La traque (La conquête du sang) (French Edition)

Angie Blackthorne · Chapitre 22 sur 27

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La traque (La conquête du sang) (French Edition)

Chapitre 20

 

J ’en tombe des nues. Ils m’ont dérobé mon passé et dissimulé mon présent en me cachant ma vraie nature…

Ces grandes Ondines, les Dunesor, ont été les fondatrices de la magie. Dotées d’une puissance hors du commun, elles avaient reçu pour don inné les pouvoirs de la terre et du ciel dans lesquelles elles puisent leurs forces. Toutes ces énergies, qui traversent notre monde et qui font cette puissance, insufflent la force de leur magie en communion avec les éléments de la terre mère. Contrairement à un sorcier lambda, dont les pouvoirs proviennent de l’énergie vitale, posséder un patrimoine aussi riche que celle d’une Dunesor offre une puissance de dons quasi inépuisable.

— Votre force et votre essence magique proviennent d’elles, Léana, reprend Zorhan. C’est là, le socle même de ce qui fait de vous, de ce que vous êtes. C’est de là que votre puissance est tirée, et que vos pouvoirs proviennent. Ce qui fait de vous la passerelle entre toutes les réalités et tous les portails, qu’ils soient immatériels ou matériels. Reliée à ce monde, mais aussi aux autres, vous êtes la clé de toutes choses.

— Cela fait de vous l’être magique le plus puissant de notre espèce, complète Faelon.

Je crois que j’aurais bien besoin de m’asseoir, car là… là, je n’y arrive plus. Je déglutis péniblement en m’efforçant d’assimiler la vérité sur ma nature profonde, compte tenu du fait qu’ils m’ont élevée à leur guise dans le mensonge. Car non seulement ils m’ont bridée, mais ils ont aussi bridé une partie de mes pouvoirs en me cachant la vérité.

— Née avec cette magie, vous êtes la source de ce pouvoir. Vous êtes notre Salvatrice, comme votre mère par le passé. Et nous sommes conscients que cela fait beaucoup à assimiler, ajoute Serrah, un triste sourire aux lèvres.

— Vous croyez ?

— Léana…

Mon pouvoir vibre et s’agite en moi sous le coup de la rage, faisant trembler mes membres.

— Comment avez-vous pu vous octroyer le droit de me cacher jusqu’à la provenance de ma magie ?! Celle de ma lignée et de ce dont je suis réellement capable ?! Comment avez-vous pu me regarder droit dans les yeux depuis le jour où je suis devenu votre pupille et me museler ainsi ?! De mes sentiments à mes dons, vous avez tenté par tous les moyens de me manipuler ! dis-je sur un ton cinglant, tandis que des éclairs fendent le ciel sous le coup de mes émotions.

— C’était pour vous protéger et protéger tous les peuples, Léana, clame Rihn avec de la bienveillance dans la voix. Après que Drakhar Linus ait mis en évidence l’importance de votre sang sur les mondes magiques lors du sacrifice de votre mère, nous avons décidé de vous cacher. Et c’est aussi pour cette raison que Clelia a préféré vous le dissimuler, je suppose. C’était la seule solution envisageable, car en altérant vos mémoires, personne ne pouvait vous utiliser.

— Ce fut une décision mûrement réfléchie, souligne Faelon. Nous nous sommes réunis, puis concertés avec tous les Conseillers de toutes les autres congrégations magiques pour passer un accord. Personne ne devait garder en mémoire les actes réels de Drakhar Linus ni ses conséquences. Et c’est pourquoi vos souvenirs ont été changés. À notre demande, les prêtres silencieux sont alors intervenus, étant les seuls a pouvoir lancer ce sort à si grande échelle. Et en ce qui nous concerne, nous le Haut Conseil, nous avions pour ordre formel de ne plus jamais en reparler, mettant malheureusement en péril votre confiance en vous cachant la vérité.

