Je selfie donc je suis

Elsa Godard · Chapitre 9 sur 15

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Je selfie donc je suis

8. Une révolution éthique

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Une révolution éthique

 

Le moi dans tous ses avatars

 

Le stade du selfie marque une nouvelle façon pour le sujet d’exister dans le monde à l’heure de la réalité augmentée par la virtualité. On a vu que toutes les révolutions (technologique, humaine, culturelle, esthétique, sociale…) qu’il a subies ont eu pour répercussion de métamorphoser le moi. On a vu que, déjà remis en question avec la découverte de l’inconscient, il est à nouveau interrogé : nous devons désormais compter avec ses avatars et avec cette part augmentée de soi que j’ai appelée le soi digital.

Ces bouleversements, qui n’en sont peut-être qu’à leurs balbutiements, impliquent de réfléchir profondément à leurs possibles conséquences sur nos modes d’être et nos comportements. C’est là que nous avons précisément besoin de convoquer l’éthique.

L’éthique, cette partie de la philosophie qui se veut pratique, cherche à « penser » nos conduites, vise à établir des règles et des principes qui nous permettent d’agir. Elle nous engage à considérer aussi le sens que nous voulons donner au vivre-ensemble.

 

L’altérisme : réinvention du lien

 

Ce qui a déstabilisé le sujet, parmi d’autres facteurs, c’est donc l’arrivée d’une réalité virtuelle qui a donné naissance à cette nouvelle forme de sujet virtuel, l’« avatar », qui est comme un miroir (plus ou moins déformant) du sujet réel. Il est difficile à présent de chercher à se définir sans en tenir compte : le sujet hypermoderne est celui qui combine un moi conscient, un inconscient et un soi digital. Il a intégré le virtuel dans ses modes d’être et de comportement. Pour restaurer sa subjectivité mise à mal, il s’agit maintenant d’intégrer le soi digital à la fonction de sujet. Cela implique une redéfinition qui intègre désormais la dimension virtuelle.

Toutefois, cela ne peut se faire sans tenir compte de la présence des autres (que leur présence soit réelle ou virtuelle). C’est peut-être ce qui, au fond, pose le plus de problèmes à l’ère du numérique : le sentiment d’avoir perdu la profondeur du lien humain réel. Ce n’est pas tant que nous n’avons plus de contacts réels avec les autres, mais que ce lien s’est considérablement modifié, peut-être même appauvri alors même que se développaient les liens virtuels (que j’ai qualifiés de nexus).

En plongeant dans le virtuel, nous avons eu l’impression d’une « perte de quelque chose » de « plus » humain, de « plus » vrai. D’où l’émergence d’une opposition entre le réel et le virtuel. Pourtant, opposer les deux réalités ne semble pas pertinent. Tout comme Platon qui distinguait le monde sensible du monde intelligible mais rappelait qu’il s’agit d’un seul et même monde, peut-être serait-il plus raisonnable de les accueillir simultanément, en acceptant définitivement de vivre à l’époque d’une réalité augmentée par le virtuel.

Il s’agit également d’admettre que nous nous transformons peu à peu. Pas seulement sur le plan physique – mais aussi social, psychique, individuel, culturel… Que cette transformation nous inquiète, nous trouble, nous effraie ou nous attire et nous fascine, peu importe : il nous semble fondamental de commencer par l’accepter. Mais aussi, dans le même temps, de la penser. Une chose importe : ce sentiment de « perte » du lien réel et profond à l’autre – que ce soit une réalité ou une interprétation – nous invite à le revisiter, et peut-être même à le refonder.

Le sacre de l’individualisme a plongé notre époque contemporaine dans une immanence angoissante. L’image existentialiste de l’homme comme un « être-jeté » dans le monde, évoquée en ce début de e XX siècle, serait une belle illustration de ce que nous ressentons : un « être-jeté », c’est-à-dire sans « lien » qui puisse le rattacher à quelque chose ou à quelqu’un, « seul » dans l’univers, sans rien qui le retienne dans l’existence, responsable de son fondement et de sa liberté, prisonnier de la seule chose qui le ramène à lui-même : son angoisse.

