Le chevalier des dames du dolent fortuné

Dolent Fortuné · Chapitre 25 sur 40

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Le chevalier des dames du dolent fortuné

¶ Complainte de noblesse feminine a nature

Je vy j'ouy/ et si sçavoy

Tout leur affaire et leur secré

 

D'ungs yeulx de larmes encombrez

D'une voix gemissant piteuse

D'un cueur plain d'ennuys innombrez

Et d'une chiere peu joyeuse

La noble dame gratieuse

S'agenoilloit devant Nature

Faisant la complainte greneuse

Cy aprés mise en escripture

 

¶ Complainte de noblesse feminine a nature

[Illustration]

Excellente dame et princesse

Souveraine gouverneresse

Plaine d'honneur et de sagesse:

Puissante ouvriere

Seule maistresse et singuliere

De toute chose seculiere

Que par foiblesse de matiere

Est corruptible

Mortel deffaillant diffinible

Et de qui toute rien sensible:

Prent par nature distinguible:

Son estre et vie

Dame de haulte seigneurie

Plaise vous d'ouyr je vous prie

Ma voix que devant vous s'escrie:

Piteusement

Et me donnez aucunement

Voustre doulx reconfortement

Et de mes pleurs allegement

Qui en avez

Seule puissance/ et si savez:

Ou au moins savoir vous devez

Quoy et comment tous aggravez

Sont mes ennemis

Et pourquoy si dolante suis

Exillee de tous deduis

Tant que rien faire je ne puis

Ou que je viengne

Qui a moy ou autruy reviengne

Ou a mon affaire appartiengne

Ma noble dame il vous souviengne

Comment jadis

J'estoie demeurant tousdis

Icy en voustre paradis

Ou par honneur et par beaux dits

Mon corps traictastes

Et si me distes et monstrastes

De quel substance me formastes

Et quel vertu vous adjoustastes

Par sur toute ame

En moy. et toute noble dame

Disant qu'il n'estoit fruit ne balsme:

Ne chose tant soit riche en fame

Que fust pareille

A ma dignité impareille

De qui tout oeil et toute oreille

Par nouveauté d'un grant merveille:

S'aveugleroient

Quant d'aventure ilz me verroient

Et mon estat regarderoient:

En lieu ou ilz approucheroient

De ma noblesse

Et pour accroistre ma liesse

Vous me feistes alors promesse

Que terrienne gentillesse

Roy duc ou conte:

Mectroient mon honneur en compte

En me gardant de blasme et honte

Et de tout ce qui tourne et monte

En mon despris

Et seroient si bien apris

Que pour avoir et los et pris:

En mon cueur: qui est ung chier priz

Par ma soufferte

Jusques sur terre ou l'erbe verte

La teste nue et descouverte

Me seroit reverence offerte

Par eulx trestous

Et seroient humles et doulx

Soupples de corps et de genoulx

Devant chacune d'entre nous

Puis me deistes

Qu'en ce monde vous me transmistes:

Comme ung soleil que vous y mistes

Pour les hommes que vous feistes

Qui nulle joie

N'auroient/ se je n'y estoye

Et se je ne respendissoie

Leurs courages et adressoie

En bonnes meurs

En sens en prouesse et valeurs

En crainte et en vertuz pluseurs

Dont sourdent terriennez honneurs

Et savez bien

Tous ce qui est en moy de bien

Quelle vertu j'ay et combien

Et se je vaulx beaucop/ ou rien

Car corps et ame

Sont passez par vos mains ma dame

Et n'ay de sang pas une dragme

Soit digne d'amour ou de blasme

Que vous de fait

Ne l'ayez et trempé et fait

Qui en maint honneur et bien fait

Avez mon povre cueur refait

En le faisant

Doulx et traictis et bien plaisant

Tendre mol et appetissant

Mais selon l'ame reluisant

Voustre clemence

Me fist piteuse en conscience

ydoine a doctrine et science

Encline a vraye obedience

Humble et honteuse

Simple craintive vergongneuse

Doulce courtoise et gratieuse

Debonnaire et toute amoureuse

En tous mes faitz

Par qui vertu les imparfaiz

Les corrompuz et les infaitz

Ont cueur de devenir parfaitz

Pour plus me plaire

Et sur l'espoir de pouoir traire

Aucune grace debonnaire

De moy/ qui ay la riche anmaire

De toute joie

Si m'ordonnastes que je soie

Couverte en tous mes cas. et coie

Et que jamais ne partiroie

De ma richesse

Si n'est a gens plains de noblesse

D'honneur de bonté de prouesse

De meurs de sens et de largesse

Mais a itieulx

Il vous plaisoit bien si m'aist dieux:

