Le chevalier des dames du dolent fortuné

Dolent Fortuné · Chapitre 28 sur 40

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Le chevalier des dames du dolent fortuné

Nature

Et lui donnoit les poins entendre

Sur le fait de cest arbre icy

Et puis elle luy dist ainsy

 

[Illustration]

Nature

Beau filz forment je vous regarde

Et congnoit bien que moult vous tarde

Certes que je ne vous declaire

La nature de ce repaire

Ouquel nous sommes en present

Et croy que voustre cueur s'i fent

De bien content et fort joieux

Car il y fait melodieux

Or mectez pene a bien entendre

Et retenir et bien comprendre

Ce que je vous remonstreray

Et vivement declaireray

Pour voustre moult grant joye et preu

Et je voys desnouer le neu

De mon plushault secret et sens

Que j'aie/ ne qu'avoir me sens

Touchant a noustre present fait

Qui fort esmerveillier vos fait

J'apparçoy bien ainsi m'aist dieux

Qu'en riens vous ne gectez voz yeulx.

Fors en l'arbre qui la fleurist

Et de tant belles fleurs nourist

Lequel certes pour tout voir dire

Est bien digne qu'on le remire.

Et qu'on enquiere de son estre

Veu qu'a nulle rien terrestre

Ne naturelle. il ne ressemble

Ains/ et plus surpasser il semble

Le cours de commune nature

Tant est belle la floriture

Pourtant prenez le sainement

Et je vous diray plainement

De l'arbre la signifiance

Qui en vertu et en substance

Tresmerveilleusement habonde

Jadis. le createur du monde

Quant le ciel et le firmament

Avoit mis en leur mouvement

Et eust creé toute autre chose

Qui en terre ou en l'air repose

Et qu'il ne restoit mais a faire

Rien pour le monde tout parfaire:

Alors comme ung ouvrier tressage

Au derrenier de son ouvrage

Il fist cest arbre: et le forma

Tout tel qu'a present sa forme a

Lequel il fist par excellence

Sy beau si digne en corpulence

Et de si grant prerogative

Que sa vertu suppellative

Surpassa. vous soit bien notoire

Toute autre chose transitoire

Car puis qu'il fault que tout vous euvre

Dieu en fist le chief de son euvre

A qui sur toute autre doulceur

Il donna s'amour et son cueur

Vertu. grant dignité. puissance

Discretion. sens. congnoissance

Comme qui de son fruit et germe

Vouloit avoir/ je vous afferme

Louenge et grace plusparfaicte

Que de nulle rien que fust faicte

Et lors en ce mesme moment

Dieu vint a moy. ne sçay comment

Qui me va commander ainsy

Nature. prens cest arbre icy

Et tressougneusement le garde

Je t'en donne maistrise et garde

Jusqu'au diffinement du monde

Si vueil aussi/ qu'a toy responde

Toute autre naturelle chose

Qui s'engendre et que se compose

Par la vertu des elemens

Et donneras nourissemens

Forme. complexion. figure

A chescune une creature

Selon son genre et son espece

Itelle en france comme en grece

Et te donne la seigneurie

De terre qui sera fleurie

Pour toy. et pour ta gouvernance.

Mais j'en reserve l'ordonnance

Sur toy et sur tout ton ouvrage

Or convient il que ce langage

Vous soit plus au cler exposé

Et de sentences si glosé

Qu'en fin vous puissiez concevoir

Ce que vouz desirez savoir

Parquoy noble cueur. je vous dis

Cest arbre qui fluerist tousdis.

Et est de si plaisant umbrage

Est l'arbre dont l'humain lignage

Sourdist/ et sourd de jour en jour

Par quantité telle et vigour

Comme au jourd'uy pouez veoir

Dont adam et eve de voir

Jadis ung corps et une eschine

Furent le boys et la racine

Dont tout l'arbre tel comme il est

Se croist. se fleurist. et se naist

Gectant deux branches contremont

Sans plus. que bien a noter sont

Et est bien de necessité

Car la gist la diversité

Du sexe. qui est masculin.

