Histoire du Bas-Empire. Tome 01
[Note latérale: Gelas. Cyzic. l. 2, c. 1.]
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 4 parties.
[Note latérale: X. Des maîtres de la milice.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 32, et 33.]
[Note latérale: Notit. Imp.]
[Note latérale: Till. art. 83.]
Les préfets du prétoire qui n’étaient dans leur institution que les capitaines de la garde du prince, étaient devenus très-puissants dès le règne de Tibère. C’étaient eux qui levaient, payaient, punissaient les soldats; ils recueillaient les impôts par leurs officiers; ils avaient le maniement de la caisse militaire, et l’inspection générale de la discipline des armées. Les troupes leur étaient dévouées, parce qu’ils les tenaient sous leur main. Constantin leur laissa la supériorité sur les autres magistrats; mais il les désarma; il en fit des officiers purement civils, de judicature et de finance. Il leur ôta l’autorité directe sur les gens de guerre, qu’ils continuèrent pourtant de payer. Pour remplir toutes les fonctions qui concernent le maintien de la discipline, il créa deux maîtres de la milice, l’un pour la cavalerie, l’autre pour l’infanterie. Ces deux emplois se réunirent dans la même personne sous les enfants de Constantin; mais le nombre des maîtres de la milice s’accrut ensuite; on en trouve jusqu’à huit dans la notice de l’empire, faite du temps de Théodose le Jeune. Ils n’avaient au-dessus d’eux dans l’ordre des dignités, que les consuls, les patrices, les préfets du prétoire et les deux préfets de Rome et de Constantinople. Zosime accuse Constantin d’avoir affaibli la discipline, en séparant l’emploi de payer les troupes du droit de les punir: ces deux fonctions réunies auparavant dans le préfet du prétoire, contenaient les soldats dans le devoir, en leur faisant appréhender le retranchement de leur solde. Un autre inconvénient, selon lui, qui me paraît plus réel, c’est que ces nouveaux officiers, et plus encore leurs subalternes, dévoraient par de nouveaux droits la substance du soldat.
[Note latérale: XI. Patrices.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 40.]
[Note latérale: God. ad Cod. Th. t. 2, p. 75.]
[Note latérale: Ducange, Gloss. Lat. Patricius.]
Pour rabaisser d’un degré les préfets du prétoire, et diminuer d’autant leur puissance et leur fierté, l’empereur institua une nouvelle dignité qu’il éleva au-dessus d’eux: c’était celle des patrices. Ce n’était qu’un honneur sans fonction. Le patrice cédait le rang aux consuls; mais il conservait ordinairement ce titre pendant toute sa vie. Il pouvait y en avoir plusieurs: Aspar, sous Théodose le Jeune, est appelé le premier des patrices.
[Note latérale: XII. Des ducs et des comtes.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 33.]
[Note latérale: Aurel. Vict. Proc. Ædif. l. 4, c. 7.]
[Note latérale: Amm. l. 27, c. 5.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 1.]
[Note latérale: Pancirol. in notit. or. c. 4, 36, 139.]
[Note latérale: God. ad Cod. Th. t. 2, p. 101.]
[Note latérale: Till. art. 84.]
Sous les empereurs précédents, le nom de duc qui, dans l’origine, signifiait un chef, un conducteur, avait été particulièrement appliqué aux commandants des troupes distribuées sur les frontières, pour les défendre contre les incursions des Barbares. Ces troupes, placées de distance en distance dans des camps retranchés et dans des forts, formaient comme une barrière autour de l’empire. Zosime loue Dioclétien d’avoir fortifié cette barrière, et reproche à Constantin de l’avoir dégarnie, en retirant une grande partie des soldats dans des villes qui n’avaient pas besoin de garnison: ce qui causa, dit-il, plusieurs maux en même temps; l’entrée fut ouverte aux Barbares; les soldats par leurs rapines et leur insolence vexèrent les villes jusqu’à en faire déserter plusieurs, et les villes par leurs délices et leurs débauches énervèrent les soldats. Mais d’autres auteurs, même païens, louent ce prince d’avoir multiplié les forts des frontières; et l’histoire en nomme entre autres un des plus considérables, qu’elle appelle Daphné de Constantin, qu’Ammien Marcellin place au-delà, Procope en-deçà du Danube dans la seconde Mésie[58]. Les ducs, dont nous parlons, veillaient chacun à la défense d’une frontière. C’était une dignité supérieure à celle de tribun; ils étaient perpétuels; et afin de les attacher au département qu’ils défendaient, on leur assignait aussi-bien qu’à leurs soldats les terres limitrophes des Barbares, avec les esclaves et les bestiaux nécessaires pour les mettre en valeur. Ils les possédaient en toute franchise, avec droit de les faire passer à leurs héritiers, à condition que ceux-ci porteraient les armes. Ces terres s’appelaient bénéfices; et c’est, selon un grand nombre d’auteurs, le plus ancien modèle des fiefs. Quelques-uns de ces commandants de frontière furent honorés par Constantin du titre de comte, plus relevé alors que celui de duc. Les comtes étaient d’ancienne institution: dès le temps d’Auguste on voit des sénateurs choisis par le prince pour l’accompagner dans ses voyages, et pour lui servir de conseil. Ils furent ensuite distingués en trois ordres, selon le plus ou le moins d’accès qu’ils avaient auprès du prince: on les appelait comites Augusti; ce qui ne désignait qu’un emploi. On en fit ensuite une dignité. Ce titre fut donné aux principaux officiers du palais, au gouverneur du diocèse d’Orient, et à plusieurs de ceux qui commandaient les armées dans les provinces.
[Note 58: Des médailles avec la légende CONSTANTIANA. DAFNE. furent frappées en mémoire de la fondation de cette forteresse. La Notice de l’empire fait mention de corps de troupes soumises au maître de la milice de Thrace, nommée Balistarii Dafnenses et Constantini Dafnenses. Ils étaient sans doute chargés de la défense de la même place. Elle fut probablement construite après les victoires remportées par Constantin sur les Goths. Voyez ci-après, § 16.—S.-M.]
[Note latérale: XIII. Multiplication des titres.]
[Note latérale: Pancirol. not. Or. c. 2.]
