La Chasse au Plaisir (French Edition)
Chapitre 9
Vêtue d’un élégant costume de capitaine pirate sexy, Elyse est à tomber par terre. Sa robe bustier rouge et noire avec de la dentelle sublime les rondeurs de sa poitrine en plus d’un corset à lacets façon guêpière se resserrant à la taille. Ses habits me font monter le rouge aux joues. Sa jupe à rayures en biais noires et rouges bordée de tulle où dépasse un jupon beige dentelé met ses longues jambes en valeur et on dirait que c’est la première fois que je découvre sa merveilleuse plastique. Il n’y a pas à dire, ce soir, nous ferons un carton.
— Elyse ! Waouh, t’es splendide ! m’exclamé-je.
Tandis que mes yeux sont aussi ronds que la pleine lune à sa vue, j’ai l’impression que de son côté, sa mâchoire se décroche.
— Merci, je te retourne le compliment. Pfff… en mafiosa sexy, tu donnes envie d’être kidnappée et ligotée, rit-elle doucement.
Entre nous, il n’y a jamais eu d’ambigüité. Même si mes révélations concernant le fait de kiffer autant les hommes que les femmes sont récentes, entre Elyse et moi, il n’y a que de l’amitié. Alors oui, j’avoue que la voir vêtue ainsi ce soir force mon admiration, cependant, il n’y aura rien d’autre. Notre complicité et notre lien depuis des années sont bien plus importants à mes yeux qu’une attirance charnelle et je ne voudrais surtout pas gâcher ce qu’il y a entre nous. Cette amie est bien trop importante dans ma vie et dans mon cœur.
Je la remercie en retour puis nous nous esclaffons en quittant l’appartement.
Lorsque nous arrivons à destination, nous sommes ravies de retrouver nos copines du boulot à l’entrée de l’immeuble. Cette année, nos costumes sont aussi authentiques que sexy. Perchée sur les talons de mes bottes qui me donnent confiance, je sens que je vais passer un très bon gala. Je suis prête à affronter tous les regards et plus si affinités. Faire des galipettes dans un endroit peu commun et conventionnel est un de mes fantasmes, alors pourquoi ne pas m’envoyer en l’air sur mon lieu de travail ? Rien qu’en y pensant, c’est excitant. Le seul bémol, c’est que je n’ai pas de partenaire, mais avec la peuplasse présente ce soir, je suis certaine de trouver chaussure à mon pied. Et après, hop, comme Cendrillon, à minuit : bye bye. Mode chasse enclenché. Qui sera ma proie ?
Après que les agents de sécurité ont vérifié nos cartons d’invitation pour la soirée, nous entrons dans le vaste hall de la société. Ayant participé à l’organisation de l’événement, je suis enchantée de découvrir une telle réussite. La réception est un succès en tout point. L’animation d’un casino factice et l’orchestre sont à la hauteur de nos attentes, le cocktail dinatoire est prestigieux, les entremets sont succulents, les desserts atypiques sont délicieux, les grands crus savoureux. Le personnel est aux petits soins et la décoration est à couper le souffle. Rien n’est laissé au hasard. Cependant, je me pose une question : est-ce que le grand manitou des lieux est parmi nous ? Réalise-t-il tout le travail qu’il y a eu à fournir en amont pour l’organisation d’une telle soirée ? L’an passé, c’était sympa, mais rien de comparable avec celle-ci qui, je dois l’avouer, est d’un level bien plus élevé. Peut-être que cela pèsera dans la balance pour ma demande au poste de Rh.
