Le Maître des clés, tome 3 - Le grand secret (Gründ Poche) (French Edition)

Chapitre 7 - Helmut et le prégo

Helmut et le prégo

 

Lorsque la sorcière réapparut, nous venions de terminer notre dessert.

– Excusez mon retard, dit-elle, mais Aldebert s’est encore battu avec le sorcier du Lac à l’eau claire, et celui-ci lui a de nouveau jeté un sort : son armure se resserrait de plus en plus sur lui, et j’ai bien cru que je ne parviendrais jamais à l’en extirper. Pour un peu, il serait mort écrabouillé…

Athéa but une gorgée d’un mélange étrange qui bouillonnait dans un calice.

– C’est ça qui sent la fiente de troll dysentérique, chuchota Reghi. Berk !

– Brrroooaarrrrr ! éructa bruyamment la sorcière. Tenez-vous les mains afin que nous formions une chaîne. Nous allons invoquer les esprits.

– Pffffff, moi, ça me fait toujours rire, chuchota Reghi. Ça ne marche jamais !

Athéa ferma les yeux quelques instants avant de prendre la parole.

– Esprit…

– Crrrrppppffrrrr… se retint de rire le lutin.

– Esprit des Ténèbres, poursuivit Athéa. Es-tu là ?

– Oui, dit une petite voix.

– Bien ! s’énerva la sorcière en fixant Reghi. Je crois que cela ne va pas être possible. Un élément perturbateur m’empêche de poursuivre ! J’exige que le gnome sorte de notre cercle et se tienne à l’écart ! Bien… Alors, reprenons. Esprit es-tu là ? (Elle ouvrit un œil, afin de surveiller Reghi.) Si tu m’entends, tape une fois.

– BAM ! entendîmes-nous, tandis que tous les regards se tournaient vers le lutin.

– C’est… c’est pas moi ! se défendit-il. Je vous jure !

– Esprit, poursuivit Athéa. Peux-tu te connecter sur les miroirs ?

– BAM !

– Eh ! C’est quoi, ça ? dit Reghi en se précipitant contre mes jambes.

– Esprit, nos amis ici présents doivent aller libérer leurs camarades des griffes de Taor. Peux-tu les guider ?

– Oui, résonna une voix de baryton, qui nous fit sursauter.

Sur les glaces venait d’apparaître Ankou, drapé de son long vêtement noir.

– Vos amis sont dans le désert blanc, poursuivit-il. Anka les a confiés à Taor, un cerbère à sa solde, afin qu’il les surveille pendant la durée du pacte sacré scellé entre elle et Hugues. Votre guide sera Helmut. Il connaît parfaitement les lieux, et il vous mènera donc au refuge du gardien pour libérer vos amis. Il vous attendra dans la caverne aux cristaux, que vous rejoindrez en suivant un lézard de la race des prégos. Tous ensemble, vous serez plus forts pour combattre Anka.

Sur ces mots, l’image disparut en un éclair.

Athéa se dirigea vers une immense cheminée. Elle nous invita à la rejoindre.

– Voici vos sacs, que j’ai fait récupérer dans votre chambre, dit-elle.

– Un passage secret, murmura Reghi en montrant l’âtre noirci par la fumée. Classique…

« Frouich, frouich », faisait la bottine de Reghi à chacun de ses pas.

– Corniquedouille, murmura-t-il en retirant le poussin en gelée qui était coincé dessous.

Le lutin, qui avait peur de vexer Athéa si elle découvrait qu’il avait jeté sa nourriture, glissa alors le volatile dans son sac.

Nous nous regroupâmes devant le foyer, et Athéa posa sa main sur une empreinte de doigts incrustée dans le linteau de granit.

Le sourire aux lèvres, Reghi leva la jambe pour avancer. C’est alors que le sol se déroba sous nos pieds, nous entraînant dans une chute vertigineuse.

Pris dans un tube de verre, notre ascenseur fou traversa une zone d’eau verdâtre, au milieu de laquelle erraient des morts-vivants, puis nous passâmes dans de la lave en fusion, avant d’achever notre parcours, en douceur, au beau milieu d’une grotte couverte de lichens.

Une porte vitrée s’ouvrit.

– Je ne me sens pas très bien, balbutia Reghi, avant d’aller vomir derrière un rocher.

– Moi non plus ! dis-je, en faisant de même.

– Ça fait toujours ça, les premières fois ! sourit Athéa.

Près de nous, une ouverture laissait entrer une lumière très intense.