La qualité de noble était depuis près d’un siècle attachée à la personne des Césars. Celle de nobilissime était née quelque temps avant Constantin: il la donna à ses deux frères Julius Constance et Hanniballianus, avec la robe d’écarlate brodée d’or. Ce nom fut ensuite affecté aux fils des empereurs, qui n’avaient pas encore celui de César. Ce fut vers ce temps-là qu’on vit se multiplier les titres fastueux, qui s’attachèrent aux divers grades de dignité, de commandement, de magistrature. Les noms d’illustres, de considérables (_spectabiles_), de clarissimes, de perfectissimes, de distingués (_egregii_), eurent entre eux une gradation marquée. C’était une grande affaire de les bien ranger dans sa tête, et une faute impardonnable de les confondre. Le style se hérissa d’épithètes enflées, et se chargea d’une politesse exagérée. On convint de s’humilier et de s’enorgueillir tour à tour en donnant et recevant les noms de sublimité, d’excellence, de magnificence, de grandeur, d’éminence, de révérence, et de quantité d’autres dont le rapport était toujours frivole et souvent ridicule. Le mérite baissa en même proportion que haussèrent les titres.
[Note latérale: XIV. Luxe de Constantin.]
[Note latérale: Jul. in Cæs. p. 318 et 336 ed. Spanh.]
[Note latérale: Vict. epit. p. 224.]
[Note latérale: Cedren. t. 1, p. 295.]
[Note latérale: Ducange, de numm. inf. ævi, c. 17.]
[Note latérale: La Bléterie, note sur les Césars de Julien, p. 212 et 213.]
Quoique toute cette vanité eût commencé avant Constantin, et qu’elle se soit augmentée après lui, il mérite qu’on lui en attribue une partie. Fondateur de Constantinople, il en pouvait être le législateur: c’était l’occasion la plus favorable de réformer les mœurs, et de les ramener à l’ancienne sévérité. Au lieu d’orner ses sénateurs et ses magistrats de tant de pompe extérieure, il eût pu les décorer de vertus en resserrant les nœuds de la discipline. Sa ville n’eût rien perdu de son éclat; elle aurait gagné du côté de la solide et véritable grandeur: Rome et tout l’empire auraient profité de cet exemple. Mais Constantin aimait l’appareil; et les reproches que lui fait Julien quoique envenimés par la haine, ne paraissent pourtant pas destitués de fondement. Il multiplia sur l’habit impérial les perles, dont Dioclétien avait introduit l’usage; il affectait de porter toujours le diadème, dont il fit une espèce de casque ou de couronne fermée et semée de pierreries. Il donna cours au luxe en enrichissant trop certains particuliers, dont la fortune excita une dangereuse émulation de faste et d’opulence. Cependant, quoiqu’il ne fût pas ennemi des plaisirs honnêtes, il n’en fut rien moins que l’esclave, tel que Julien le représente. Il s’occupa toute sa vie des affaires de l’état et peut-être un peu trop de celles de l’église. Il composait lui-même ses lois et ses dépêches; il donnait de fréquentes audiences, et recevait avec affabilité tous ceux qui s’adressaient à lui; et s’il porta trop loin la magnificence des fêtes et la pompe de sa cour, c’était un délassement qu’on peut pardonner à ses travaux et à ses victoires.
[Note latérale: XV. Suite de l’histoire de Constantin.]
[Note latérale: Idat. chron. Zos. l. 2, c. 31.]
[Note latérale: AN. 331.]
[Note latérale: AN 332.]
Après avoir rassemblé sous un seul aspect ce qui regarde la fondation de Constantinople et les principaux changements que cet établissement produisit dans l’ordre politique, nous allons reprendre la suite des faits. L’année 331, sous le consulat de Bassus et d’Ablabius, fut employée à faire des lois et à régler plusieurs affaires de l’église, dont nous parlerons ailleurs. Dès l’année suivante 332, Pacatianus et Hilarianus étant consuls, l’empereur reprit les armes, d’abord pour défendre les Sarmates, et ensuite pour les punir. Zosime avance que depuis que Constantinople fut bâtie, le bonheur de Constantin l’abandonna, et qu’il ne fit plus la guerre que pour y recevoir des affronts. Il raconte qu’un parti de cinq cents cavaliers Taïfales s’étant jeté sur les terres de l’empire, Constantin n’osa en venir aux mains avec eux; mais qu’ayant perdu la plus grande partie de son armée (il ne dit pas comment), effrayé des ravages de ces Barbares, qui venaient l’insulter jusqu’aux portes de son camp, il se crut trop heureux de se sauver par la fuite. Ce récit ne s’accorde ni avec le caractère de Constantin, ni avec tous les autres témoignages de l’histoire, qui nous montre ce prince toujours victorieux.
[Note latérale: XVI. Guerre contre les Goths.]
[Note latérale: Idat. chron. Anony. Vales.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const., l. 4, c. 5.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 18.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 8.]
[Note latérale: Themist. or. 15, p. 191.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 7, t. 22. leg. 4 et ibi Godef.]
[Note latérale: [Julian, or. 1, p. 9, ed. Spanh.]
[Note latérale: Aurel. Vict. de Cæs. p. 177.]
[Note latérale: Eutr. l. 10.]]
Il le fut encore deux fois cette année. Les Sarmates attaqués par les Goths implorèrent le secours des Romains. Le prince leva une grande armée pour les défendre, et renouvela à cette occasion la loi qui obligeait les fils des soldats vétérans, au-dessus de l’âge de seize ans, à porter les armes, s’ils voulaient profiter des priviléges accordés à leurs pères. Il s’avança lui-même jusqu’à Marcianopolis dans la basse Mésie, et fit passer le Danube à son fils Constantin à la tête de ses troupes. Le jeune César remporta le 20 avril une glorieuse victoire[59]. Près de cent mille ennemis périrent dans cette guerre par le fer, par la faim et par le froid[60]. Les Goths furent réduits à donner des ôtages, entre lesquels était le fils de leur roi Ariaric. Cette défaite les tint en respect pendant le reste de la vie de Constantin et sous le règne de son fils Constance. La pension annuelle que les princes précédents s’étaient engagés à leur payer, au grand déshonneur de l’empire, fut abolie; les Goths s’obligèrent même à fournir aux Romains quarante mille hommes, qui étaient entretenus sous le titre d’alliés[61]. La religion chrétienne s’étendit chez eux, et avec elle l’humanité et la douceur des mœurs. Comme la nation était partagée en un grand nombre de peuples, tous n’eurent pas le même sort. Constantin sut gagner, par des négociations et des ambassades, ceux qu’il n’avait pas réduits par les armes. Il se fit aimer de ces anciens ennemis de l’empire, et porta peut-être un peu trop loin la facilité à leur égard, en élevant les plus distingués aux honneurs et aux dignités. Il fit même ériger une statue dans Constantinople à un de leurs rois, père d’Athanaric, pour retenir ce prince barbare dans les intérêts des Romains.
[Note 59: Gibbon, rapporte (t. III. p. 448) que Constantin fut vaincu par les Goths dans une première bataille. Aucun auteur ancien ne fait mention d’un tel événement. C’est sans aucun doute une erreur de Gibbon.—S.-M.]
