administration publique. Ce sont aussi les seuls auxquels nous allons nous arrêter.
[Note latérale: VIII. Nouvelle division de l’empire.]
[Note latérale: Euseb. hist. eccl. l. 8, c. 13.]
Jusqu’à l’abdication de Dioclétien, l’empire n’avait formé qu’un corps indivisible. Le partage qui se fit alors entre les deux empereurs et les deux Césars, le sépara en quatre départements, dont chacun avait son préfet du prétoire et ses officiers. Constantin et Licinius étant restés seuls souverains, ce vaste empire ne fut plus divisé qu’en deux parties: Constantin réunit à sa domination ce qu’avait d’abord possédé Sévère, et ensuite Maxence; Licinius joignit à l’héritage de Galérius tout l’Orient, après la défaite et la mort de Maximin. La première guerre contre Licinius fit acquérir à Constantin la plus grande partie de ce que son rival possédait en Europe; et par la seconde il devint seul maître de tout l’empire. Le titre de capitale donné à Constantinople, sans être ôté à la ville de Rome, produisit la nouvelle division d’empire d’Orient et d’empire d’Occident: c’était à peu près le même partage que celui des états de Constantin et de Licinius, avant la bataille de Cibalis.
[Note latérale: IX. Quatre préfets du prétoire établis.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 33.]
[Note latérale: De la Barre, Mém. de l’Αcad. des Inscrip. t. 8, p. 450.]
[Note latérale: Giannone, Hist. de Naples, l. 2, c. 1.]
Constantin sentit bien que, pour faire obéir ces deux grands corps, et les rendre, pour ainsi dire, plus flexibles, il était nécessaire de les subdiviser encore. L’exemple de Dioclétien lui avait appris à ne pas se donner des collègues ou des subalternes qui fussent eux-mêmes souverains. Il se réserva la souveraineté toute entière, et se contenta de créer quatre préfets du prétoire, au lieu des deux qui avaient servi de lieutenants aux empereurs, depuis que la puissance avait été réunie entre les mains de Constantin et de Licinius. Ces quatre préfets avaient à peu près le même district qu’avaient eu les deux empereurs et les deux Césars, selon la division de Dioclétien. Ces districts étaient ceux d’Orient, d’Illyrie, d’Italie et des Gaules. Ils se subdivisaient en plusieurs parties principales qu’on appelait diocèses, dont chacun comprenait plusieurs provinces. L’Orient renfermait cinq diocèses: l’Orient propre, l’Égypte, l’Asie, le Pont, la Thrace. L’Illyrie n’en contenait que deux: la Macédoine et la Dacie. Sous le nom de Macédoine était comprise toute la Grèce. Ces deux préfectures formaient l’empire d’Orient. Celui d’Occident contenait les deux autres. L’Italie comprenait trois diocèses: l’Italie propre, l’Illyrie occidentale, et l’Afrique. Les Gaules en avaient le même nombre: savoir, la Gaule proprement dite, la Bretagne, et l’Espagne à laquelle était jointe la Mauritanie Tingitane. Chacun de ces diocèses était gouverné par un vicaire du préfet, auquel les gouverneurs immédiats des provinces étaient subordonnés. Le diocèse d’Italie avait seul deux vicaires, dont l’un résidait à Rome, l’autre à Milan. Le rang des gouverneurs variait aussi bien que leur nom, selon les divers ordres de dignité qu’il avait plu à l’empereur d’établir entre les provinces. Les plus considérables de celles-ci donnaient à leurs gouverneurs le titre de consulaires; à la tête de celles du second rang étaient les correcteurs; les présidents gouvernaient celles du dernier ordre.
[Note latérale: [Malal. l. 13, part. 2, p. 3 et 5.]
[Note latérale: Amm. l. 14, c. 8.]
[Note latérale: Reland. Palæstin. l. 1, c. 34.]]
[Constantin fit aussi quelques changements dans la division et la circonscription des provinces de l’empire. La Commagène qui séparait la Syrie de l’Osrhoène, et qui avait formé autrefois un état particulier, fut séparée de la Syrie, avec quelques autres portions de territoire, et elle fut érigée en province. L’Euphrate qui la bornait à l’Orient dans toute sa longueur, lui fit donner le nom d’Euphratèse; elle fut aussi appelée Césareuphratense, et la ville d’Hiérapolis, célèbre par ses superstitions et par le culte qu’elle rendait à la grande déesse des Syriens, sur lequel nous avons un traité curieux de Lucien, devint la métropole de ce nouveau gouvernement. La troisième Palestine, ou la Palestine salutaire, formée de l’ancienne Idumée et des portions de l’Arabie qui s’étendent entre l’Égypte et la Syrie, ainsi que la Phrygie salutaire, furent aussi des provinces de la création du même empereur]—S. M.