A celui qui est feminin

Lesquelles sans nulle doubtance

Sont d'un estre. d'une substance

Et d'une mesme dignité

Sans quelconque difformité

Fors sans plus/ une accidentale

Que l'une est feme et l'autre masle

Or est ceste arbre o sa racine

Si vert/ et sa vertu si fine

Que tousjours rend germe nouveau

Et n'est plus foible ne moins beau

De tout le temps que l'ay hanté

Que le jour qu'il y fut planté

Si a ja six mil ans. ou plus

Et doit fleurir en ses vertus

Que lez cieulx que nul ne peut rompre

Fors dieu il conviendra corrumpre.

Quel temps: combien il durera

Ame ne vous asseurera

Car la providence divine

Seule/ de ce point determine

Les fleurs dessus la branche destre

Sont les hommes/ qu'on a veu naistre

Depuis adam. jusqu'au jourd'uy

Lesquelz quant ilz partent d'icy

Leur fleur y remaint toute telle

Comme ilz ont vertu corporelle:

Parquoy/ entre les fleurs la sus

L'une est belle/ l'autre encor plus

L'autre est tresclere. une autre mains

Tout ainsi que les corps humains

Mais la cause pourquoy les fleurs

De tous les corps predecesseurs

Demeurent sur cest arbre icy

Certes je le vous diray cy:

Une foys quant il adviendra

Que toute rien sa fin prendra

Et que la divine justice

Vouldra tenir son excercice

Especialement sur l'omme

Dez lors plus fruitz ne fleur ne gomme

De cest arbre ne saillira:

Ne plus avant ne fleurira

Mais luy/ comme ung roy de grant compte.

Viendra me demander le compte

Quoy que mes fleurs sont devenues

Grosses moyennes et menues

Car il luy fauldra le veoir

Et de leurs affaires savoir

Lors il les ira regardant

Comme ung en grant justice ardant

Mais telles que sont entachees

Seront erramment arrachees

D'entre les belles et mourront

Et les nectez demeureront

En joie et beauté conformees

Plus qu'oncques ne furent formees.

Et sera l'arbre o sa sentence

Exaulcié. par telle excellence

Qu'a jamais sera fleurissant

Sans aller en amendrissant:

Et sans gecter nouvelles flours

Mais ung/ et en ung point tousjours

Assis en vergier honnorable

De melodie pardurable

Qui sera lors vous certifie

Comme ung arbre o le fruit de vie

Mais pource que point nous ne somens

En voie de traicter des hommes

Fors de la dignité des femmes

Qui est toute une chose mesmes

Sachiez que la senestre branche

Que semble tant belle et tant franche

Est celle dont les femens naissent

Et se nourrissent et se paissent

Qui est pour le vous faire entendre:

Ung peu plus doulcette et plus tendre

Que n'est telle du costé dextre

Pour sa plusgrant perfection

Car dieu la voulu itelle estre

Or ay je grant affection

De vous apprendre et demonstrer

S'il vous pouoit au cueur entrer

Comment en toute femme et homme

Se font et naissent d'une gomme

D'une terre d'une matiere

Et se font tous par une ouvriere

Par moy qui tous les corps humains

Ay fait et formé de mes mains:

Droit cy en verité certaine

Au milieu de ceste fontaine

Par quelque quoy/ elle est mal clere:

S'entend le ventre de la mere

Ou quel/ le fruit se fructifie

Et prent force/ et forme et vie

Et vous diray quoy et comment

Il est vray/ qu'en chescun moment

Il croist la sus boutons nouveaux

Par cens/ par milliers/ et trouppeaux

De moult diverse qualité

Et d'un pareil egalité

Lesquelz tout ainsi comme ilz s'euvrent

Et que leur germe ung peu desceuvrent

Il chet de chescun une graine

Cy en bas/ en ceste fontaine

Lors moy/ qui ay la congnoissance

Apres dieu/ seule et la savance

De tous les boutons. quelz ilz sont

Et quelle dignité ilz ont

Me vien bouter emmy ce bain

Et prens la graine emmy la main

Lui donnant la forme et figure

Selon la vertu et nature

Du bouton dont elle est saillie

Car selon lui/ est sa taillie:

