La traque (La conquête du sang) (French Edition)

Angie Blackthorne · Chapitre 25 sur 27

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La traque (La conquête du sang) (French Edition)

Chapitre 23

 

J e finis de rehausser mon teint, trace un trait d’eye-liner, puis colore mes lèvres de mon Dior Addict 924 Sauvage, qui soit dit en passant, est plutôt raccord avec l’endroit où je vais devoir me rendre. Prenant soin de laisser ma gorge à découvert, je ferme mon corset bandeau satiné de couleur prune et récupère sur la commode mon objet fétiche pour l’occasion. Un petit poignard rétractable dont la lame a été remplacée par un pieu mortel pour les vampires. J’accroche l’étui dans le bas de mes reins.

Mieux vaut prévenir que guérir.

Je remonte mon short en cuir noir, et je suis en train de sortir mes escarpins de la penderie lorsque l’on sonne à la porte d’entrée. Je descends et jette un œil à l’horloge qui m’indique 22 heures 08.

Il est en avance.

Je pose mes fesses sur l’accoudoir du canapé et enfile mes chaussures en lui criant d’entrer. Au moment où je relève la tête, je constate avec surprise que ce n’est pas Kerian qui vient de franchir la porte.

— Brett ?

Le regard de soulagement qu’il pose sur moi est comme une bouffée d’air frais. Comme si des années nous avaient séparés et nous réunissaient de nouveau. Moi aussi, il m’a manqué, mais nous avons beaucoup de choses à régler.

— Désolé, j’aurais dû te prévenir que je passais, mais je n’étais pas sûr que…

— Oui, tu aurais dû.

Il soupire et passe les mains sur son visage.

— Je sais et je voulais te laisser plus de temps, mais… j’aurais vraiment voulu, si tu es d’accord, qu’on discute. Je sais que j’ai merdé, mais ça me fait mal de ne plus te parler, de ressentir ton contact… De te voir, tout simplement, m’avoue-t-il à grande peine.

J’ai un pincement au cœur en le voyant comme ça. Je n’aime pas non plus cette situation entre nous.

— Nous en parlerons. Mais je suis désolée, je ne peux pas ce soir, Brett, j’ai d’autres projets.

Ses yeux couleur lagon détaillent ma tenue.

— Je vois ça… Avec Kane ? demande-t-il avec une certaine prudence dans la voix.

— Oui. Mais ce n’est pas pour lui que je me suis habillée ainsi.

Je ne sais même pas pourquoi je me sens obligée de préciser ça.

— Je n’ai pas voulu insinuer que…

Il secoue la tête en soupirant, visiblement agacé contre lui-même de me voir me justifier à cause de sa question.

— J’aurais dû t’appeler avant de débarquer ici, mais étant donné que tu m’évites ces dernières semaines, je n’étais pas certain que tu me répondes.

— Je n’ai pas cherché à…

Je m’interromps moi-même avant de débiter ce mensonge.

— Oui, il va falloir qu’on parle.

Il est temps. Nous avons besoin de mettre les choses à plat. Mon meilleur ami me manque.

— Tu es très belle, finit-il par me complimenter avec un timide sourire.

Ce beau sourire n’atteint pas ses yeux, mais je le préfère à cette mine abattue qui le précédait.

— Merci, je…

Une voix résonne dans le vestibule et m’interrompt :

— Bonsoir.

Brett se crispe à la voix de Kerian, qui vient d’entrer à l’intérieur de l’appartement.

Dos à lui, mon meilleur ami ne se retourne toujours pas et garde son regard accroché au mien. Kerian arrive finalement à ses côtés et lui tend la main. Les mâchoires contractées et la posture raide démontrent, je le sais, que Brett se fait violence. Et plus encore lorsqu’il se tourne finalement vers la main tendue dans le vide et l’accepte.

Ça, c’était… inattendu.

Et je suis ravie de voir qu’il fait des efforts. Qu’ils en font tous les deux. Pour le moment. Mais la situation ne peut pas être plus gênante. À ma droite, l’homme qui est amoureux de moi et qui déteste le vampire situé à ma gauche, qui, lui, éprouve clairement des sentiments à mon égard. Au milieu de ces deux hommes, je me sens prise au piège par mes émotions.

— J’espère que je n’interromps rien ? se renseigne Kérian en brisant le silence.

À l’unisson, mais manifestement pas du même avis, nous répondons :

— Non, déclaré-je.

— Si, reproche légèrement Brett.

Les deux hommes se tournent vers moi, comme si j’avais toutes les réponses à leurs questions.

