Le chevalier des dames du dolent fortuné

Dolent Fortuné · Chapitre 36 sur 40

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Le chevalier des dames du dolent fortuné

Noble cueur.

¶ Icy fait noble cueur. louenge aux dames. en confondant et ravalant les faulx parlers et argumens de Cueur vilain et malebouche.

Noble cueur.

Femme est la fille a dieu le pere

Et mere a son filz precieux

Amie seule et singuliere

Au saint esperit glorieux

Femme est miroir melodieux

On quel la sainte trinité

Prent tout plaisir delicieux

Tant est plaine de dignité

 

Femme est le parement des cieulx

La richesse et beauté des throsnes

Elle est le temple au dieu des dieux

La chiere amour des trois personnez

Elle est le fleuron des coronnes

La contemplation des saints

Le chief de toutes choses bonnes

Le reconfort de tous humains

 

Femme est princesse des archanges

Duchesse en leur chevalerie

Redoubtement de tous les anges

Leur maistresse doulce et cherie

Femme est la fleur de melodie

Le chief d'honneur celestial

Elle est jardin de fruit de vie

Et le vergier imperial

 

Femme est la cremeur des dyables

La dompteresse des enfers

Le tourment des inagreables

La main qui les a mis en fers

Femme est delivrance des serfs

Relievement du dolant monde

Phisicienne des desers.

La fleur ou toute grace habonde

 

Femme est de paradis l'eschelle

La porte de beatitude

Recouvrement de vie belle

Destruction de servitude

Femme et le pont de gratitude.

L'ouverture de tout bon eur

Le sauvement de multitude

Et du monde l'espoir plus seur

 

Femme est la voie de concorde

Riviere de prosperité

Fontaine de misericorde

Montaigne de felicité

Femme est mur contre aduersité

L'estoille qui en mer conduit

Vallee de jouyeuseté

Et le soleil qui tousjours luit

Femme est le tresor de tous biens

De chasteté soleil luisant

L'abondance des terriens

L'escarboucle d'amour cuisant

Le puis ou tout homme est puissant

Benignité et courtoisie

Qui oncques ne fut refusant

Personne qui l'avoit choisie.

 

Femme est d'humilité l'abisme

Le don de divine promesse

Le feu de charité sublime

L'espargne de toute richesse

Femme est le ruisseau de largesse

Mine de pierres precieuses

Paradis de gloire et liesse

Sourse de doulceurs merveilleuses.

Femme est qui aveuglist nature

Las d'admiration mondaine

Monstre sur toute creature

Quant mere elle est et vierge saine

Femme est qui grace souveraine

A selon nature impossible

Qu'oncques ne fut comprise en vaine

Tant est son merueil invisible

 

Femme est l'espoir des consolez

Premier reclain de tous prescheurs.

Le reconfort des desolez

Le doulx recueil de tous pecheurs

Impetresse de noz doulceurs

Refuge a toutes gens meffaiz

Medicine de leurs douleurs

Vraie advocate en tous leurs faitz

Femme est. a qui tout homs s'encline

Vive refection des saints

Vigueur et vitesse benigne

Pilier soustenement des vains

Ung desir insolable aux sains

Le vray repos des travailliez.

L'escu de tous perilz souldains

La clarté des cueurs desvoyez

 

Femme est la vie des malades

Vray secours et refection

Solas et reconfort des fades

Impetrant leur salvation

Femme est qui exaltation

A/ es cieulx sur nature humaine

Et gloire et exultation

Sur toute haulteur souveraine

Femme est a qui ange ne peult

Assez d'onneur ne grace rendre

Ne homme tant y penser veult

Qui peust sa dignité comprendre

Car se chescune herbette ou cendre

Fust clere. comme saint augustin

Et tous y voulsissent entendre

Se n'y pourroient ilz trouver fin

 

