La traque (La conquête du sang) (French Edition)
Chapitre 25
K erian prend ma main dans la sienne et nous mène vers la piste en nous éloignant de cette ordure. Quelques pas plus loin, il rapproche son visage près du mien et me murmure ces quelques mots à l’oreille :
— Qu’est-ce que j’avais dit ? me gronde-t-il, un sourire dans la voix.
— Humm, quoi donc ? demandé-je en feignant de ne pas comprendre.
— Ce petit geste du bout des doigts ?
— Quelques engourdissements qui me chatouillaient, rien de plus, continué-je de nier en prenant un air angélique.
— Ce sont plutôt tes nerfs qu’il chatouillait.
— Oui, bon, j’admets, râlé-je pour la forme. Mais j’avais atteint ma limite avec ce machin et ses mains baladeuses. Et je n’ai pris aucun risque, les crampes, ça arrive à tout le monde, c’est anodin comme situation.
— Rien n’est jamais anodin quand tu traînes dans les parages et que quelqu’un te pousse à bout. Il finit généralement par en ressortir blessé.
— Eh bien, on mettra ça sur le dos de ma susceptibilité du moment.
— On dira ça, ouais, dit-il en ricanant, posant ses lèvres sous mon oreille pour un rapide baiser qui m’électrise.
Nous slalomons difficilement l’un à côté de l’autre à travers la foule et Kerian finit par me faire passer devant lui. Il entoure ses mains autour de mes hanches et colle mon dos à son torse.
— Où étais-tu au fait ?
J’incline la tête par-dessus mon épaule pour qu’il puisse mieux m’entendre.
— Je t’ai cherché partout quand je suis arrivée, je ne t’ai pas trouvé ?
— Moi, j’y suis arrivé, me reprend-il, sa voix balayant ma nuque de son souffle chaud.
— En effet. Mais il me semble dans ce genre de cas que tu as comme maxime à ce que je ne m’éloigne jamais de ton radar, de peur qu’il m’arrive quelque chose. Et tout particulièrement ce soir.
— C’est exact. Et je savais que tu étais là, je t’ai sentie arriver.
Je me retourne dans ses bras.
— Tu m’as sentie arriver ? Y en a d’autres qui auraient pu me sentir de très près en plus de l’affreux jojo.
Un frisson de dégoût galope sur mon épiderme en me rappelant la bave de ce machin dans mon cou.
— Avec le temps que tu as mis pour me trouver, j’aurais pu finir en paille ambulante.
— Je parlais avec quelques gars à l’étage quand je t’ai vue passer les portes et je ne t’ai pas quittée des yeux depuis. Jamais je n’aurais laissé quiconque risquer ta sécurité, Léana. Crois-moi, je me suis fait violence pour ne pas te rejoindre plus tôt. En particulier quand Riker t’a repérée, m’explique-t-il, les mâchoires raides.
Ça, ça lui ressemble plus.
— Et ?
— Et j’ai eu quelques retours quant aux nouvelles habitudes de Malakaï.
D’un hochement de tête, Kerian m’invite à avancer. Arrivés au centre de la piste, nous nous dévisageons un instant sans un geste. Une tension grimpe entre nous. J’appréhende ce qui va suivre. Ses mains attrapent mes bras et les glissent sur ses épaules pour les ceinturer autour de sa nuque. Il refait le chemin inverse en caressant mon épiderme, qui s’habille de frissons en descendant le long de mes bras, puis de mes flancs, pour se reposer sur mes hanches.
Nous restons immobiles.
Sa poitrine se gonfle à un rythme irrégulier et cogne la mienne. Perdue dans son regard, qui est assombri par le désir, l’appréhension et la douceur mêlée, j’ai du mal à le soutenir. J’ai aussi plus de mal que je ne l’aurais cru à tenir de nouveau cette proximité. Beaucoup trop de choses ont changé et ont évolué entre nous. À tel point que je ne reconnais plus les réactions de mon corps, qui lui semble se souvenir du sien. Ça me paraît si naturel, si normal d’être là, dans ses bras.
Il retire l’une de ses mains de mes hanches et glisse ses doigts sous mon menton pour retrouver mon regard. Une fois que celui-ci est de nouveau verrouillé au sien, il redescend ses doigts aux creux de mes reins.
— Alors Malakaï, qu’as-tu pu apprendre sur lui ? l’incité-je à parler, essayant de concentrer mon esprit ailleurs.
Ses hanches ondulent délicieusement contre mon bassin qui suit son mouvement.
— D’après les ouï-dire, quelque chose d’énorme se préparerait. Et visiblement, il en tiendrait une partie des rênes.
— Et où est-il ?
— Il ne va pas tarder. Nikki sera avec lui ce soir, elle me préviendra dès qu’ils arriveront.
— Et que fait-on en attendant ?
— Ce qu’on fait là. On danse.
Et c’est ce que nous faisons, jusqu’à ce que mes yeux rencontrent ceux de Riker, qui nous fixe de façon insistante, assis dans un fauteuil, une humaine à genoux entre ses cuisses.