Que je gectasse ung peu mes yeulx

Et je les acueillisse mieulx

Car leur bonté

Leur doulx maintien et leur beaté

Leur franchise et leur liberté

Renforcee de loyaulté

Certes le vallent

Car eulx de qui lez vertuz saillent

Et en honneur jamais ne faillent

Sont ceulx qui plaisir aux yeulx baillent

Et joie au cueur

A toute dame de valeur

Laquelle sans graver honneur

Malgré tout vilain repreneur

D'euvre et de bouche

Les peult cherir par amour doulche

Car d'amour qui en mal ne touche

Dame ne doit avoir reprouche

Mais lasse my

Or n'ay je plaisir ne demy

Ne reconfort de vray amy

Car vilain cueur mon ennemy

M'a desolee

Et a son grant tort desprisee

Injuriee et tant blecee

Que ma haultesse en est bassee

Tresvilement

Et ne veult souffrir nullement

Que je soie mais tellement

Exaulcee. s'aucunement

y pouoit mectre

Deffense/ par euvre ou par lectre

Ou par donner ou par promectre

Il tend a destruire et demectre

Mon privilege

Qui est pis fait que sacrilege

De me vouloir oster le siege

Ou dieu a voulu que je siege

Le cours du monde

Et le vilain que dieu confonde

Et face qu'en enfer il fonde

Prent sa raison la plusparfonde

Et la plus folle

Dont oncques l'on tenist escole

Et mect tout premier en parolle

Chose. qui est legiere et molle

Et trop mal clere

Que eve noustre premiere mere

Pource que pecheresse elle ere

Que le cop de la mort amere

Nous vint par elle

Arguant par envie felle

Fraude et deception en elle

Et qu'a dieu elle estoit rebelle

Trop plus que l'omme

Par friandise d'une pomme

Et pourtant/ que toute la somme

Des femmes/ est de telle gomme

Et encor pire

Et semble qu'il nous vueille dire

Et pour plus nous grever et nuyre

D'honneur abasser et destruire

Il a exquis:

Les secretz de nature. et quis

Sentences gloses et escrips

Qui font ou fons d'enfer les cris

Et a glosee

Noustre nature. et exposee

Tresinconstante irreposee

Et si fragile

Qu'aujourd'uy region dix mille

Sont par mon affaire inutile

En grant confusion et vile

Et en servages

Mectant sur moy tous les domages

Tous lez meschiez tous les oultrages

Qui furent oncques es lignages

Des anciens

Des sarrasins et des payens

Des juifz et des chrestiens

Et de tous autres terriens

Qui pour prouver

Sa raison/ et nous reprouver

Il a esté prendre et trouver

Cuidant son fait mieulx approuver

Les plus expers

Les glorieux excellens clercs

Disant que par mes fais divers

Tous se sont tumbés a l'envers

Et puis le bon

Qui estoit tout contraire au bon

Desquelz sy estoit salomon

Virgile Aristote et Sanson

Adjoustant en ce

Que l'ung en perdit sapience

L'aultre mesusoit de science

Le tiers trompe Incorpulence

Comme en sa force

Par quoy il conclut que c'est force

Et a la maintenir s'efforce

Que noustre corps n'est qu'une porce

Dehors paree

Ou mainte teste fort baree

De sens a esté esgaree

Deffaicte. et tost desamparee

Si en a fait.

Certes maint livre. qui deffait

Mon honneur/ dont il me deplaist

Qu'il me fault endurer son plait

Car mainte prose

Et mainte injurieuse glose

A mis ou romant de la rose

Tresfaulsement/ bien dire l'ose

Et a grant tort

Et par telz envieux enort

Qui est vilain puant et ort

A mis maint cueur en grant discort

Encontre moy

Et contre honneur justice et loy.

Car pluseurs y adjoustent foy

Et sont de si mauvais aloy

Qu'ilz en tiennent

Leurs estoles/ ou ilz convienent

Pour leur faulse erreur qu'ilz maintinnent

Mais j'ay espoir que nulz n'y viennent:

Fors meschans gens.

Car les haulx nobles et les gents

Qui de mes biens sont indigens

Ne furent oncq si negligens

Que d'estre itieulx

Non obstant. que maint jeune et vieulx

ont aujourd'uy: cueur: langue et yeulx.

Si corrumpu. que l'air des cieulx

S'en putrifie

Et sont tous. je vous certifie

Rempliz de folle jalousie

De faulx argu de tromperie

Par les escrips.

Injurieux. qui sont escripts

Et que malle bouche a apris

A mainte homme de petit pris

Qui plus appreuvent

Ung mal que par escript ilz treuvent.