Femme est qu'oncques cueur ne comprint

Ne ne cessa d'esmerveillier

Que jamais pechié n'entreprint

Ne pensement fol ne legier

Femme est l'incorrumpu vergier

Qui de venin n'eust oncques dragme

Ne tache/ qui la peust chargier

Tant en dy pour la vierge dame

Dames sont le jardin fertile

Racine d'umaine nature

L'arbre couvenable et utile

De terrienne nourriture

Dames sont la doulce pasture

Ou il convient tout homme paistre

Et toute humaine creature

Croistre fructifier et naistre

 

Dames sont entretenement

Du monde/ et ung plaisant secours

Ung pilier ung soustenement

Ung tresmelodieux recours

Elles sont fleuves de doulçours

Une mer de toute plaisance

Ung tresor de riches amours

Et le vivier de souffisance

Dames sont le solas la joie.

Des hommes et tout leur plaisir

Le miroir qui leurs yeulx esjoie

Le ray qui lez mect en desir

C'est ce qui fait homme saisir

En espoir de grant bien avoir

Et que trop fait meilleur choisir

Que nulle richesse ou avoir.

 

Dames sont le deduit des princes

La regle des bons chevaliers

Et l'onneur des toutes provinces

L'espoir aux vaillans batailliers

L'enseignement des seculiers

La discipline de noblesse

Vergoigne des irreguliers

Et crainte de cil qui honneur blesse

Dames sont enhort de vaillance

Richesse et tresor des vaillans

L'arche de toute bien vueillance

Humble repos des travaillans

Force et vigueur des deffaillans

Cause de toute haulte emprise

Ferme eschellon aux assaillans

Confort en leur blessure et brise

 

Dames sont cause des bienffais

Du monde et de tout leur affaire

Confusion des imparfaiz

Et qui n'ont vouloir de bien faire

Dames ont pouoir de refaire

Et redrecer tout cueur meffait

Et de tout imparfait parfaire

Et l'anoblir d'euvre et de fait

Dames sont ung throsne d'honneur.

Rabat de toute vilenie

Instruction de belles meurs

La verge de noblesse unie

Le cry de toute baronnie

Reboutement de toute ordure

Chastiement de felonnie

Et de tout qui tend a laidure

 

Dames sont la doulce rosee

Qui toute ire et fureur estaint

Une pluye bien composee

Dont de mieulx vault quant qu'elle actaint

Dames sont la doulceur ou maint

Toute bonté qui amollist

Par qui le feu de courroux maint

Se radoulcist et abolist

Dames sont cause de tous jeux

En jeunesse et d'abilité

Ravallement des orgueilleux

Instruction d'humilité

Le rosier de fertilité

L'odeur de flourissant olive

La forme de stabilité

Et le vray fruit de saveur vive

 

Dames sont ung appuy dez fermez

Rochier de toute loyauté

Fontaine d'amoreuses lermes

Parfonde mine de pité

Palais de toute necteté

Cler luminaire de vertus

Plain de doulceur et de beauté.

Mais de bonté encores plus

Dames sont doulceur immortelle

Une richesse inestimable

Chief de plaisance temporelle

Une liesse incomparable

Ung avoir chier et delictable

Ung tresmelodieux tresor

Ung parement plus honnorable

Que precieuse pierre en or

 

Dames sont ung soleil rayant

Dont tout cueur d'homme s'esclarcist

Ung miroer/ les bons actrayant

Ung ray. qui lez mauvais occist

Une estoille que dieu assist

Icy au monde tenebreux

A fin que lumiere en issist

Pour l'esjoyssement des preus

Dames sont l'ombre des seigneurs

L'esbat de toutes creatures

Reclain dez longtains voyageurs

Ressort des bonnes aventures

Reconfort des fortunes dures

Le doulx recueil des estrangiers

L'espargne de richesses pures

Ung vray solas en tous dangiers

 