– Prenez ces protections, nous conseilla notre hôte en nous montrant des cristaux de quartz fumés.

– Ça sert à quoi ? demandai-je.

– Malaxez-les comme s’il s’agissait de pâte à modeler. Bien ! À présent, mettez-les comme ça, devant vous.

Elle appliqua la gomme noirâtre sur son visage et celle-ci épousa aussitôt le contour de ses yeux. Nous fîmes de même avant de la suivre à l’extérieur de la grotte.

La lumière, extrêmement vive, n’était effectivement supportable qu’une fois équipés de ces lunettes étranges. Nous plissâmes d’ailleurs les yeux pendant quelques instants, le temps de nous habituer à ce nouvel environnement hostile.

La chaleur était suffocante. Face à nous, un désert immaculé s’étirait à perte de vue.

– Ce n’est pas de la neige, expliqua Athéa, mais de la fine poussière de gypse.

– C’est ce qui sert à faire du plâtre, murmurai-je à mes amis.

– Du quoi ? demanda Reghi.

La sorcière se dirigea vers une sorte de clapier, gardé par deux impressionnants soldats en armure, et nous entendîmes un vacarme infernal.

– Ils sont pressés de sortir ! expliqua-t-elle. De vrais petits excités !

Elle tapa violemment du plat de la main sur les grillages puis, une fois le calme revenu, elle ouvrit une des cages.

– Voici un prégo, expliqua-t-elle. Il s’appelle Sorène, et il va vous amener jusqu’à Helmut, votre guide. Attention toutefois à ne pas perdre sa trace ! Il est très rapide… et peu patient !

– Personnellement, je fais les championnats de vitesse, dans mon village ! intervint Reghi.

– Voici de l’eau concentrée, expliqua la sorcière, en nous tendant des tubes remplis de petites billes bleutées. N’oubliez pas d’en avaler régulièrement. Mais, pas plus d’une à la fois si vous ne voulez pas gonfler comme une outre ! Sans cette eau concentrée, avec la chaleur qu’il fait et l’effort que vous allez produire, vous seriez asséchés en moins de deux. D’ailleurs, vous le comprendrez aisément lorsque vous croiserez les corps desséchés des inconscients ayant bravé ces contrées hostiles.

La vieille femme posa le prégo sur la piste. Celui-ci se dérouilla les pattes en faisant quelques petits exercices d’échauffement, sautillant sur place et montant rapidement ses genoux.

Une fois prêt, il se tourna vers nous.

– Prêt ? Go ! cria-t-il de sa petite voix avant de s’élancer comme une flèche.

Nous courûmes pendant quelques centaines de mètres, avant de nous arrêter, complètement essoufflés.

Tandis que nous récupérions, les mains sur les hanches, le lézard revint vers nous en marmonnant. Il stoppa le chrono de sa montre avec un geste d’agacement.

– Il faut s’hydrater si on ne veut pas finir comme lui ! dis-je en montrant un squelette encroûté de gypse et à moitié enseveli dans la poussière. Une bille d’eau chacun !

Une fois la bille dans notre estomac, nous sentîmes une réaction bizarre et nos ventres gonflèrent.

L’eau reprenait sa forme initiale.

– Je n’aurais peut-être pas dû en prendre trois, s’inquiéta Reghi en massant son abdomen tendu. Blurp ! Oui… Blurp ! Je crois que j’en ai un peu trop pris…

Le lutin, en se déplaçant, faisait le bruit d’une grosse outre remplie d’eau, et un gargouillis résonnait dans son estomac.

– Prêt ? Go ! lança le lézard, qui repartit sur les chapeaux de roues.

– Purée, blurp ! se lamenta Reghi en reprenant sa course les jambes écartées et en soutenant son ventre telle une femme enceinte.

Nous dûmes nous arrêter de nombreuses fois, notamment pour que Reghi soulage sa vessie, et nous sentions bien que le lézard était à bout de patience.

À chaque fois, il appuyait rageusement sur le bouton de son chrono et, à chaque fois, il faisait les cent pas en attendant que nous soyons prêts.

Nous arrivâmes près d’une petite colline, à l’intérieur de laquelle nous nous glissâmes par un large interstice.

Un petit cours d’eau y serpentait, et Reghi se pencha pour s’y rafraîchir le visage.

– Ouach ! hurla-t-il en retirant sa main. Mais c’est super chaud !

– Les entrailles de la terre ! gronda une grosse voix, dans la pénombre.

L’être s’avança, et nous découvrîmes un ogre trapu, pas très grand, mais dont les bras immenses s’étiraient jusqu’au sol.

