Le chevalier des dames du dolent fortuné

Dolent Fortuné · Chapitre 27 sur 40

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Le chevalier des dames du dolent fortuné

Nature.

¶ Icy cesse a parler Nature a noble cueur/ et parle l'acteur comment Nature menoit noble cueur en ung merveilleusement beau lieu Ou quel y avoit ung arbre a deux branches sans pluz fleury de diverses fleurs/ assiz ou milieu d'une fontaine/ dont l'eau estoit toute noire et troublee.

 

[Illustration]

Nature.

Lors je vy que dame nature

Ensemble o la parfaicte et pure

L'oultrepasse de corps humains

Prindrent noble cueur par lez mains

Mais gaires long ne cheminerent

Qu'en ung si beau lieu le menerent

Que je tien sur ma conscience

Qu'il n'est cueur si plain de science

Qui proprement pourroit suffire

A la beauté du lieu descrire

Car c'estoit le plushault retrait

Ouquel nature se retrait.

Le lieu ou elle fait et forme

La tresnoble et tresdigne forme

La figure d'humain coursage

Qui est le chief de son ouvrage

Mon regard par leans voloit

Mais ainsi comme dieu vouloit

Entre les autres choses/ une

Je vy/ que n'estoit pas commune

En mille region ne veue

Parquoy mon sens mon cueur ma veue

Versay totalement sur elle

Car belle estoit et plus que belle

C'estoit ung arbre my party

Fourchu dessus/ par tel party

Et de si egalle mesure

Qu'il n'est ou monde creature

Qui bien eust sceu jugier sans faulte:

Quelle part estoit la plushaulte

Fleury estoit/ mais grant merveilles

Vous diray des fleurs et dez fueilles

Que portoient lesdictes branches

Rouges jaulnes perses et blanches.

Plus de dix mille millions

Fleurs il portoit/ tant que nulz homs.

N'eust ja sceu toutes les comprendre

Ne le nombre infiny en rendre

Les unes par oultrage belles

En fleurs et en couleurs itelles

Les autres de maindre beauté

Toutesfoys/ par ma leauté

La moins belle et la plus indigne

Me sembloit belle doulce et digne

Mais telle y avoit difference

Que chescune par apparence

Estoit a chescune insemblable

En forme assez apparcevable

Si estoit point je ne vous celle

A ung petit ray une estelle

Que je fuz assez regardant.

Chescune de ses fleurs rendant

Par diverses impressions

Dont les significations

Je ne peuz oncq ymaginer

Ne en mon cueur determiner

Telle subtile extremité

Mais droit en la sublimité

De l'arbre/ du costé senestre

Je vy sur toutes. croistre et naistre

Une si belle fleur de lis

Que tous autres mondains delits

Et toute beauté naturelle

Furent neant/ au regard d'elle

En telle vertu fleurissoit

Que la haulteur dez cieulx passoit

Et rendoit si souef odeur

Que tout le monde a la rondeur

Et les cieulx mesmes s'emplissoient

Des grans doulceurs qui en issoient

Sur ceste fleur en ung trouppeau

Avoit estoilles ung monceau

Amoncelees et unies

Et leurs grans clartez infinies

Sur la tresdigne fleur gecterent

Et telle grace lui donnerent

Par la vertu que y habunda

Que le nom de fleur du monde a

Or estoit cest arbre planté

Non pas par art ne voulenté

Mais par puissance treshaultaine

Droit ou milieu d'une fontaine

La quelle estoit si ample et large

Qu'il n'y eust fleur qui l'arbre charge

Quant ce venoit aux accidens

Qu'elle ne cheyst dedens

Dont l'eau en estoit trouble et noire

Qui est chose bien forte a croire

Mais tant avoit de sa nature

Qu'elle estoit chaulde par mesure

Et si par rayson destrempee

Que nulle rien ou monde nee

Oncques ne fut si bien ne mieulx

Et son eaue. par quatre lieux

Envoyoit/ qui estoit parfonde

Devers les quatre pars du monde

Lors vy je que les nouveautez

Et les singulierez beautez

Que leans infiniz estoient

Les sens de noble cueur mectoient

En tresgrande admiration

Mais la grant persuasion

De dame nature la sage

Le venoit d'un riant visage

De tout informer et apprendre