L'amour et les forêts (Gallimard, 21 août)
Chapitre 2
Un soir de mars 2006, alors qu’elle rentrait d’une réunion qui s’était terminée tard, notamment en raison d’une bouteille de mousseux apportée par un professeur de physique dont c’était l’anniversaire, Bénédicte Ombredanne s’aperçut depuis la rue, en garant sa voiture, qu’il se passait chez elle quelque chose d’anormal : aucune fenêtre n’était éclairée et sa maison paraissait avoir été désertée par ses occupants. Cette impression lui fut confirmée une fois la porte d’entrée refermée derrière elle : toutes les pièces étaient obscures et silencieuses, circonstance inhabituelle à une heure où régnait d’ordinaire une animation indescriptible, qu’il s’agisse de la télévision à haut volume sonore, ou des disputes de ses enfants, ou bien des jeux bruyants auxquels souvent ils s’adonnaient, ou encore des rangements qu’on effectuait dans la cuisine après avoir dîné. Déposant sur le carrelage son sac à main et son cartable en cuir, Bénédicte Ombredanne cria vers le premier étage le nom de ses enfants, « Lola ! », « Arthur ! », puis celui de son mari, « Jean-François ! », sans obtenir aucune réponse, obscurité, silence total. Quand elle rentrait tard de ses réunions, il arrivait qu’elle trouve ses enfants installés par leur père devant la distraction d’un film d’animation (plutôt que de les voir courir, hurler, se battre, frôler l’accident grave ou se lancer par vengeance des épluchures de pommes de terre au visage), mais la télévision se trouvait dans le salon et le salon était vide, ainsi que la cuisine. L’inquiétude de Bénédicte Ombredanne se transforma en panique, elle courut vers l’escalier et se précipita dans la première des chambres, celle de Lola, vide également. Criant le nom de ses enfants d’une voix tremblante, répétant sans cesse « Mais vous êtes où ? », « Arthur, Lola, vous êtes où, répondez, c’est pas drôle ! », elle courut vers celle de son petit garçon, où elle les découvrit recroquevillés sous la couette au milieu d’un amoncellement de peluches. Bénédicte Ombredanne s’effondra sur le lit toujours vêtue de son manteau, tremblante et essoufflée, rassurée de constater que ses enfants allaient bien, tout du moins en apparence. Agrippés à son cou, ils se concurrençaient pour pouvoir lui embrasser les joues, les mains, le front, ainsi que ses yeux noirs déjà rougis par les larmes, l’appelant maman avec tendresse, maman, maman, sans s’arrêter, sans s’arrêter.
— Vous m’avez fait peur ! Qu’est-ce qui se passe dans cette maison, pourquoi vous êtes dans le noir ?
Ils ne lui répondaient pas, elle les tenait serrés contre son corps. Mes amours, mes amours, je suis là, tout va bien, maman vous aime, disait doucement Bénédicte Ombredanne en les berçant. Il s’écoula quelques minutes de cette douceur réconfortante, aucune phrase ne fut plus prononcée, chacun essayait d’éloigner sa terreur en ajustant son souffle à celui des deux autres, si bien qu’au bout d’un long moment leur fusion n’eut plus qu’une seule et même respiration, celle de l’amour et du bonheur d’être ensemble, parfaitement synchronisée.
Bénédicte Ombredanne finit par s’écarter de ses enfants pour leur demander ce qui s’était passé et où était leur père.
— Il s’est enfermé dans ta chambre, lui répondit Lola.
— Notre chambre, tu veux dire.
— Votre chambre, OK, c’est bon, tu vas pas jouer sur les mots.
— Pourquoi il s’est enfermé dans la chambre ? Tu me racontes ?
— Je crois qu’il dort.
— À neuf heures du soir ? Lola, essaie d’être plus précise.
— Il ne veut voir personne.
— Arthur, tu ne veux pas essayer de me raconter ?
— Si. Alors. Tu vois. On était dans la kisine.
— Je peux te raconter ce qui s’est passé, si c’est ça que tu veux, ça ira plus vite qu’avec lui, l’interrompit Lola.
— Attends Lola, laisse finir Arthur.
— Non, c’est moi qui raconte, poursuivit Lola en faisant signe à son frère qu’elle n’en avait que pour un instant. On était avec papa, il venait juste de nous servir, on était en train de commencer à manger, il écoutait la radio. Tu sais, debout, appuyé au placard bas près du lave-vaisselle, à sa place habituelle quoi. À un moment il nous a demandé de faire un peu moins de bruit, soi-disant on l’empêchait d’entendre ce que disaient les gens dans l’émission. Moi j’écoutais pas, je sais pas de quoi ils parlaient, mais ça avait l’air de l’énerver. À un moment j’ai pas compris, on était tranquillement en train de manger, je te jure qu’on était sages, hein Arthur qu’on faisait aucun bruit ?
— Très très sages, confirma Arthur.
— Eh bien ? demanda Bénédicte Ombredanne.
— Il nous a demandé de sortir de la cuisine. Je lui ai dit qu’on venait juste de commencer et qu’en plus on l’empêchait pas d’écouter son émission, alors à ce moment-là il s’est mis à hurler, mais alors vraiment hurler, comme quoi j’étais insolente et qu’il m’interdisait de lui répondre sur ce ton. Je l’avais jamais vu dans cet état. Il nous a dit sortez putain, je vous rappellerai quand vous pourrez revenir.
— Tu exagères un peu, non ? C’est vrai Arthur ? Papa il s’est mis en colère contre vous ?
— Aujourd’hui et pas plus tard qu’à dix-neuf heures trente, affirma Lola sur un ton catégorique.
— Il a crié très fort, mais vraiment très très très très très très fort, confirma Arthur en fermant les yeux, comme s’il voulait compter le nombre de fois qu’il prononçait le mot très.
— C’est incompréhensible, répondit Bénédicte Ombredanne en regardant ses doigts pénétrer dans l’épaisse chevelure brune de son petit garçon. Ne vous en faites pas, il a sans doute été contrarié par quelque chose. Je vais aller l’interroger. Ce n’était qu’un mouvement d’humeur. Je suis certaine que c’est déjà passé.
— J’espère parce que dis donc, franchement, être traité comme ça alors qu’on n’avait rien fait, mais alors strictement rien…
— J’ai compris Lola. Pourquoi tout est éteint dans la maison ?
— Parce que après, une fois qu’on est sortis de la cuisine en laissant tout en plan…
— Vous n’avez pas fini votre repas ? demanda Bénédicte Ombredanne en interrompant sa fille. Alors on va descendre, moi non plus je n’ai pas mangé. Continue, qu’est-ce que tu disais ?
— On est allés regarder un film au salon. Il écoutait son émission toujours planté à la même place. Au bout d’un moment il est sorti en claquant la porte de la cuisine derrière lui. De toute ma vie j’ai jamais vu une porte claquer comme ça. Je te jure, tout a tremblé dans la maison.
— Ça a fait BROUM, comme ça, très fort, BROUM, précisa Arthur en fermant les yeux toutes les fois qu’il disait BROUM, qu’il disait BROUM de plus en plus fort tandis qu’il figurait des explosions avec ses doigts qu’il propulsait en avant, en ouvrant les mains brusquement.
— Bon, ça va, on a compris, t’es vraiment soûlant putain quand tu t’y mets.
— BROUM, répéta Arthur en avançant son visage tout près de celui de sa sœur, avant de lui tirer la langue.
— Tu ne dis pas putain à ton frère. Et toi cesse de tirer la langue. À cinq ans on ne tire plus la langue à personne, même à sa sœur, c’est compris ?
— Ensuite il est monté dans votre chambre, continua Lola avec une pointe d’ironie en regardant sa mère. On a entendu la porte claquer.
— BROUM, l’interrompit Arthur.
Lola regarda son frère avec une grimace qui signifiait : t’es vraiment qu’un abruti, pendant encore combien d’années je vais devoir te supporter, puis elle tourna vers sa mère un visage orgueilleux.
— Alors je suis montée, j’ai demandé à papa qu’est-ce qui se passe, pourquoi t’es comme ça, mais à travers la porte, sans entrer dans la chambre, j’osais pas. Il m’a répondu laisse-moi tranquille. Je lui ai répondu mais nous alors, qu’est-ce qu’on fait ? Ce que vous voulez, foutez-moi la paix, laissez-moi crever, il m’a fait. J’en ai rien à foutre de tout, il m’a fait.
— Lola, pour la énième fois, on ne dit pas il m’a fait mais il m’a dit. Je t’en supplie, une bonne fois pour toutes, arrête avec tes y m’a fait, c’est insupportable.
