Le chevalier des dames du dolent fortuné

Dolent Fortuné · Chapitre 35 sur 40

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Le chevalier des dames du dolent fortuné

Noble cueur.

Commença lors en hault son mot

En la maniere qui s'ensuit

 

¶ Icy argue noble cueur a cueur vilain et Male bouche et leur remonstre tressagement leurs grans vices et faultes par plusieurs arguments et raisons bien notables. Et s'oppose a tous lez pointz qu'ilz ont mis ou Romant de la Rose et ailleurs Contre lonneur des Dames/ et les confont par vives raisons.

[Illustration]

Noble cueur.

Vous cueur vilain et malebouche

Gens oultrageux et inutiles

Maldiz de la divine bouche

Par voz escriptz et euvres viles

Par quel venin. sont maintes ysles

Infectes et empoisonnees

Et maintes nobles et habiles

Dames/ d'honneur dessaisonnees

 

De vous se plaint dame nature

Et aussy la noble substance

Des dames/ que de voustre ordure.

Crient/ d'une voix par vengance

Les cieulx ont prins en desplaisance

De leur clarté vous aporter

Et la terre grant ennuyance

De vous nourrir et supporter

 

Dieu et diables/ et tout le monde

Les cieulx les anges. saints et sainctez

Sont contre vous: gens tresimmonde.

Et font encontre vous leurs plaintes

Doutes pensees sont restraintes

Et de plorans douleurs serrees

Parquoy leurs joies sont contraintez

Tant lez avés vous vergondees

 

Vous avez ne sçay a quel cause

A quel fin. ne a quel prouffit

Fait en escript tant mainte clause

Et maint injurieux escript

Contre la femme. par despit

Qui vous esmeut a voustre tort

Dont vous serez comme maldit.

Par moy mis a amere mort.

 

Toute vilaine puantise

Que cueur pense ou langue peut dire

Avez sur la nature mise

Des femmes/ qui en meurent dire

Encores ne vous peut souffire

De blasmer bonnes et mauvaises

Mais lez voulez faire despire

Des hommes. comme lez punaises

 

Vous estes pieres que antecrist

Qui voulez abuser les ames

Pour plus desplaire a jesucrist

En diffamant ainsy lez dames

Mais luy qui fist hommes et femes

Envoyé vous a voustre helie

Pour les excuser de voz blasmes

Ains que chescun s'y affolie

 

Je vueil bien que vouz l'entendez

J'ame noblesse feminine

Et porte nuit et jour bendez

Mes arcs. pour vous mectre a ruine

Mon cueur vers elles tant s'encline

Tout mon bien gist et pend en elle

Sy vueil par armes et doctrine

Vivre et morir en sa querelle

 

Souviengne vous de voz escriptz

Qui sont an romant de la rose

Injurieusement escriptz

Et contre dieu bien dire l'ose

Et de mainte autre puant glose

Qui est vilaine pour espardre

Les mescreans qui lez propose

Dignes sont que l'on les fist ardre

 

Comment est raison sy subgecte

Ou ung cueur d'homme sy failly

De blasmer le lieu et la gecte

Le ventre dont il est sailly

J'en ay le cueur tout tressailly

Du cas qui est contre nature

De veoir le ventre assailly

Du lieu ou/ il prent nourriture

 

Bestes mues ne le font pas.

Ains elles ament et cherissent

Et suivent toutes pas a pas

Leurs meres. de qui elles yssent

Les droiz en elles s'acomplissent

Et nature y a sa saison

Mais en vous elles se perissent

A qui dieu a donné raison

 

Tout oyseau cherist la forest

De sa nature dont il ist

Et avec ce que plusfort est

Envis apuantist son nit

Puis donc/ q'un oysillon petit

A celle curiosité

Bien vous doit on nommer despit

Rempliz de furiosité

 

Il n'est beste tant soit cruelle

Ne nulle rien ou vie est prise

Qui n'ait son par et sa femelle

Et ne la chasse ne desprise

Mais l'omme ou science est esprise

Luy seul il va blasmant son per

Et fait ce dont beste inaprise

Ja ne se vouldroit encoulper

 

N'estes vous pas sailly de fame

Nourry porté en ses entrailles

Ou contre le cours de toute ame

Sailliz du fons d'unes bouteilles

Fy des langues et merdailles

Qui en telz meffaiz se delictent.