— Et cela incluait de continuer à me mentir sur ce que je suis réellement, même depuis l’évasion de Linus ? De continuer à risquer ma vie à cause de ses machinations en me laissant dans le brouillard ? Mais qu’attendiez-vous pour m’en informer ?

— Nous avions quelques présomptions concernant sa mémoire, il est vrai. Mais ses actes récents pouvaient tout aussi n’être que de fâcheuses coïncidences, bien que des dispositions furent prises. Il s’agit d’une méprise de notre part que d’avoir préféré imaginer que le sort de l’oubli avait eu l’effet escompté sur Drakhar Linus dès le tout début.

— Nous ne comprenons toujours pas pourquoi le sortilège n’a pas fonctionné sur lui et sur Brathir Reacon, intervient Serah. Mais je vous prie de nous croire lorsque nous vous affirmons que nous ne recherchions qu’à vous protéger dans cette histoire.

— Vous êtes conscients que vos petits regrets ne l’arrêteront pas ? répliqué-je. Que d’avoir tenté de m’éloigner de mes recherches pour retrouver Linus, bien que ce soit pour éviter que je ne me jette dans la gueule du loup, n’arrangera pas les choses si rien n’est fait pour le mettre en déroute avant qu’il soit trop tard ?

— C’est pourquoi nous avions déjà dépêché quelques traqueurs à la recherche de Linus depuis son évasion. En toute discrétion. Et aussi pour cette raison, par la suite, que nous vous avons assigné Monsieur Kane comme gardien… vingt-quatre heures avant sa mise à disposition officielle.

Là, j’ai dû mal entendre.

— Comment ça, vingt-quatre heures avant ? Kerian travaillait déjà pour vous avant que vous m’annonciez qu’il allait devenir mon gardien ?

— Oui, Monsieur Kane travaillait avec nous lorsqu’il vous a porté secours dans cette ruelle, il avait déjà reçu ses ordres depuis vingt-quatre heures. C’était notre condition. Il devenait votre appui dans l’ombre, prenait soin de votre sécurité et en retour, sa requête était étudiée.

Ça me sidère une fois de plus. Mais même en sachant cela, ça n’a pas de sens en ce qui concerne cette présence que je sentais lors de mes patrouilles. Ce sentiment, cela faisait des semaines que je le ressentais et non vingt-quatre heures avant d’avoir été attaquée par les Doguas.

— À croire que ça vous amuse d’avoir un total contrôle sur ma vie. De me faire croire que votre décision de m’attribuer un gardien résultait uniquement de ma décision de poursuivre ma traque. Je comprends mieux pourquoi vous n’étiez pas étonnés de me savoir retenue chez lui cette fameuse nuit.

— Nous sommes désolés d’avoir dû user de subterfuges. Monsieur Kane nous avait déjà contactés afin de nous donner de vos nouvelles.

Ouais, en tout cas, il y en a un qui va aussi m’entendre à propos de cette histoire.

— Veuillez pardonner nos manipulations et nos dissimulations, concède Zor’han.

L’histoire de ma vie.

— En ce qui concerne Linus, si je suis la clé de sa réussite, est-ce que donner ma vie ne serait pas la préservation nécessaire ? Cela ne l’empêcherait-il pas d’arriver a ses fins avant même qu’il ne lance son sort ? Ne serait-ce pas la fin avant le commencement ?

— Seigneur Dieu, Léana, non, la puissance de votre sang est son arme, mais vous êtes aussi notre défense, conteste Serrah, effarée. Seule une Grande Prêtresse, qui plus est une descendante des Dunesor, sera en mesure de le contrer. Nous ignorons ce qu’il serait capable de déclencher, même si vous mouriez avant.

— Dans ce cas, vous allez devoir m’aider.

— Que voulez-vous dire ? demande Zor’han en arquant un sourcil

— Annulez le sort de l’oubli. Si vous voulez l’arrêter avant qu’il ne soit trop tard, il faut que les nôtres se souviennent de nouveau. Qu’ils se tiennent prêts pour ce qui va suivre.