— C’est bon, tu crois vraiment que c’est le moment de me reprendre sur la grammaire ? On n’est pas au lycée, là : on est dans la merde ! Nuance !
— Il n’a pas pu te dire laissez-moi crever, s’emporta Bénédicte Ombredanne en regardant sa fille dans les yeux. Tu auras mal compris.
— Je te jure. Maman. C’est ce qu’il m’a dit. Texto. Je te jure.
— Après, qu’est-ce qui s’est passé ?
— Je crois qu’il pleurait.
Bénédicte Ombredanne regarda sa fille, interloquée.
— Il pleurait ? Ton père pleurait ?
— Je suis descendue et j’ai dit à Arthur qu’on ferait mieux de se tenir à carreau, il fallait qu’on se mette en pyjama et qu’on aille tranquillement dans nos chambres en attendant que tu rentres. J’ai éteint la lumière du salon, on est montés, on s’est mis en pyjama. On entendait papa qui parlait tout seul, parfois il criait des phrases, je crois même qu’il a jeté des trucs contre les murs. Comme Arthur s’était déjà enfoui sous sa couette et qu’il avait peur, je l’ai rejoint. On t’a attendue. On n’osait plus bouger. Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi il a été comme ça avec nous ?
— Je ne sais pas ma chérie, je vais aller voir.
— Il va te faire du mal, comme l’autre jour ?
— Mais qu’est-ce que tu racontes ? Enfin, Lola, de quoi tu parles ?
— Tu sais très bien de quoi je parle, hasarda Lola timidement.
— Eh bien tu te trompes. Écoute-moi au lieu de regarder par terre avec cet air têtu. Lola, c’est important, il faut que tu me croies : tu auras mal interprété une situation. D’accord ? On en reparlera si tu veux, je t’expliquerai, mais une autre fois. En attendant ne vous inquiétez pas, papa ne vous fera aucun mal — il ne fera aucun mal à personne. Descendez et finissez votre dîner, Lola au besoin fais-le réchauffer, j’arrive tout de suite.
Bénédicte Ombredanne serra ses enfants dans ses bras quelques secondes puis alla voir son mari. Elle frappa deux coups secs à la porte de leur chambre, n’obtint aucune réponse, ouvrit et s’avança dans l’obscurité en prononçant son prénom. Jean-François. Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Je peux allumer la lumière ? mais son mari ne lui répondait pas. Comme elle ne voulait pas profaner son repos par la lumière abrupte et blanche du plafonnier, elle alluma la lampe de chevet de son côté du lit à elle, au milieu de plusieurs piles de livres. Le mari de Bénédicte Ombredanne était effectivement sous la couette, ses vêtements étaient éparpillés dans la chambre comme des dépouilles, on aurait dit qu’ils avaient été jetés sur le sol avec colère ou qu’une maîtresse enfiévrée les lui avait arrachés — alors que d’ordinaire il les disposait sur le fauteuil avec le plus grand soin et allait faire disparaître ses sous-vêtements dans le panier à linge sale sans les laisser traîner par terre ne serait-ce qu’un instant. Bénédicte Ombredanne avait toujours perçu cette coutume comme une marque d’extrême pudeur, elle se souvenait que le soir de leur première nuit elle l’avait vu dissimuler subrepticement ses sous-vêtements dans son cartable en cuir, mais par ailleurs il ne l’avait jamais gêné que ce soit son épouse qui transvase dans la machine à laver la masse indifférenciée du linge sale familial, ce n’était donc pas par respect pour elle qu’il avait pris cette habitude. Ce qui semblait l’indisposer, c’était de se voir lui-même sur la moquette à travers le pitoyable amas d’un slip souillé et de chaussettes tirebouchonnées, comme si ce résidu de la journée écoulée était dans le fond ce qui le résumait le mieux, tel un emblème de son identité profonde : l’être social qu’il s’efforçait d’édifier de jour en jour en essayant de se hisser péniblement au-dessus de lui- même n’était donc finalement qu’un homme élémentaire et dérisoire contenu dans les limites d’une enveloppe corporelle méprisable, réalité que les grands hommes étaient capables de faire oublier aux autres et à eux-mêmes par l’effet de leur transcendance alors que lui, une fois la journée terminée, une fois les masques tombés, une fois seul avec lui-même et la conscience de sa finitude, il redevenait à ses propres yeux ce qu’il n’avait jamais cessé d’être, un homme médiocre et sans hauteur, un slip souillé et deux chaussettes puantes sur le sol de sa chambre. Il avait donc fallu qu’il se heurte à une contrariété majeure pour qu’il consente à se laisser traîner négligemment sur la moquette, Bénédicte Ombredanne eut la délicatesse de repousser contre les plinthes avec son pied les sous-vêtements et la chemise roulée en boule de son mari, à la suite de quoi elle vint s’asseoir sur le lit à proximité de son visage aux paupières closes. Il lui parut évident qu’il n’était pas endormi mais seulement en veilleuse, comme un ordinateur dont il suffit d’enfoncer la touche de n’importe quelle lettre pour que l’écran s’illumine de nouveau, la lettre I d’inquiétude, la lettre P de prudence, la lettre A d’appréhension, ce qu’elle fit en déposant une main légère sur la tempe droite de son mari, avant d’y amorcer une douce caresse. Un œil rougi et accablé finit par apparaître entre ses doigts (comme les jours où Bénédicte Ombredanne portait la bague de sa grand-mère, mais cet œil-là était d’une taille plus importante que celui du bijou et l’affliction qu’on y trouvait n’était pas celle d’un amoureux inconsolable des temps passés, mélancolique et libertin), laquelle pupille, après s’être attardée un instant sur le visage de sa femme, alla loger ses réflexions impénétrables dans un angle du plafond, à la rencontre des trois arêtes, comme à l’endroit précis d’un rendez-vous, où de fait elle allait demeurer pendant une grande partie de leur conversation. Qu’est-ce qui ne va pas ? Jean-François, raconte-moi, tu as des ennuis ? Pourquoi tu t’es couché si tôt, qu’est-ce qui t’est arrivé ? Tu es tombé malade ? Les enfants m’ont raconté que tu t’étais mis en colère à cause d’une émission à la radio. Bénédicte Ombredanne avait égrené ces questions dans un silence complet. Il entreprit de lui répondre, par bribes, une fois qu’elle se fut levée pour retirer son manteau, lui confirmant que le contenu d’une émission radiophonique l’avait anéanti. Anéanti ? Mais qu’est-ce que tu racontes ? lui demanda Bénédicte Ombredanne. Comment une émission peut-elle t’anéantir au point que tu te mettes au lit à huit heures du soir sans finir de t’occuper des enfants ? Je ne comprends pas, parle, dis-moi, il faudra bien que tu craches le morceau, tu ne peux pas rester dans cet état sans rien dire ! Le regard de son mari était toujours en conciliabule à la rencontre des trois arêtes et paraissait s’entretenir avec un nombre croissant d’interlocuteurs, comme s’il devait se justifier auprès d’un attroupement de plus en plus nombreux et objectif : son expression était craintive. Jean-François, pourquoi cette émission t’a ébranlé, qu’est-ce qu’ils ont dit qui t’a tellement frappé ? Il lui répondit qu’il avait subi un choc. Un choc ? Du temps passait entre chacune de leurs phrases. Oui, un choc. Il s’était reconnu, c’était atroce, il n’arrivait pas à s’en remettre. Tu t’es reconnu ? Comment ça tu t’es reconnu ? Il s’était reconnu, il ne pouvait pas être plus clair, éructa-t-il. L’œil fixe de son mari disparut un instant derrière sa paupière, avant de délivrer un vif éclair d’effroi : ce en quoi il s’était reconnu n’était pas beau à voir, il se sentait dans le même état que si l’animateur avait donné son nom sur les ondes de France Inter, comme s’il l’avait dénoncé. La phrase qu’il venait de prononcer avait d’abord retenti dans l’espace de son regard, où elle avait fait naître un éclair de terreur, avant de se répandre dans la pièce et de parvenir aux oreilles de Bénédicte Ombredanne. Dénoncé, mais de quoi ? Le mari de Bénédicte Ombredanne déglutit péniblement, il avait soif, elle hésita à se lever pour aller lui chercher à boire mais elle se ravisa : il était sur le point de parler. Eh bien il avait reconnu quelques constantes de ses comportements les plus communs dans les témoignages des auditeurs qui avaient téléphoné à l’émission, des femmes mais aussi des hommes, des victimes et des harceleurs, reconnut-il, au bord des larmes. Maintenant qu’il s’était mis à parler, rien ne semblait devoir l’interrompre, son œil évoluait comme un oiseau de branche en branche en fonction des mots qui résonnaient dans la chambre, si bien que son regard croisait parfois celui de son épouse ou se posait sur son visage un bref instant, avant de s’envoler de nouveau, poussé par un sursaut de honte, un mot particulier qu’il s’entendait prononcer. Les