Et blasment veines et ventrailles

De celles ou fault qu'ilz habitent

 

Preude femme par saint denys

Avez preschié publicquement

Dont il ost moins. que de fenys

Mais vous mentez mauvaisement

Et vous en voustre fondement

Ne valez pas en tout deux pomes

Car je croy et sçay fermement

Qu'il en est plus. que de preudhommes

 

Ou est l'omme. quant parler fault

Sy ferme au cueur. sy bon sy net

Qui a la foys desir n'assault

Et folle plaisance en soy n'ait

S'il est a maistre. ou s'il se naist

L'on n'en devroit savoir nouvelles

Pourtant vous/ enquerez quant est

Et puis aprés. parlez sur elles

 

Pourquoy voulez vous plus jugier

Femme estre pute. par pensee

Que les hommes. qui a purgier

Ont tant d'iniquité pensee

Se preude femme au cueur lancee

De sy legier. peut estre pute

Sy bien peut par regle opposee

Tout homme estre rebault injuste

 

Voulez vous que femmes plus vivent.

Comme ung ymage en ces eglises

Que lez hommes qui tousjours suyvent

Toutes mondaines friandises

A quoy mectez vous voz emprises

Sur elles. plus. et voz embuches

Que sur lez detestables guises

De l'omme ou tant de mal se muches.

 

Pourquoy parlez vous de pechiez

Des femmes/ et de c'en qu'elles font

Quant les hommes sont entachiez.

Mille foys plus. qu'elles ne sont

Savoir mon. s'en destinee ont

Qu'en bien faisant lez fault blasmer

Et les hommes. quoy qu'ilz meffont

Tousjours les priser et amer

 

Vous voulez herauder les femmes

Par voz parolles deshonnestes

Mais vous vous obliez vous mesmes

Et descongnoissez qui vous estes

Vous veez lez tendres paillettes

Es yeulx d'autruy. et en bavez

Et ne veez pas faulses bestes

Ung chevron que vous y avez

 

Et quant tout voustre faulx langage

Seroyt vray/ ce que je vous nie

Quel prouffit ou quel avantage

Vous en vient/ quant on le publie

Besoing n'est pas que le cueur die

Tout ce que son oeil voit et sent

Car quant parler nuit a partie

Le taire est plus expedient

 

Oncques ne fut besoing d'apprendre

A penser mal. aux gens de bien

Quant chescun en scet assez prendre

Sans qu'on luy en apprengne rien

Aussy les hommes scevent bien

Comment l'on doit amer acop

Car nature leur bon moyen

A chescun n'en apprent que trop

 

Nature humaine est moult fragile

Et tost inclinee a meffaire

Pourtant est ce chose inutile

De l'amonnester a mal faire

Qui mect la pierre en ung repaire

Que plusieurs fait cheoir et tumer.

Et affolir par mainte paire

Mal pour luy fait a presumer.

 

Diffamer innocens et justes

Est ung pechié impardonnable

Et encores pecheurs injustes

Est a dieu certes displaisable

Voyez donc/ quelle euvre agreable

Avez fait a dieu et au monde

Qui tout voustre blasme immuable

Sur vous mesmes tourne et redonde

 

Blasme par envie servy

N'oste pas la bonté au bon

Ne ung grant los indeservy

Ne peut faire ung mauvais plus bon

Ainsy le blasme et le renom

Dont vous. et voz disciples usent

Ne grieve aux dames point/ synon

Que meschans genz trop sy anuisent

 