Il était coiffé d’un casque orné d’oreilles en cuir qui pendaient jusqu’à ses épaules, et portait une lampe frontale vissée au-dessus des sourcils.

Le prégo se précipita auprès de lui, comme le ferait un chien fidèle avec son maître.

– Prave betite bébête ! dit-il avec un accent allemand tout en lui grattouillant le cou.

Aux anges, le lézard se coucha sur le dos, attendant qu’on lui caresse le ventre.

– Ich bin Helmut, se présenta l’ogre. Che vais fous aider à libérer vos amis. Mais, cela ne sera pas eine partie de plaisir. Taor, leur kardien, ne se laissera pas faire !

Il donna un petit poisson en récompense au prégo, qui l’avala tout rond.

Helmut regarda le médaillon suspendu au cou du lézard.

– Zo-rène, lut-il. Zorène ! Ach, so ! Zorène fa vous attendre pour le retour, dit Helmut. Suifez-moi.

Nous entrâmes dans une petite grotte aménagée en laboratoire scientifique.

– Mettez ces compinaisons, dit l’ogre. Trois chacun. La rouche en premier. Elle protèche la peau contre le froid. Puis la pleue, qui contient des tupes d’eau gelée. Et enfin la ferte, qui est un premier rempart contre la chaleur extérieure. Impossible de traverser la krotte des épées sans cela.

– La crotte ! s’exclama Reghi en grimaçant de dégoût.

Sous son casque fermé, la voix du lutin résonnait comme celle d’un cosmonaute.

– On va traverser une crotte ? enchaîna-t-il. Berk !

– Ach, nein ! réagit l’ogre. Eine Krotte ! Nicht eine Krotte !

L’ogre nous expliqua que celle-ci était située sur une chambre de magma qui rendait l’environnement terriblement chaud. D’où la nécessité d’être équipés de protections adaptées.

Lorsque nous pénétrâmes dans la grotte, nous fûmes émerveillés par les immenses cristaux de gypse qui la traversaient de toutes parts, telles de fabuleuses épées entrecroisées.

– La krotte fut inondée par les eaux chautes souterraines, saturées en calcium et en soufre, expliqua Helmut. Ce qui a formé ces cristaux merfeilleux. Il a fallu plus de six cent mille ans pour qu’ils atteignent de telles dimensions ! Jusqu’à quinze mètres pour certains d’entre eux. Il fait environ quarante-cinq tegrés ici, et il y a un taux d’humidité de cent pour cent ! Ce qui touble la sensation de chaleur ! Sans les masques à kaz que je fous ai donnés, fous seriez déjà morts. L’air qui y est propulsé est réfrigéré krâce à de la klace.

– Ça ferait quoi, en fait, si nous n’avions pas ces masques ? demandai-je, intéressé par ces explications scientifiques.

– L’eau, ici, étant tonné la température, est présente à l’état kazeux, répondit Helmut. Si fous respiriez à l’air lipre, étant donné que le corps humain est d’eine température inférieure, elle se condenserait dans les poumons, un peu comme de la puée. En cros, fous seriez noyés de l’intérieur !

Nous déambulâmes entre les magnifiques cristallisations, effleurant de nos doigts les faces merveilleusement sculptées.

Les dendrites miroitaient à la lumière des lampes de nos casques, et créaient une ambiance féerique.

Nous arrivâmes dans une grande cavité, dont le plancher, traversé de stalagmites, était constitué d’une calcite orangée, très glissante.

Compartimentée en plusieurs salles par de nombreuses concrétions, elle regorgeait de piliers et de colonnes bleutés.

– C’est pourré d’aragonite par ici, expliqua l’ogre. Regardez : ça forme parfois des fleurs extraordinaires ! On appelle cela les fleurs d’Oriane.

Après avoir contourné une nappe d’eau, une bifurcation nous conduisit à une plage argileuse, que nous longeâmes sur une vingtaine de mètres avant de nous engager dans une nouvelle galerie s’enfonçant dans le massif.

Un amoncellement de draperies s’élevait en gradins vers le plafond.

Nous l’escaladâmes, en prenant garde de ne pas tomber, nos pieds glissant sur le sol humide.

Sur les parois, des encroûtements blanchâtres s’effritaient au contact de nos doigts.