— Bon… nous ferions mieux d’y aller. On a de la route à faire, enquillé-je afin de mettre un terme à cette situation tendue.

Je leur passe devant et les attends à la porte.

— Quel est le but de votre mission de ce soir, si ce n’est pas indiscret ? demande Brett en arrivant à mes côtés.

— On remonte la piste d’un vampire qui serait susceptible d’enrôler des fanatiques pour la cause de Linus.

Une fois dans le couloir, je sors mes clés et verrouille la porte.

— Des vampires, comme c’est surprenant, lâche-t-il avec morgue.

Les poils de mon échine se dressent.

— Vampires ou sorciers, on n’en sait rien, Brett. C’est justement pour ça qu’on va enquêter là-dessus.

— Tu sais tout comme moi, Léa, que la perfidie des vampires les poussera toujours à…

— Commettre des actes de trahison ? termine Kerian en avançant d’un pas presque menaçant.

C’était trop beau pour que ça dure.

— N’oublie pas qu’à la base, ce ne sont pas les vampires qui ont commencé cette guerre, mais bien un sorcier. L’un de votre clan. L’un de votre espèce.

— Ouais, peut-être bien, mais ça n’efface pas ce que vous êtes capable de faire, ou ne pas faire, quand ça vous arrange. Et ça, ça ne s’oublie pas non plus.

Je me place entre eux et oblige Kerian à reculer d’une pression sur le torse, car je ne suis pas certaine que ce soit avec des mots qu’il s’apprête à répliquer.

— Hé ! Je vous déconseille de me forcer à m’en mêler tous les deux, parce que ça va mal finir. Toi, avance.

Je tire sur la chemise de Kerian et l’incite à passer devant.

— Brett, dis-je avec un geste de la main pour lui faire comprendre la même chose.

Une fois à l’extérieur, je marche jusqu’à la Camaro, quand la main de mon ami engloutit la mienne et me retient.

— Léa.

— J’attends dans la voiture, annonce Kerian, en refermant la portière qu’il me tenait ouverte.

Je le remercie d’un signe de tête.

— Écoute, je sais que je me suis comporté comme le dernier des salauds, commence Brett. Et je te redemande pardon pour ça. Sincèrement. Tu n’imagines pas combien je m’en veux. Surtout avec ce que j’ai dit sur ta mère. C’étaient des tissus de conneries. Mais pour le reste, les sentiments que j’éprouve pour toi sont eux bien réels. Là-dessus, je ne regrette rien.

Mes paupières se crispent toutes seules. Un poids m’écrase le cœur en réalisant que je vais le perdre.

— Pas maintenant, s’il te plaît.

— Je sais, mais quand ?

— Demain. Je passerai te voir demain au Sanctuaire.

— Merci, souffle-t-il comme allégé d’un poids.

Il se penche et dépose un lent baiser sur ma joue avant de me raccompagner jusqu’à la voiture de Kerian. Une fois que je suis assise à l’intérieur de celle-ci, il s’accoude sur le rebord de la fenêtre ouverte.

— Fais attention à elle, intime-t-il à Kerian.

— Comme toujours, ne t’inquiète pas pour ça, répond ce dernier.

— Si, justement je m’inquiéterai toujours pour sa sécurité. Elle n’est pas n’importe qui à mes yeux.

— Aux miens non plus, lâche Kerian avec un sérieux désarmant.

— Il y a une différence. Tu veilles sur elle afin de la garder en un seul morceau pour ton alliance.

La patience de Kerian s’effrite. Son intonation se fait plus cassante.

— Ça va bien au-delà de mon implication professionnelle, tu peux donc te garder tes remarques à la con. Ce que je vois d’elle, c’est la femme déterminée, fragile et forte à la fois. Et c’est cette Léana-là, sous ce voile de complexité, qui m’importe bien plus que tu ne peux l’imaginer. Alors ne va pas croire que tu es le seul à avoir à cœur sa sécurité.

Coincée entre deux cœurs ouverts, je ne sais que faire pour n’en blesser aucun. J’aimerais ne pas avoir cette importance à leurs yeux plutôt que de les faire souffrir.

— On va devoir y aller, déclaré-je en prévenant Brett qui ne réagit pas, devenu aussi raide et chargé qu’un pylône électrique.

Ses yeux sont rivés sur le visage de Kerian, sur lequel je suis sûre qu’il aimerait se faire les poings.

— Brett ? l’appelé-je en posant ma main sur son avant-bras afin d’attirer son attention.

