La Fiancée de l'espion
XVIII L’étoile des Braves
XVIII
L’ÉTOILE DES BRAVES
Les Allemands n’opèrent que lorsqu’ils sont en force.
Pour attaquer, il faut qu’ils se sentent en nombre, qu’ils se tiennent les coudes, comme on dit.
Ils étaient néanmoins résolus à tenter une nouvelle at-taque.
Après avoir installé un poste de télégraphie sans fil, ils demandèrent des instructions au général von Steinmetz, en le mettant au courant de ce qui venait de se passer.
La réponse ne se fit pas attendre.
Le général répondit que l’effectif dirigé sur Thann était assez fort pour s’emparer de cette ville.
L’attaque fut donc décidée.
Elle fut violente et sauvage, mais les mitrailleuses de nos alpins, et nos bonnes pièces de 75, ne tardèrent pas à avoir raison des Boches.
D’ailleurs, l’Allemand se décourage vite. Il part plein d’ardeur, plein de confiance, mais quand il voit que ses ef-forts sont vains, il ne résiste plus que mollement.
Le lieutenant Tschieret, admirablement secondé par les soldats du 42e et d’une batterie du 32e d’artillerie, réduisit au silence les grosses pièces allemandes.
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Pour les soldats du Kaiser, ce fut un vrai désastre.
Après avoir été battus à Dannemarie et à Steinbach, ils se virent anéantis aux abords de Thann.
L’Alsace leur échappait !
Le Kaiser allait entrer dans une épouvantable fureur. L’aigle impérial se déplumait peu à peu !…
*
Le héros de cette journée était le lieutenant Tschieret.
Le général Charlet, commandant la place de Belfort, tint à venir lui-même récompenser ce héros.
Il arriva en automobile, accompagné de son état-major, et la ville de Thann vit se dérouler une cérémonie grandiose.
Sur la grande place du village, les troupes furent ras-semblées.
Le général, en grande tenue, s’avança au milieu des sol-dats.
Aussitôt, tambours et clairons ouvrirent le ban et l’on vit le lieutenant Tschieret, encadré de deux capitaines d’état-major, s’avancer vers le général.
Celui-ci tira son épée et, saluant d’un geste large le dra-peau français, prononça ces paroles :
— Lieutenant Tschieret, vous vous êtes particulièrement distingué… vous avez fait preuve d’un courage et d’une déci-sion remarquables.
« Avec des troupes inférieures en nombre, vous avez anéanti des forces trois fois supérieures aux vôtres.
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« Grâce à vous, la ville de Thann est maintenant fran-çaise…
« Lieutenant Tschieret, au nom du Président de la Répu-blique, et en vertu des pouvoirs qui m’ont été conférés, je vous fais chevalier de la Légion d’honneur.
S’approchant alors du lieutenant, le général Charlet épingla sur sa poitrine la croix des braves, et lui donna l’accolade en disant :
— Je suis heureux de récompenser un fils d’Alsace… Vous êtes de Thann… Rien ne pouvait être plus glorieux pour vous que de recevoir, sur la place même de votre ville natale, la plus belle des distinctions. La guerre n’est pas en-core finie, bien que l’ennemi soit déjà affaibli, et qu’il brûle ses dernières cartouches. Continuez à combattre aussi vail-lamment que vous l’avez fait jusqu’alors, la France vous en sera reconnaissante.
Il y eut encore un ban d’honneur, puis les troupes défilè-rent, aux mâles accents de Sambre-et-Meuse.
De la fenêtre de sa maison, Madeleine avait assisté à la cérémonie.
Elle avait vu le général épingler sur la poitrine de Marcel le glorieux ruban rouge.
Elle était en proie à une de ces émotions, que rien ne peut surpasser.
Elle était heureuse et fière en même temps, mais une af-freuse angoisse lui poignait le cœur.
Elle songeait à l’autre, au misérable qui avait failli jeter l’opprobre sur la maison de son père, et elle estimait qu’elle
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serait indigne d’appartenir à Marcel, tant qu’elle n’aurait pas tiré vengeance du traître Wilhelm…
Tout à coup, ses regards rencontrèrent ceux du jeune lieutenant, qui passait fièrement sur la place, à la tête de ses soldats.
Elle ressentit un choc au cœur, et ses yeux s’emplirent de larmes.
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