Puis se nourist ceans grant temps

Par l'espace de trois quars d'ans

Mais aprés il convient sans faille

Que par l'un des tuyaux il s'aille

Prendre sa vie et nourriture

En une nouvelle paisture

Et sachiez. que je vous afferme

Que se de l'arbre chet nul germe

Il lui convient droit cy se rendre

Et par ma main sa vie prendre

Mais la cause vous diray voir

Pourquoy ce baing est trouble et noir:

Et le vous vueil notifier

Certes. ce veult signifier

Le vil et orgueilleux pechié

Dont l'humain gente est entachié

Tant qu'il convient grant et menu

Estre en sa tache conceu

Princes. princesses. saints et sainctes:

Tous en sont prins/ et saincts et sainctes

Sans en exempter ame aucune

Que fut. ne qui sera: fors une

Que ne fut oncques conceue

Ou je suis forment deceue

Si vous diray ce que je vis

Une foys par tresvray advis

Jadis ou temps des anciens

Je vy sur ces arbres ceans

Tout a plus hault ung bouton croistre

Lequel pour verité congnoistre

Estoit le tresplus gratieux

Que j'eusse onques veu de mez yeulx

Le mieulx flairant et le plus beau

Le plus doulx et le plus nouveau

Qui oncques fut ne qui sera

Tant que le monde durera

Sy vy comme a dieu il plaisoit

Que ce bouton espanissoit

Ung jour par la vertu divine

Mais avant que sa graine fine

Se laissa cheoir en la fontaine

Je suis tresseure et trescertaine

Que l'eau qui estoit obscure

Devint tresclere et necte et pure

Et changea sa couleur umbreuse

Qui est chose bien merveilleuse

Puis le germe de ce bouton

Qui par sur tous flairoit si bon

Si laissa cheoir icy dedens

Et y print ses nourrissemens

Complexion. figure. et forme

Comme les autres que je forme

Si en formay creez a lors

Le plusgent et le plusbeau corps

Le plus vertueux et parfait

Que jamais pourroit estre fait

Ou avoit esté fait devant.

De puis adam ça en avant

Si pert bien que je y prins delis

Par celle noble fleur de lis

Que porta le vray testmoignage

De son estre et de son coursage

Laquelle fleur. nous represente

La glorieuse et excellente

La benoiste vierge marie

Qui la divinité marie

Sur humain genre est coronnee

A radoulcee et rapaisee

Or est ainsi qu'aucunes gens

Qui sont mal duis et negligens

Vont murmurant contre les dames

Pour les chargier et faire infames

Disans. que femme en sa nature

Est une fraisle creature

Et occasion tresgreveuse

De mainte chose dangereuse

Mais pour garder l'onneur d'icelles:

Je m'oppose contre eulx pour elles

Disant. qu'en l'omme a tant de vices

Qu'en la femme de malefices

Une haultesse en dignité

Et pareille fragilité

Si vous demonstreray comment

Vous veez comme au firmament

Les estoilles illecques pendent

Et sur les fleurs leur clarté rendent:

Diversement/ que pour tout vray

Il semble qu'a ung petit ray

Une chescune fleur deppent

D'une estoille du firmament

Dont chescune estoille conduit

Celle fleur. sur qui elle luit

Et la dispose et la gouverne

Et a sa vie o elle yverne

Mais icy gist ung point secret

Que tout le monde point ne scet

Et se les hommes fussent sages

Ilz changeroient leurs usages

Et la femme ne blasmeroient

Jusqu'a tant que informez seroient

Pour quel cause se fait blasmer

La femme/ ou penser ou amer

Et dequel lien los luy eschiet

Ou que son honneur luy deschiet

Car langue d'ignorance esprise

Ne scet ce qu'elle blasme ou prise

Pourquoy savoir il vous convient

Que la fragilité que vient

Sur la Femme et sur l'omme aussy

Eschiet/ par ces estoilles cy

Qui envoyent leurs influences

Sur ces fleurs. et leurs differences

Telles/ que dieu leur a donnees

De sa franchise et ordonnees

Entre lesquelles. les aucunes

Donnent ennuiz. douleurs. fortunez

Les autres joyes et richesses

Honneurs. sciences. et prouesses.

Les tiers. bonne et sainte vie

Autres: barat et tricherie

Les quintes/ vie detestable

Luxurieuse abominable

Si fraudulent et decevese

Qu'a tout le monde elle est doubteuse:

Les sixtes bon courage et net

Autres. ou nulle bonté. n'est

Ainsi. par les conditions

Et diverses impressions.