À l’heure d’Internet, cet « être-jeté » n’a pourtant plus de sens puisqu’il est en « lien » – connecté – en permanence : nous ne sommes plus des « êtres-jetés », mais des « êtres-connectés ».

Il me semble que cette contradiction est encore le signe que nous vivons une véritable mutation, dont les fondements sont encore en construction. Cette mutation est d’abord celle du lien. Non pas le lien évident qu’on appelle altérité – et qui sur les réseaux sociaux a du mal à tenir dans sa définition classique. Non pas le nexus des réseaux mais une nouvelle forme de lien qui rassemble notre présence réelle et notre présence virtuelle ; un lien qui appelle à traverser les écrans et à aller à la rencontre des autres. Un lien qui prend vie dans le virtuel et qui s’éprouve dans le réel. Un lien qui se tisse entre le je et le tu et qui fonde le nous. Le lien de la communauté humaine qui nous transcende depuis que nous sommes entrés dans la mondialisation. Un lien qui prend la forme de l’inter-culturalité, celui du mélange des différences (sociales, culturelles, religieuses…), de l’économie du partage, du bien vivre-ensemble, dans le réel comme dans le virtuel…

Ce lien est de fait lien d’humanité. Mais une humanité qui demande elle aussi à être redéfinie, au vu des bouleversements induits par les nouveaux paradigmes. Une humanité qui évolue en permanence et qui ne cesse de s’interroger sur son devenir. Une humanité en marche avec la mondialisation et la globalisation. Une humanité qui transcende l’hyper-individu et lui permette de retrouver du sens. Une humanité riche de ses enfants, dont le devoir numéro un sera de construire ce lien de demain, de lui donner chair, vie et sens.

Ce lien inédit d’humanité ne consiste pas seulement à reconnaître l’Autre dans sa différence, son abstraction ou sa matérialité ; il englobe la relation elle-même. C’est pourquoi je proposerais le néologisme d’altérisme pour le caractériser et le distinguer de la seule altérité.

Qu’on le veuille ou non, l’Humanité, je l’ai dit, est transcendance. Ainsi, l’altérisme serait la caractéristique de cette nouvelle forme de transcendance qui porte à bout de bras nos sociétés contemporaines, qui dessine le profil de notre monde emporté par la révolution numérique. Le monde change, et ce n’est désormais qu’ensemble que nous pourrons le maintenir debout. Retrouver le sens de l’altérisme, c’est poser les principes de nouvelles valeurs communes qui pourront aussi nous maintenir dans le vivant.

Cela appelle donc à un nouvel humanisme, un humanisme numérique, un humanisme 2.0.

 

Un humanisme 2.0

 

L’Humanisme tel qu’il a émergé en Europe, au e XVI siècle, reposait sur trois fondements :

un retour aux anciens et la recherche de nouveaux modèles, notamment chez les auteurs de l’Antiquité grecque et latine ;

une nouvelle définition de l’homme : c’est à cette époque, on l’a vu, qu’apparaît la notion de « sujet » – l’homme se trouve alors au centre du monde et maîtrise son environnement, notamment grâce aux avancées techno-scientifiques, on passe d’un théocentrisme à un anthropocentrisme ;

et enfin la définition de nouvelles valeurs fondées sur l’étude des humanités qui donnent naissance à « l’honnête homme », avec à la clef un nouvel axe politique basé sur la justice et la modération, défendu par des penseurs comme Jean Bodin, favorable à la tolérance et à la liberté individuelle.