Depuis combien de temps nous observe-t-il ?
Se demande-t-il pour quelle raison nous ne sommes pas encore passés à l’acte ?
À moins qu’il n’ait des doutes sur notre relation ?
— Tu devrais me mordre, Kerian, lâché-je à brûle-pourpoint.
— Quoi, maintenant ? demande-t-il surpris en tentant d’accrocher mon regard.
Je resserre mon étreinte autour de sa nuque et enfonce ma tête dans son cou. Son pouls cogne contre mes lèvres lorsque je l’informe :
— Riker nous surveille. J’ignore depuis combien de temps, mais je n’aime pas sa façon de nous regarder. Et si on veut être convaincants sur notre présence ici, il serait préférable que tu me mordes, oui. Et maintenant, lui murmuré-je à l’oreille.
Il me retourne dans ses bras et les entoure autour de ma taille.
— Tu es prête pour ça ?
Jamais lorsque cela le concerne.
— Prête. Oui. Et toi ? demandé-je alors que je tente de calmer ma respiration.
J’inspire et expire calmement quand ses lèvres viennent caresser ma nuque, puis ma gorge, sans réellement se poser dessus.
— Jamais quand il s’agit de toi.
Un grognement sourd se dégage de ses lèvres alors que j’enfouis ma main dans ses cheveux pour l’attirer plus près.
— Je sens ton pouls s’accélérer, alors que je n’ai même pas encore posé mes lèvres sur ta peau, fait-il remarquer d’une voix rauque et basse, en continuant de chatouiller mon épiderme.
— Ça doit être… l’appréhension, dis-je en déglutissant difficilement.
Je redescends ma main contre sa gorge.
— Ton pouls n’est pas très lent non plus.
— Oui, mais moi, je suis parfaitement conscient de ce qui provoque ça… Le désir que j’ai pour toi.
J’étouffe laborieusement le gémissement qui traverse mes lèvres, lorsqu’il appuie sa phrase en mordillant mon lobe d’oreille.
— Et du tien, alors même que tu te mens à toi-même, complète-t-il.
— Kerian, supplié-je.
De quoi ?
Je n’en suis pas sûre.
— Fais-le.
Il emprisonne de nouveau mes hanches en me retournant face à lui. Son regard brille d’un éclat sombre et sauvage, alors que le mien s’y perd. Tout comme mon corps qui se consume en sentant la caresse de sa respiration haletante et saccadée contre ma peau. Il plonge sa tête dans le creux de mon épaule, et en suçote la peau fine de mon cou, tandis qu’un soupir perdu de plaisir s’extirpe de mes lèvres. Les siennes déposent un baiser délicat, juste avant que ses canines ne frottent contre ma chair, puis s’y enfoncent.
L’effet de sa morsure est instantanément plus intense que la première fois. J’ignore si cela à un rapport avec le lien que nous avons créé depuis, mais c’est galvanisant. Mes mains se crispent dans le tissu de sa chemise que j’extirpe de son pantalon pour pouvoir poser mes doigts sur sa peau nue. Je brûle d’envie de le toucher. Un râle profond et sensuel gronde dans sa gorge quand je caresse chaque parcelle de peau qui m’est offerte. Mon souffle devient erratique et s’échappe par saccades de ma bouche, frôlant son cou de mes lèvres envieuses de s’y déposer sans pour autant se l’accorder.
Mon corps tremble de désir.
La main qui entoure mes reins remonte sur ma nuque pour maintenir sa prise un peu plus fermement. Ses succions deviennent moins pressées et plus paresseuses. Il libère peu à peu ma chair légèrement endolorie par sa morsure et finit par retirer ses canines.
Kerian garde ses lèvres sur ma jugulaire, en couvrant ma blessure de baisers pour l’apaiser, puis redresse sa tête de mon cou.
Comme une accro en manque, je ressens déjà un vide lorsque sa chaleur se retire de mon corps. Nos regards sont chargés et avides, Nos respirations, chaotiques. Nous ne sommes plus que l’ombre de nos désirs et à cet instant, nous savons pertinemment où cela va nous mener.
Ses yeux devenus presque noirs me contemplent tandis que ses doigts marquent la chair de mes hanches sous la pression de ses mains. Il semble être fasciné par mon visage, enhardi par mes caresses, captivé par mon toucher. Je fais remonter l’une de mes mains sur sa joue et caresse sa barbe naissante de la pulpe de mon pouce, que je glisse ensuite sur ses lèvres pleines, légèrement entrouvertes. Son regard finit par tomber sur les miennes, alors que le mien est déjà rivé sur ce qu’il compte prendre sans savoir si je ne pourrais jamais m’arrêter.
Cette fois-ci, il n’y aura pas de retour possible.
Je succombe à l’interdit.
— Kerian… embrasse-moi.
À suivre…
Illustration : Miblart
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Dépôt légal : janvier2023
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Angie Blackthorne