Que chescune a de sa nature

Il eschiet a la creature

Devenir tout d'icelle mine

Qu'est celle. que sur luy domine

Et quant lez vertuz des planettes

Ont leurs influences secretes

Et une seigneurie mesmes

Sur les hommes et sur les femmes.

Arguer fault donc. s'elles donnent

Vertu aux hommes et ordonnent

Les causes qui les esvertuent

Que aussi bien elles distribuent

Par raison. leur vertu aux dames

Veu qu'eulx deux ont unes ames

Comme en mon cueur le conçoy

L'omme n'a pas nul bien de soy

Non a la feme plus que l'omme

La moindre graine d'une pomme

Mais toute vertu et constance

Toute bonté toute chevance

Vient a la femme tant qu'au masle

Par la grace celestiale

Laquelle n'est pas curieuse

Que d'estre a l'omme avantageuse

Et a la femme defraudable

Nuisant et prejudiciable

Bien sçay que dieu ne daigneroit

Et aussi peu le souffriroit

Sa irreprenable justice

Qui en ce faisant feroit vice

Car l'on diroit pour causes bonnes

Qu'il fut excepteur des personnes

D'avoir fait l'omme noble et digne

Et la femme meschante indigne

Qui sont d'une forme et figure

D'un ouvrage. d'une nature

Et au regard de l'ame aussy

Qu'elle a tant noble comme luy

Parquoy donc/ s'en ces basses isles

Femmes aucunes sont fragiles

Ordes et mal conditionnees

Et a vices habandonnees

Dont me desplaist qu'il en est tant

Las. il ne s'ensuit pas pourtant

Que toute femme de nature

Soit partissant de telle ordure

Ne que tel grief deslos on donne

A mainte/ qui est belle et bonne

Aussi vertueuse aussi ferme

Qu'onques fut homme: et plus l'afferme

Car femme de soy pour tout dire

Ne peut estre de l'omme pire

Mais elle est bien ung peu plus molle

Parquoy s'elle veult estre folle

Pechié. qui tout bon renom tue

L'aura pluslegier abatue

Mais celle molleur que je y mectz

N'est pas pour son mal vous promectz

Ains dieu le m'ordonne ainsi faire

Veu qu'elle y est necessaire

Se le fruit humain qui y entre

Doit croistre. et se nourrir ou ventre

Si donc par accident qu'elle a

Et que je y mectz. tel qu'il est la.

Pour humaine necessité

Elle a ung peu fragilité

En complexion de corsage

Non pourtant/ se l'omme estoit sage.

Ne la doit blasmer ou despire

Ou de sa nature mal dire

Veu qu'en accident celui

Elle est pour le prouffit de luy

Mais ung point y est qu'on oblie

Qu'en tant que Nature assaillie

Est trop d'une part et pressee

Que d'autant elle est reconfortee.

Peut estre/ en vigueur spiritable

Et en vertu celestiale

Car dieu qui bien le veult comprendre

Ce qu'il prent cy/ la le peut rendre

Ainsi par le don des planettes

Des estoilles et des comectes

Qui se font merveilleux et mains

Et divers/ sur les corps humains

Aucunes femmes sont mauvaises

Et meschantes comme punaises

Mais ung point y voys adjoustant

Si sont les hommes/ et plus. ou tant

S'il est des hommes tresparfaiz

Si en est il de tresmauvais

Vilains pervers et decevables.

Et pires que ne sont les diables

Bons ne sont pas trestous lez maslez

Ne les femelles toutes malles

Tout pechié qui est soubz la lune

Est aussi pres a l'un. qu'a l'une

Et vertu et toute euvre belle

Est aussi pres a luy. qu'a elle

Et tant a elle/ comme a lui

Pourquoy je conclu au jourd'ui

Qu'en femme a aussi grans vertus

Comme en l'omme ou tant au plus.

Et s'aucunes ont aucuns vices

Destinees et malefices

Si ont les aulcuns ce me semble

Autant ou plus. quant tout s'assemble.