— Fais gaffe à toi, tu veux, me dit-il quand son regard houleux finit par retrouver le mien.

— Promis.

— À demain.

Cette tension entre les deux est irrespirable. Un mot de trop et tout part en flammes. Lorsqu’il s’éloigne de nous, je relâche enfin l’air emprisonné de mes poumons.

— Et dire qu’il croit être l’homme qu’il te faut... Il s’accroche à son amour pour toi comme à une bouée de sauvetage, lâche abruptement Kerian quelques minutes plus tard en empruntant la nationale.

— Ne commence pas, l’admonesté-je.

— Je ne fais que constater une réalité.

— Parce que toi, tu sais de quel genre d’homme j’ai besoin, peut-être ?

— Oui, et ce n’est certainement pas Brett. Il n’a pas les épaules pour être ce qu’il te faut, complète-t-il, l’air tendu, implacable et farouche.

Je le fixe, hallucinant devant son ton et ses propos.

— Ça me sidère de voir cet aplomb avec lequel tu affirmes en toute certitude savoir ce qu’il me faut à ma place, ajouté-je, choquée par son outrecuidance.

— Je te connais assez pour me le permettre.

— Parce que tu penses que passer trois mois ensemble fait de toi un…

— Détrompe-moi alors, me coupe-t-il d’une voix autoritaire.

Il arrache son regard de la route et plonge ses yeux verts dans les miens.

Mais qu’est-ce qu’il lui prend ?

— J’en sais suffisamment sur toi pour savoir que ce dont tu as besoin, à savoir d’un homme qui soit assez fort et assez construit pour être ton ancre. Ta force. Et ta moitié. Un homme sur qui tu puisses te reposer sans même avoir à le demander. Quelqu’un qui te comprenne d’un seul regard et sache anticiper sur ce dont tu as besoin, au front comme au lit.

Je suis assommée par ses mots.

— Je me trompe ? insiste-t-il alors que je ne réponds rien.

Je me reprends.

— Tu viens simplement de citer ce que la plupart des femmes recherchent. Rien de très clairvoyant là-dedans, réfuté-je en feignant de ne pas être forcément d’accord avec lui.

— Non, pas la plupart des femmes. Je parle pour toi.

— Ça suffit ! assené-je en braquant mon regard sur la route.

Il desserre ses mains du volant, comme une reddition.

— Je ne cherche pas la confrontation. Je tiens juste à mettre en évidence que ton copain n’a pas l’air d’avoir conscience qu’il n’est pas fait pour toi. Et que tu n’éprouves pas les mêmes sentiments que les siens. Alors désolé si j’ai ébranlé…

— Tu n’as rien ébranlé du tout, alors lâche l’affaire. Ça ne te concerne pas surtout, Kerian.

Ça va déjà être assez pénible d’avoir cette conversation avec Brett, je ne vais pas en commencer une autre du même genre avec lui.

Un ange passe durant quelques secondes, avant qu’il ne reprenne d’un ton plus calme.

— Désolé si j’étais un peu direct, mais en parler pourrait au contraire te faire du bien et te libérer de ce qui te pèse.

Il prend ma main sur ma cuisse et entrelace ses doigts aux miens.

La tempête semble s’être calmée dans ses yeux tandis que les miens se posent sur nos mains jointes. Mon cœur ralentit ses battements et je m’autorise finalement à lui confier ce qui m’effraie, ne sachant pas moi-même comment régler la situation.

Un lourd soupir franchit la barrière de mes lèvres.

— J’ai compris où tu voulais en venir avec Brett et c’est bien là ce qui me chiffonne. Parce que je ne sais pas comment procéder sans le perdre. On se connaît depuis qu’on est gosses et on a toujours été très proches, mais là... ça change la donne. Je ne veux pas le blesser à cause de ses sentiments…

— Amoureux ?

— Oui. Ses sentiments à mon égard deviennent différents des miens pour lui et ça me dépasse. Car je sais, au fond de mon cœur, que jamais je ne lui porterai un amour différent que celui que j’ai toujours eu pour lui. C’est mon meilleur ami, ma famille. Et lorsque nous aurons cette discussion, il n’y aura pas de retour possible. C’est une voie sans issue et il en souffrira.

— Et tu ne peux pas te blâmer pour ça.

— Je sais, mais je ne veux pas le perdre.

Son pouce cajole le dessus de ma main.

— Tu ne le perdras pas, Léana.

— En partie si, parce que notre amitié sera finie. Nous ne serons plus jamais les mêmes l’un envers l’autre.