– C’est ce qu’on appelle le lait de lune, dit l’ogre. Ça contient de l’aragonite, mais ç’a cristallisé en se korgeant d’eau. C’est donc très frachile. Essayez de ne pas trop compter dessus pour vous équiliprer. Nous approchons du kouffre des Tindouls. Nous allons y descendre en rappel. Une fois en pas, nous emprunterons une longue kalerie, avant de ressortir à la surface, par l’aven Addridic. Nous serons alors sur le tésert de sel, domaine de Taor.

La descente encordée se déroula sans encombre, et nous atteignîmes en moins de deux heures l’aven annoncé.

En levant la tête, nous pouvions apercevoir l’ouverture sur l’extérieur.

– Je vois le ciel ! dit Reghi. Il faut aller tout là-haut ?

– Ja, s’exclama Helmut. Mais rien de compliqué. Il suffit d’emprunter cet escalier taillé dans la roche. Soyez chuste vigilants afin de ne pas klisser dans l’abîme. Restez bien collés contre la paroi.

– Rrrrppfffff ! cracha Reghi, sensible au vertige, pour se donner du courage avant d’affronter la terrible montée.

Tandis que son crachat n’en finissait pas de s’écouler sur la paroi intérieure de sa visière (Reghi avait oublié que nous portions un casque…), le lutin s’accrocha à la lanière pendante de mon sac à dos.

Pas très rassurée non plus, Sahlla me demanda si je pouvais lui tenir la main, ce qui déclencha les rires sarcastiques du lutin.

La montée fut plus difficile que je ne l’imaginais, et nos mollets devinrent rapidement très douloureux. Au bord des crampes, nos orteils commençant à se chevaucher dans une crispation incontrôlable, nous arrivâmes enfin à l’air libre. Nous retirâmes alors nos combinaisons et les déposâmes sur un rocher.

La vaste étendue de sel qui s’offrait à nos yeux était encore plus aveuglante que le désert de gypse. Comme nous l’expliqua Helmut, elle résultait de l’assèchement d’un lac, vingt mille ans plus tôt.

Balayé par des vents chauds, l’endroit était un véritable enfer, et nous remîmes nos lunettes de protection, avant de suivre Helmut, qui s’était déjà engagé sur la piste.

L’ogre, quant à lui, n’avait pas besoin de lunettes.

Ses yeux pouvaient en effet se recouvrir d’un voile lorsque les conditions le nécessitaient.

– Protection naturelle, précisa-t-il. Particularité génétique que je tois à ma mère !

L’ogre nous expliqua que le désert de sel était une formidable réserve de lithium, métal rare indispensable à la réalisation des accumulateurs électriques, dont il avait particulièrement besoin pour ses expériences scientifiques.

– Grand-père m’avait déjà expliqué cela, dis-je. C’était un grand collectionneur de minéraux, et il me parlait souvent de ses expéditions à travers le monde. Il avait d’ailleurs rapporté de Bolivie un encroûtement de salpêtre, mélangeant du sel et du lithium.

– Polivie ? réagit l’ogre. Che ne connais pas cet endroit. Mais, ça ne doit pas être très loin d’ici.

À l’ombre d’un gros rocher, une carriole usagée attendait notre arrivée.

– C’est quoi, ces ronflements ? demanda Reghi.

– Das ist Gunther ! répondit Helmut.

L’ogre s’approcha d’un énorme canard endormi, la tête sous une aile et dressé sur une patte.

– Pourquoi est-ce qu’il dort sur une patte ? demanda Sahlla.

– Parce que s’il dormait sur aucune, il se casserait la figure ! rétorqua Reghi. Ha ha !

– En fait, expliqua Helmut, c’est parce que ça lui demande moins d’énerchie que de rester sur les deux, et donc il se repose mieux. Il pourrait se reblier et dormir au sol, certes. Mais, en cas d’attaque par un brédateur, c’est plus rapide de déplier une patte pour s’enfuir que de relever sa crosse carcasse !

Helmut se pencha vers le volatile.

– GUNTHER ! hurla-t-il. Depout !

– Aaaaahhhhhh ! s’écria le canard en sursautant. Euh… Je… je… je ne dormais pas !

– Ach, si tu dormais, che t’ai fu ! Faul vogel !

Aussitôt, Gunther alla se placer entre les deux bras de la charrette, et ceux-ci se fixèrent sur son harnais.

Nous montâmes dans la carriole, et le gros canard, bien que dodelinant, se mit à courir à une vitesse surprenante.

Nous arrivâmes à vive allure au bord d’un précipice. Gunther fit un dérapage contrôlé, dans un énorme nuage de poussière.

– Les geôles de Taor sont en pas, expliqua Helmut. Vos amis y sont retenus.