Pour donner du sens à l’humanisme 2.0., nous pouvons procéder par analogie et reprendre ces trois fondements en les adaptant au contexte d’aujourd’hui :

revenir aux anciens et à leur sagesse pour trouver de nouveaux modèles, c’est-à-dire, pour nous, se tourner du côté des Lumières et repenser leur héritage à l’aune de notre contemporanéité (pourquoi ne pas établir un nouveau Contrat social ?) ;

ensuite, apporter une nouvelle définition de l’homme en tenant compte des nouvelles technologies, aussi bien au niveau physiologique (l’homme augmenté) qu’au niveau psychologique et social (l’impact du virtuel). Cela nous amènera à une seconde re-naissance du sujet. L’homme désormais n’est plus seulement celui qui maîtrise son environnement et le monde, mais aussi celui qui se lance à la conquête de l’espace et place l’infini à portée de main. On est passé d’un anthropocentrisme à un technocentrisme où l’homme apparaît désormais comme un « défenseur » de la nature ;

enfin, la définition de nouvelles valeurs fondées sur l’étude de l’Humanité 2.0 et de « l’homme augmenté ». Bien évidemment, cela implique également une redéfinition de la politique et de la démocratie où la différence et la créativité seront au cœur de la délibération publique (à quand un vote sur Internet, depuis chez soi ?).

Après l’humanisme religieux et laïque, nous entrons à présent dans l’humanisme numérique. En 1979, Levinas avait prédit : « L’avenir, c’est l’autre. La relation avec l’avenir, c’est la relation même avec l’autre. » Transformons, dans un effort commun, la seule et trop souvent indifférente altérité en altérisme.

 

Des limites : réhabilitation d’une self’éthique

La virtualité repousse toujours plus loin les limites du progrès technique. Et j’ai dénombré déjà plusieurs effets pervers de cette révolution numérique. Comme il est vain et inutile de rejeter une technologie que nous maîtrisons, le dernier garde-fou qu’il nous reste est l’éthique.

L’éthique nous permet de « penser » nos actes, c’est-à-dire de développer un esprit critique et de « lever la tête » du guidon de nos habitudes afin de chercher à savoir si le chemin qu’on emprunte est le bon.

Nous sommes tellement pris dans le tourbillon techno-scientifique qu’il n’est plus possible de faire machine arrière. Mais cela n’empêche pas de penser ce progrès. Cela n’empêche pas de se questionner sur notre manière de le vivre. Nous avons encore trop peu de recul sur les effets pervers de ces nouvelles technologies mais si l’impact qu’elles peuvent avoir sur notre santé ou encore sur notre bonheur est difficile à mesurer, nous pouvons déjà observer la modification de nos comportements sociaux et individuels, les changements qu’elle induit dans notre vision du monde et de l’existence en général.

En décembre 2015, une étude a été publiée pour dénoncer les dangers d’une surexposition des jeunes enfants aux tablettes numériques. Sabine Duflo, psychologue, a rédigé une tribune dans Le Monde dans laquelle elle met en garde les parents. Elle estime que, « de la naissance à la fin de la maternelle », lorsqu’un enfant est exposé six à sept heures par jour aux écrans (tablette, téléphone, télévision), et que son approche du monde se fait par ce biais (c’est-à-dire par une réalité virtuelle), il risque de développer des retards cognitifs importants : retards de langage, troubles de l’attention, et une impulsivité mal maîtrisée. Ce sont les conséquences du passage du logos à l’eidôlon, avec la disparition du langage au profit de l’image, et de la précipitation du temps dans notre monde hic et nunc. Les images qui défilent donnent l’illusion d’un mouvement permanent, d’une multiplication d’actions, d’une urgence perpétuelle. L’enfant n’a pas le temps d’acquérir la notion de temporalité qu’il est déjà embarqué dans celle induite par la virtualité.

« Lorsque […] je propose aux parents une diminution, voire un arrêt total de cet outil [l’écran], deux à trois semaines plus tard, on observe des redémarrages », précise cependant la psychologue, pour qui cette problématique est digne d’un « enjeu de santé publique, parce que les prémices de la communication, du langage, du rapport à l’autre se mettent en place très tôt. Si l’on met un enfant face à un outil qui nuit à des émergences essentielles à son développement, on se retrouve avec des

enfants en difficulté en primaire 1 ». Nous avons donc la possibilité d’arrêter ce processus, mais la vraie question, c’est : comment, nous parents, en sommes venus là ? Au point de déléguer notre rôle d’éducateur à Internet ? de perdre tout bon sens ? Rappelons que récemment les médias ont jugé nécessaire de dire aux parents qu’il ne fallait pas mettre des écouteurs dans les oreilles des bébés pour les endormir, au risque de les rendre sourds ! La réalité est là : un nourrisson sur dix s’endort avec des écouteurs dans les oreilles !

