Le chevalier des dames du dolent fortuné

Dolent Fortuné · Chapitre 20 sur 40

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Le chevalier des dames du dolent fortuné

Noble cueur

¶ Icy fait noble cueur ung Conte a noblesse feminine Comment luy estant en l'aage de douze ans. vint devers lui dame Nature: et lui donnoit plusieurs enseignemens de bonnes meurs: et beacoup d'autres choses/ lui remonstrant: dont de mot a mot Come nature lui disoit/ il le reconte a noblesse feminine

 

Noble cueur

Dame. jadis en mon enfance

Quant environ douze ans avoye

Et que le fruit de congnoissance

Premier a gouster commençoie

Ung jour d'esté. seul me trouvoie

Assis en lieu assez sauvage

Et pensif assez devenoie

Contre le droit cours de mon aage

 

Lors par maniere de soucy

Jeunesse son cueur oblioit

En pensant en ce monde cy

Qui tous les cueurs humains lioit

Aux ungs/ il flatoit et rioit

Leur baillant honneurs et richesses

Aux autres/ tout amour nyoit

Et leur failloit de ses promesses

 

Ainsi pour le temps avenir

Penser commençoie a ma vie

Pour bon et sage devenir

Car d'honneur me print grant envie

Lors en ycelle fantasie

Une dame me vint surprendre

Que de sa large courtoisie

Disoit a ma jeunesse tendre

 

Mon bel enfant et gratieux

Dieu soit o vous. et vous doint joie

Trop semblez melencolieux

Dont forment me poise et ennoie

Et pource que je vous veoie

Aucun grant faiz au cueur porter

Mon chemin vers vous adressoie

Par vouloir de vous conforter

 

Je sçay assez vostre pensee

Et la cause que vous adjourne

Et pourquoy elle est commencee

Et de puis quant elle y sejourne

Pourtant se voustre cueur se tourne

A ce que je vous vueil instruire

Pluscler que le jour qui adjourne

Je vous feray le cueur reluire

 

Ma voix ne vous soit point amere

Sachiez. je suis dame Nature

Que vous formay en voustre mere

Tantost aprés la geniture

De moy avez forme et figure

Et complexion corporelle

Et de dieu la noble ame et pure

O sa vertu spirituelle.

 

En ce mesme point et moment

Que dieu eust une ame transmise

En vostre corps qui proprement

Estoit formé tout a la guise

Dieu vous soubmist a la franchise

De ma grant puissance ancienne

Pour avoir par sur vous maistrise

En toute ma vertu terrienne

 

Or vous voy je tout assourdy.

Tout esbahy en vostre affaire

Et comme ung enfant estourdy

Vous ne savez quel part vous traire

Pourtant m'en viens vers vous retraire

Pour vostre noble ame informer

Et par desir de plus parfaire

Le corps/ que j'ay voulu former

 

Sy vous dy mon tresbel enfant

Tout vostre preux et vostre bien

Gisent et se croisseront en tant

Que mectrez peine a vivre bien

Quant est du corps/ c'est moins que rien

Se l'ame n'y est vertueuse

Laquelle fait sembler d'un fien

Que ce soit pierre precieuse

 

Je sens voustre jeunesse encline

Entierement a grans honneurs

Et tresidoyne a discipline

A vertus/ et a bonnes meurs

Mais eschiet par foys a pluseurs

Que par aucun meschant venin

Ou par deffaulte d'instructeurs

Ung bon cueur: prent mauvais chemin

 

J'ay singulier amour vers vous

Et ame voustre avancement

Et vous vueil par langaige doulx

Donner nouveau gouvernement

Et se honneur et avancement

Voulez et renommee bonne

Mectez doncq voustre entendemment

Au regime que je vous donne

 

Premierement il vous souviengne

De bien servir dieu a journee

De qui il fault que le bien viengne

A toute creature nee

Voustre ame soit a luy donnee

En voustre fleurissant jeunesse

Et elle sera guerdonnee

De son service avant viellesse

 

Quelque honneur ou pouoir haultain:

Que voustre cueur sy vous propose

Certez vous traveillez en vain

Se la grace dieu n'y dispose

Qui sa fiance en dieu repose

Et mect son cueur sur son autel

Jamais fortune ne s'oppose

A la prosperité d'ung tel

 

Dieu vous a fait par congnoissance

Discerner du bien et du mal

Sy pouez par voustre puissance

Monter hault ou descendre aval

Car par le contrepois egal

De raison et de franc arbitre

Le corps et l'ame en general

Prendront en fin louyer et tiltre

 

Hantés suyvés les debonnaires

Les doulx les humbles et les saiges

Les gracieulx en leurs affaires

Les attrempés en leurs langaiges

Mirez voz yeulx en leurs visaiges

Et vous soit leur viz ung miroir

Et ung adressement d'ouvraiges

Pour vous faire plus apparoir

 

Soyez honeste de la bouche

Courtois net en cueur et sçavant

Sans dire injure ne reprouche

Sur homme nul mort/ ou vivant

Verité soyez observant

Et fuyez langue mensongiere

Car ung homme mis en avant

Par elle/ se recule arriere

Honnorez toute gentilesse

Et s'aucune ame vous honneure

Gardez que voustre corps ne lesse

Qu'il ne luy soit rendu a l'heure

Se mon conseil en vous demeure

Et vous le voulés du tout croire

Voustre corps aura ains qu'il meure

D'honneur et de joye la gloire

 

