La Chasse au Plaisir (French Edition)
Chapitre 8
— Comment avoir les idées claires après avoir vécu une folle expérience de plaisirs, de désirs et d’intenses jouissances avec des inconnus ?
Cette question, qui ne cesse de tourner en boucle dans ma tête, me hante depuis bientôt six mois. Cent quatre-vingt-deux jours et demi me sépare de l’incroyable expérience sexuelle que j’ai vécue dans cet escape game dédié aux fantasmes. Le retour à la réalité me paraît si fade depuis qu’il m’est impossible de penser à autre chose. Évidemment, ce n’était qu’une parenthèse, mais n’est-ce pas là un lieu de tentation dont on ne peut plus se passer lorsqu’on y goûte une fois ? Comme une dépendance, une addiction, une drogue ? Une envie de répéter une sensation irrépressible de faire ou de consommer avec une perte de contrôle ? Un trouble comportemental qui révèle que je suis devenue une obsédée ? Je ne sais pas vraiment, mais alors que j’accumule les relations sexuelles, même si je prends mon pied, rien n’est comparable. Je ne suis pas pleinement assouvie par mes partenaires.
Depuis la nuit des temps, on nous bassine les oreilles avec des « Ce qui est fait est fait », « On ne peut pas vivre dans le passé », « Il faut aller de l’avant » ou « Profite de l’instant présent ». Cependant, ce carpe diem est plus facile à débiter qu’à mettre en pratique. Qui n’a jamais ressassé un doux souvenir, un instant heureux ou même une période douloureuse ? Personne, moi la première. Néanmoins, cette expérience m’a permis de mettre un point final à mes sentiments envers Ludo. Aussi, j’ai compris que j’étais autant attirée par les hommes que par les femmes. C’est un peu glauque de découvrir cela à vingt-six ans, mais comme on dit : mieux vaut tard que jamais.
— À t’entendre, on dirait que depuis ce jour-là, tu es devenue une nonne. Je te rappelle que le week-end dernier, tu as passé la nuit avec deux marins très caliente. Je suis certaine que tes draps s’en souviennent encore, balance ma colocataire à l’autre bout de sa chambre.
Je m’avance dans le couloir et passe la tête dans l’embrasure.
— Hmm, non je te rassure, je n’ai rien oublié, mais ce n’est pas la question. Moi, je te parle d’amour. De rencontrer une personne et d’en être folle amoureuse. De partager son quotidien et avoir des projets comme tous les couples. J’ai l’impression que mes sentiments sont morts. Je vois un mec ou une meuf et mon cerveau part en vrille. Il ne pense qu’à baiser. Je ne cherche même pas à faire vraiment connaissance. Je mate simplement le cul, les avant-bras, les mains des hommes et les boobs des femmes, point barre. C’est grave, non ?
Mon amie lève les yeux au ciel en secouant la tête.
— Je pense que tu fais une montagne pour rien. Tu as vécu trois ans avec ton ex et même si ça fait des mois que vous n’êtes plus ensemble et que tu ne l’aimes plus, tu as simplement besoin de plus de temps pour passer à autre chose. C’est tout.
Je soupire longuement.
— Mouais… j’en sais rien.
— Mais oui ! Et puis dans le truc des plaisirs, tu as vécu des choses nouvelles qui t’ont libérée sexuellement parlant. Il n’y a rien d’alarmant. Je dirais même que c’est normal puisque c’est ça qui t’a ouvert les yeux sur tes attirances bisexuelles. Regarde, nous avons le même âge, je n’ai pas non plus de petit copain, pourtant, j’ai une vie sexuelle aussi épanouie que toi et tout va bien. Ce n’est pas pour autant que je pars dans des délires en me demandant si je suis nympho.
Ses mots me réconfortent un peu. Je souris et elle m’imite.
— Ben voilà ! Je préfère te voir sourire que te voir te morfondre sur ta crise existentielle. D’ailleurs, en parlant de crise, je ne veux pas te foutre la pression, mais nous sommes attendues dans dix minutes au building.
Oh bon sang, je n’avais pas vu l’heure tourner ! Nous sommes officiellement en retard.