Il semble que soyent bouchieres

Toutes dames/ que tresmal sonne

Et qu'elles vendent comme chieres

Leur char. a qui plus leur en donne

En disant qu'il n'y a sy bonne

que n'ait la main pour prendre ouverte

Parquoy. son corps elle habandonne

Mais que la chose soit couverte

 

En oultre/ voz escriptz contiennent

Qu'il n'est sy bonne ne sy ferme

Que se fors requerans. lui viennent

Qu'elle ne se rende en brief terme

Et s'aucune est/ que se conferme

Sans itel meschief encourrir

Voustre bouche dist et afferme

Qu'il ne tient fors qu'au requerir

Cinq cens telles autres ordures

Vous alleguez. mal gratieuses

A toutes dames a porter dures

Et a tout homme injurieuses

Car se toutes sont curieuses

D'ainsy habandonner leur sain

Selon voz raisons furieuses

Tout homme est donc filz de putain

 

Fy qu'oncques femme vous porta

Et que son laict vous alaicta

Fy qu'en sez bras vous supporta

Ne de sa main. vous assista

Quant elle en qui dieu vous fait a

Si vilainement condempnez

Certes en qui tel meffait a

Se touppe fort le bout du nez

Vous blasmez ceulx qui femmez prendent

Par honneur et par mariage

Disant que de leur gré se pendent

Et espousent leur malle rage

Cela vous vient d'un faulx courage

Et d'un conseil diabolicque

Qui vouldroit que l'umain parage

Fust tout né en pechié publicque

 

Faulses gens. vous voulez desrompre.

Ce que dieu nous commande a faire

Et homme de rechief corrumpre

Que tant a cousté a refaire

Se tout homme fuoit l'affaire

De mariage/ tost ou tard

Le monde fauldroit donc deffaire

Ou que tout homme fust bastard

Certes tout cecy le grant diable

Vous a fait controuver et dire.

Pource que femme egreable

Luy est desrompu son empire

Sy en meurt de douleur et dire

Que par femme est ainsi maté

Et par sa bonté ceste le pire

Humain lignage racheté

 

L'on vous devroit crucifier

Plus que martir cent mille foys

Et voustre fait notifier

Es cours des princes et dez roys

A qui voz escripts. et voz loys

Touchent tant a eulx qu'a leurs meres

Sy vous devroient selon droys

Pourchasser douleurs tresameres

Vous n'y avez pas tant trouvé

Comme vous lez boutez des couttes

Et s'en une avez mal prouvé

Pourtant n'a pas esté en toutes

Laissez lez bonnes en leurs routes

Jusques reprouche les demecte

Et alison que va es joustes

Blasmez/ perrine/ ou guillemecte

 

Se vous parlez du temps passez

Ou s'il vous plait du temps present

Vous trouverés dames assez

Qui ont vescu bien simplement

Et s'y heussent bien aultrement

Desduitz le temps a cueur joyeulx

Se n'eust esté le parlement

Des mesdisans et envieulx

Cuidez vous que dieu ne conferme

Sy bien les femmes en sa grace

Que lez hommes/ qui leur cueur ferme

Avoir se vantent/ et audace

Oy voir. sy vous dy en face

Qu'a la foys homme en sa substance

A le cueur feble comme glace

Et femme l'a ferme en constance

 

Experience vous aprent

Ce que je dy de jour en jour

Q'une jeune dame entreprent

A demeurer vefve a tousjour

L'autre. qui est a son seignour

Sy tresloyalle et sy entiere

Qu'en faulte ne feroit sejour

Pour estre du monde rentiere

Autres. qui ont esté requises

Sept ans. dix ans. et pourchassees

Qui oncques ne furent conquises

Ne en courages abassees

Ne pour richesses amasees

Ne pour donner ne pour prier

Preudes femmes sont trespassees

Tant savoit homme fort crier

 

Mais vous hommes faulx et pervers

Plains de vice et de desraison

Alez au tort et au travers

Sans tenir regle ne raison

Et ne pouez une saison

Vous abstenir de voustre ordure

Mais alez de chambre en maison

Chassant/ tant comme argent vous dure.