Tout au long de la soirée, je reconnais différents collègues de boulot. C’est marrant de les voir sans leur costume étriqué du quotidien et de découvrir en quoi ils sont déguisés. J’ai croisé un militaire, un chevalier, un pompier, une Harley Queen avec son Joker, une Mercredi Adams, un diable, une fille déguisée selon les années vingt… Je pense que cette idée d’incarner un personnage dévoile beaucoup de choses sur la personnalité des gens. Glisser dans un déguisement pour être quelqu’un d’autre au milieu d’autres personnes qui font pareil donne une tout autre image de soi. Il y a comme un sentiment d’appartenance à une communauté qui s’amuse, boit, rit et profite sans penser au travail. L’immeuble est composé de plusieurs étages et chacun a sa spécialité. Or personne ne se côtoie vraiment. Ce soir, des liens vont peut-être se créer et je sens qu’une nouvelle ambiance est en train de naître. Au départ, je ne pensais pas que mon idée de déguisement serait validée, mais lorsque le chef d’équipe m’a annoncé que c’était la seule proposition retenue par le grand patron, Dawne, j’étais trop fière de moi. Avoir proposé de former des binômes de costume a permis de diversifier les rencontres. À l’aide d’un logiciel, j’ai réuni tous les noms des employés, fait un tirage au sort aléatoire et maintenant chacun a son partenaire homme ou femme à découvrir selon son costume. Il n’y a pas de rang social ni de différence selon la place occupée au sein de l’entreprise. Une occasion qui permet aux employés de lâcher prise et de faire des connaissances dans divers services qui ne se rencontrent jamais.
— Alors Paola, tu n’as toujours pas trouvé ton binôme ? me questionne Elyse qui se pavane au bras d’un super canon pirate.
Un genre de Jack Sparrow avec boucle d’oreille, yeux soulignés de noir, portant toute la panoplie adéquate. Au moins, lui a les dents blanches. Ma copine n’est pas trop mal tombée.
— Non. Je pense que mon borsalino ne viendra plus.
— Je suis trop déçue pour toi. Tu te faisais une telle joie. Ben tu sais quoi, vaffanculo l’italiano ! Tu restes avec nous et tu t’accroches au bras de… comment c’est, déjà ? demande-t-elle à son compagnon.
— Sylvain.
— Ah oui, Sylvain. Pardon. Du service de la compta. Dis, ça te dérange si mon amie se joint à nous pour la soirée ?
Celui-ci répond qu’au contraire, il serait ravi d’avoir deux jolies femmes à son bras. J’accepte sa proposition. De toute façon, ce n’est pas comme si j’avais le choix. Soit je reste à me morfondre accoudée au comptoir en sifflant du champagne pour noyer ma déception, soit j’essaye quand même de passer un bon moment avec eux.
— OK, c’est gentil à vous, dis-je, ma phrase accompagnée d’un grand sourire.
Au même moment, Jude, déguisée en arlequine, l’une des filles de notre petit groupe de copines du boulot qui bosse au secrétariat général, nous interrompt.
— Salut, les filles, chouette soirée, hein ? Ils ont mis le paquet cette année ! Je reconnais bien ta touche perso, Paola. La décoration sur le thème printemps asiate avec ces fleurs de cerisiers. J’adore !
Je la remercie vivement. C’est vrai que le lieu est transformé. Les avis que j’entends sur les ornements sont tous les mêmes : c’est magnifique. Nous discutons de tout et de rien pendant quelques minutes puis un homme s’avance vers nous. Celui-ci est costumé en fou. C’est le binôme de Jude. Nous faisons alors la connaissance de Patrick qui bosse aussi à la comptabilité. Mes deux copines ont de la chance. Leurs duos se connaissent déjà, les conversations s’enchaînent et je me sens de trop au milieu de ce quatuor. Finalement, je m’esquive discrètement et rejoins l’open-bar. J’ai besoin d’un verre pour noyer ma solitude.
Je commande une coupe de champagne au charmant barman. Alors que je sirote les petites bulles, je contemple le barman et mon esprit divague. Je trouve que ce jeune homme est plutôt pas mal. Grand, il est brun aux yeux noisette. Sa tenue de serveur lui va comme un gant. Nous échangeons quelques paroles puis des regards discrets et même des petits sourires lorsqu’il s’occupe de servir d’autres convives. J’ai l’impression que le courant passe bien entre nous. À défaut d’avoir un binôme pour la soirée, je me rabats sur le gentil barman. Les minutes passent, il me sert deux autres verres, l’alcool me détend jusqu’au moment où une voix stridente coupe notre échange.