[Note 60: Il existe des médailles frappées à l’occasion des succès que Constantin obtint dans cette guerre. Elles portent la légende VICTORIA GOTHICA. Voyez Eckhel, Doct. num. vet., t. VIII, p. 90.—S.-M.]
[Note 61: Selon Jornandès (de reb. Get. c. 21), ce sont les rois des Goths, Araric et Aoric, qui fournirent à Constantin un corps de quarante mille auxiliaires.—S.-M.]
[Note latérale: [Constant. Porphyr. de adm. imp. c. 53.]]
—[Pendant que Constantin et son fils combattaient les Goths dans la Thrace et sur les bords du Danube, une diversion s’était opérée sur un autre point en faveur des Romains. L’empereur se rappelant des relations d’amitié qui avaient existé autrefois entre son père Constance et les Chersonites[62], peuple grec qui avait conservé une existence indépendante au milieu des Barbares de la Tauride, il eut l’idée de s’adresser à leur république pour en obtenir des secours. La situation de leur pays était tout-à-fait avantageuse pour attaquer les Goths, sur leur propre territoire. La proposition de Constantin fut bien accueillie par Diogène, fils de Diogène, qui était à cette époque chef et stéphanéphore[63] de Cherson[64]. Un armement fut préparé; on envoya aussitôt des chars de guerre et des arbalétriers[65] sur les bords du Danube, où les Goths furent défaits par les Chersonites. Constantin, touché du service que ces Grecs lui avaient rendu, manda après la guerre leurs chefs dans la ville impériale, où il les combla d’honneurs et de distinctions flatteuses. Il ne borna pas là sa reconnaissance; des distributions de vivres et de matériaux, pour la construction de machines de guerre, furent faites aux Chersonites, qui obtinrent en outre pour leurs bâtiments de commerce, et pour tous les particuliers de leur nation, des immunités et de grands priviléges dans toutes les parties de l’empire.]—S.-M.
[Note 62: La ville de Cherson nommée d’abord Chersonesus, avait été fondée par une colonie venue d’Héraclée en Bithynie, dont elle avait aussi porté le nom. Long-temps indépendante et riche par son commerce, elle fut obligée, pour échapper à la domination des Scythes, de se mettre, environ un siècle avant notre ère, sous la protection du célèbre Mithridate Eupator, roi de Pont, qui prit le titre de Prostate de cette ville (Strab., l. 7, p. 308). Elle fut ensuite soumise aux rois du Bosphore; et plus tard, au premier siècle de notre ère, elle avait recouvré sa liberté, par l’intervention des Romains (Plin., IV, c. 12).—S.-M.]
[Note 63: Στεφανηφοροῦντος και πρωτέυοντος τος τῆς Χερσωνιτών Διογένους του Διογένους. Presque toutes les colonies grecques répandues dans la Chersonèse taurique et sur les côtes de la mer Noire, étaient d’origine ionienne et pour la plupart venues de Milet. Le premier magistrat de cette ville avait le titre de Stéphanéphore, ou Porte-Couronne, ce qui se pratiquait aussi dans d’autres cités ioniennes. On ne doit donc pas être surpris de voir désigné de la même façon le suprême magistrat d’une république, qui, quoique d’origine dorienne, étant environnée partout de républiques ioniennes, a pu imiter leurs usages.—S.-M.]
[Note 64: Gibbon (t. III, p. 449) a confondu les habitants de la ville de Cherson, l’antique Chersonesus, avec les peuples de la Chersonèse taurique. S’il avait lu avec plus d’attention le chapitre de Constantin Porphyrogénète, d’où ce récit est tiré, il y aurait vu que cet auteur distingue bien la république de Cherson, du reste de la presqu’île Taurique, possédée alors par les rois du Bosphore cimmérien, et que la ville de Cherson fournit seule des secours aux Romains. L’historien anglais se trompe encore en disant que le stéphanéphore des Chersonites était un magistrat perpétuel, tandis qu’il est si facile de reconnaître, par la grande quantité des stéphanéphores de Cherson mentionnés par Constantin Porphyrogénète, que ces magistrats étaient annuels, comme presque tous ceux qui gouvernaient les républiques grecques.—S.-M.]
[Note 65: Τὰ πολεμικὰ άρματα καὶ τὰς χειροβολίσρας. On entend par ce dernier mot des balistes qui se manœuvraient avec la main, par conséquent une espèce d’arbalète.—S.-M.]
[Note latérale: XVII. Sarmates vaincus.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 18.]
Les Sarmates délivrés des Goths attaquèrent leurs libérateurs[66]. Ils firent des courses sur les terres des Romains: tant l’amour du pillage était chez ces Barbares supérieur à tout autre sentiment. L’empereur les fit repentir de cette ingratitude: ils furent défaits par lui-même ou par son fils[67]. Ce fut le dernier exploit de Constantin: pendant les quatre ans et demi qu’il vécut encore, son repos ne fut troublé que par une incursion des Perses. Ceux-ci l’obligèrent, la dernière année de sa vie, à faire des préparatifs de guerre, que sa mort interrompit.
[Note 66: Gibbon suppose (t. III, p. 450) que cette guerre fut produite parce que Constantin avait retranché aux Sarmates une partie de la gratification que ses prédécesseurs leur avaient accordée. On ne trouve rien de pareil dans les auteurs; on y voit, au contraire, qu’après sa victoire et pour punir les Sarmates des ravages qu’ils avaient commis, il leur ôta les sommes qu’on était dans l’usage de leur donner.—S.-M.]
[Note 67: Nous avons en mémoire de ces succès des médailles avec la légende SARMATIA. DEVICTA. Voy. Eckhel, Doct. num. vet., t. VIII, p. 87.—S.-M.]
[Note latérale: AN 333.]
[Note latérale: XVIII. Delmatius consul.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 285, 286.]
[Note latérale: Auson. Prof. 16.]
[Note latérale: God. ad Cod. Th. tome 6, p. 357.]
[Note latérale: Vales. ad Amm. l. 14, c. 1.]
[Note latérale: Till. art. 71 et 85.]
[Note latérale: Idem. n. 61.]
[Note latérale: [Liban. t. 2, or. 3, p. 108, 109 et 110; or. 7, p. 217; or. 10, p. 262.]]