Pourquoy n'avez vous fait voz livres

Sur voustre propre iniquité

Qui estes tant de vices yvres

Et de toute fragilité

Sy donneissiez tranquillité

A celles que sont mieulx de vous

Et fust plusbelle habilité

Que de lez blasmer entre tous

 

Blasmer trois corps ou quatre ou ung

Se peut aucunement couvrir

Mais blasmer toutes en commun

Ne se peut nullement souffrir

L'on ne doit pas aux saints offrir

Sy n'est pas ceulx qui vertuz ont

Ne nulles dames descouvrir

Fors celles/ que les faultes font

L'on scet bien par raison expresse

Sans ouyr sermon ne prescheur

Que toute femme est pecheresse

Et tout homme aussy bien pecheur.

Mais au regard de leur doulceur

L'omme n'est pas tant embely

Qu'il peust estre son reproucheur

Pour la contempner plus que ly

 

Venons aux oeuvres vertueuses

De moult de femmes anciennes

Et oblions les maleureuses

Soyent juyfves ou payennes

Mais selon vertuz terriennes

Vouz trouverez point ne m'en doubte

Leurs bontez tant historiennes

Com de l'omme qui lez reboute

Quelle fut hester la royne

Que assuerus appaisa

De son ire/ enclin a ruyne

Dont encor o dieu sa paix a

Quelle susanne/ que laissa

Mener son corps pour condenner

Pource qu'a vilains n'abassa

Son cueur dont dieu la peust damner

 

Quelle fut la sage Sibille

Qui a octavien le roy

Monstroit comme sçavant habile

La vierge o son filz par le doy

Les cieulx souvrirent devant soy

Et lors en ung ray se monstroit

Le filz de dieu/ cecy est foy

Et grant merite a qui le croit

Abigahil. femme a nabal

Que repaisa l'ire a david

Proposa faire tant de mal

A nabal/ ce qu'oncques ne fist

Car aussy tost comme il la vist

En meurs et en vertuz sy belle

Sa grant fureur luy refroidist

Et ne fist mal/ n'a luy n'a elle

 

Judith la vaillant batalliere

Que olofernes mist a fin

N'est pas l'istoire trop legiere

Quant mise est en l'escript divin

Et une me vient en l'engin

La plushumle et obediente

Qu'oncques je trouvasse en latin

Griselidis la patiente

Dix mil autres. s'il fait besoing

Nommeroie. de tel affaire.

Se ne fust. que j'ay peur en soing

De trop ennuy aux oyans faire

La bible en est bel exemplaire

Aussi pluseurs autres cronicques

Que ja pour flater ne complaire

Ne diront choses corronicques

 

Ou est celuy qui encuser

Oseroit mainte vierge saincte

Que pour divine vie user

S'est nuit et jour de laine çainte

En oraison. en june. en crainte

En charité. en abstinence

Et a nature ainsi contrainte

Pour vivre en pure continence

Cestes me semble sont du nombre

Des femmes/ qui bien le conçoit

Toutesvoyes n'a il encombre

En elles/ quelque peu que soit

Oncq homme d'elles n'approuchoit.

N'en cueur n'en fait par entreprise

Ou saincte eglise me deçoit

Que telles les advoue et prise

 

Fut oncque creature humaine

De sy belle et grant repentence

Comme la saincte magdalene

Mirouer de toute penitence

A qui dieu pour sa grant constance

Donnoit vision angelicque

Telle/ qu'onc humane substance

N'avoit/ si grant ne si publicque

Qui est l'omme/ tant soit il digne

A qui les anges obeissent

Comme a la femme tresbenigne

De qui clarté les cieulx s'emplissent

Les trosnes aussy s'esbahissent

De la vertu qui est en elle

Et tous les diables les fremissent

Tant a sur eulx vigueur cruelle

 

Dieu a fait a la femme certes

Mainte dignité singuliere

Parquoy on peut prouver a certes

Qu'elle luy est amee et chiere

Et l'a rachetee aussy chiere

Sy ne veult pas qu'on la confonde

Car on ne veist onc en sa chiere

Qu'il blasmast quelque femme ou monde

Se femme eust esté sy ordeuse

Comme voz escriptz l'ont chargié

La divinité glorieuse

Ne s'y fust jamais herbergié

Mais vous trouverez en clergié

Qu'en seule femme se tenoit

Trois jours. la ferme foy logié

Quant tout homme l'abandonnoit.