expertises, les diagnostics, les commentaires des spécialistes réunis dans le studio n’avaient fait que confirmer ce que les témoignages des auditeurs avaient insinué dans son esprit dès le début de l’émission, à savoir qu’il se comportait, lui, vis-à-vis d’elle, depuis des années, comme un harceleur certifié. Il avait vraiment dit ça, prononcé ces mots-là, harceleur certifié. Bénédicte Ombredanne n’en revenait pas, elle en restait pétrifiée, elle regardait son mari qui le visage sur l’oreiller s’était mis à pleurer, elle n’éprouvait pour lui aucune pitié mais au contraire une immense froideur — comme si soudain l’affaire était jugée et qu’elle donnait à Bénédicte Ombredanne une liberté considérable, au même titre que le verdict d’une erreur judiciaire allège d’un poids inestimable celui qui en bénéficie, sans effacer pour autant les tourments qu’il a subis. Ainsi, contrairement à ce que son mari s’efforçait de lui faire croire depuis des années, sa souffrance n’était pas le produit d’une imagination corrompue par la bêtise, les hormones, la complaisance, l’acrimonie — par les humeurs larmoyantes, insatisfaites, irrationnelles, d’un cerveau stupidement féminin, pour reprendre quelques-unes de ses locutions favorites. Voilà à quel aveu aboutissait son exil dans la chambre ! Il admettait que son comportement vis-à-vis d’elle l’incorporait de facto à la catégorie des maris humiliants ! Elle n’avait pas rêvé sa douleur, année après année ! Bénédicte Ombredanne retira sa main du visage de son mari et le regarda parler, il pleurait et il disait que des femmes avaient téléphoné pour raconter le traitement que leur conjoint leur infligeait, elles décrivaient leur existence comme une torture perpétuelle et ce qu’elles décrivaient était ni plus ni moins la même chose que ce qu’il faisait endurer à Bénédicte Ombredanne. Il avait entendu des anecdotes qui paraissaient avoir été collectées dans les profondeurs de leur vie quotidienne, ces anecdotes avaient provoqué une unanime réprobation, les spécialistes avaient dépeint ces situations comme anormales, choquantes, inadmissibles. Leur voix avait parfois tremblé mais ces femmes qui témoignaient étaient toutes restées fortes, belles, droites et courageuses, leur contenance forçait l’admiration, on avait envie de les aimer, lui-même s’était senti solidaire de leur douleur. Il avait régné sur l’antenne de France Inter une atmosphère de recueillement. En écoutant ces récits, il partageait avec les invités la même révolte irrépressible — sauf qu’à travers les cas particuliers qu’ils commentaient les spécialistes le construisaient lui-même phrase après phrase comme un coupable de la même étoffe, il s’était senti étudié, décortiqué, stigmatisé. Pourquoi personne ne lui avait jamais dit que son comportement n’était pas approprié ? Les experts disaient aux auditrices que leurs maris étaient malades et qu’ils devaient se faire soigner : la seule façon d’enrayer ce mécanisme est de mettre un terme à la relation, d’y mettre un terme définitif et inconditionnel, insistait le psychiatre présent dans le studio, racontait à sa femme le mari de Bénédicte Ombredanne. Un harceleur repenti avait téléphoné à l’émission pour raconter qu’au plus fort de sa déviance désormais résorbée sa femme l’avait quitté du jour au lendemain en emmenant ses enfants. Le monde s’était écroulé, elle avait rompu brutalement sans qu’il puisse la retenir — et aujourd’hui cet homme avait refait sa vie avec une autre femme, après quelques années d’un suivi psychiatrique assidu. Bénédicte Ombredanne regardait son mari qui pleurait, son œil noyé errait à la surface des murs comme un marcheur épuisé en rase campagne, elle avait l’impression que cet œil accablé allait finir par périr, par tomber mort sur les draps. Cet auditeur avait dit que si sa femme ne l’avait pas quitté il serait resté avec elle jusqu’à la fin de ses jours et il aurait continué de l’humilier et de la maltraiter jusqu’à la fin de ses jours, il en était certain, avait-il affirmé. Il l’avait dit et répété à ceux qui écoutaient l’émission : vous qui subissez ce fléau, vous qui vivez sous le joug d’un homme qui vous harcèle, PARTEZ, NE RESTEZ PAS, FAITES-LE POUR VOUS MAIS AUSSI POUR VOTRE MARI, AFIN QU’IL PUISSE SE FAIRE SOIGNER, GUÉRIR, REFAIRE SA VIE DIGNEMENT. Car la plupart de ces hommes ne savent même pas qu’ils sont malades, disait cet auditeur, racontait à son épouse le mari de Bénédicte Ombredanne. À la suite de quoi son visage se contracta et il surgit du pli profond de cette grimace un brutal filet d’eau, on avait l’impression qu’une main invisible était en train d’essorer ses traits comme une éponge. Il sanglotait sur l’oreiller en disant à sa femme qu’elle allait le quitter — il ne le supporterait pas, non, il ne pourrait jamais le supporter, il ne pourrait jamais le supporter, répétait-il avec une très épaisse salive qui l’empêchait d’articuler distinctement les phrases qu’il prononçait. Elle allait tout raconter, elle allait se plaindre à un médecin, elle allait témoigner de sa misère et rendre publique leur intimité, cette idée n’était pas supportable. Il s’excusait, il demandait à sa femme de lui pardonner, il n’avait jamais mesuré la gravité de ses actes, il avait fallu cette émission sur France Inter pour lui ouvrir les yeux mais maintenant c’était fait — découvrir qu’il devait être considéré comme un malade l’avait projeté à terre, elle ne se rendait pas compte du choc qu’il avait subi, non, elle ne s’en rendait pas compte, c’était atroce de se savoir catalogué, même à distance, comme un individu malsain et névrosé, il avait honte, il ne s’en remettrait pas. Il ne trouverait jamais le courage d’aller voir un médecin mais il s’en sortirait tout seul, désormais il la respecterait, jamais plus il ne la rabaisserait, jamais plus il ne l’humilierait, jamais plus il ne lèverait la main sur elle, il le lui promettait. Tu m’as déjà dit ça cent fois, lui répondit Bénédicte Ombredanne avec froideur. Son mari en parut affecté. C’est tout l’effet que ça te fait, lui répondit-il dans un ultime sursaut de force. Je te dis que je m’excuse et que je vais changer et toi tu le prends de haut, comme ça, méprisante ? Si tu penses toi-même que tu rentres dans la catégorie des hommes malades qui doivent se faire soigner, alors pour moi c’est la moindre des choses que tu décides de changer d’attitude à mon égard, lui répondit Bénédicte Ombredanne. Tu ne veux pas en plus que je te remercie d’avoir avec moi un comportement qui serait juste normal, tu ne vas tout de même pas renverser la situation et faire que ce soit moi qui doive te plaindre ! Tu devrais même aller plus loin que ces sempiternels vœux pieux, même si j’admets qu’effectivement ils n’ont jamais été aussi affirmés que ce soir — tu devrais envisager la possibilité d’aller voir un psychiatre, comme l’ont recommandé les spécialistes de l’émission. Bénédicte Ombredanne manifestait à l’égard de son mari une sécheresse dont la détermination ne manquait pas de la surprendre elle-même, comme si les phrases qu’elle venait d’entendre, au lieu de l’attendrir, avaient eu pour effet de promulguer son indépendance. Pour quelle raison ? Peut-être parce que ces remords n’avaient pas été émis pour panser des plaies qui viendraient juste d’être faites, comme il pouvait arriver que cela se produise, les pleurs de Bénédicte Ombredanne entraînant un repentir momentané de son mari : ce soir elle entendait ces phrases sans avoir été mise au préalable dans un état d’extrême mendicité, aucun désir de réconciliation ne les avait provoquées, ce qui venait de lui être signifié s’était inscrit dans la pénombre de leur chambre comme une vérité générale : pour la première fois depuis qu’elle vivait avec cet homme elle voyait sa situation de l’extérieur, identifiée avec une acuité terrifiante par celui-là même qui la lui imposait. Son mari reconnaissait spontanément qu’il lui gâchait les plus belles années de son existence, elle n’avait encore que trente-six ans, un âge auquel elle pouvait prétendre refaire sa vie avec un homme dont l’objectif serait de la rendre heureuse, un âge auquel elle pouvait jouir du meilleur de ses moyens physiques et intellectuels, un âge auquel il est impardonnable de se priver des plaisirs, des jouissances, des richesses et des gratifications qu’on est en droit d’attendre de la réalité quand on est une femme sensible, intelligente et cultivée. C’est ce qu’elle s’était dit tandis qu’elle regardait le visage de son mari posé sur l’oreiller, la couette sous le menton.
