La Chasse au Plaisir (French Edition)
Chapitre 10
Quand j’arrive devant les ascenseurs, j’appuie sur le bouton. Les portes s’ouvrent quelques secondes après. Je m’engouffre dans la cabine et enclenche le huitième étage en pianotant un texto sur mon téléphone :
« J’espère que ce ne sera pas long avec Claus. C’était bien parti avec le serveur :) »
Je clique sur envoyer un message à mon contact, Elyse ma chewie. Sa réponse se fait instantané :
« Ouais. Au pire, tape-toi Claus ! Tu es une gangster ce soir, attache-le sur son fauteuil et montre-lui qui est le chef. »
Un petit rire m’échappe.
« C’est très tentant :) puis Claus est un bel homme viril, mais je doute que sa femme soit prêteuse ! »
« Qu’est-ce que tu en sais ? Si ça se trouve, elle aime mater et elle kiffe les trios, la coquine. »
Je pouffe face à sa connerie. La femme de mon boss est l’une des standardistes de la boîte. Tous les matins, ils arrivent ensemble, le midi, ils mangent ensemble et le soir, ils repartent aussi ensemble. Dans les couloirs, on les surnomme les inséparables. D’ailleurs, je me souviens d’un drama survenu entre les époux suite à un regard un peu trop insistant au goût de madame lorsque son mari bossait avec une stagiaire. Un scandale mis sous le tapis qui a diverti tout le personnel durant une longue journée hivernale.
« Impossible, trop possessive la meuf : (
Le temps que l’ascension des étages se fasse, nous échangeons encore quelques textos puis j’arrive au huitième. Les portes s’ouvrent, je passe la tête et découvre l’espace désert plongé dans le noir. Seul le néon vert des issues de secours brille un filet de lumière. C’est flippant de découvrir les locaux sans âmes. Je me charge de courage et allume la lampe de mon smartphone. J’avance d’un pas et me dirige vers le bureau de Claus. Bien sûr, celui-ci est à l’autre bout, au fond du couloir. Lorsque j’arrive devant sa porte, celle-ci est fermée. Je toque. Aucune réponse. Je frappe une seconde fois, même constat. Je pose ma main sur la poignée et tente d’ouvrir, mais celle-ci est fermée à clé. C’est quoi ce bordel ? Où est Claus ? Au même moment, je reçois un MMS avec deux photos. C’est Elyse. Sur le premier cliché, je reconnais Claus et sa femme accrochée à son bras. Ils sont dans la salle de réception. Sur la seconde photo, c’est miss Boobs tout sourire et en grande conversation avec le barman qui semble loucher sur son décolleté. S’il pouvait plonger dedans, je suis certaine qu’il barboterait déjà.
— Quelle garce, celle-là ! Je ne savais pas qu’elle était du style : qui part à la chasse perd sa place. Je vais lui montrer moi ! Qui va à la pêche la repêche ! râlé-je en revenant sur mes pas.
Les effets des quelques verres de champagne ingurgités montent en moi. Alors que ma tête se met à tourner, je ne pense plus à rejoindre Claus, mais à retrouver Freshy. Déterminé à chasser la reine de cœur de son trône, je retourne aux ascenseurs. Au passage, je manque de m’embrocher le pied et me rattrape de justesse. Je papillonne quelques secondes, respire un grand coup et avance jusqu’à l’ascenseur. J’appuie sur le bouton, mais cette fois, rien ne se passe. Je tente encore : pareil. C’est un sketch ?
— Génial ! Ils ne fonctionnent plus.
Dépitée, je fixe un instant les portes comme si j’avais le pouvoir de les ouvrir. Un long soupir m’échappe.
— Merde, je dois me taper huit étages d’escalier, maintenant ! rouspété-je à haute voix.
Je fais un pas en arrière au moment où le ding de l’ascenseur retentit. Les portes s’ouvrent enfin. Soulagée, je monte dans la cabine, appuie sur le bouton et me cale au fond en scrutant mon téléphone. J’envoie un message à Elyse, mais elle ne me répond pas. Tant pis. J’en profite pour vérifier les publications, les avis et les clichés mis en ligne sur les réseaux sociaux à propos de la soirée. Je lis les premiers articles quand soudain la lumière du plafonnier clignote. Successivement, celle-ci s’allume et s’éteint. Je quitte mon écran des yeux. Non, mais c’est pas possible !
— Tu ne vas pas tomber en panne ? Hein, machine de malheur !
Je ne suis pas claustrophobe, mais être coincée dans un petit espace clos ne m’enchante pas du tout. Finalement, j’aurais préféré descendre les escaliers.