Mais le point par qui vous pourés

Plus avoir graice temporelle

Sy est que vous honnourerez

Toutes dames et demoiselles

Car tant qu'aurés le cueur a elles

Vous n'aurés cueur a vilenie

Sy ne prandrés point de querelles

Dont peult noblesse estre honnie

Leur service vous mectra sus

Et vous donra refection

Qui est pour mondaines vertus

Souveraine perfection

Leur amour fait correction

Du tout ou maluaistié le cueuvre

Et donne ardante affection

A tout noble et vertueux euvre

 

Si que pour vous faire vouloir

D'elles. vous voz ferez acointe

Et mectrez tous voustre valoir

A estre net ioly et cointe

Et s'aventure ainsi appoincte

Que vous y trouvez bel acueil

Legier cueur point ne vous despoincte

Mais couvrez le deduit de l'ueil

A nulle rien tant n'entendez

Qu'a lez servir sans variance

Et du louyer vous actendez

Seurement: a leur ordonnance

Mais se leur doulce bien vueillance

Se tarde a estre descouverte:

Par menteurs est/ car par constance

Il convient qu'elle soit ouverte

 

Toutes les amerez pour une

Et leur honneur exaulcerez

Se vous pouez jusqu'a la lune

Ou jusqu'aux cieulx les haulserez

Jamais ne vous avancerez

Pour choisir une seule dame

Mais toutes vous les choiserez

Sans penser a mal ny a blasme

Desir vous fera dur assault

Et aussy grant empeschement

Mais obeyr point. il ne fault

Tousjours a son commandement

Celuy qui bon conseil n'entent

Et laisse ung grant bien pour ung maindre

A la fin souvient se repent

Et n'est pas saige de se plaindre

 

Mais pour vous donner esperance

Confort courage et bon vouloir

Droit cy je vous faiz asseurance

D'un riche don vous pourveoir

Mais vous ne le pourrez avoir

Dedanz dix ans. pour nul party

Mais unefoys vous direz voir

Que je vous auray bien party

Je vous mectz en service d'une

Qui est tresnoble demoiselle

Et n'y a point dessoub la lune

Nulle qui soit plus doulce qu'elle

Elle est tresgracieuse et belle

Et de plusieurs bien desiree

Au monde n'y a point de telle

Tant est de beaulté a tournee

 

Ung temps vient/ qu'elle aura besoing

D'ayde et de bon reconfort

Et que son cueur sera en soing

Et en trespiteux desconfort

Pluseurs travailleront tresfort

Pour la blecer ou desconfire

Et la vouldront blasmer a tort

Dont la cause est piteuse a dire

Mestier aura de force et d'armes

Et avec ce d'un treshault sens

Et seront maintes nobles armes

Pour elle en dueil. comme je sens

Dont ennuys/ et douleurs cinq cens

Au cueur long temps vous porterés

Mais s'il vous plaist/ je my assens

Vous seul la reconforterez

 

Pourtant je vous requier et charge

Mectez vous en obedience

Et soubz la cremeur de la verge

Durant le temps d'adolescence

Vous avez bien la cognoissance

Des plaisirs que poez avoir

Car vous meurs et bonne prudence

En la fin vous poulront valoir

Et quant expert vous vous sentez

De rethoricque ou de gramaire

Si convient il que vous hantez

Les armes. pour plus vous parfaire

Car voustre main/ aura a faire

Maint cop horrible en la bataille

A tel. qui vouldra semblant faire

Que telz d'eux comme vous. il vaille

 

Comme a vingt ans. non point plustost

Vueul que hors du pays saillez

Et ne direz a ame mot

Ou ne pourquoy/ que vous alez

Cheminez/ traversez/ bragués

En visitant pluseurs royaumes

Et comme estrangier ne faillez

De la vous presenter aux dames

Il vous fault pluseurs regions

Traverser/ point ne le vous celle

Et des dames dix legions

Congnoistre. avant que trouver celle:

Plus vivrez. tant plus l'estincelle

Se croistra tousjours en ardure

Et aurez pour la jouvencelle

Mainte ennuyeuse nuit et dure

 

Se vous mectez entendement:

Voustre doulx cueur pour acomplir

Mes ditz/ et mon commandement

Et selon se vous contenir

Je vous feray tost parvenir

En la gloire ou tout bien abonde

Et l'amour de dieu obtenir

Et la grace de tout le monde

Lors me disoit cent foys a dieu

Et me prioit honneur et joye

Disant/ qu'en ung estrange lieu

Encor autresfoys la verroie

Quant celle dame trouveroie

Que j'ame et craing sur toute rien

Disant/ que tout asseuré soie

Qu'en la fin m'en doit prendre bien

 

Et puis qu'il fault que tout vouz die

Ma foy si est bien acquictee

Sans jamais estre refroidie

En chose qui est recitee

Quoy que gaires n'a prouffitee

La peine encores que j'ay prise

Et si a ja mainte nuitee

Que je travaille en ceste emprise

Pourtant noble fleur de jouvent

Riche de sens et de beauté

Pensez se je doy bien souvent

Souspirer telle feaulté

Qui ay ja mainte royaulté

Perquise. et rompement de teste

Et estes seule en loyaulté

A qui j'en feisse oncques enqueste

 

Je ne sçay plus riens qu'entreprendre

Pour temps et pour pays passer

Et si n'ay vouloir de me rendre:

J'ame mieulx vaillant trespasser

C'est grant ennuy que de chasser

En boys vuyt s'il ne plait a dieu

Et graice en avoir pourchasser

Sans savoir ou. ne en quel lieu