Nous avons à ce point perdu notre bon sens (encore une conséquence de cette perte de logos) et notre esprit critique que trop souvent nous nous contentons d’agir sans plus réfléchir. La paralysie de l’esprit et la moutonnerie mimétique sont des effets pervers de cette révolution numérique : c’est ainsi que les parents ont tellement pris l’habitude de vivre avec ces écrans, qu’ils n’imaginent même plus que cela puisse être nocif pour leurs enfants.

Ce n’est pas à Internet qu’il faut s’en prendre, mais à nous. Comme Internet fait désormais partie intégrante de notre environnement, et que nous ne pouvons rien y changer, plutôt que de se contenter de subir certains de ses effets pervers sans en avoir réellement conscience, érigeons des règles qui seraient un « garde-fou » contre l’hypervirtualité – dans lesquelles seraient, par exemple, englobées celles d’une bonne utilisation des selfies. Une telle éthique doit nous permettre de retrouver la mésotès d’Aristote, la « juste mesure ». Entre deux excès, préconise le philosophe, attachons-nous à choisir le juste milieu. De même, il invite à la prudence.

Il ne semble pas, a priori, très compliqué d’établir un code de la virtualité qui serait celui de la juste mesure et de la prudence. Au contraire, il permettrait d’apprécier ce que le monde virtuel a de meilleur à nous offrir tout en préservant ce qu’il y a de plus humain en nous. Ce serait donc en même temps une self-éthique, une éthique du virtuel, une éthique de soi et non pour soi.

 

Ce qu’aimer veut dire…

 

Le problème, en réalité, c’est toujours l’amour. Et encore quand on parle d’altérisme. On peut tourner dans tous les sens, au final, on en revient toujours à lui : l’amour de la vie, l’amour de nos parents, celui de nos enfants… l’amour de Dieu, l’amour de l’argent, l’amour de la gloire, l’amour de soi, l’amour de l’autre, l’amour de la reconnaissance, l’amour de la politique, l’amour de la guerre – celui de la paix… Et la solution, c’est toujours l’amour : qu’il se présente dans un lit, sur un divan, sous la flèche de Cupidon, sous les traits d’Éros, dans les églises, dans les mosquées, dans les temples, dans les synagogues, dans nos mairies, dans nos maisons, chez le boucher ou sur nos écrans, à la terrasse d’un café ou à l’ombre d’un marronnier, en automne ou en été. La solution, c’est toujours l’amour.

Or, le problème de l’amour, c’est le désir. Et le problème du désir, c’est le manque. Le manque dans ce qu’il a d’ontologique, d’incomplétude constitutive du sujet, le manque qui ne peut être rassasié. Il faut accepter d’emblée cette donnée du jeu existentiel : aimer, c’est manquer.

Manquer, c’est se manquer soi-même, dans la mesure où on ne parvient jamais totalement à coller à soi. Nous évoluons dans le drame constant de

notre insincérité 2.

Manquer, c’est manquer l’autre dans la mesure où l’on ne pourra jamais réduire la distance inéluctable qui sépare le je du tu : c’est surtout cela la « différence ».

Manquer, c’est désirer dans la mesure où le propre du désir est d’exister comme une tension tant qu’il ne parvient pas à satisfaction. Une fois satisfait par l’embrasement de son objet, le désir disparaît.

Manquer, c’est aussi souffrir dans la mesure où le manque est une sorte de « trou d’être », une fêlure à l’intérieur de soi que l’on chercherait vainement à combler toute sa vie.