Et plus le virent et remeuvent

q'un bien qu'en leur feme ilz espreuvent

De fait et d'euvre

en quoy grant mauvaistié se cueuvre

Et prie a dieu. que tant y euvre

Qu'en bref. vengence s'en recueuvre:

Car se je vueil

Sur aucun homme ouvrir ung oeil

L'on diroit tantost que mon vueil

Seroit pour lui donner acueil

Ne n'oseroie

Rire chanter ne monstrer joie

Se d'aventure en lieu j'estoie

Ou faire et monstrer le vouloie

Dont il m'est crue

Grief douleur. que tant suis mescrue

Et que bonne foy est descrue

Et souspeçon tant paracrue

Sur mainte bonne

Qui oncques ne passa la bonne

D'honneur. ne ne fist a personne

Chose qui en reprouche sonne

Si leur est certes

Grief a souffrir que sans dessertes

Toutes convient estre desertes

D'honneur. de bon los: descouvertes

Pour les mis sus

De huit ou dix. peu moins ou plus

Qui ont fait ung meschant abus

Parquoy l'on nous veult ruer jus

Toute et chescune

Et cuide la faulse commune

Qu'aujourd'uy nait dame nesune

Que ne tende a folie aucune

Par quoy couvient

Des l'eure que nous en souvient

Fermer noz yeulx. quant il advient.

Que quelq'un par devers nous vient:

Ou nous refaire

Tout de nouveau. et contrefaire

Car honneur faire sans meffaire

Au jourd'uy/ ne se seuffre a faire

Ainsi me semble

Que moy et vous. toutes ensemble:

Sommes com en ung flot qui tremble

Ou toute malheurté s'assemble

Et vraiement

Bien vivons inutilement

Au monde/ et plus au griefvement

Des bons/ qu'a leur confortement

Quant nullement

Faire n'osons descouvrement

De ce que naturellement

Nous est donné pour sauvement

D'humain lignaige

Si nous fault rendre en hermitage.

Et laisser le peuple ramage

Bons et mauvais morir de rage

Sans esjoyr

Ame qui d'amour veult joyr

Car j'ame mieulx loing m'enfouyr

Que souffrir tousjours et ouyr

Si grant reprouche

Qui nuit et jour en jeu me couche

Par raison que n'est gaires doulche

De vilain cueur et malle bouche

Et ont ces deux

Tant de complices avec eulx

Que le nombre en est merveilleux

Dont les noms que portent yceulx

Le sont pluseurs

Mesdisans/ cuidereaux/ vainteurs.

Souspeçonneux/ jaloux/ mocqueurs

Enuieux/ desireux/ menteurs

Trompeurs couars.

Faulx promecteurs vilains eschars

Et tous autres itieulx cornars

Qui ont estudie es ars

Du grant dyable

Qui leur fait a croire de fable

Et d'une bourde abhominable

Que ce soit chose veritable

Puis les publient

Et meschans gens y estudient

Mais ung point y a qu'ilz oblient

Dieu et les anges les maldient

Et trouveront.

Q'une fois ilz en respondront

Et qu'en dangier ilz en seront

A l'eure que raison rendront

De tout ensemble

Ou n'a si juste qui ne tremble:

Et quant enfer tous lez assemble

Je n'en suis gaires plus me semble:

D'honneur paree

Ne de lumiere reparee

Qui leur langue en mal obduree

M'a pourchassee et procuree

Si est ainsi

Que je m'en plaing a vous droit cy

En suppliant que par mercy

Vous vueilliez regarder cecy

Car je vous jure

Qu'aujourd'uy toute creature

Est infecte. et de telle ordure

Et prent plaisir et nouriture

L'un en mesdire

Sur mainte. ou il n'a que redire

Mais qu'il la voie sans plus rire

Il veul jugier ou l'ueil se tire

En son penser

L'autre ne fait que mal penser

Le tiers ne fait que offencer

Le quart pour cuider s'avancer

De flaiterie

Va user et de gaberie

Affin qu'il puist sa mocquerie

Tenir de noustre druerie

Ainsi chescun:

Paist aujourduy son cueur d'aigrun

Et de mille n'en a pas ung

Qui n'ait itel reprouche aucun

Que fort l'abasse

Ainsi force est que je delesse

Tout beau semblant toute liesse

Et que j'embride ma jeunesse

Avant vieillesse.

Du frain de douleur et tristesse:

Et que honneur se desloge et cesse

En moy/ qui suis la forteresse.

D'humain plaisir

Ou chescun doit par vray desir

Son derrenier repos choisir

Comme au lieu dont il fault issir

Si vous conjure

Ma maistresse dame Nature

Et vous prie par amour pure

Prenez pité de ma laidure

Que vous ouez

Et point ne me desavouez

Suppliant que si vous pouez

En brief. vous y remediez ¶ Icy repayse et reconforte Dame Nature Noblesse feminine par pluseurs raisons evidentes et moult prouffitables a son ennimy. Comme cy aprés s'ensuyt.