Dames sont ung patron en terre

De toutes mondaines doulceurs

Le pourpris ou chescun peut querre

Perfection de bonnes meurs

Parfonde mer de tous honneurs

Fleuve dont toutes vertus issent

De tant de haulx biens gardiennes

Ou toutes vertus se nourrissent

Dames sont anges de visage

En leur maintien celestiennes

Deesses en fait de corsage

En parler plus que terriennes

En leurs euvres cottidiennes

Doulces plus que chant de seraine

Tant soient jeunes ou anciennes

Que chescune vault d'estre royne

 

Dames sont ung ciel de liesse

Ung paradis de courtoisie

Ung droit abisme de largesse

Ung doulx vergier de noble vie

Ung manoir plain de melodie

Ung mur de ferme contenence

La vigne de pite fleurie

La foy d'amour et d'abstinence

Dames sont plus que nulle rien

Conduisant leur vie et sobresse

Adressans leur courage en bien

Et leur vie a parfaicte humblesse

A devotion et simplesse

Et a compassion piteuse

Vers ceulx qui vivent en destresse

Par sort de fortune doubteuse

 

Dames sont d'un sçavant parler

D'un nect penser ung doulx courage

Ung beau maintien sans chanceler

D'un amoureux et doulx langage

Ou nature par heritage

Honte et cremeur a fait logier

Et hardiesse et cueur volage

Sur tout d'entr'elles alongier

Bouche ne peut monstrer ne dire

Entendement ne sens comprendre

Ne cueur penser ne main escrire

Ne parchemin ne livre prendre

Ne nul hault engin entreprendre

Sentement ne science dame

Ne tous les clercs du monde apprendre

La valeur d'une vaillant dame

 

Elle vault mieulx cent mille foys

Que tulles. o son beau langage

Ne que hector le troyennoys

Ou hercules au vasselage

Ne que absalon en son corsage

Ne que priam en sa richesse

Ne qu'en sens salomon le sage

Ne que alexandre en sa largesse

S'un homme avoit la loyauté

De david et magnificence

Et de narcisus la beauté

Et d'abraham l'obedience

Et de saint job la pacience

Et d'achilles le hault vouloir

Pour avoir sa benivolence

A pene la peut il avoir

 

Dames sont ung tresor itel

Que se dieu qui est immortel

Et en toute puissance habonde

Avoit creé/ ce mortel monde

Mille foys plusbel en son estre

Que n'est le paradis terrestre

Tant que tout l'element de terre

Qui soubz le ciel s'amasse et serre

Et est gros rude vil et dur

Fust tout vermeillon ou asur

Et tout quant qu'il y a dessoubz

Ou dedans/ pierres et caillouz

Fussent rubiz ou diamens

Et perles tous les elemens

Gros escarboucles et saphirs

A chescun. selon ses desirs

Et chescune menue herbette

Portast ou rose ou violette

Sans jamais sechier ne fenir

Palir destaindre ne grevir

Et toutes roses et espines

Puantes herbes et peu dignes

Orties et le jonc marin

Fussent muguet ou romarin

Et pour plus joyeusement vivre

Tout metal fer estaing et cuivre

Fust tout converty en or fin

Durans en leur estat sans fin.

Et tous arbres dont fueilles issent

Que fruit portent/ et sy fleurissent

A plume de paon semblassent

Et fruit de couleur d'or portassent

Qui sentist et savourast mieulx

Que la manne que pleust des cieulx

Et chescune meschant vermine

Fust une martre ou une hermine

Et tous busars gays ou corbeaux

Fussent devenuz papegaux

Les couque pies et chouettes.

Beaux rossinolz et allouettes

Et trestout le fien qui en ist

Mieulx que muscq ou balsme sentist

Et tout le bestiail du monde

Fust de beauté plusclere et munde

Qu'onc ne fut couleur cramosine.

Qu'en rien ressamblast leur peau fine

Et leur sang leur char et leur corne

Fust digne comme une unicorne.

Et tous les moutons qui sont or

Portassent une toison d'or

Comme celuy qui jason prist

En colcos. ou il le conquist

Et tous les loupz et les renars

Qui sont parmy le monde espars

Fussent blancs cerfs privez et doulx

A cornes de courail trestons

Et ours et pourceaux et tessons

Fussent trestous privez lyons.