Bénédicte Ombredanne sortit de la chambre sans dire un mot et descendit dans la cuisine où sa fille était en train de débarrasser la table. Elle déclara à ses enfants qu’ils devaient aller dormir, les protestations qu’entraîna cette annonce furent vaincues par la promesse qu’elle leur fit de passer avec eux au petit-déjeuner un moment un peu plus long que d’habitude — elle ferait sonner son réveil dix minutes plus tôt. Elle dîna rapidement, debout, agitée, d’un yaourt et d’une tranche de jambon, décapsula une bouteille de bière, mangea une pomme en tournoyant dans la cuisine. À la suite de quoi elle alla s’enfermer dans son bureau, au rez-de-chaussée de la maison.
Sa décision était prise, le cheminement qui l’y avait conduite avait été accompli pendant la brève durée de son repas. Pourtant, jusqu’à ce soir de mars, l’idée de se rendre sur ce genre de sites ne s’était même jamais présentée à son esprit, y compris dans ses fantasmes les plus inavouables.
L’explosion qui venait de se produire avait été d’une puissance inouïe, accentuée par l’attitude de rétention dont elle avait fait preuve ces dix dernières années : rétention de désirs, de pulsions, de gaieté, de rêves, d’espérance, d’exigences, d’ambition, de tendresse, de colère, de révolte. Les conséquences de cette posture de renoncement avaient été comparables en définitive à une insidieuse accumulation d’explosifs, c’est ce qu’elle avait découvert ce soir-là quand la présence de toute cette dynamite entreposée par son abnégation dans un recoin obscur de son cerveau avait encore amplifié la violence du souffle. Un observateur présent dans la maison au moment des faits aurait pu percevoir distinctement deux détonations successives, la première liée au temps présent et aux aveux humides de son mari, la seconde au gâchis qu’elle se disait qu’elle avait fait des années dernièrement écoulées. La seconde avait été encore plus assourdissante que la première.
Bénédicte Ombredanne alluma son ordinateur et se rendit sur le site de Meetic. La colère l’avait transfigurée, elle n’éprouvait aucune douleur, elle pianotait sur son clavier déterminée et méthodique, rapide, adepte de la ligne droite et consciente du but à atteindre, comme si les flammes consécutives aux deux déflagrations, et qui se propageaient à toute vitesse dans son esprit, lui permettaient d’apercevoir précisément ce qu’elle cherchait, et le moyen d’y accéder : une clarté d’incendie s’était faite. De nombreuses pages se succédaient qu’elle devait renseigner pour bâtir son profil, elle n’avait pas imaginé que l’inscription serait aussi fastidieuse, il fallait se soumettre à un processus de validation qui lui parut interminable. Malgré tout, elle ne s’était pas sentie aussi déterminée depuis l’époque où elle avait passé et réussi l’agrégation, depuis ces temps lointains où devant sa copie, solitaire et prête à en découdre, elle voulait être la plus brillante — pendant toute sa jeunesse, les moments où elle s’était sentie le plus radieuse avaient été ces heures d’effort intense dans les grandes salles où avaient lieu les épreuves des concours, au milieu des autres, comme si la place qui lui convenait le mieux était celle de candidate, la place de la personne qui se mesure aux autres par le savoir et la performance individuelle. Concentrée, elle avançait avec prudence dans ce parcours de schématisation identitaire, cochant les cases qui lui semblaient les plus opportunes par rapport au caractère circonstanciel de sa démarche, optant pour l’euphémisme ou se livrant à de minimes ajustements, décidant en dernier recours de ne pas répondre aux questions les plus délicates, afin de compromettre le moins possible ses chances de réussite.
Je suis une femme qui cherche un homme.
Elle hésita sur l’âge de l’homme mais décida de le contenir entre 35 et 45 ans.
Elle se demanda si elle ne devait pas se rajeunir, puis si son intérêt n’était pas plutôt de se vieillir, mais finalement elle décida d’être véridique : 12/09/1970.
Pays de résidence : France.
Elle s’interrogea sur le département. Était-il envisageable que cette aventure se produise dans sa ville ? Y étant professeur de lycée depuis des années, elle connaissait à Metz et dans ses environs, au moins de vue, un nombre élevé d’individus, à commencer par les parents de ses anciens élèves. Elle décida d’effectuer sa recherche en dehors de Metz mais à une distance qui rendait la rencontre réaliste. Elle tapa : 67000. Meetic fit apparaître spontanément le nom de la ville : Strasbourg.
Parfait.
Pseudonyme.
Ses ongles vernis de noir s’immobilisèrent en surplomb du clavier, prêts à fondre sur les lettres d’un pseudonyme sublime et rayonnant, aussi magique qu’un sortilège, qu’ils feraient éclater sur l’écran. Mais ils restèrent suspendus, frétillants, comme des corbeaux en vol stationnaire.
Bénédicte Ombredanne ne s’était jamais retrouvée dans la situation de devoir s’attribuer un substitut patronymique qui soit joli et judicieux. À part les mots bougie, lampe, glace, moquette, apparus dans ses pensées en même temps que son regard avide d’idées vagabondait dans la pièce, aucun vocable approprié ne vint éclore dans son cerveau. Elle se leva et arpenta quelques instants son bureau, elle s’approcha de la bibliothèque et son regard tomba sur le boîtier de Brigadoon, un film qu’elle adorait. Cyd était trop bref et surtout présomptueux (ne parlons pas de Cydcharisse, dont la puissance évocatrice ferait naître au sujet de ses jambes des espoirs disproportionnés), mais en revanche Fiona paraissait idéal compte tenu du rôle qu’elle entendait jouer dans la fiction qu’elle convoitait : une folle histoire d’une seule journée, belle et ardente, dansante et musicale, décisive, terriblement romantique. Elle retourna s’asseoir et toute contente de sa trouvaille elle inscrivit Fiona dans le rectangle dévolu au pseudonyme, avant de valider son choix.
Ce pseudo n’est pas disponible, voici quelques suggestions :
Fiona_c_839
Fiona_c_903
Fiona_c_282
Fiona_c_214
Déception.
Qui peut avoir déjà choisi Fiona ?
Bénédicte Ombredanne alla devant sa bibliothèque et inclinant la tête énuméra les titres des livres, jusqu’à tomber sur Poésies, Mallarmé. Elle retourna s’asseoir et toute contente de sa nouvelle idée elle tapa Herodiade (le virtuel proscrit l’accent aigu).
Ce pseudo n’est pas disponible, voici quelques suggestions :
Herodiade_a_472
Herodiade_a_145
Herodiade_a_228
Herodiade_a_582
Elle n’en revenait pas.
On rencontrait sur Meetic des personnes qui choisissaient de se faire appeler Hérodiade ?
En réalité, il devait y prospérer une compagnie bien plus sophistiquée qu’elle ne l’avait imaginé (pour ne pas dire pédante, soucieuse de se signaler prioritairement par son niveau d’éducation), sans doute des professeurs de lettres aussi esseulées qu’elle, aussi amères qu’elle pouvait l’être ce soir-là, n’ayant pour toute consolation que leur amour des livres et l’espoir d’une rencontre insensée, quelle pitié.
Bénédicte Ombredanne réitéra l’opération avec le prénom de l’héroïne des Nuits blanches de Dostoïevski (Ce pseudo n’est pas disponible, voici quelques suggestions, etc.), puis excédée tapa Roseroserose (Ce pseudo n’est pas disponible, voici quelques suggestions, etc.), avant d’opter pour l’astucieux Fionarose, que Meetic accepta.
Me voici Fionarose.
Êtes-vous prête à vous engager dans une relation ? Bénédicte Ombredanne cocha l’option laissons faire le hasard.
Votre statut marital : mariée.
Vous vivez : avec mes enfants.