Tandis que la lumière continue à jouer les stroboscopes, je me retourne face au miroir pour arranger quelques mèches de mes cheveux. Je dois être parfaite pour me confronter à l’autre pimbêche. D’un bref coup d’œil sur le tableau des étages, je m’aperçois que je ne descends pas. L’ascenseur monte. Pourtant, je suis certaine d’avoir appuyé sur le rez-de-chaussée. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Les étages défilent jusqu’au moment où la cabine s’arrête au dernier et que la lumière revient à la normale. Les portes s’ouvrent doucement et je sursaute lorsqu’une silhouette apparaît. Une masse masculine des années 20 londonienne se matérialise dans le miroir. Mon cœur rate un battement. Doté d’une casquette gavroche qui cache la quasi-totalité de son visage, l’homme monte dans le petit espace. Avec une carrure imposante, il porte une veste longue en lainage noire et ses larges épaules sont dessinées sous un gilet en satin sombre. Muni de bretelles, d’une cravate et d’une montre à gousset, le type semble tout droit sorti de la série Peaky Blinders. Est-ce mon binôme de costume ? Son parfum musqué et boisé se diffuse dans la boîte métallique close. Les fragrances viriles titillent délicieusement mes narines. Je ne sais pas pourquoi, mais l’individu m’intimide. Je serre mon smartphone contre moi et mon regard est rivé sur mes chaussures.
— Bonsoir, lance-t-il de manière suave et assurée.
Je lève le visage. Tout mon corps réagit sous l’effet de sa voix chaude et sensuelle. Le flux de mon sang s’anime en une coulée de lave. Je déglutis difficilement et tente de paraître la plus normale possible.
— Bonsoir, Monsieur, réponds-je en retour.
Il fait un pas et glisse dans l’ascenseur alors qu’un petit rictus se dessine au coin de ses lèvres. Confuse, je ne bouge pas. Soudain, sa tête se redresse. Ses yeux jusqu’à présent camouflés sous sa casquette me sont dévoilés. Ils sont à couper le souffle. Captivants. Hypnotiques. Bizarrement, j’ai l’impression de les avoir déjà vus. Ses iris bleu-gris se scotchent aux miens. Je me perds dans leur contemplation, cherchant à me souvenir où l’ascenseur stoppe son ascension. De nouveau, la lumière s’éteint. Je hoquète de surprise. Bon sang, nous sommes coincés dans le noir total ! Ma respiration s’emballe. Dans cet espace aussi restreint, l’atmosphère devient gênante. Embarrassant. Tous mes sens s’affolent de manière agréable auprès de l’inconnu. Malgré l’obscurité, je ressens son regard insistant sur moi. Suis-je en train de rêver ? Cet inconnu charismatique et moi, enfermés à quelques millimètres l’un de l’autre, c’est presque délirant. Irréel.
Le coup de la panne, je ne l’ai pas vu arriver !
Alors qu’un tas d’idées me passent par l’esprit, mêlant peur et excitation liée à la situation, un bruit de froissement de tissus m’indique que le gangster se rapproche de moi. Ma respiration est saccadée ; au moment où je décide de lui faire volte-face, je n’ai pas le temps d’agir que son souffle chaud s’abat alors contre ma nuque. Un long frisson me parcourt l’échine. Je lâche mon téléphone.
— Qu’est-ce que… tenté-je, les mains moites.
— Chut… me coupe-t-il quand ses mains frôlent mes hanches.
Celles-ci se posent sur moi pour me tirer en arrière vers son corps. Là, c’est carrément une décharge électrique qui traverse tout mon être. Sa poigne dominatrice m’enveloppe dans un désir fou, presque douloureux, sous l’assaut des flammes qui jaillissent dans mon vagin. Mon dos se colle sur son torse puissant. Mes entrailles se tordent dans tous les sens. Si j’espérais assouvir le fantasme de m’envoyer en l’air dans les locaux des bureaux fermés, j’étais loin de m’imaginer que ce serait dans un ascenseur avec un inconnu. Je n’ai ni contrôle de l’instant ni de ce qu’il fait, et encore moins de l’ascenseur. La tournure de la soirée devient encore plus excitante du fait de la surprise à tout moment.
— Laisse-toi aller, demande-t-il, enivrant.
Mon cœur se charge de plaisir. Cette phrase… cette intonation me provoque une vision déroutante. Je le reconnais.
— Mais, vous, tu es…
Il coupe mon élan en posant son pouce sur ma bouche. Celui-ci joue sur mes lèvres en faisant de petits cercles puis il diverge sur mon menton pour descendre très lentement dans mon cou. Les sillons de son doigt sont d’une douceur inouïe. Je n’en reviens pas de le rencontrer chez DP Security. Mon esprit s’envole : que fait-il ici ? Y travaille-t-il ? Je ne l’ai jamais croisé. Est-il un invité pour le gala ? Que faisait-il au dernier étage ? Tant de questions se bousculent, mais elles disparaissent lorsque sa bouche charnue se pose sur mon épaule. Il picore ma peau nue de plusieurs petits baisers. Le bas de mes reins est bloqué par la forme gonflé de son membre. Son bassin se colle davantage contre moi.
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