— Mais tu le savais déjà ça. Tu n’allais pas l’éviter encore des mois. Vous alliez forcément avoir cette conversation tôt ou tard.

— Oui, bien sûr, mais j’ai bêtement espéré qu’en laissant les choses traîner, elles auraient peut-être eu le temps de se tasser. Et peut-être même qu’il aurait réalisé qu’il s’était trompé et fini par cesser d’éprouver de tels…

— Sentiments pour toi ? me coupe-t-il sur les dents, en secouant la tête et retirant sa main de la mienne.

Je me fige.

Qu’est-ce que j’ai bien pu dire pour qu’il réagisse ainsi ?

— On dit que le temps guérit tout. Alors oui, peut-être qu’il…

— Merda ! (Merde)

OK, je suis absolument nul en ce qui concerne les émotions humaines. Et j’admets que l’amour est loin d’être mon domaine d’expertise pour en comprendre le fonctionnement, n’étant moi-même jamais tombée amoureuse. J’ignore ce qui nous permet de reconnaître ces sentiments différents de ceux que l’on éprouve pour un être cher. Alors oui, j’ai malheureusement eu la stupidité de vouloir y croire.

— Mais tu crois qu’on peut si facilement oublier ce qu’on éprouve pour une personne ? De ce qui charge notre cœur lorsqu’on tombe amoureux ? Même lorsqu’on se bat contre ça ? Se, fosse così facile, non sarei in nel processo di… (Si c’était si facile, je ne serais pas en train de...)

Mon visage se vide devant l’expression du sien. La colère brûle à travers ses mots, mais pas seulement, il semble les déplorer, troublé par ses propres propos.

— Mais comment crois-tu que les sentiments fonctionnent, enfin, tu es idiote ou quoi ?

— À choisir, je préfère le « ou quoi », rétorqué-je sur les nerfs de me faire engueuler sans raison et maintenant insulter.

— Léana, gronde-t-il.

— Laisse tomber. Je n’aurais jamais dû parler de ça avec toi.

— Non, pas si vite, tu...

Les digues lâchent.

— Mais merde, Kerian, par qui crois-tu que j’ai été élevée enfin, la famille Ingalls ? Tout n’a pas été rose dans la façon dont j’ai été éduquée afin de comprendre les sentiments humains et leurs ressentis. Et je fais de mon mieux, même si je te parais complètement à la ramasse. Eh oui, j’ignore s’ils peuvent disparaître totalement un jour. Et dans le cas de Brett, je l’espérais, car j’apprends encore. J’essaie. Alors, excuse-moi si ça te contrarie que je ne sois pas la parfaite petite Léana qui sait ce qu’elle veut et ressent !

Son visage se défait de sa colère.

— Je suis désolé, je n’aurais pas dû te dire les choses comme ça.

— Après le décès de ma mère, le Haut Conseil ne s’est pas gêné pour faire de moi une page blanche, créée uniquement pour les besoins du Sanctuaire. Mais avec Brett et Isabella à mes côtés, j’ai pu continuer à m’accrocher à cette part d’humanité qu’ils tentaient d’éteindre pour que je ne déborde pas du cadre qu’ils avaient instauré. Et parfois encore, des notions de base qui vous sont naturelles me sont encore difficiles à interpréter, avoué-je avec regret face à cette dure réalité qui pèse lourd dans mon cœur.

— Alors, tu n’es jamais tombée…, demande-t-il avec précaution après quelques secondes.

— Amoureuse ? Non. Toutes mes relations avec des hommes n’ont été que de brèves aventures éphémères, si c’est ce que tu veux savoir.

— Pourquoi ?

— Pourquoi quoi ?

— Pourquoi n’ont-ils fait que passer dans ta vie ? Pourquoi ne t’être jamais investie dans une relation amoureuse, alors que tu t’es ouverte à Isabella et Brett ?

Je soupire en balayant quelques mèches qui me tombent sur le visage avec ma main.

— Je refuse que quoi que ce soit puisse me distraire de mon objectif. Toute mon attention se doit de rester focalisée sur mon devoir. De cette manière, en ne laissant personne m’approcher intimement, je m’en porte garante.

— Je me répète, mais en ne jurant que par ton devoir, tu te prives de tellement choses. Tu ne conçois pas la seule priorité qui devrait être, à savoir : toi.

Il n’est pas le premier à tenter de m’ouvrir les yeux. Et j’en ai assez de me battre contre ce même refrain qui ne changera jamais.

— Et tu devrais…

— J’ai conscience de ce que je laisse derrière moi, Kerian.

Je n’ai juste pas le choix.

 

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