Dans la rubrique votre personnalité, Bénédicte Ombredanne prit connaissance des traits de caractère proposés par le site : aventureuse, conciliante, humoristique, sociable, insouciante, vive, expansive, inquiète, réservée, superstitieuse, attentionnée, calme, généreuse, sensible, spontanée, timide, exigeante, fière, possessive, solitaire, tenace.
Qui pouvait avoir dressé cette liste si lacunaire, si hasardeuse, si arbitraire, si peu subtile, où manquaient les substantifs idéaliste, peureuse et complexée, pour ne donner que trois exemples ?
L’idée de se décrire avec sincérité la dégoûtait, il fallait qu’elle reste ludique et détachée, maline, dissimulée, et qu’elle évite de basculer dans l’écœurante démagogie sentimentale de notre époque : elle n’avait pas à commercialiser sa vie intérieure sur Internet. À l’opposé, l’option je le garde pour moi proposée aux plus pudiques des utilisatrices risquait de la faire passer pour une femme acariâtre, ou encore mijaurée, de mauvaise compagnie, c’est pourquoi elle cocha les mots sensible, attentionnée, timide, avant de valider sa sélection.
On n’entendait aucun bruit dans la maison, le silence était complet, il était un peu moins de vingt-trois heures, elle trouvait déplorable que son mari soit resté à pleurer sous sa couette. Tant mieux après tout, son infantile réclusion volontaire l’arrangeait, le voir débarquer maintenant dans son bureau l’aurait carrément contrariée.
La couleur de vos yeux : noirs.
La couleur de vos cheveux : bruns.
Votre taille : 160 cm.
Votre silhouette : normale.
Votre physique : aïe, il faut dire si on est belle. Bénédicte Ombredanne réfléchit quelques instants puis cocha je le garde pour moi.
Vos opinions politiques : gauche. Elle se ravisa et cocha extrême gauche.
Votre vision du mariage : je le garde pour moi.
Êtes-vous romantique : assez romantique.
Voulez-vous des enfants : non.
Votre niveau d’études : bac + 5 et plus.
Votre profession : je le garde pour moi.
Bénédicte Ombredanne renseigna les pages suivantes à toute vitesse : style classique, natation, mange de tout, ne fume pas, pas d’animaux, lecture, expositions, musique classique, comédies musicales, comédies romantiques.
Quel est votre livre préféré ? Elle écrivit dans la case dévolue à la réponse : Le Maître et Marguerite.
Dites-en plus sur la personne que vous recherchez.
Bénédicte Ombredanne décida de remplir ces quelques pages avec la même spontanéité qu’elle l’avait fait pour son profil à elle, n’ayant aucune idée préconçue sur le type d’hommes qu’elle souhaitait rencontrer. Pour se rassurer, elle l’esquissa comme un exact reflet d’elle-même : attentionné, sensible, timide, ainsi que bac + 5 et plus, le niveau intellectuel des candidats à son émancipation restant le seul critère sur lequel elle ne transigerait pas. Elle avait beau partir à l’aventure, et se projeter dans les ténèbres d’une expérience extrême, elle savait qu’elle ne ferait aucun compromis sur ce qui était pour elle essentiel : qu’il soit possible d’avoir avec cet homme, au préalable, pour laisser au désir l’opportunité d’apparaître, un minimum de conversation.
Décrivez votre personnalité, la personne que vous recherchez, ce que vous aimez, ce que vous attendez…
Bénédicte Ombredanne décida de ne donner aucune indication sur la nature et sur le sens de sa démarche. Enregistrez et continuez : elle cliqua sur ce rectangle.
Votre inscription est terminée, félicitations !
Elle fut projetée soudain dans la grande cuve du masculin, où elle sentit qu’elle s’enfonçait dans une eau tiède et surpeuplée, profonde, malsaine. Son écran était maintenant comme la fenêtre d’un scaphandre, elle perçut les secousses de tout un tas d’anguilles et de présences précipitées qui la frôlaient de leur luisante viscosité, sans précaution ni ménagement.
Napoleon04 visite votre profil.
Thirydis visite votre profil.
Napoleon04 vient de flasher sur vous !
Gentleman visite votre profil.
Thirydis vient de flasher sur vous !
Vous avez reçu un message de Gentleman.
Gentleman : Slt.
Bénédicte Ombredanne consulta le profil de Napoleon04, cadre supérieur, 37 ans, habitant aux alentours de Strasbourg. Il pratiquait le karaté et le hand-ball, appréciait le cinéma et les restaurants, ses hobbies étaient le bricolage et les expositions — curieuse combinaison ! Le sourire qu’il arborait n’inspirait pas confiance, sa tête avait la forme d’un œuf et en raison du pull à col roulé qu’il portait elle paraissait avoir été déposée dans un coquetier en terre cuite. Pour savoir qui était réellement cet homme, et surtout ce que cachait ce regard fuyant, il aurait fallu fendiller la coquille de son crâne chauve avec le dos d’une cuillère à café, tac-tac-tac-tac, et y prélever un échantillon de matière cérébrale — sinon, aucun moyen de se faire une idée précise de cet individu, se dit-elle en inspectant sa tête affreuse. Justement, quelques lignes plus bas, Bénédicte Ombredanne consomma un paragraphe qui lui fit l’effet d’une mouillette que l’on aurait trempée dans les pensées gluantes de Napoleon04. À la question « Si je ne devais garder qu’un objet », cet homme replet avait écrit : mon slip ou mon boxer… lol… car cette partie du corps est réservée à qui de droit… Quelle horreur ! Son portrait témoignait d’un embonpoint d’où suintait l’apparence d’une gentillesse accommodante, mais celle-ci n’était qu’une tromperie éhontée : elle commençait à s’y connaître en matière de faux-semblants masculins et il ne faisait pour elle aucun doute que cet homme transpirant était fourbe, vicieux, sexiste, graveleux. L’image de son corps lourd remuant sur son corps frêle dans l’horreur d’une étreinte aberrante faillit lui faire éteindre son ordinateur — mais elle parvint à se ressaisir à temps.
Fionarose@Gentleman : Bonsoir. Comment vous portez-vous, ce soir, Gentleman ?
Dauphinblanc67 vient de flasher sur vous !
Thirydis : Bsr.
Fionarose@Thirydis : Bonsoir. Merci pour votre message.
Gentleman : Et toi ? Tu t’ennuies ? Tu veux de la visite ? ;-)
Fionarose@Gentleman : Vous allez vite en besogne Gentleman ! Vous portez mal votre pseudo !
Playmobil677 consulte votre profil.
Thirydis : T’es comment ?
Fionarose@Thirydis : Douce. Attentionnée. Charmante, je crois.
Thirydis : Tu crois ou t’es sûre ?
Playmobil677 vient de flasher sur vous !
Fionarose@Thirydis : J’en suis sûre. Charmante. Parfois. D’autres fois, un peu moins. Cela dépend des jours, des circonstances.
Thirydis : Ce soir, comment tu te sens ?
Fionarose@Thirydis : Charmante.
Thirydis : Mais c’est quoi pour toi charmante ? T’es comment en fait ? Tu m’envoies ta photo ?
Bénédicte Ombredanne consulta le profil de Thirydis, 44 ans, marié, cadre commercial, 177 cm, yeux marron, cherchant une femme de 26 à 45 ans. Dans la rubrique « Quelques mots sur moi », il avait écrit : Ma recherche s’oriente vers une femme qui comme moi aime profiter de chaque gourmandise que nous offre la vie, la sensualité, la douceur, le désir… Mesdemoiselles, mesdames, je serais ravi dans un premier temps de dialoguer avec vous. Son trait de caractère le plus marqué : aventureux. Activités sportives : cyclisme, golf, hockey, judo. La lecture n’apparaissait pas dans ses loisirs.
Playmobil677 : Bonsoir. Votre profil est bien mystérieux.
Fionarose@Thirydis : Je vous enverrai ma photographie plus tard. Commençons par dialoguer, comme vous le proposez dans votre annonce.
Thirydis : OK. Qu’est-ce que tu veux savoir ?
Napoleon04 : Salut ma belle ? Ça va t’y ?
Ah, Napoleon04 se manifeste enfin !
Fionarose@Napoleon04 : Je vais très bien, je vous remercie. Et vous ?
Fionarose@Thirydis : Je voulais juste converser, pour faire connaissance.
Thirydis : Tu m’as l’air drôlement compliquée comme fille.
Fionarose@Thirydis : Ah bon, compliquée, vous trouvez ? Parce que je vous demande un peu de temps pour faire connaissance ?