Jusqu’à cette entière tranquillité de l’empire, Constantin avait écarté ses frères des affaires publiques. Peut-être était-ce l’effet d’une défiance politique. Il est étonnant que des princes, qui avaient sur Constantin l’avantage d’être nés dans la pourpre, aient été assez dociles pour ne jamais se départir de l’obéissance pendant le cours d’un long règne. C’était le premier exemple de fils d’empereurs, qui fussent restés dans l’état de particuliers. Le testament de leur père qui les avait exclus du gouvernement, loin d’étouffer leur ambition, n’eût fait qu’aigrir leur jalousie, si la douceur de leur naturel, et les précautions que prit apparemment Constantin ne les eussent tenus dans la dépendance. Comme ils étaient demeurés orphelins fort jeunes, il fut le maître de leur éducation; et l’on ne peut douter qu’il ne les ait élevés dans la subordination qu’il désirait de leur part. Ils vécurent long-temps éloignés de la cour, tantôt à Toulouse, où ils honorèrent de leur amitié le rhéteur [Æmilius Magnus] Arborius, tantôt à Corinthe. Selon Julien, Hélène leur belle-mère ne les aimait pas; elle les tint, tant qu’elle vécut, dans une espèce d’exil. Enfin Constantin les rapprocha de sa personne, et l’an 333 il nomma Delmatius consul avec Xénophile. Peu de temps après, il le créa censeur. L’autorité de cette ancienne magistrature avait été, comme celle de toutes les autres, absorbée par la puissance impériale: le titre même en était depuis long-temps aboli. L’empereur Décius l’avait fait revivre en faveur de Valérien, qui n’avait pas eu de successeur dans la censure; elle s’éteignit pour toujours dans la personne de Delmatius. Il eut deux fils, dont l’aîné, de même nom que lui, jette de l’équivoque dans son histoire. On le confond avec son père, et un grand nombre d’auteurs attribuent au fils le consulat de cette année.
[Note latérale: XIX. Peste et famine en Orient.]
[Note latérale: Hier. chron. Theoph. p. 23.]
L’empereur la passa à Constantinople jusqu’au mois de novembre: il fit alors en Mésie un voyage dont on ignore le sujet. Le repos que lui procurait la paix fut troublé par des fléaux plus terribles que la guerre. Salamine, dans l’île de Cypre, fut renversée par un tremblement de terre, et quantité d’habitants périrent dans ses ruines. La peste et la famine désolèrent l’Orient, surtout la Cilicie et la Syrie. Les paysans du voisinage d’Antioche, s’étant attroupés en grand nombre, venaient comme des bêtes féroces pendant la nuit se jeter dans la ville, et entrant de force dans les maisons, pillaient tout ce qui était propre à la nourriture: bientôt enhardis par le désespoir ils accouraient en plein jour, forçaient les greniers et les magasins. L’île de Cypre était en proie aux mêmes violences. Constantin envoya du blé aux églises pour le distribuer aux veuves, aux orphelins, aux étrangers, aux pauvres et aux ecclésiastiques. L’église d’Antioche en reçut trente-six mille boisseaux.
[Note latérale: XX. Mort de Sopater.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 40.]
[Note latérale: Soz. l. 1, c. 5.]
[Note latérale: Eunap. in Ædes. p. 21-25, ed. Boiss.]
[Note latérale: Suid. Σώπατρος.]
C’est peut-être au temps de cette famine, qu’il faut rapporter la mort de Sopater: elle arriva dans les dernières années de Constantin. C’était un philosophe natif d’Apamée, attaché à l’école platonicienne et à la doctrine de Plotin. Après la mort d’Iamblique son maître, comme il était éloquent et présomptueux, il crut que la cour était le seul théâtre digne de ses talents. Il se flatta même de servir le paganisme dont il était fort entêté, et d’arrêter le bras de l’empereur qui foudroyait toutes les idoles. Si l’on en veut croire Eunapius son admirateur, Constantin le goûta tellement qu’il ne pouvait se passer de lui, et qu’il le faisait asseoir à sa droite dans les audiences publiques. Ce grand crédit, ajoute Eunapius, alarma les favoris. La cour allait devenir philosophe; ce rôle les eût embarrassés; il était plus court de perdre le réformateur: ils le firent, et cet homme rare fut, comme Socrate, victime de la calomnie. On répandit le bruit dans Constantinople que Sopater était un grand magicien. La disette affligeait alors la ville, parce que les vents contraires fermaient le port aux vaisseaux qui apportaient le blé d’Alexandrie, et qui ne pouvaient y entrer que par un vent du midi. Le peuple affamé s’assembla au théâtre; mais au lieu des acclamations dont il avait coutume de saluer l’empereur, ce n’était qu’un morne silence. Constantin, encore plus affamé d’éloges, en était désespéré. Les courtisans prirent ce moment pour lui insinuer que c’était Sopater qui tenait le vent du midi enchaîné par ses sortilèges. Le prince crédule lui fit sur l’heure trancher la tête. Le chef de cette cabale était Ablabius, préfet du prétoire, à qui la gloire du philosophe portait ombrage. Tout ce récit sent l’ivresse d’un sophiste, qui dans l’ombre de son école compose un roman sur des intrigues de cour. Suidas dit simplement que Constantin fit mourir Sopater pour faire connaître l’horreur qu’il avait du paganisme; et il blâme ce prince par une raison excellente, c’est que ce n’est pas la force, mais la charité qui fait les chrétiens. Si l’on veut rendre justice à Constantin, on devinera aisément que ce fanatique téméraire, qui avait porté à la cour un zèle outré pour l’idolâtrie, se sera laissé emporter à quelque trait d’insolence, ou même à quelque complot criminel, qui méritait la mort.
[Note latérale: XXI. Ambassades envoyées à Constantin.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 1, c. 8 et l. 4, c. 7.]
Tout le monde connu retentissait du nom de Constantin. Ce prince travaillait avec ardeur à la conversion des rois barbares, et ceux-ci s’empressaient à leur tour de lui envoyer des présents; ils recherchaient son amitié, et lui dressaient même des statues dans leurs états. On voyait dans son palais des députés de tous les peuples de la terre: des Blemmyes, des Indiens, des Éthiopiens. Ils lui présentaient, comme un hommage de leurs monarques, ce que la nature ou l’art produisaient de plus précieux dans leurs pays: des couronnes d’or, des diadèmes ornés de pierreries, des esclaves, de riches étoffes, des chevaux, des boucliers, des armes. L’empereur ne se laissait pas vaincre en magnificence; non content de surpasser ces rois dans les présents qu’il leur envoyait à son tour, il enrichissait leurs ambassadeurs; il conférait aux plus distingués des titres de dignités romaines; et plusieurs d’entre eux, oubliant leur patrie, restèrent à la cour d’un prince si généreux.
[Note latérale: XXII. Lettre de Constantin à Sapor.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 8 et seq.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 25.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 8-15.]
