La traque (La conquête du sang) (French Edition)

Angie Blackthorne · Chapitre 3 sur 27

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La traque (La conquête du sang) (French Edition)

Chapitre 1

 

Los Angeles, quartier de Fairfax

 

N ous voilà trois semaines après l’évasion de Linus, où je me retrouve à arpenter les moindres recoins de cette ville. Un huitième homicide a été commis il y a peu. Ces meurtres d’humains ne sont pas liés à la criminalité notoire de la ville. Non. Et ils sont inquiétants pour toute notre communauté. Ils s’ajoutent aux dix-sept autres corps du monde magique. Leur point commun : les corps ont été déchiquetés et les cœurs, arrachés. Pourquoi ? Je ne le sais pas encore, mais je finirai par découvrir les véritables motivations de ces meurtres. Cette pensée me hante à chacune de mes patrouilles depuis ces dernières semaines. Et comme par hasard, ils coïncident avec la fuite de Linus. 

Je suis en train de me diriger vers la dernière scène de crime située dans le secteur industriel lorsqu’une pluie battante me tombe dessus. Mon jean et mon t-shirt commencent à me coller à la peau tandis que j’inspecte les lieux en quête d’indices. Dégageant les mèches brunes de mon visage, je noue ma longue chevelure en une queue de cheval. Un frisson familier me chatouille soudainement la nuque. J’inspecte les lieux, mais a priori, il n’y a personne. Pourtant, mes sens ne me trompent jamais et je parierai au contraire qu’il y a bien une présence non loin. C’est donc sur mes gardes que je continue de remonter la piste de cette nouvelle ruelle sombre. Je sors mes deux épées Saï de leurs fourreaux accrochés à mes cuisses. Deux lames dont les manches sont entourés de lanières de cuir, avec de chaque côté un pic recourbé et au centre, une lame principale.

Cette désagréable et persistante impression d’être suivie comme presque tous les soirs depuis un bon moment, me pique un peu plus à chaque pas. Des cris stridents et effrayés m’arrachent à ce sentiment et je cours à toutes jambes dans la direction d’où proviennent ces sons. Tout près d’un renfoncement, je remarque alors la présence de trois Doguas qui me tournent le dos et qui sont aux aguets.

Les Doguas sont des créatures qui ressemblent à des chiens de l’enfer. Leurs peaux sont d’un gris métallique, recouvertes de fines épines et des poils hirsutes. Ils ont de longs crocs jaunes qui dépassent de leurs gueules dégoulinantes de sang ou de bave selon le moment. Quant à leurs yeux, ils ne sont que le reflet de la mort qu’ils infligent, sans pupilles et d’un noir abyssal.

Je m’apprête à intervenir armes en main, lorsque je constate la présence d’un couple d’humains, dont venaient les cris. Ils sont recroquevillés par terre près d’une flaque d’eau, à côté d’une benne à ordures, au fond d’une impasse sombre entre deux entrepôts. Ces civils changent la donne, impossible de me précipiter. Hors de question de prendre le risque de leur révéler ma magie. Les Doguas remuent leur arrière-train, prêts à l’attaque. J’alerte alors la petite troupe de ma présence, afin de distraire les prédateurs de leurs proies.

— Hé !

Surprises, les trois bêtes ainsi que le couple effrayé reportent leur attention sur moi.

— Fuyez !

Le couple se relève avec difficulté, les membres tremblants, et sans demander leur reste, contournent les Doguas qui les laissent prendre la tangente. Dans un grognement sourd, et m’ayant à présent prise pour cible plus appétissante car attirés par ma magie, ces horreurs foncent sur moi.

Une main devant moi, je fais appel à ma télékinésie pour maintenir un monstre en l’air. L’autre lance mon épée Saï sur le deuxième Doguas. Elle se loge entre ses deux yeux. Je ne suis pas assez rapide pour le troisième prédateur. J’ai à peine le temps de me décaler qu’il bondit sur moi. Je perds l’équilibre un instant et il saisit cette occasion pour me taillader le bras gauche de ses griffes acérées. Je serre les dents de douleur et perds le contrôle de ma magie tandis que le premier Doguas se libère au même moment. Chancelante, je recule de quelques pas et reprends ma position de défense. Pressant une main sur ma chair à vif, profondément entaillée, j’ignore la douleur lancinante qui afflue dans mon bras et repars à l’assaut.