Thirydis : Je connais un meilleur moyen de faire connaissance ! ;-) Tu seras pas déçue par la qualité de ma conversation ! ;-) Tu m’envoies ta photo ?
Napoleon04 : Je digère. J’ai mangé chez ma mère. Je viens juste de rentrer. C’était bon.
Fionarose@Napoleon04 : Ah, c’est bien de pouvoir manger chez sa mère une fois de temps en temps, surtout si c’est une bonne cuisinière. Que vous avait-elle préparé, ce soir, Napoléon ?
Finalement, Napoléon n’était peut-être pas aussi terrible qu’elle l’avait craint.
Gentleman : Qu’est-ce que tu cherches ?
Fionarose@Gentleman : De la douceur. De l’attention. Donner du réconfort.
Gentleman : Ça tombe bien ! J’adore le réconfort ! Tu pratiques quoi comme réconfort ? lol
Fionarose@Gentleman : Je commencerais par vous lire une belle histoire, comme quand vous étiez petit…
Napoleon04 : Du cassoulet ! Du coup j’arrête pas de péter ! Mais ça m’aura passé quand on se verra, t’inquiète !
Napoleon04 : Non, je déconne, elle m’a fait du poisson. J’ai l’haleine fraîche !
Gentleman : Quoi comme livre ? Un truc un peu salé ?
Napoleon04 : L’haleine fraîche et la bite bien dure, comme d’habitude, si ça t’intéresse ! ;-)
Fionarose@Gentleman : Si vous voulez. J’ai chez moi quelques livres très osés.
Gentleman : Why not. Pas trop longue quand même la lecture ! L’idée c’est pas de s’endormir ! lol
Thirydis : T’es toujours là ? T’as disparu ? Tu m’envoies pas ta photo ?
Fionarose@Thirydis : Je vous ai dit que je vous enverrai ma photo quand nous aurons un peu conversé.
Thirydis : OK.
Napoleon04 : T’es comment en fait ? Y a pas ta photo. T’es mettable comme fille ? lol
Fionarose@Napoleon04 : Jolie. Ultra chaude. Super excitée. Je cherche une grosse queue pour me prendre.
Napoleon04 : T’es bien tombée, la mienne est prête à l’emploi. On se tel ? Tu m’envoies ta photo ?
Fionarose@Napoleon04 : T’emballe pas Napoléon ! Je suis sur d’autres coups, qu’est-ce que tu crois ?
Playmobil677 : Mystérieuse Fionarose, vous me négligez ! Répondez-moi !
Bénédicte Ombredanne consulta le profil de Playmobil677, 36 ans, séparé, 170cm, yeux bleus, habitant Strasbourg, cherchant une femme de 27 à 40 ans. Silhouette : sportive. Hobbies : bricolage, décoration, jardinage. Quelques mots sur moi : L’improbable, mais qui sait ? Une belle rencontre et une bonne entente pour commencer, le reste viendra probablement ! Je préfère préciser que ma recherche est sérieuse malgré mon pseudo qu’il ne faut pas mal interpréter : je n’ai pas la frange, je suis un garçon plutôt souple et pas du tout guindé, je peux plier les jambes, mon cœur n’est pas en plastique et ma tête ne peut pas tourner sur elle-même à 360 degrés ! Après tout ce n’est qu’un pseudo ! À bientôt ! Il indiquait qu’il vivait avec ses enfants une partie du temps. Lui non plus ne citait pas la lecture parmi ses centres d’intérêt. Un portrait accompagnait ce texte, mais il était typique de ces photographies dont on ne peut rien déduire de significatif, ni en bien, ni en mal.
Le profil de Playmobil677 fit sourire Bénédicte Ombredanne.
Fionarose@Playmobil677 : Je suis là, pardonnez-moi. Bonsoir Playmobil. Le texte de votre annonce m’a fait sourire…
Fionarose@Thirydis : Vous n’êtes pas très bavard ! Il faut que ce soit moi qui engage la conversation visiblement !
Playmobil677 : Ah, tant mieux, je commençais à m’inquiéter !
Napoleon04 : Je suis un bon amant, les femmes me l’ont toujours dit, ma mère pas plus tard qu’il y a une heure.
Napoleon04 : Non, je déconne :-) Viens, tu jugeras sur pièce, j’ai la bite comme un rôti ! Mais tu la couperas pas en tranches ! lol
Fionarose@Napoleon04 : Ah, tu sais t’y prendre avec les femmes ! Quel raffinement dans la séduction ! Je commence à mouiller carrément, j’adore ça les bites bien épaisses. Je les préfère courtes et épaisses plutôt que longues et fines. Elle est comment, la tienne ?
Napoleon04 : Longue et épaisse. Pas courte. Sorry ;-)
Fionarose@Napoleon04 : Ça m’excite à mort. J’ai envie de te sucer. Tu sais Napoléon, je suis une sacrée chaudasse, tu vas pas le regretter. On peut se voir ?
Playmobil677 : Je m’appelle Christian. Et vous, Fionarose ?
Napoleon04 : Quand, ce soir ?
Playmobil677 : Vous savez que c’est joli, comme pseudo, Fionarose ? C’est très évocateur. Je ne sais pas pourquoi mais il me fait rêver votre pseudo.
Fionarose@Napoleon04 : Maintenant. Tu me files ton adresse, j’arrive.
Thirydis : OK.
Fionarose@Thirydis : Parfait. Je suis heureuse que vous acceptiez cette conversation. Vous êtes quel genre d’homme ?
Etpourquoipas consulte votre profil.
Fionarose@Playmobil677 : Merci du compliment, j’ai essayé de choisir un pseudo poétique, je suis heureuse qu’il vous plaise. Le vôtre, en revanche, est plutôt dans l’autodérision ! Je vous envie, je ne possède pas cette qualité, j’aimerais bien pourtant…
Fionarose@Playmobil677 : Je m’appelle Fiona.
Napoleon04 : File-moi ton tel. Je t’appelle.
Thirydis : Cérébral.
Valisette69 consulte votre profil.
Etpourquoipas vient de flasher sur vous !
Fionarose@Thirydis : Cérébral ?
Thirydis : Cérébral.
Fionarose@Thirydis : Mais encore ? Qu’entendez-vous par cérébral ?
Thirydis : Je fonctionne avec la tête. Mais ça m’a l’air râpé pour ce soir.
Timothée888 vient de flasher sur vous !
Fionarose@Thirydis : Je ne comprends pas. Qu’est-ce qui vous semble râpé pour ce soir ?
Thirydis : La rencontre. Tu parles tout le temps, on tourne en rond, ça avance pas.
Blakemortimer67 consulte votre profil.
Fionarose@Thirydis : C’est effectivement râpé pour ce soir, vous n’avez pas tort. Mais il n’y a pas que ce soir dans la vie, il y a aussi demain, après-demain, la semaine prochaine ! Vous l’oubliez, malgré vos qualités d’homme cérébral.
Valisette69 vient de flasher sur vous !
Gentleman : Alors ???
Thirydis : OK, j’ai compris, pas de temps à perdre avec des filles tarées comme toi, slt.
Blakemortimer67 vient de flasher sur vous !
Playmobil677 : Oui, c’est important de savoir garder une certaine distance avec soi-même, ça aide à supporter les contrariétés de l’existence. J’adore votre prénom.
Gentleman : Alors ??? Qu’est-ce qu’on fait ???
Napoleon04 : T’es comment physiquement ? Si je vois débarquer un boudin, je suis pas dans la merde. Je me suis fait avoir une fois, on m’y reprendra plus.
Fionarose@Napoleon04 : Il est vrai que toi tu es spécialement sexy.
Fionarose@Gentleman : Vous pourriez vous donner un peu de mal pour me séduire, vous ne croyez pas ? L’idée d’écrire une phrase entière ne vous a pas traversé le cerveau une seule fois depuis que nous avons commencé à dialoguer. Les femmes que vous entreprenez, elles vous tombent dans les bras en vous voyant émettre des onomatopées ? Elles obéissent à vos télégrammes en rappliquant chez vous avec un string ?
Gentleman : Ben tiens. Tout le temps.
Napoleon04 : Merci du compliment. Je sais pas si je suis sexy mais j’ai du bon matos. T’as du flair ma pouliche !
Fionarose@Gentleman : Eh bien moi je ne suis pas comme ça, voilà. J’apprécie la lenteur et les marques d’attention. J’ai besoin de vous connaître davantage.
Fionarose@Playmobil677 : C’est une sage philosophie. Je prendrais volontiers des cours particuliers !
Napoleon04 : Alors, t’es canon ou t’es pas canon ? Je commence à perdre patience.