Le plus puissant de tous ces rois était Sapor qui régnait en Perse. Constantin prit occasion de l’ambassade que lui envoyait ce prince, pour tenter de l’adoucir en faveur des chrétiens. Sapor, animé contre eux par les mages et par les Juifs, les chargeait de tributs accablants. Il préparait dès lors cette horrible persécution qui dura une grande partie de son règne[68], et dans laquelle il détruisit les églises et fit mourir tant d’évêques, tant de prêtres, et une quantité innombrable de chrétiens de tout âge, de tout sexe, de toute condition. Il n’épargna pas même Usthazanès[69], vieillard vénérable qui avait été son gouverneur, et qui devait lui être cher par l’ancienneté et la fidélité de ses services. Constantin, affligé du malheureux sort de tant de fidèles, sentit que le moyen de leur procurer du soulagement, n’était pas d’aigrir par des reproches ou des menaces un prince hautain et jaloux de son pouvoir absolu. Il accorda à ses ambassadeurs toutes leurs demandes, et écrivit au roi une lettre où, sans paraître instruit des desseins cruels de Sapor, il se contente de lui recommander les chrétiens, protestant qu’il prendra sur son compte tout ce que le roi voudra bien faire en leur faveur; il l’exhorte à ménager une religion si salutaire aux souverains. Il lui met sous les yeux, d’un côté, l’exemple de Valérien persécuteur que Dieu avait puni par le ministère de Sapor I; de l’autre, les victoires que Dieu lui a fait remporter à lui-même sous l’étendard de la croix. Cette lettre ne fit aucun effet sur l’ame farouche du roi de Perse.
[Note 68: Cette persécution commença en la 117^e année du règne des Sassanides en Perse, la 31^e de Sapor, 342 et 343 de l’ère chrétienne. On peut en voir le récit dans l’Histoire ecclésiastique de Sozomène (l. 2, c. 9-14). Nous possédons, en langue syriaque, les actes des principaux martyrs qui succombèrent alors; ils ont été rédigés au cinquième siècle, par Maruta, évêque de Miafarekin ou Martyropolis dans la Sophène. Le savant E. Evode Assemani les a fait imprimer avec une version latine, en deux volumes in-folio. Rome, 1748.—S.-M.]
[Note 69: Ou plutôt Ustazad. C’est un nom persan dont le sens est Fils du maître ou du docteur.—S.-M.]
[Note latérale: [Soz. l. 2, c. 9.]
[Note latérale: Act. martyr. Syr. Assem. t. 1, p. 20.] ]
—[On voit par les auteurs syriens et par la nombreuse liste des siéges épiscopaux de la Perse, tous occupés par des évêques syriens, que la foi chrétienne[70] avait fait un grand nombre de prosélytes dans ce royaume, et surtout parmi la population syrienne qui y était très-nombreuse. Les persécutions des empereurs contribuèrent peut-être à la répandre dans la Perse, en intéressant la politique du souverain de ce pays à laisser aux chrétiens une pleine liberté dans l’exercice de leur culte, malgré le caractère tout-à-fait exclusif de la doctrine de Zoroastre, professée par les monarques persans. Il n’en fut plus de même après la conversion de Constantin. La position politique des chrétiens fut tout-à-fait changée. Les rois de Perse purent croire que, dans les guerres fréquentes qui divisaient les deux empires, leurs sujets chrétiens seraient plus disposés à favoriser les Romains et des souverains de leur religion. Ces motifs se conçoivent sans peine; ils sont plusieurs fois allégués par Sapor dans ses persécutions, et il est permis de croire qu’ils ne furent pas toujours dépourvus de fondement: ils fournirent au moins des prétextes plausibles aux accusations des Juifs et des mages, qu’on donne pour les instigateurs de ces persécutions. Telles sont les raisons qui peuvent jusqu’à un certain point justifier la conduite de Sapor, conduite si différente de celle des rois ses prédécesseurs. Le changement religieux arrivé dans l’empire romain, eut de même une grande influence sur les relations politiques des rois d’Arménie. Ces princes, qui étaient depuis trois siècles les utiles alliés des Romains, ne maintenaient qu’avec peine une indépendance toujours menacée par les rois de Perse, qui s’emparèrent plusieurs fois de leurs états. Le christianisme qu’ils embrassèrent et auquel ils se montrèrent très-attachés, éleva une barrière insurmontable entre les Persans et leurs sujets. Il rendit plus fréquentes et plus acharnées les guerres qui survinrent entre les deux royaumes, et il contribua à leur donner un caractère national qu’elles n’avaient jamais eu auparavant; il attacha davantage les Arméniens au parti des Romains, et il acheva d’en faire une nation particulière, qui a conservé son existence jusqu’à nos jours. Sans le christianisme, les Arméniens en perdant leur indépendance, n’auraient pas tardé à se confondre avec les Persans. Les dissensions qui survinrent plus tard entre les chrétiens, et les diverses sectes qui naquirent alors, produisirent un autre changement dans la politique des successeurs de Sapor; les persécutions devinrent plus rares et moins sanglantes, et elles ne frappèrent presque plus que les catholiques, et uniquement parce qu’on les regardait comme favorables aux Romains. Les mêmes motifs qui avaient porté les rois de Perse à favoriser d’abord, puis à persécuter les chrétiens, durent les engager à protéger les sectaires qui étaient poursuivis dans l’empire. Aussi les sectes Nestorienne et Jacobite se propagèrent avec tant de sécurité dans leurs états, qu’elles finirent par y gagner presque toute la population chrétienne. Il paraît qu’elles furent secondées dans leurs efforts par les monarques eux-mêmes qui, comme on le verra dans la suite, attachèrent toujours une grande importance à ce que leurs sujets chrétiens suivissent une autre doctrine, que celle qui était adoptée dans l’empire.]—S.-M.
[Note 70: L’Adiabène, province de la Perse située sur les bords du Tigre, dans les environs de Ninive au midi de l’Arménie, était presque toute chrétienne, au rapport de Sozomène, l. 2, c. 12: Κλίμα δέ τοῦτο περσικὸν ώς έπίπαν χριστανίζον.—S.-M.]
[Note latérale: XXIII. Préparatifs de guerre faits par les Perses.]
[Note latérale: Liban. Basilic. t. 2, p. 118, 119 et 120. ed. Morel.]
L’ambassade envoyée à Constantin par Sapor avait pour but d’obtenir du fer, dont il avait besoin pour fabriquer des armes. Les Perses ne s’étaient tenus en paix depuis la victoire de Galérius, que pour se mieux disposer à la guerre. Ce fut pendant quarante ans leur unique occupation. Ils attribuaient les mauvais succès précédents au défaut de préparatifs. Ils amusaient les Romains par des ambassades et par des présents, tandis qu’ils formaient des archers et des frondeurs, qu’ils dressaient leurs chevaux, forgeaient des armes, amassaient des trésors, laissaient à leur jeunesse le temps de se multiplier, assemblaient grand nombre d’éléphants, exerçaient à la milice jusqu’aux enfants. La culture des terres fut pendant ce temps-là abandonnée aux femmes. La Perse était très-peuplée; mais elle n’avait point de fer. Ils en demandèrent aux Romains, sous prétexte de ne s’en servir que contre les Barbares leurs voisins. Constantin se doutait de leur dessein; mais pour ne pas donner à Sapor occasion de rupture, se fiant d’ailleurs en tout événement sur la supériorité de ses forces, il leur en accorda. Ils en firent des javelots, des haches, des piques, des épées, de grosses lances: ils couvrirent de fer leurs cavaliers et leurs chevaux; et ce métal dangereux, obtenu de Constantin, servit entre les mains des Perses à désoler la Mésopotamie et la Syrie, sous l’empire de ses successeurs[71].