Coordonnées, ces deux saloperies se rapprochent jusqu’à me coincer chacune d’un côté. N’ayant plus qu’une seule de mes épées en main, je décide donc de faire usage de ma magie, même si c’est un pari risqué. Avec une seule arme, blessée, et les Doguas arrivant de directions opposées, c’est la solution la plus efficace pour en finir vite. Enfin, en théorie… Au lieu de me sauver, ça pourrait m’affaiblir. Il y a encore un mois, je n’aurais pas réfléchi une seconde en ce qui concerne l’utilisation de mes dons. Je leur aurais cramé le cuir à ces horreurs, fin de l’histoire. Mais depuis ces dernières semaines, me servir de mes pouvoirs m’affaiblit. Ce qui est très inquiétant, et qui en fait un problème majeur. Ma magie n’est pas censée affecter mes forces, bien au contraire.

Étant de prime abord sorcière et grande prêtresse, je suis l’un des êtres magiques les plus puissants de notre communauté. C’est pourquoi il n’est pas normal que l’utilisation de mes dons puise dans mes forces vitales, ni même dans la puissance de ma magie. Je ne comprends pas ce qui se passe, mais ce phénomène dure depuis trop longtemps. Et il me fragilise un peu plus à chaque fois. Ce qui en devient très dangereux pour moi-même, mais avant tout pour les communautés dont j’ai la responsabilité.

Je dois y remédier. Et vite.

Les Doguas finissent par m’acculer contre un mur, je n’ai plus le choix, je passe derechef à l’offensive. Mon épée toujours brandie dans la main gauche, je lève le bras droit d’un geste maîtrisé et lance un sort en puisant dans mes forces. Une brume ambrée s’élève et des flammes jaillissent de ma paume, puis viennent s’enrouler autour des deux bêtes telle une seconde peau. Leurs corps prennent feu, de vraies torches vivantes tandis que de longues complaintes perçantes déchirent mes tympans. Leur agonie prend fin quelques secondes plus tard. À bout de forces, je tombe à genoux. Au sol, les mains posées de chaque côté de mes cuisses, je tente de reprendre mon souffle. L’odeur fétide et écœurante des corps calcinés, à quelques centimètres de moi, ne m’aide pas et me donne des haut-le-cœur.

Quelques secondes passent quand soudain, un son grave et guttural retentit au loin. Une main compressée sur ma plaie pour retenir mon sang qui s’écoule bien trop vite, j’essaye de me redresser sur mes jambes tremblantes. Trop faible. Je retombe au sol, tous les muscles crispés et tétanisés.

Avant même de les apercevoir, c’est le cliquètement rapide de leurs griffes sur le bitume qui m’alerte de leur présence. Ils approchent. Éprouvée, je réussis enfin à me relever quand cinq Doguas arrivent de part et d’autre dans la ruelle. Attirés, j’imagine, par mon sang sur le bitume. Les membres engourdis, je recule pour m’adosser contre le mur de briques derrière moi. Je choisis la cible la plus proche, et vise son poitrail avec ma dernière épée. En plein dans le mille. La créature tombe inanimée au sol. À l’aide de ma télékinésie, j’appelle mon arme pour qu’elle revienne à moi, mais rien ne se passe. Je ressens juste une légère vibration en direction de mon arme qui reste plantée dans le corps du prédateur.

Je suis acculée, par cet échec. Poussée par l’adrénaline, je n’ai d’autre choix, que de me précipiter sur le corps du premier Doguas tuer près de la benne afin de récupérer mon autre Saï. Mais je suis prise de vitesse. Avant même de les voir, je sens quatre griffes s’enfoncer dans ma peau. Elles me labourent violemment les côtes, tandis qu’un second coup de patte me lacère l’abdomen. Les grognements de mes assaillants se mêlent à mes cris de souffrance.

Saisie par la douleur insoutenable, je m’écroule au sol. Ma vision se trouble, je suis en état de choc. À travers le brouillard qui se forme devant mes yeux, les silhouettes des quatre Doguas restant se rapprochent de moi. Mes dernières forces m’abandonnent. Mes bras gisent mollement le long de mon corps, dans de larges et épaisses flaques de sang. Le mien principalement. Mes yeux peinent à rester ouverts, mais distinguent néanmoins avec effroi les bêtes, courbées au-dessus de moi et qui s’apprêtent à en finir. La douleur me plonge à petit feu dans l’inconscience quand soudain, une silhouette rapide et agile s’interpose entre eux et moi. Je perçois des mouvements vifs, le scintillement d’une arme blanche, des grognements, le bruit de corps qui tombent.

Lorsque les pas de l’inconnu qui vient de me sauver la vie se rapprochent de moi, je ne ressens étonnamment aucune peur. J’ai beau tenter d’ajuster ma vision à travers ce voile obscur qui danse devant mes yeux, je n’ai pas le temps de discerner ses traits que je perds connaissance dans ses bras.

 

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