 

Apres la resurrection

Avant qu'onc homme le veoit

Il fist son apparition

A femme/ et la reconfortoit

A seule femme aussy laissoit

L'impression de son visage

En quel point grant honneur faisoit

Me semble/ au feminin lignage

L'on ne treuve pas par escript

Qu'oncques femme se consentist

En noustre sauver jesucrist

Que passion ou mort souffrist

Ne qu'il mourust ne qu'il pendist

Ne qu'il fust laidangié par armes

Mais leur cueur de dueil en fendist:

Et leurs yeulx en fondoient en larmes

 

Quant est a ce que vous chargez

Eve. noustre premiere mere

Advis m'est que trop eslargez

Sur luy voustre fureur amere

Et vous preuve par raison clere

Que adam. par la moursure felle

Fut plus coulpable de misere

Et plus pecha que ne fist elle

Se femme principallement

Nous eust telle mort procuree

Et que mort fust totalement

Par luy. plus que par l'omme entree

Creez que femme eust reparee

La mort amere. qui nous mort

Et eust esté morte et tuee

Car vaincre failloit mort par mort.

 

Combien qu'en l'une et l'autre part

Femme aidoit et femme nuisoit.

Toutesfoys l'omme est seul a part

Qui tout fist/ et tout deffaisoit

D'adam noustre langueur issoit

Dont eve premier l'enorta

Le filz de dieu nous garissoit

Marie. celuy filz porta

D'autant que plus est haulte chose

Le filz de dieu en croix morir

Que n'est. que la trespure rose

A porté fruit/ sans deflorir

D'avant adam. en qui norir

Se print pechié/ a plus de coulpe

Du meffait/ qui nous fait porir

Que eve que chescun encoulpe

 

Pour faire voustre fait plus bon

Vous mectez tousjours en proverbe

Comment virgile et salomon

Par femme sont tumbez sur l'erbe

Vous faites d'un petit faiz. gerbe

Et ung tresgrant meschief d'un rien

Se vous n'apprenez autre verbe

Vous ne chanterez jamais bien

Salomon qui par don de grace

Puisoit au fons de sapience

Plus parfons que nul homs qu'on face

Des que le monde se commence

Quant luy/ qui avoit tel science

Et souffroit q'une femme folle

Luy mist la hart ou col/ qui en ce

Doit on blasmer/ ou luy ou elle

 

Il savoit bien que il n'estoit

Q'un dieu/ qui ciel et terre fist

Lequel a l'omme/ tout prestoit

Que venir luy puist a prouffit

Neantmoins il le relenquit

Et adora dieux et ydolles

Pour plus complaire/ dist l'escript

Au cueur de ses amours folles.

Or descendons de ce propos

Jugeons le vray de ce meffait

Lequel doit avoir plus deslos

Elle ou luy/ qui a cecy fait

Certes je dy que le forfait

Et blasme sur luy plus redonde

Et est grant honte a ung sy fait

Consentir chose sy immonde

 

Plus est homme sage et expert

Et moins il devroit consentir

Chose parquoy honneur sy pert

Ou dont reprouche peut sentir

Mais quant il se veult assentir

A beaux parlers de meschans femmez

Pourvoie donc du repentir

S'il a mal/ c'est sa faulte mesmes

Pose que femme flatte ou prie

Par mauvaistié a son seigneur

Et nuit et jour luy chante et crie

Et luy est ung fort assailleur

Luy/ qui a cueur et sens greigneur

Et voit et congnoist sa malice

Ne peut il prendre le meilleur

Et resister a sa nequice.