[Note 71: Libanius est le seul auteur qui ait donné de tels motifs à l’ambassade de Sapor. Il est facile de concevoir que le désir de procurer à ses états le libre commerce du fer, ait été pour quelque chose dans la démarche du roi de Perse; mais on distingue sans peine, dans ce récit, tout ce qui vient de l’imagination du rhéteur d’Antioche.—S.-M.]
[Note latérale: XXIV. Constantin écrit à saint Antoine.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 14.]
[Note latérale: [Prosp. chr.]]
[Note latérale: Till. art. 72.]
Tous les honneurs que les nations étrangères s’empressaient de rendre à l’empereur, ne le flattèrent pas autant que les lettres qu’il reçut d’un solitaire, qui dans une caverne toute nue était plus indépendant et plus riche que les plus grands rois. Constantin qui sentait continuellement le besoin qu’il avait des secours du ciel, ne cessait, même au milieu de la paix, de demander aux évêques leurs prières et celles de leurs peuples. Il écrivit à S. Antoine caché aux extrémités de l’empire dans les déserts de la Thébaïde. Il voulut que ses enfants lui écrivissent aussi comme à leur père. Il le traitait avec le plus grand honneur, et lui offrait de fournir abondamment à tous ses besoins. Le saint, qui n’en connaissait aucun, n’était pas trop disposé à lui répondre. Enfin, à la prière de ses disciples, il écrivit à l’empereur et aux jeunes princes; mais loin de leur rien demander, il leur donna des avis plus précieux que tous les trésors. Ses lettres furent reçues avec joie. Il fit dans la suite plusieurs remontrances en faveur de saint Athanase. Il est fâcheux pour la gloire de Constantin, qu’une injuste prévention l’ait emporté dans son esprit sur le respect qu’il portait au saint solitaire.
[Note latérale: XXV. Constant César.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Aur. Vict. de Cæs. p. 177.]
L’empereur termina cette année, en donnant, le 25 décembre, le nom de César à Constant, le plus jeune de ses fils, qui était dans sa quatorzième année. On rapporte que la nuit suivante le ciel parut tout en feu. On devina après l’événement que ce phénomène avait été un présage des malheurs que causerait et qu’éprouverait le nouveau César.
[Note latérale: XXVI. Consuls.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 40.]
[Note latérale: Ducange, Byz. fam. p. 45.]
[Note latérale: Buch. Cycl. p. 239.]
[Note latérale: Grut. inscr. p. 100, nº 6. p. 353, nº 4. p. 463, n. 3 et 4.]
[Note latérale: Reines. inscr. p. 67.]
L’année suivante 334 eut deux consuls distingués par leur naissance, par leur mérite et par les dignités dont ils avaient déja été honorés. Le premier était L. Ranius Acontius Optatus. Il avait été proconsul de la Narbonnaise, lieutenant de l’empereur dans l’Asturie et la Galice, et ensuite dans l’Asie, préteur, tribun du peuple, questeur de Sicile, sans compter d’autres magistratures, que plusieurs villes de l’Italie lui avaient conférées. Les habitants de Nole lui érigèrent une statue de bronze. Constantin le nomma patrice, et c’est le premier qu’on sache avoir porté ce titre avec Julius Constance frère de l’empereur. Quelques auteurs disent qu’après la mort de Bassianus il épousa Anastasia; ce qui n’est pas aisé à croire, parce qu’il était païen: ceux de Nole lui donnèrent l’intendance de leurs sacrifices.
L’autre consul fut Anicius Paulinus appelé Junior, pour le distinguer de son oncle paternel, qui avait été consul en 325. Il fut préfet de Rome dans l’année même de son consulat, et il posséda cette charge pendant toute l’année suivante. Il avait déja été proconsul de l’Asie et de l’Hellespont; et dans l’inscription d’une statue qui lui fut élevée à Rome à la requête du peuple, avec l’agrément du sénat, de l’empereur et des Césars, on loue sa noblesse, son éloquence, sa justice, et son attention sévère à la conservation de la discipline. Il fit cette année la dédicace d’une statue que le sénat et le peuple de Rome érigèrent à Constantin.
[Note latérale: XXVII. Les Sarmates chassés par leurs esclaves.]
[Note latérale: Jornand. de reb. Get. c. 22.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 6.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Hieron. Chron.]
[Note latérale: [Idat. chron.]]
Les Goths subjugués deux ans auparavant n’étaient plus en état de combattre les Romains. Encore plus incapables de rester en paix, ils se vengèrent de leur défaite sur les Sarmates qui la leur avaient attirée. Ils avaient à leur tête Gébéric, prince guerrier, arrière-petit-fils de ce Cniva qui commandait les Goths dans la bataille où l’empereur Décius perdit la vie. Les Sarmates avaient pour roi Wisimar[72], de la race des Asdingues, la plus noble et la plus belliqueuse de leur nation. Les Goths vinrent les attaquer sur les bords du fleuve Marisch [Marisia][73] et les succès furent balancés pendant assez long-temps. Enfin Wisimar ayant été tué dans une bataille avec la plus grande partie de ses soldats, la victoire demeura à Gébéric. Les vaincus réduits à un trop petit nombre, pour résister à de si puissants ennemis, prirent le parti de donner des armes aux Limigantes; c’est ainsi qu’ils appelaient leurs esclaves; les maîtres se nommaient Arcaragantes. Ces nouveaux soldats vainquirent les Goths; mais ils n’eurent pas plutôt senti leur force, qu’ils la tournèrent contre leurs maîtres et les chassèrent du pays. Les Sarmates, au nombre de plus de trois cent mille de tout âge et de tout sexe, passèrent le Danube et vinrent se jeter entre les bras de Constantin, qui s’avança jusqu’en Mésie pour les recevoir. Il incorpora dans ses troupes ceux qui étaient propres à la guerre; mélange mal entendu, qui contribua à corrompre la discipline des légions et à les abâtardir. Il donna aux autres des terres en Thrace, dans la petite Scythie, en Macédoine, en Pannonie, même en Italie; et ces Barbares eurent à se féliciter d’un malheur, qui les avait fait passer d’un état libre, mais turbulent et périlleux, à un doux assujettissement où ils trouvaient le repos et la sûreté[74]. Un autre corps de Sarmates se retira chez les Victohales, qui sont peut-être les mêmes que les Quades Ultramontains, dans la partie occidentale de la haute Hongrie. Ceux-ci furent vingt-quatre ans après rétablis dans leur pays par les Romains qui en chassèrent les Limigantes.