Coronne d'or dessus leur teste

Et toute s'elle et meschant beste

Que va par boys et par chemin

Fust ung lievre ou ung blanc connin

Et tous asnes fussent destriers

Et tous meschans chevaulx coursiers.

Et tous mastins et chiens errans

Fussent tous beaux levriers courrans

Et les mousches et papillons

Fussent gentilz esmerillons

Et tout oyseau que dieu a fait

Fust plus luisant et plus parfait

Que le fenis/ o tout sa plume

Dont il n'en est q'un par coustume

Ou comme le paon et au mains

Qui est bel entre les humains.

Et chantassent incessamment

Trop plus melodieusement

Que ne fait la seraine en mer

Ainsi les feroit bon amer

Et la pluye ne fust que balsme

Pour refreschissement de l'ame

Et la nege rien fors que soit

Et la glace que or et monnoie

La grelle qui les gens effronte

Toutes grosses perles de conte

Et l'eau qui en mer se repose

Fust trespure et clere eau rose

Et leans tous meschans poissons

Fussent daulphins et esturgeons

Et les rivieres rien que vin

Ou ypocras jusqu'a la fin

Et les estans que sont es plaines

Fussent sourses et grans fontaines

A gros tuyaux d'or et d'argent

Par tout pour arouser la gent

Et que par toute region

Ny eust que paix et union

Et qu'il n'y eust en nulles isles

Que grans chasteaux et grossez villez

De jaspe toutes maçonnees

Et de rubis environnees

Toutes maisons d'un pris egal

D'un cler bericle ou d'un cristal

A tieulles de fin or pavees

Ou toutes histoires gravees

Du monde fussent entaillees

Painctes escriptes esmaillees

Et jamais ne fist trop grant chault

Ne trop grant froit qui autant vault.

Ne vent tonnerre ne tempestes

Ne jours ouvrables. fors que festes.

Et jamais ne fust povreté

Fors toute habundance a planté

Ne fortune ne maladie

Mais tout bon eur et melodie

Autant et plus qu'en paradis

Et que le jour durast tousdis

Sans faire nuit ne obscurté

Et tout cueur d'homme sans durté

Sans cruaulté sans tricherie ¶ Icy cesse noble cueur de parler et devise l'acteur le couroux. que cueur vilain et mallebouche prindrent vers noble cueur pour lez replicquemenz qu'il leur fist/ et devise la maniere de leurs batailles.

Et tous vestuz d'orfaverie

De drap d'or et d'argent aussy

Ou de pourpre ou de cramoisy

De damas de toutes couleurs

A chescun selon ses valeurs

Et tous lez litz dessoubz les cieulx

Fussent de paremens itieulx

Tout linge fust toille de rains

Tous coffres de richesses plains

Et tout fust bon qui est mauvais

Et toute hayne vraie paix

Et tous gros air toutes nuees

Sentissent comme lez fumees

D'encens fondu/ ou d'autre gomme

Et que jamais n'en vieillist homme

Toutes estoilles reluisassent

De jour. et toutes se monstrassent

Sy bien comme fait le soleil

Et chescun vesquist sans traveil.

Sans ennuy. sans soucy sans soing

Et tout ce qui luy fist besoing

Luy venist tantost par souhait

Quant dieu auroit tout cecy fait

Pour enrichir l'omme et complaire.

Et femme luy voulsist soubtraire

Ou qu'esloingnee trop luy fust

Trestout ne vouldroit pas ung fust

L'omme despiteroit sa vie

Et plustost luy prendroit envie

De la mort/ et de n'avoir riens

Que d'estre roy de tant de biens

Sans avoir femme en sa jeunesse

Qui est la fleur de sa richesse

Car son corps vault mille foys plus

Que tout ce qui est dit dessus

 

[Illustration]