— Les prêtres silencieux sont les dépositaires de votre passé. Ils sont les seuls capables de vous restituer vos souvenirs.

— Alors, ordonnez-leur de le faire.

— Je comprends votre demande, mais il n’est pas chose aisée de les invoquer, Léana. Nous devons au préalable rassembler le Haut Commandement afin de faire passer votre requête devant le Conseil. Et révoquer ce sort, malgré la situation actuelle, reviendra à mettre en péril ce que nous avons choisi de cacher pour le bien de tous. À vous mettre vous en danger.

— Entre deux maux, il faut choisir le moindre.

Zor’han, l’air absent, passe une main sur son menton.

— Moi, je dis que nous ne devrions pas rouvrir le passé. C’est prendre beaucoup trop de risques pour rien. Vous connaissez la vérité maintenant, alors agissez en conséquence et ne venez pas geindre sur les détails ! intervient de nouveau Vilnor.

Il commence sérieusement à me courir sur le système, ce petit con présomptueux.

— Non, Vilnor, Léana a raison. On ne subit pas l’avenir, on le crée. Il est temps que le cours des choses reprenne sa place, me soutient Zor’han. Et si nous sommes tous en accord avec la demande de Léana…

Il recherche les regards des membres pour confirmation.

— Je suis d’accord avec notre Prêtresse, oui.

— Pareillement.

— Moi de même.

Tous répondent à l’unisson en me regardant dans les yeux, tous sauf un.

— Dans ce cas, je vais faire le nécessaire auprès de notre Congrégation dès aujourd’hui. Sachez cependant que la décision finale reviendra au collectif.

— Et moi, je suis contre, c’est ridicule ! conteste Vilnor

Comme c’est étonnant. Et suspect comme comportement, à force.

— Pourquoi vous opposez-vous à moi, Vilnor ?

— Parce que vous allez tous nous mettre en danger à vouloir révéler ces pratiques. Rapporter la vérité à notre peuple n’amènera rien de bon.

— Humm.

J’avance jusqu’à ce que mes pieds butent devant les trois petites marches de l’estrade que je monte. Vilnor se recule contre le dossier de son fauteuil, une grimace faussement assurée accrochée aux lèvres, alors que je me poste juste devant lui.

— À moins que vous ayez quelque chose à cacher et que vous ne voudriez pas que de vieux souvenirs refassent surface ?

Mis a part qu’il y a un risque certain que je finisse par éclater mon poing sur ce visage après son manque cruel de considération à mon égard, je me demande réellement quelle est la raison dans cette histoire pour qu’il s’oppose à moi de manière aussi vindicative et à plusieurs reprises.

Il devient blême.

— Vous… vos… insinuations sont outrageuses !

— Il suffit, admoneste Zor’han d’une voix puissante.

Je ne quitte pas ses yeux de fouine du regard tout en redescendant de l’estrade.

— Qu’importe la raison, nous avons voté. L’unanimité l’emporte et la décision est prise. Nous allons convoquer notre Congrégation. Le débat est clos.

Un poids disparaît de mes épaules.

— Mais Léana, dorénavant, évitez de vous mettre trop en avant dans cette traque. À présent, n’oubliez pas l’importance que vous avez dans cette histoire.

— Désolée, mais je ne compte pas arrêter mes recherches sous prétexte que Linus en veut à ma vie pour son rituel. Ne vous attendez pas à ce que je me terre ici, en sécurité, tandis que d’autres risqueront leur vie à cause de lui.

— Vous ne nous rendez pas la tâche facile.

— Je vous retourne le compliment. Et comme on dit, chaque difficulté doit être une occasion de persévérer, répliqué-je en entamant un demi-tour, juste avant que Zor’han ne me rappelle.

— Léana, soyez tout de même très vigilante et laissez Monsieur Kane jouer son rôle de gardien envers vous.

— Bien sûr.

Compte là-dessus.

 

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