Fionarose@Napoleon04 : Je te l’ai déjà dit, je suis belle, les hommes raffolent de mon corps, j’ai des seins énormes, je suis hyper bouillante, je suce comme une Américaine, ma chatte est en train de dégouliner sur la moquette à cause de ta bite en forme de rôti. Alors, tu me la files ton adresse ? Tu te dégonfles ? T’as peur de pas être à la hauteur ?
Patounet_563 consulte votre profil.
Napoleon04 : Alors là pas du tout.
Gentleman : Je comprends parfaitement. Qu’est-ce que tu viens chercher, sur ce site, en fait ?
Fionarose@Napoleon04 : J’ai envie que tu me broutes la chatte. Tu sais faire, tu vas me faire jouir ?
Fionarose@Gentleman : Je voudrais me sentir revivre sous le regard d’un homme. Mais un homme qui saurait percevoir mes attentes, comprendre mon rythme. Cela exige de la délicatesse. Je ne suis pas expérimentée. Vous m’aviez l’air plutôt délicat, de prime abord, ne serait-ce qu’en raison de votre pseudo.
Playmobil677 : Je m’exerce depuis des années. Paradoxalement, pour rester authentique, il faut savoir parfois ne pas se prendre au sérieux. Moi, quand je rencontre un vrai souci je saute dedans comme un enfant dans une flaque d’eau et je rigole d’en être éclaboussé. Se relativiser soi-même, c’est essentiel. J’ai découvert cette vérité au fil du temps, au plus fort des épreuves que j’ai traversées.
Napoleon04 : Faut voir. Sauf si ça dure trop longtemps. Je suis pas un mouton, je vais pas passer la nuit à brouter.
Gentleman : Mais je le suis, délicat. Seulement, je recherche un peu plus que ce que vous recherchez vous-même.
Fionarose@Napoleon04 : J’ai la chatte hyper poilue, c’est pour ça que je disais brouter, j’espère que ça te dérange pas.
Bobby33 vient de flasher sur vous !
Fionarose@Playmobil677 : Moi j’en suis incapable. Je prends tout trop au sérieux. Je ne m’évade jamais de moi-même. J’aimerais pouvoir me dire que les choses qui m’accablent n’ont aucune importance, que mon âme peut rester libre et s’envoler, voguer vers d’autres cieux, mais mon corps m’emprisonne, les ennuis m’alourdissent, mes angoisses me barrent le ventre, mon esprit est confiné dans ma poitrine, c’est un espace minuscule où j’étouffe. C’est pour ça que je suis là, pour faire voler cet étau en éclats. Je suis sous séquestre. Je veux me libérer.
Caffer 68 consulte votre profil.
Patounet_563 vient de flasher sur vous !
Bobby33 : Bonsoir, vous êtes sur Strasbourg même ?
Fionarose@Gentleman : Qu’est-ce que vous en savez ? Qui vous dit que je n’attends pas de ces échanges exactement la même chose que vous ? Mais vous voulez aller directement à la case sexe sans prendre le temps de jeter quelques dés.
Napoleon04 : C’est moyen moyen les femmes poilues. Tu veux pas te raser avant de venir ? Sans déconner.
Gentleman : Je comprends. Moi aussi je veux bien discuter mais pas trop tourner autour du pot quand même. Je ne recherche rien de compliqué. Mais des moments de plaisir partagé. Tu fais quoi comme métier ?
Fionarose@Napoleon04 : D’accord, je vais me raser vite fait. Mais c’est bien parce que c’est toi.
Napoleon04 : Cool. Moi aussi j’ai les boules rasées.
Fionarose@Gentleman : Infirmière.
Fionarose@Playmobil677 : Pardon pour toutes ces attristantes considérations. Je suis désolée de vous avoir importuné avec mes problèmes. Vous êtes ici pour vous distraire, pas pour entendre les plaintes d’une femme foutue ! D’ailleurs je vais éteindre mon ordinateur et aller me coucher. Ma présence sur ce site est navrante. Au revoir.
Gentleman : Ah, cool.
Fionarose@Gentleman : Moi aussi je recherche des moments de plaisir partagé. Avec respect. Avec délicatesse.
Playmobil677 : Non, attendez, ne partez pas, restez encore un peu !
Fionarose@Napoleon04 : Je voulais te prévenir d’autre chose, j’ai une odeur très forte, j’espère que ça pose pas problème. On me dit parfois que je pue, ma chatte c’est carrément une infection, les hommes hésitent à y enfouir leur nez. L’autre jour, j’étais avec un type, il a vomi dans le lit après m’avoir léchée.
Gentleman : Je ne suis pas un type irrespectueux. Je m’inquiète toujours du bien-être de ma partenaire.
Napoleon04 : Ehhhh… pauvre conne… va te faire enculer. Tu t’es bien foutue de ma gueule espèce de salope.
Fionarose@Playmobil677 : D’accord, je reste encore un peu, mais seulement pour vous faire plaisir.
Fionarose@Napoleon04 : Que se passe-t-il ? Pourquoi tu réagis comme ça Napoléon ? Comme tu es charcutier, je pensais que ça t’exciterait un truc un peu bestial !
Playmobil677 : Merci, je préfère ça. Vous êtes la seule femme intéressante, ce serait dommage que vous partiez !
Fionarose@Gentleman : Mais par exemple. Si on se rencontre la semaine prochaine. Imaginons. Vous acceptez l’idée que rien ne se passe entre nous, éventuellement ? J’ai envie de franchir le pas mais je ne peux pas le garantir. Il est possible qu’au tout dernier moment je me défile.
Napoleon04 : Je suis pas du tout charcutier, eh, espèce de pute.
Playmobil677 : Vous écrivez merveilleusement bien, c’est un bonheur de vous lire, ici personne ne se donne la peine de bien tourner ses phrases. Moi aussi j’essaie mais je n’ai pas votre talent !
Fionarose@Napoleon04 : Ah, pardon, j’ai dû mal lire ton profil ! Depuis le début je sais pas pourquoi je pense que t’es charcutier. Peut-être à cause de ta tête.
Bobby33 : J’habite sur Bordeaux mais je viens sur Strasbourg la semaine prochaine pour une semaine de formation. Je me disais que peut-être, une Strasbourgeoise…
Napoleon04 : Moi j’ai une tête de charcutier ? Va te faire mettre espèce de sale pute.
Gentleman : C’est pas forcé qu’il se passe quelque chose, je sais me tenir avec les femmes.
Fionarose@Napoleon04 : Non, pas de charcutier, de porc, tu as une tête de porc, c’est sans doute pour ça que j’ai fait l’association. J’ai beaucoup d’estime pour les charcutiers.
Playmobil677 : Quel est votre métier ?
Napoleon04 : Grosse conne. Si je te chope.
Fionarose@Playmobil677 : Infirmière.
Gentleman : Faut pas croire.
Fionarose@Napoleon04 : J’espère t’avoir fait perdre du temps. J’espère qu’aucune femme n’aura été assez idiote, ce soir, pour tomber dans tes filets, j’imagine tellement ton comportement dans un lit, ça doit être atroce. Occupe-toi bien de ton rôti, bouffe-le toi-même si t’es assez souple, connard.
Playmobil677 : C’est un beau métier. Moi je suis broc. Ça n’a rien à voir, je suis dans les objets, pas dans l’humain.
Fionarose@Gentleman : Si on ne se plaît pas, il faudra qu’on trouve quelque chose à faire. Vous avez un Scrabble ?
Fionarose@Playmobil677 : Je vous ai menti. Je ne suis pas infirmière. En fait je suis prof. Agrégée de lettres. Pardonnez-moi. Je ne vous mentirai plus, c’est promis.
Lecalin_a_629 consulte votre profil.
Gentleman : On discutera. Ça n’empêche pas. Tu aurais une photo ?
Napoleon04 : Je te jure, si je te chope, t’imagines pas le sale quart d’heure que tu vas passer.
Lecalin_a_629 vient de flasher sur vous !
Playmobil677 : Je comprends qu’on veuille maquiller son identité. Je suppose que Fiona n’est pas non plus votre vrai prénom.
Fionarose@Gentleman : Ne vous inquiétez pas pour mon physique, je saurai vous plaire.
Playmobil677 : Attention, je ne vous demande pas votre prénom. Fiona me convient parfaitement. Si vous avez choisi ce pseudo, c’est qu’il vous ressemble.
Gentleman : Ah bon, mais quels arguments tu peux mettre en avant pour être si sûre de me plaire ?