Car ung corps est leurs deux personnez

Et ung. qui bien et mal leur donnes

Si vous certifie pour voir

Comme qui bien le puis savoir

Que j'ay formé de mez mains mesmes

Autant de corps de vaillans femmes

Dignes d'honneur. de pris et los

Comme d'hommes. bien dire los

Comme c'est arbre bien testmoigne

Se verité dis ou mensongne

Car les fleurs portent testmoignage

De la vertu de leur courage

Si lez regardez une a une.

En jugeant toutes et chescune

Puis acomparagez ensemble

Les deux branches. se bon vous semble

Mais je croy point ne trouverez

Quant bien vous les aviserez

Se voz memoires sont entieres

Que l'une passe l'autre en guieres

Car si dela voyez les saintz

Qui ont esté beaucop et maintz

Si sont deça aussi les sainctes

Qui on esté beaucop et maintes

Et se dela sont les martirs

Qui par leurs vigoreux desirs

Ont voulu morir pour la foy

Aussi sont pardeça je croy

Maintes glorieuses martires

Qui ont souffert maintz griefz martires

Et si sont trop plus a louer

Que martir qu'on sache advouer

Car leur nature est precieuse

Et pour endurer dangereuse

Toutesfois nonobstant foiblesse

Et leur naturelle tendresse

Elles ont nature vaincue

Contre son cours et desrompue

Tant qu'amour soubz torment les mist

Dont tout fort homme se fremist

Plus est d'un foible vaincre ung fort

Qu'a ung fort vaincre ung fort aufort

En oultre. de la sont pluseurs

Saints preudommes et confesseurs

Et pardeça religieuses

Sainctes vierges de dieu espeuses

Nonnains recluses et cloistrieres

Et gentilz femmes seculieres

Que pour l'amour de dieu tresmonde

Ont renoncié a tout le monde

Et fuy majesté royalle

Pour estre amie a dieu loyalle

Si vous arguez des prophettes

Qui ont les visions secretes

Des philosophes des docteurs

Qui sont de la foy instructeurs

Voyez cy les propheteresses

Et les sages devineresses

Que maintesfois en leur publicque

Ont eu le sens angelicque

Tant qu'il sembloit que leur science.

Passast humaine sapience

Mais pour changier propos dez saints

Parlons de ceulx qui sont mondains

Des loyaux des preux des vaillans

Des vertueux et des sçavans

Des beaux dez bons dez fortz dez sage

Et de tous vigoreux courages

Et vous trouverez sans cautelle

Que chescun tel/ aura sa telle

Et qu'il en est ainsi m'aist dieux

Autant de telles/ que de cieulx

Lesquelles bien nommer sauroie

Quant forment pressee en seroie

Dont les histoires anciennes

Tant des juyfves que payennes

Et des crestiennes encoire

Font tresglorieuse memoire

Tant que bien doit leur renomee

Estre exaulcee et renommee

A jamais. tant que oeil pourra lire

Ou main et plume en parche escrire.

Mais une. qui a moins d'encombre

Et qui est la non per du monde

N'est pas encor mise en compte

Que seule plus vault et plus monte

Et est plusdigne en tous eschanges.

Que mille millions des anges

Ne que saint tant soyt de grant fame

Toutesvoyes sy est elle fame

La qui clarté. la qui haultesse

Toutes autres aveugle et abasse

Comme le soleil vainct la nue

D'une estoille clere et menue

Laquelle. tout le genre humain

Sert et honneure soir et main

Et pour sa grace deservir

Tousjours est prest de la servir

Non pas seule nature humaine

Mais aussy bien la plus haultaine

Sorte/ des anges de la sus

Si s'en travaillent mieulx ou plus

Que s'aucuns hommes qui fouloient

D'aventure/ arguer vouloient

Disans que la divinité:

S'est vestue d'humanité

Et que dieu a forme acceptee

De l'omme pour plus exceptee

Non pas de femme/ et par ainsy

Vouldroient nyer tout cecy

Certes je respons a ce point

Que cela ne m'arguent point

Ne ne revallent mon party

Ne eulx n'en sont ja mieulx party

Car le filz dieu. quant j'en commence

Ne fut oncques d'humaine semence

Ne homme nul ne l'engendra

Combien que part en son gendre a

Mais la paternité puissante

Legendra pur et fleurissant

En sa tresglorieuse mere

Sans semence venant de pere

Et pur et net fut conceu

Du saint esperit/ qui sceu

Estoit en ses dignes entrailles

Sans corrumpre veines ne trailles.