 

Pourquoy a dieu voulu donner

A l'omme raison sy notable

Sinon pour vaincre et refrener

Toute temptation nuisable

Par raison l'on vainct bien le diable

Qui a trop plus puissance et force.

Q'une femme desraisonnable

Que l'omme a la tromper s'efforce

A folle femme est d'insister

Par beau parler et jour et nuit

Mais a l'omme est. de resister

A ung tel flatart qui le nuit

S'un sage homme une folle suit

Et laisse dieu pour sa moillier

Se mal l'en prent. et los luy fuit

Nul ne s'en doit esmerveillier

 

Langue de femme flateresse

Ne nuyt a l'omme. en rien qui soit

Mais luy qui gabuser se lesse

C'est luy mesmes qui se deçoit

Qui a deulx yeulx/ et il en voit

Il a bel eschever la fosse

Mais quant tout estient y voit

Certes sa felonnie est grosse

En ce point en est il de tous

Et de virgile et d'aristote.

Femme ne lez mist oncq dessoubs

Mais leur cueur mesmez. qui radote

Virgile estoit homs de riote

Et en tromper n'avoit paresse

Mais l'on dança selon sa note

Et fut trompé par tromperesse

 

Pour parler de concupiscence

Dont voustre argu la femme larde

Comment pourroit faire defense

Aulx yeulx de cil qui la regarde

Pource que cointement se garde

Et se tient jolie en vesture

S'avise chescun et esgarde

Car en luy gist plus la lardure

Homs qui n'a vouloir de meffaire

Et fuit tout mauvais appetit

Comment le peut femme deffaire

Pour le regarder ung petit

Se son cueur n'estend en delit

Sez yeulx ne le pourront contraindre

De le faire cheoir en delit

Ne de sa conscience enfraindre

 

Tout tient a bon courage et net

Vaincre tout fol desir itel

Mais aujourduy point d'homme n'est.

Ou franc cueur tiengne son hostel

Tout est sy vil et sy mortel

Et plain de mauvaise hantise

Qu'en voyant dieu sur son autel

Encor pense il a puantise

Luffre cueur et ung gormans yeulx

Sont ceulx point il n'en fault doubter

Que ne scevent par tous les lieux

Rien veoir sans en vouloir gouster

Puis bas et hault veullent taster

Mais que la femme soit rien belle

Ilz vouldroient sy adjouster

Et ne leur chault de l'onneur d'elle

 

Le faulx inordonné desyr

Mect aujourduy maint cueur sy jus.

Que l'oeil ne peut pas tant choisir

Que le cueur n'en gormande plus

Mais se l'omme par ses vertus

Vouloit vaincre celle orde flame

Jamais ne se verroit vaincus

Pour le regard de belle dame

Dieu n'a pas son doulx corps creé

Pour provocquer l'omme a pecheur

Mais affin que mieulx recreé

Il soyt avecques son cueur chier

Nonpas pour o chescun coucher

Car raison cela presupposé

Que l'on ne doit vouloir toucher

A femme/ dont la loy s'oppose

 

Le soleil. pour exemple vray

Il luist en terre en mer et cieulx

Mais qui trop regarde en son ray

Il rompt et aveuglist ses yeulx

Qui du feu. pour entendre mieulx

Trop pres s'assiet. et n'en recule

Il est force soit jeune ou vieulx

Qu'en la fin il s'eschaude ou brule

Vous n'avez cause tant ne quant

D'imposer voustre mal a fame

Mais une foys je vous dis tant

Vous acheterez chier leur blasme

Quant du tout de parolle infame

Deshonneste et hors de saison

Et de tout mot qui part de l'ame

Rendre vous couviendra raison

 

Par despit. et tout a contraire

De vous. qui femme avez blasmé

De son conseil me vueil retraire

Pour la rien que j'ay plus amee

Et la feray pluz reclamee

Par ung los. que je vous vueil lire.

Qu'el ne fut oncques diffamee

Par blasmer qu'en sceussiez escrire