Aimer, donc, c’est manquer. Et, comme il est impossible de traverser l’existence sans aimer, il est impossible de vivre sans éprouver ce manque et la souffrance qui va avec. On réagit tous différemment à cette souffrance : certains développent du polyamour ; d’autres préfèrent l’isolement et la solitude par peur de prendre le risque d’une « relation » ; d’autres, enfin, acceptent de tout perdre plutôt que de « s’engager » dans un avenir qui ne se présente plus à eux ; chacun se protège comme il peut des angoisses d’abandon et de rejet.

Les changements de paradigmes ont aussi modifié nos relations amoureuses. L’heure n’est plus au couple au sens courant et classique du terme, à savoir deux personnes qui vivent ensemble, qui s’engagent dans la durée (cela impliquerait une conception traditionnelle de l’espace et du temps), qui nouent un pacte réel ou symbolique (cela implique un sens chargé de logos, qu’il s’agisse d’un pacte oral, écrit ou institutionnel). Le passage à un monde hic et nunc aussi implique l’urgence, la consommation rapide, la volonté d’être satisfait avant même que ne surgisse le désir. De même le règne de l’eidôlon s’impose dans l’offre virtuelle, tellement exponentielle que le choix devient impossible. Alors, on consomme de la relation, du sexe, de l’autre avec indifférence, il est très dur d’accéder à un réel émerveillement.

Tinder est une application qui permet de faire défiler les profils de ses utilisateurs selon le sexe et la position géographique, et de sélectionner ceux qu’on apprécie : lorsque l’attraction est réciproque, les deux utilisateurs sont mis en relation. Récemment, le développeur a ajouté une fonctionnalité : on peut même programmer un déplacement à l’avance. En un clic, à côté de chez moi – dans un espace et un temps rassemblés –, l’autre surgit, aussi vite qu’il disparaîtra. On le consomme à la terrasse d’un café ou sur le bord d’un canapé. Puis, on change de produit.

Mais quel goût dans cette relation ? Quel goût pour cette jouissance éphémère qui ne porte en elle que la faible saveur du plaisir ?

Au fond, ce que l’on a perdu dans ces changements de paradigmes, c’est aussi l’engagement. L’engagement est un enracinement dans les mots et dans les actes. L’engagement est aussi un renoncement, à toute autre forme de choix. Loin d’être un emprisonnement, il est l’expression de notre liberté : seuls les sujets libres peuvent décider de renoncer à une part de liberté pour s’engager. Mais sans les mots, sans le sens, sans la possibilité de l’avenir et d’un espace pour le contenir, il n’est plus possible de s’engager. Quelle valeur dès lors accorder à la puissance d’un mot, à la confiance, à l’amour ? Comment « faire relation » si l’on ne fait plus preuve de constance en soi-même ? Comment accéder à la maternité, à la paternité, sans cet engagement avec soi ? À nouveau, nous retombons dans l’ère du vide auquel ne cesse de nous renvoyer, trop souvent, le virtuel.

Comment parvenir à aimer à nouveau, si on n’accepte pas l’engagement que constitue l’amour lui-même, à savoir la capacité à se construire sur un manque que nul ne pourra combler ? si on n’accepte pas de rencontrer l’autre dans un espace vertical et une durée indéterminée ? si on n’accepte pas de dessiner, de construire et d’écrire à deux le sens ?

 

Le selfie reste bien souvent un acte solitaire, où seul face à notre miroir nous contemplons le vide de notre subjectivité, où l’image qui nous est renvoyée est celle d’une absence d’altérité, où les manques à être ne cessent de se prolonger dans d’insoutenables mises en abîme. Pour que le stade du selfie ne soit qu’une étape vers le développement du sujet hypermoderne, acceptons de travailler ensemble pour donner un visage à nos liens humains, pour donner un nouveau sens à notre humanité.

 

Notes

1. http://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/09/14/les-tablettes-a-eloigner-des-

enfants_4756882_1650684.html.

2. Elsa Godart, La Sincérité, ce que l’on dit, ce que l’on est, op. cit.

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