L’ogre sortit de son sac un grand pot rempli d’une mélasse peu appétissante.

– Padigeonnez-fous soigneusement avec ça, dit-il. Recouvrez tout. Y compris les chefeux. Taor est quasiment afeugle. Mais, en revanche, il a un odorat particulièrement téveloppé. Ce mélanche sent le sel macéré. Exactement la même odeur que le sol dans lequel il patauge à longueur de journée. Ainsi, il ne vous repérera pas. L’avantache de cet onguent, c’est que, justement, il n’est pas salé… Ça éfite d’avoir la peau qui kratte, et les yeux qui prûlent.

Nous nous recouvrîmes de la dégoûtante mixture.

– Ça sent les pieds, remarqua Reghi. Et toi ? Tu ne t’enduis pas ?

– Ach, nein, berk ! répondit Helmut. Moi, che reste là. Ch’attendrai votre retour !

L’ogre se mit à genoux et balaya le sol avec la main, afin de dégager une petite grille.

– Fous allez foir, c’est étonnant, dit-il. Une reconnaissance chénétique, de mon infention !

– Je connais ! triompha Reghi en crachant sur la grille. Les entrées de la mine d’Ugo fonctionnent comme ça !

– Eh ! Mais que fais-tu, kros crado ? hurla Helmut.

Attrapant le lutin, il le frotta contre le sol afin d’essuyer le crachat.

– Kros dékoûtant ! maugréa-t-il en extirpant un filament gluant d’une de ses narines, avant de le graisser contre la grille.

Rien ne se passa.

– Ach ! Saleté de machine ! grogna-t-il. Heureusement, il y a une teuxième méthode pour ouvrir.

Il donna un coup de poing sur les barreaux rouillés, et un passage s’ouvrit sur un escalier en colimaçon.

– Fous pouvez y aller ! s’exclama Helmut. Ponne chance !

Nous nous engouffrâmes les uns après les autres dans l’ouverture, et entamâmes sans attendre la descente.

Lorsque nous arrivâmes en bas, une dizaine de centimètres d’eau recouvrait le sol salé, et la mélasse produite était effectivement semblable à celle qui nous recouvrait le corps.

Taor dormait sur une longue paillasse de foin avec, à ses côtés, de petites poupées enchaînées à des pieux.

– Mais… on dirait, balbutiai-je.

– Ce sont tes amis, confirma Reghi. D’ailleurs, Lou me parle actuellement.

– Qui te parle ? demanda Sahlla. Je n’entends rien.

J’expliquai à notre amie que, aussi étrange que cela puisse paraître, Lou et Reghi communiquaient par télépathie depuis le premier jour où ils s’étaient rencontrés dans notre quartier général.

– Comment ça se fait qu’ils soient si petits ? questionnai-je.

Reghi resta quelques instants sans rien nous dire, concentré sur son échange avec Lou.

– Ils ont été yofilisés, dit Reghi. Ça veut dire quoi ?

– Yofilisés ? m’étonnai-je. Ah, lyophilisés ! C’est ça : lyophilisés ! Ça veut dire déshydratés !

– C’est ça ! s’exclama Reghi. Taor leur a retiré une grosse partie de leur eau, et les a réduits à la taille de poupées. Il paraît qu’il les appelle ses doudous… Il était temps qu’on arrive, car le géant doit recevoir de nouveaux prisonniers. Et d’après ce que me dit Lou, quand c’est comme ça, il dévore ses vieux doudous avant d’en fabriquer de nouveaux ! Lou me dit également que le géant leur a confisqué leurs sacs, et qu’ils n’ont donc rien pour se défendre.

– Allons-y, murmura Sahlla, l’épée à la main.

Nous suivîmes la guerrière et longeâmes l’immense pied du géant.

Tout en prenant garde de ne pas réveiller le monstre, nous sectionnâmes les cordages et libérâmes Nicola, Lou, Keem et Jeff.

Puis nous récupérâmes leurs sacs à dos.

– Dire qu’on avait des tenues d’invisibilité là-dedans et qu’on n’a même pas pu y accéder… Grrrrr… tempêta Lou.

– Je ne croyais pas que ça allait être aussi facile, chuchota Reghi lorsque nous fûmes près des escaliers.

– Ni moi ! sauta de joie Keem en m’enlaçant.

– Hééé ! s’écria Sahlla, surprise par l’élan d’affection de mon amie.

Elle s’enfuit alors en courant, gravissant les escaliers sans nous attendre.

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CHAPITRE 8

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