— Bonsoir, Mademoiselle Johns.
Cette intrusion me fait grincer des dents. C’est miss gros lolo, plus précisément Madame Freshy. Dans l’entreprise, j’ai aussi le lot des emmerdeuses, et elle, c’est la pire. Je ne sais pas vraiment quel est son statut au sein de la société, mais elle bosse au dernier étage et agit comme si elle était le big boss. J’abandonne des yeux le gentleman du bar et tourne la tête vers la chieuse. Je plaque un faux sourire sur mes lèvres.
— Bonsoir, Madame.
Lorsque je vois son costume, je ravale un rire et manque de m’étrangler. Habituellement, ses seins sont emprisonnés dans des chemisiers trop serrés, mais là, dans un corset de la Reine de Cœur, il semble qu’ils vont carrément exploser.
— Vous n’êtes pas facile à trouver, dis donc ! Cela fait une bonne demi-heure que je vous cherche, articule-t-elle en me détaillant d’un mauvais œil.
Je ne sais pas ce qui se trame dans sa tête, mais son regard dédaigneux sur mes vêtements en dit long. Suis-je trop sexy ou trop vulgaire au goût de madame, avec ma petite jupe fendue jusqu’au haut de ma cuisse ? De toute façon, elle peut penser ce qu’elle veut, je m’en fous.
— Vous me cherchiez pour une raison précise ?
— Effectivement, je viens de la part de Monsieur Claus. Il veut vous voir. C’est au sujet d’un dossier que vous lui avez remis vendredi.
Claus est mon responsable.
— Ah bon ? Très bien, lundi à la première heure…
Elle me coupe.
— Qui vous a parlé de lundi ? C’est ce soir ! Il veut s’entretenir avec vous ce soir, dit-elle fermement.
Je peste intérieurement. Au lieu de profiter de la soirée qui bat son plein, Claus pense encore boulot ! Ce type est un bourreau. Une idée me traverse l’esprit : et si j’ignorais son ordre et que je continuais la soirée… ? Ce ne serait pas du tout professionnel. Je pourrais alors m’assoir sur ma promotion : je sais de source sûre que la voix de mon responsable voix pèse lourd dans la balance. Grrr… Je me résigne.
— D’accord. Savez-vous où je dois le retrouver ?
— Et puis quoi encore, vous voulez peut-être que je vous chaperonne ? J’ai mis trente minutes à vous trouver, débrouillez-vous, maintenant ! continue-t-elle avant de tourner les talons.
Mais pour qui se prend-elle ? Elle est vraiment conne, cette meuf ! Je lui ferai bien bouffer sa collerette ridicule ! Néanmoins, ça non plus, ce ne serait pas pro de ma part. Je respire profondément plusieurs fois pour calmer le petit diable invisible sur mon épaule qui me murmure de la lui faire bouffer quand même.
— Tout va bien ? Elle n’avait pas l’air commode avec vous, s’inquiète le serveur.
Je le rassure et lui dis que je dois m’absenter. À contrecœur, je quitte le barman, mais lui confie que si j’en ai l’occasion, je reviendrais. Je ne préfère pas m’avancer, car avec Claus, on sait quand on commence, jamais quand on finit.
— Quand faut y aller, faut y aller ! dis-je en lui faisant un petit signe de la main.
Je fais le tour de la grande salle de réception. Pendant un long moment, je slalome entre les costumés, mais je ne trouve pas Claus. Lorsque je croise mes amies, je leur fais part de la situation et Elyse me suggère d’aller voir dans son bureau. Cela n’étonnerait personne que monsieur soit cloîtré dans son box. C’est le pas las que je quitte la fête. Je me sens frustrée. Moi qui pensais m’envoyer en l’air avec le barman… ! C’est raté. Je vais simplement être soulevée par un ascenseur, direction le huitième étage.
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