Ici et seulement Ici

Christelle Dabos · Chapitre 41 sur 45

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Ici et seulement Ici

Nouvelle rentrée

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TO

 

Aujourd’hui, tu as décidé que ça ne serait pas comme hier. Hier, ça ne compte pas vraiment. Ce n’était que le premier jour. Vous n’avez eu qu’un seul cours ; et encore, ce n’était que pour vous donner le règlement, l’emploi du temps et un plan du collège.

Ça ne compte pas.

Ton arrivée avec vingt minutes de retard ne compte pas. L’oubli de ton cartable dans la voiture ne compte pas. Tu as eu droit à la pire table de la classe, pile face au professeur, au tout premier rang, avec un garçon qui sent très-très mauvais à côté et tout plein de ricanements derrière, mais cela non plus, ça ne compte pas.

C’est aujourd’hui que tout commence pour de bon.

Te voilà dans la cour de récréation avec de l’avance. Pour le moment, tu n’as pas d’amis avec qui discuter. Il pleuvote. Des groupes se sont déjà formés sous le préau, tes anciens camarades du primaire sont éparpillés un peu partout. À part toi, un seul élève se retrouve à l’écart et comme c’est le garçon qui sent très-très mauvais, tu ne l’approches pas non plus. Tu te sens seul, mais tu ne le montres surtout pas. Tu relaces tes chaussures, l’une après l’autre, aussi lentement que possible. Tu fais semblant de véri er quelque chose à l’intérieur de ton cartable. Tu en pro tes pour relire l’emploi du temps. Tu marches sous la pluie, les mains dans les poches, avec une fausse décontraction.

C’est toujours si long avant la première sonnerie ?

Tu lèves les yeux tout là-haut, au-dessus des quatre étages du collège, vers le cadran de l’horloge. Elle est impitoyablement à l’heure.

Deux autres élèves regardent en haut aussi.

– C’est de là qu’il a sauté.

– Je te dis qu’il a pas sauté.

– Si, il a sauté.

– Non, il a pas sauté.

– Tu l’as revu Ici, toi, depuis ? Il a sauté.

– Il a changé d’école, ducon. Il a pas sauté.

– Je connais un mec qui connaît un mec qui l’a vu sauter.

– Il a pas… et puis merde, qu’est-ce qu’on s’en fout, de toute façon ? On sait même plus son nom, à ce type.

Les deux élèves s’en vont et toi, tu te demandes de qui ils pouvaient bien parler. Tu t’aperçois qu’il y avait un troisième élève avec eux qui, lui, n’a pas bougé. Un grand. Il se tient tout droit sous la pluie, sa frange trop longue se colle à son nez. Il a, en plus de son sac à dos, une étrange mallette à la main.

Il xe l’horloge :

– Elle s’arrêtera encore. Un jour ou l’autre.

Tu ne sais pas s’il t’a dit ça à toi ou s’il s’est dit ça à lui. Tu es intimidé, mais tu demandes quand même :

– Le type. Il a sauté ou pas ?

Le grand te sourit. Tu n’en as jamais vu un pareil, de sourire. On croirait un élastique.

– Ça, ça dépend de toi.

La sonnerie retentit. Le grand est loin. Tu n’as rien compris.

Tu montes vers ta salle de classe au premier étage. À chaque marche d’escalier, tu ne peux t’empêcher de te demander si le type a sauté ou pas. Tu ignores pourquoi, mais c’est devenu extrêmement important pour toi. Non, vraiment, aujourd’hui, ça ne doit pas se passer comme hier. Il faut vite que tu changes de table, que tu te trouves une meilleure place. De préférence, pas trop près du garçon qui sent très-très mauvais. Tu t’arrêtes avant de rejoindre tes camarades en classe. Il y a quelque chose de différent. Quelque chose de troublant.

Un tableau noir. Au beau milieu du couloir. Et sur le tableau noir, des noms ont été écrits à la craie. Tous les noms de ta classe. Ton nom à toi aussi. Tu regardes mieux. Les noms vont deux par deux : un nom en haut, une barre, un nom en bas.

Ton nom à toi se trouve sous le nom du garçon qui sent très mauvais. Qu’est-ce que ça signi e et pourquoi ça te fait peur à ce point ?

– J’étais sûr de te trouver ici.

Tu sursautes. Un grand encore plus grand que l’élève à la mallette – que tous les grands de tout le collège, en fait – s’est penché au-dessus toi. C’est pas à toi qu’il a parlé, mais au tableau. Pourtant, penses-tu, son nom à lui ne gure pas dessus. Il prend une craie et trace des traits partout. Quand il a ni, il repose la craie, tape fort dans ses mains pour les essuyer, puis repart. Comme ça.

Sur le tableau, ce ne sont plus des barres entre les noms. Entre ton nom et le nom du garçon qui sent très-très mauvais. Ce sont des signes « égal ».

Soudain, tu n’as plus peur. Parce que oui, ça dépend de toi.

Tu t’entends prononcer d’une nouvelle voix :

– Il A Pas Sauté.

Et tu rentres en classe.

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