Ce soir est organisée la soirée de gala de l’automne de l’entreprise dans laquelle nous bossons. Nous devons nous déguiser sur le thème d’Halloween et rejoindre la salle de réception du premier étage. Nos copines sont sûrement déjà arrivées. Dawne Protection Security est l’une des plus grosses entreprises du moment. Une firme prospère classée numéro un dans le secteur d’activités d’enquêtes et de sécurité. Plusieurs agences sont implantées à l’autre bout de la terre, mais son siège principal est ici, en France. De la protection privée ou professionnelle, cette succursale est en partenariat avec la délégation émiratie de Dubaï, mais elle est aussi celle qui dirige le groupe de sécurité de la présidence de la République. Pour pouvoir franchir les portes de cette forteresse, autant dire qu’il faut montrer patte blanche. Cela fait cinq ans que je suis au service de l’établissement. Mes compétences ainsi que mon dévouement et mon implication sont des valeurs qui je l’espère me conduiront au titre de RH toujours vacant. D’ailleurs, je ne sais pas si je dois encore espérer, car cela fait plusieurs semaines que j’ai postulé, mais je n’ai eu aucun retour du grand patron, Dawne. L’homme qui a construit cet empire est un vrai mystère. Une sorte de légende qui a bâti en partant de rien une industrie florissante. Personne ne l’a jamais vu pour autant. Certains cancans circulent sur son compte. Il y a ceux qui affirment qu’il est jeune, milliardaire et beau comme un dieu et d’autres affirment que c’est un vieux grincheux sans cheveux. Des allégations contradictoires et surtout infondées puisque cet homme ne se mêle jamais à ses employés. Aussi, il n’existe aucune photo ni image de lui. Que ce soit au sein de l’entreprise ou sur les réseaux sociaux, seul le logo « DP » est affiché. Bref, ce type se terre depuis toujours dans son bureau au dernier étage de l’immeuble. C’est vraiment bizarre que personne ne l’ait jamais croisé.
— Paola, allô, ici la Terre ? articule mon amie alors que j’étais plongée dans mes pensées.
— DP Security… DP… qui peut donner une telle abréviation à une société ? demandé-je.
— Hein ? Qu’est-ce que tu racontes encore ?
— DP, tu sais ce que ça veut dire dans le langage du cul, D comme double et P comme pénétration : double pénétration, pouffé-je.
— T’es sérieuse ? Même là tu penses à ça ? Je vais vraiment finir par penser que tu es irrécupérable.
Nous rions à gorge déployée.
— Va te préparer au lieu de sortir des conneries.
Je capitule en levant les deux mains en l’air.
— OK, j’y vais, j’y vais.
— DP ! Non, mais j’aurai tout entendu, marmonne-t-elle lorsque je sors de sa chambre pour rejoindre la mienne.
Je m’avance vers mon lit où mon habit de ce soir m’attend. Ce gala de printemps est très convoité. Il est l’un des plus grands événements organisés au sein de l’établissement. Nombreux sont ceux qui vendraient père et mère pour y participer. Tout le gratin parisien sera présent ainsi que des célébrités, de potentiels investisseurs, des journalistes, mais aussi des youtubeurs en pleine renommée et autres influenceurs. C’est la soirée costumée qu’il ne faut pas rater.
Pour l’occasion, j’ai choisi de me cosplayer en mafieuse, en version femme gangster. Robe courte sexy noire à rayures blanches avec un bustier blanc à manches courtes et des bretelles. Cravate rouge autour du cou avec un chapeau anthracite et des bottes de la même couleur montant jusqu’au-dessus de mes genoux. Je pense que cette année, je ferai mon petit effet. L’an dernier, j’avais opté pour un costume de Cléopâtre. Je me souviens, nous étions quatre avec le même déguisement de la reine d’Égypte.
Je m’apprête, me maquille, me coiffe et me parfume puis je rejoins Elyse qui m’attend déjà devant la porte, prête à me laisser en plan, car je suis trop longue à son goût. N’ayant pas ma propre voiture pour me déplacer, nous y allons ensemble. Je remercie sa patience, car sinon j’aurais été fine dans cet accoutrement dans les transports en commun. Lorsque mes yeux se posent sur ma coloc, je crois rêver.
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