[Note 72: C’est des Vandales que Wisimar était roi, selon Jornandès, qui est à proprement parler le seul qui nous ait conservé le souvenir de cette guerre. Il se fonde sur le témoignage de Dexippe, auteur du troisième siècle, qui avait écrit une Histoire des Goths dont il ne nous reste plus rien. Il ajoute qu’en moins d’un an, les Vandales étaient venus des bords de l’Océan, s’établir sur les frontières de l’empire, malgré le grand éloignement; qui ab Oceano ad nostrum limitem vix in anni spatio pervenisse testatur prœ nimiâ terrarum immensitate. C’est sans doute des bords de la Baltique que les Vandales vinrent à cette époque.—S.-M.]
[Note 73: Selon Jornandès, les Vandales occupaient alors le pays possédé de son temps par les Gépides, et arrosé par les fleuves Marisia, Miliare, Gilfil et Grissia plus fort que les trois autres. Ils avaient à l’orient les Goths, à l’occident les Marcomans, au nord les Hermundures et au sud le Danube. Ils occupaient donc le Bannat de Temeswar et une partie de la Hongrie.—S.-M.]
[Note 74: Jornandès ne parle que des Vandales seuls. Réduits à un petit nombre, ils quittèrent le pays qu’ils occupaient et obtinrent de Constantin de nouvelles habitations dans la Pannonie. C’est de ces Vandales que descendaient ceux qui, à l’instigation de Stilichon, se répandirent plus tard sur la Gaule et sur d’autres parties de l’empire.—S.-M.]
[Note latérale: AN 335.]
[Note latérale: XXVIII. Consuls.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Ducange, Byz. fam. p. 49.]
[Note latérale: Themist. or. 4. p. 58 et 59.]
[Note latérale: Grut. inscr. p. 387, nº 3.]
[Note latérale: Buch. cycl. p. 239.]
[Note latérale: Till. sur Julien. not. 1.]
Constantin avait déja donné le consulat à Delmatius, l’aîné de ses frères. Le second nommé Julius Constance fut consul en 335 avec [C. Ceionius] Rufius Albinus. Il avait épousé en premières noces Galla sœur de Rufinus et de Céréalis consuls en 347 et 358. Il en avait eu Gallus qui naquit en Toscane l’an 325 ou 326, un autre fils que l’histoire ne nomme pas, et qui fut tué après la mort de Constantin, et une fille qui fut mariée à Constance, et dont on ignore aussi le nom. Sa seconde femme fut Basilina, fille de Julien, consul en 322, et sœur d’un autre Julien qui fut comte d’Orient. Elle mourut jeune et laissa un fils nommé Julien comme son aïeul maternel; c’est le fameux Julien surnommé l’Apostat, qui naquit vers la fin de l’an 331 à Constantinople, où son père et sa mère avaient été mariés. Rufius Albinus collégue de Julius Constance est, à ce qu’on croit, le fils de Rufius Volusianus, consul pour la seconde fois en 314. Une inscription le nomme philosophe. Il fut préfet de Rome l’année suivante.
[Note latérale: XXIX. Tricennales de Constantin.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Pasch. p. 286.]
[Note latérale: Euseb. orat. in tricen.]
[Note latérale: Vales. notæ ib. c. 11.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 48.]
L’empereur resta pendant toute celle-ci à Constantinople, si on en excepte un voyage qu’il fit dans la haute Mésie, peu de jours après avoir célébré par des jeux le commencement de la trentième année de son empire, dans laquelle il entrait le 25 juillet. Une circonstance augmenta la joie et l’éclat de cette fête qu’on appelait les tricennales; c’est qu’aucun empereur depuis Auguste n’avait régné si long-temps. Nous avons un éloge de Constantin prononcé à l’occasion de cette solennité par Eusèbe de Césarée, dans le palais en présence de l’empereur: c’est plutôt un livre qu’un discours. Pour l’honneur de Constantin, un si long et si froid panégyrique aurait bien dû l’ennuyer: ce qui n’arriva pas, si l’on en croit Eusèbe qui se félicite du succès. On loue cependant Constantin d’avoir été en garde contre la flatterie; et l’histoire le compte entre le petit nombre de souverains qui n’en ont pas été dupes. Un jour un ecclésiastique s’étant oublié jusqu’à lui dire en face, qu’il était bienheureux; puisque après avoir mérité de régner sur les hommes en cette vie, il régnerait dans l’autre avec le fils de Dieu, il rebuta brusquement l’encens de ce prêtre: Gardez-vous, lui dit-il, de me tenir jamais un pareil langage; je n’ai besoin que de vos prières; employez-les à demander pour moi la grace d’être un digne serviteur de Dieu en ce monde et dans l’autre.
[Note latérale: XXX. Delmatius César.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 39 et 40.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Pasch. p. 286.]
[Note latérale: Eutr. l. 10.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Aurel. Vict. de cæs. p. 177.]
[Note latérale: Philost. l. 3, c. 22 et 28.]
[Note latérale: Amm. l. 14, c. 1.]
[Note latérale: Ducange, Byz. fam. p. 49.]
[Note latérale: Auson. prof. 17.]
[Note latérale: [Aur. Vict. epit. p. 225.]
[Note latérale: Theoph. p. 23 et 24.]
[Note latérale: Cedren. t. 1, p. 296.]]
Il paraît qu’entre ses frères, il chérissait principalement Delmatius. Julius Constance avait deux fils, dont l’aîné Gallus était déja âgé de dix ans. On ne voit pas que l’empereur ait honoré ce neveu d’aucune distinction. Mais il combla de faveurs les deux fils de Delmatius. L’aîné qui portait le même nom que son père était déja maître de la milice. Ce jeune prince montrait le plus beau naturel et ressemblait fort à l’empereur son oncle. Les gens de guerre dont il était aimé contribuèrent à son élévation. Il venait d’accroître leur estime par la promptitude avec laquelle il avait étouffé la révolte de Calocérus. C’était un des derniers officiers de la cour, maître des chameaux de l’empereur; mais assez extravagant pour former le projet de se rendre indépendant, et assez hardi pour le déclarer. Il se fit des partisans et se saisit de l’île de Cypre. Le jeune Delmatius y passa à la tête de quelques troupes, et n’eut besoin que de le joindre pour le défaire et l’emmener prisonnier à Tarse, où il le traita comme un esclave et un brigand; il le fit brûler vif. Constantin fut charmé d’un service qui justifiait la préférence qu’il donnait à ce neveu. Il l’égala à ses trois fils en le nommant César le 18 septembre. Le cadet de Delmatius, nommé Hanniballianus comme un de ses oncles, eut le titre de nobilissime avec celui de roi des rois et des nations Pontiques[75]. L’empereur donna en mariage à celui-ci Constantine sa fille aînée. Elle reçut de son père la qualité d’Auguste. Ces deux princes avaient été instruits à Narbonne par le rhéteur Exupérius, à qui ils procurèrent le gouvernement d’Espagne avec de grandes richesses, quoique, à en juger par l’éloge même qu’en fait Ausone, ce ne fût pas un homme d’un grand mérite.