Mais moy/ quant tout se fait se fist

Je croy qu'a lors dieu me deffist

Ou m'endormit ou aveugloit

Ou congnoissance me tolloit

Car je vous jure et vous desceuvre.

Je ne steuz oncq rien de ceste euvre

Et suis forment esmerveillee

Comment moy que tant esveillee

Me suis laisser embler ce fait:

Qui sur mon cours a esté fait

Au fort/ j'ay bien la congnoissance

Que riens n'est hors de la puissance

De la deité invincible

Ne riens devers elle impossible

Mais par ceste solution

L'en peut mectre a conclusion

Tous ceulx qui pour l'omme exaulcer.

Veullent dieu avec eulx tauxer

Car je ne mectz en mes querelles

Fors creatures naturelles

Naturellement engendrees

Mais dieu n'est pas de telz ventrees

Mais trop plus d'honneur eternel

Et los. trop plus perpetuel

Est a la glorieuse vierge

La pure incorrumpue cierge

D'avoir esté choisie digne

Par sa pure doulceur divine

A porter ce que ciel et terre

Ne peurent prendre ne conquerre

Et le fermer tout et entier

En son doulx virginal sentier

Que n'est a l'omme: qui veult estre

Seigneur par sur la femme et mestre

Que le filz de dieu: que je nomme

Ait accepté la forme d'homme

Veu que autre ne devoit prendre

Quant il luy pleust icy descendre

Car celle forme est plusparfaicte

Et toute a sa semblance faicte:

Or convient il que je recours

Ung petit: par briefz motz et cours

Vous declairer ung petit point

Dont parlé n'ay encores point

Pour vous faire ung petit plus sage

Comment au feminim corsage

Eschiet aucunesfois le bon

D'estre mauvais. ou bel ou bon

Bien avez retenu je pense

Comment le germe et la semence

En la fontaine se nourissent

Et la se forment et fleurissent

Le temps qui leur est ordonné

Et par naturel cours donné

Et comment il fault que dehors

Ou temps nommé ilz saillent lors

Par le tuyau qui les envoie

En une bien diverse voie

C'est a dire en ce divers monde

Ou maint dangier sourd et redonde

Lors aussi tost que de la partent

Et que de l'air du monde ilz partent.

Si va venir par grant ardure

Ma chamberiere nourriture

Et prent les corps en gouvernance.

Pour nourrir a son ordonnance

De tel laict. comme il luy plaira

Et que l'enfant besoing aura

Laquelle en esté et yvers

Donne nourissemens divers

Et de vertu beaucop diverse

Le laict que des tetines verse

Et plus souvent le mue et change

Q'un changeur son argent au change

Certes vez cy celle en partie

Par qui maintefoys est partie

La femme en vertu ou en vices

Et en tous itieulx exercites

Car selon la prime paisture

Leur donnee par nourriture

Il convient que chescun ne prengne.

Complexion. qui leur remaigne

Vie meurs vertu et conduicte

Car nourisson fait forte luicte

Et la fille d'un roy nourrie

D'une viande orde et pourrie

Entre gent vile et deshonneste.

Quant nee seroit aussi necte

Q'un ymage en toute fasson

Sy lui feroit la nourisson

Changier nature primeraine

Et devenir orde et villaine

Veu que usance et nourriture

Sont nommees autre nature

Or vous ay declairé assez

La chose que vous pourchassez

C'est de savoir et de congnoistre

Cil arbre que l'on voit la croistre

Chargié de mainte fleur losee

Par quel je vous ay exposee

En amour et benignité

La feminine dignité.

Tant sy avant et sy au large

Que le bien le mectez en marge

Et voustre cueur aussy l'entent

Vous en devez estre content

Si nous convient changier propos.

Et prendre ailleurs ung peu repoz

Sans plus parler de tel matiere

Qui est treshaulte et trop entiere

 

¶ Icy parle Nature a noble cueur/ et l'enorte luy donnant courage de vengier le desconfort de noblesse feminine