Fionarose@Gentleman : Je ne suis pas une beauté mais j’ai la peau douce, je m’applique, je veux donner du bonheur. Je suis timide mais quand je suis en confiance je sais m’occuper des hommes, je suis généreuse. Parfois il vaut mieux avoir dans son lit une femme normale qui veut bien faire plutôt qu’une bombe blasée qui attend tout de l’homme, vous ne pensez pas ?
Fionarose@Playmobil677 : En effet, ce n’est pas mon vrai prénom. Mais c’est la première fois que je me rends sur ce site et vous êtes le seul à m’avoir demandé comment je m’appelais, alors admettons que Fiona vous soit spécifiquement destiné, un peu comme un cadeau. Vous jugerez par vous-même, quand nous nous rencontrerons, si je mérite les charmes de ce prénom. Où résidez-vous ?
Gentleman : L’important c’est le désir. Tu es brune, petite, menue, infirmière, on est en plein dans mes fantasmes ! :-) Si tu es généreuse avec les hommes, c’est encore mieux… Si en plus tu viens avec une blouse et des claquettes, je ne réponds plus de rien !
Playmobil677 : À quelques kilomètres de Strasbourg. Une belle maison ancienne dans une forêt. C’est là aussi que je travaille, j’ai un grand bâtiment où j’entrepose mes meubles, je suis revendeur, je n’ai pas de boutique.
Fionarose@Playmobil677 : J’adore les forêts. J’ai toujours aimé les forêts. C’est magique une maison dans une forêt. Comme dans les contes de fées.
Gentleman : Ah, les infirmières… Je sens que je vais être à l’agonie le jour où on se verra. Tu vas me remettre sur pied en deux temps trois mouvements ;-)
Playmobil677 : Je ne suis pas vraiment dans la forêt, plutôt en lisière, mais elle commence au fond du jardin, elle encercle à moitié ma maison. Il y a aussi un grand étang. Vous verrez, quand vous viendrez.
Gentleman : Nue sous ta blouse d’infirmière…
Fionarose@Playmobil677 : J’ai hâte. Je suis certaine que je vais aimer.
Playmobil677 : On fera du tir à l’arc, si vous voulez.
Fionarose@Playmobil677 : Du tir à l’arc ? Vous faites du tir à l’arc ?
Gentleman : J’ai la bite dure rien que d’y penser. Tu mouilles, toi, Fionarose, à l’idée de venir chez moi nue sous ta blouse ? On commencera par discuter tranquillement…
Playmobil677 : Depuis l’enfance. J’en ai toute une collection. Je vous apprendrai si vous voulez.
Fionarose@Playmobil677 : Oh oui, j’aimerais beaucoup. J’ai toujours trouvé ça beau la position du tireur à l’arc, quand il tend la corde et qu’il est concentré, qu’il ne bouge plus, pendant quelques secondes. Le moment où la flèche part est très beau également, parce qu’on a l’impression que c’est exactement le même que celui où la flèche se plante dans la cible. Ce qui distingue ces deux moments ce n’est pas la flèche mais le regard du tireur, qui évalue la réussite de son tir. La flèche, en cet instant, on a l’impression qu’elle est dans les deux endroits à la fois, sur la corde et sur la cible. Pardon, je divague !!!
Gentleman : Tu as disparu ? Hou hou ! Allô, ici la Terre !
Playmobil677 : Vous en parlez drôlement bien. Vous allez être très douée, je le sens !
Fionarose@Playmobil677 : On peut se voir quand ?
Playmobil677 : Quand vous voulez. Je peux être chez moi quand je veux.
Fionarose@Playmobil677 : Jeudi prochain ?
Playmobil677 : Jeudi là, dans trois jours ?
Gentleman : Fionarose, tu es fâchée ?
Fionarose@Playmobil677 : Si vous êtes libre.
Playmobil677 : Je suis libre.
Fionarose@Playmobil677 : Alors c’est parfait. Je suis très heureuse.
Playmobil677 : Moi aussi. Je vous envoie un mail via Meetic avec mon numéro de téléphone et un plan pour venir jusque chez moi. C’est relativement simple. Vous habitez dans Strasbourg même ?
Fionarose@Playmobil677 : Ne vous inquiétez pas, je saurai trouver la route. J’arriverai en fin de matinée et repartirai dans l’après-midi, si c’est possible pour vous.
Playmobil677 : C’est parfait. Vous pouvez même arriver plus tôt.
Fionarose@Playmobil677 : C’est un miracle notre rencontre, je n’en reviens pas. Je me suis inscrite sur ce site sous le coup de la colère, sans savoir ce que je venais y chercher. Maintenant, je le sais, c’était vous.
Playmobil677 : J’ai hâte d’être à jeudi. Bonne nuit à vous, je vous embrasse affectueusement.
Fionarose@Playmobil677 : Moi aussi…
Bénédicte Ombredanne se déconnecta avec précipitation puis plaqua ses mains sur son visage, les yeux fermés.
Elle s’aperçut qu’elle respirait très vite, stupéfaite de ce qu’elle avait osé faire. Elle était devenue une autre pendant deux heures, entreprenante et intrépide, comme embarquée dans un long rêve ponctué d’imprévus — et elle ramenait de ce périple un butin mémorable, un butin qu’en temps normal elle aurait considéré comme n’étant qu’une chimère réservée aux autres femmes : un homme qui lui plaisait, un homme auquel, en plus, selon toute apparence, elle plaisait également, tombé du ciel en l’espace de deux heures.
Peut-être, pendant ces deux heures-là, était-elle tout simplement devenue elle-même, la femme qu’elle aurait été si sa vie avait suivi une autre voie ?
Elle n’arrivait pas à y croire, elle se disait que tout cela était trop beau pour ne pas se dissiper le lendemain au réveil. Le visage enfermé dans l’odeur de métal de ses mains, l’étroit quartier de lune de son sourire jetant une vague clarté dans cet obscur confessionnal, Bénédicte Ombredanne ne se disait pas qu’elle était heureuse, c’est sa pensée assourdissante de joie qui le hurlait dans tout son corps, assourdissante comme une alarme enrayée, stridente, en particulier dans son ventre, dans sa cage thoracique. Des crampes, une chaleur irradiante, le début d’une vive et lancinante excitation firent que son visage fut bientôt dépourvu de l’un de ses vantaux : les doigts de sa main droite vinrent épouser la courbe étroite de l’entrejambe, à même la laine du pantalon, où elle effectua une douce et langoureuse pression, pour redoubler le rayonnement de son plaisir.
Normalement, ce qu’on acquiert dans ses rêves, on le perd au réveil, malgré tous les efforts que l’on peut faire pour conserver dans ses mains le profit de ses pérégrinations oniriques. Combien de fois avait-elle vécu cette situation, petite fille, en voulant ramener dans sa chambre une poupée trouvée dans son sommeil ! Mais ce soir-là Bénédicte Ombredanne avait tout lieu de supposer que cette rencontre inopinée ne s’était pas évanouie au moment où elle était revenue à elle-même en éteignant son ordinateur : n’avait-elle pas un rendez-vous avec cet homme, jeudi prochain, aux environs de Strasbourg, dans une maison en lisière de forêt, pour s’essayer au tir à l’arc ?
Comme prise d’un doute et d’une soudaine panique, elle se précipita sur son ordinateur pour vérifier que cet homme-là qu’elle croyait avoir ramené dans sa vie n’avait pas subi le même sort que ses poupées de petite fille, se volatilisant au contact de la réalité. Mais pas du tout. Elle trouva un message de Christian qui lui donnait son numéro de téléphone, son adresse mail et un plan pour venir jusque chez lui, accompagné de quelques phrases d’une grande tendresse, l’ensemble expédié une quinzaine de minutes après qu’elle se fut déconnectée.
Quel bonheur insensé !
Bénédicte Ombredanne commença à se caresser mais décida de conserver irrésolue l’excitation quasi sacrée qui régnait dans son sexe — l’envie de jouir s’y déployait comme des grandes orgues dans la lumière encombrée d’ombres d’une cathédrale. Peut-être, si la présence de cet autre homme restait logée intacte à l’intérieur de son ventre sous la forme de ce désir magique et impérieux, se sentirait-elle protégée des outrages qu’elle allait devoir subir en remontant dans sa chambre ? Son mari allait vouloir lui parler, se plaindre, pleurer, l’interroger, elle le savait. Bénédicte Ombredanne éteignit son ordinateur, sortit de son bureau et gravit l’escalier en silence, avant d’aller embrasser ses enfants qui dormaient.
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