[Note 75: Hanniballianus est toujours désigné dans les auteurs par le titre de roi. Il existe encore des médailles frappées en son honneur, où le même titre se trouve FL. HANNIBALLIANO REGI. Voyez Eckbel, Doct. num. vet. t. VIII, p. 204. Armeniam nationesque circumsocias habebat, dit Aurélius Victor, p. 225. C’est de la petite Arménie que cet auteur entend parler. Quoiqu’il ne soit guère possible de révoquer en doute un fait garanti par des autorités aussi respectables, Gibbon (t. III, p. 439) le regarde comme inexplicable et difficile à croire. C’est étrangement abuser du droit de douter, que de refuser toute confiance à un fait assez peu important par lui-même, et attesté d’une manière formelle par des auteurs contemporains et des monuments publics.—S.-M.]
[Note latérale: XXXI. Partage des états de Constantin.]
[Note latérale: Euseb. orat. tric. c. 3. et vit.]
[Note latérale: Const. l. 4, c. 51.]
[Note latérale: Zos. l. 2, c. 39.]
[Note latérale: Aur. Vict. epit. p. 225.]
[Note latérale: Anony. Vales.]
[Note latérale: Chron. Alex. vel Paschal. p. 286.]
[Note latérale: Socr. l. 1, c. 39.]
[Note latérale: Theod. l. 1, c. 32.]
[Note latérale: Soz. l. 2, c. 34.]
[Note latérale: Jul. or. 1, p. 17 et 18, or. 2, p. 94, ed. Spanh.]
[Note latérale: Eutrop. l. 10.]
[Note latérale: Hier. chron.]
Ces honneurs excitèrent la jalousie des fils de Constantin; elle s’accrut encore par de nouvelles faveurs, et produisit après sa mort les effets les plus funestes. Ce prince qui avait eu tant d’occasions d’éprouver combien la multitude des souverains était onéreuse à l’empire, ne put se résoudre à priver de la souveraineté aucun de ses fils. Il fit dès cette année leur partage. Il leur associa Delmatius et Hanniballianus, sans donner aucune part à ses frères, ni à ses autres neveux. Constantin, l’aîné de ses fils, eut ce qu’avait possédé Constance Chlore, c’est-à-dire, tout ce qui était vers l’Occident au-delà des Alpes, les Gaules, l’Espagne et la grande-Bretagne. Constance eut l’Asie, la Syrie, l’Égypte. L’Italie, l’Illyrie et l’Afrique furent données à Constant; la Thrace, la Macédoine, l’Achaïe, à Delmatius. Le royaume d’Hanniballianus fut formé de la petite Arménie, des provinces de Pont et de Cappadoce: Césarée était la capitale de ses états. Entre les enfants de l’empereur, Constance était le plus chéri, à cause de sa soumission et de sa complaisance. Il avait eu pendant quelque temps le gouvernement des Gaules, peut-être lorsque Constantin son frère était employé contre les Goths. Il passa de là en Orient; et ce fut par prédilection que son père lui en laissa le commandement, comme de la plus belle portion de l’empire.
[Note latérale: XXXII. Comète.]
[Note latérale: Theoph. p. 24.]
[Note latérale: Eutrop. l. 10.]
Il parut cette année à Antioche depuis la troisième heure du jour jusqu’à la cinquième, du côté de l’orient, un astre qui semblait jeter une épaisse fumée. L’auteur qui rapporte ce fait, ne dit ni en quel jour, ni combien de jours se fit voir cet astre. C’est apparemment la comète à laquelle des historiens crédules font l’honneur d’avoir annoncé la mort de Constantin.
[Note latérale: AN 336.]
[Note latérale: XXXIII. Consuls.]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: Ducange, Byz. Fam. p. 48.]
Si la conjecture de quelques modernes est véritable, Népotianus qui fut consul avec Facundus en 336, avait pour mère Eutropia, sœur de Constantin, et pour père Népotianus, qui avait été consul sous Dioclétien en 301. L’empereur après avoir honoré du consulat deux de ses frères, aura voulu faire le même honneur au fils de sa sœur; et ce sera ce même Népotianus qui prit la pourpre quinze ans après, quand il eut appris la mort de Constant.
[Note latérale: XXXIV. Mariage de Constance.]
[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 49.]
[Note latérale: Jul. or. 7, p. 227, et orat. ad Ath. p. 272, ed. Spanh.]
[Note latérale: Till. art. 76.]
Constantin fils aîné de l’empereur était marié depuis quelque temps. On ignore le nom de sa femme. Cette année Constance épousa sa cousine germaine, fille de Julius Constance et de Galla. Julien se récrie contre ces mariages, qu’il prétend criminels. Il en prend avantage pour satisfaire sa mauvaise humeur contre Constantin et ses enfants. Mais il n’y avait encore aucune loi qui défendit ces alliances entre cousins germains. L’empereur célébra les noces avec grand appareil: il voulut mener lui-même l’époux. Il sacrifia pourtant une partie de la joie et de l’agrément de la fête, au soin d’y maintenir une honnêteté sévère: le festin et les divertissements furent donnés dans deux salles séparées, l’une pour les hommes, l’autre pour les femmes. Il fit à cette occasion des graces et des largesses considérables aux villes et aux provinces.
[Note latérale: XXXV. Ambassade des Indiens.]
[Note latérale: Eus. vit. Const. l. 2, c. 50.]
Ce fut dans ce même temps qu’il reçut des Indiens orientaux une ambassade, qui ressemblait à un hommage que des vassaux rendent à leur souverain; comme si sa puissance se fût étendue aussi loin que son nom. Ces princes lui envoyaient des pierres précieuses, des animaux rares; ils lui faisaient dire par leurs ambassadeurs, qu’ils honoraient ses portraits, qu’ils lui érigeaient des statues, et qu’ils le reconnaissaient pour leur roi et leur empereur.
[Note latérale: [Amm. l. 25, c. 4.]
[Note latérale: Cedrenus, t. I, p. 295.]]