Le roi de Lahore (Original)
2. Szene
Scène II
Scindia, Sita.
SCINDIA.
Sitâ, voici venir une heure fortunée,
Où doit changer enfin ton humble destinée ...
Je veux te donner un époux.
SITA, timidement et avec trouble.
Seigneur, ne dois-je pas ici finir ma vie?
SCINDIA.
Assez longtemps, aux regards de l'envie
Ce temple a dérobé ta naissante beauté!..
Celui qui t'aime, enfant, te rend la liberté!
SITA.
Celui qui m'aime!
SCINDIA.
Viens!..
SITA.
Te suivre!
À part.
O doux mystère,
Vas-tu donc m'être révélé?
Vision fugitive et chère,
Est-ce de toi qu'il m'a parlé?
SCINDIA, de même, l'observant.
D'un gai rayon son front s'éclaire,
Son regard pur m'a rassuré,
Son divin sourire a fait taire
Les doutes qui m'ont torturé.
Haut, avec une extrême tendresse.
Te voilà frissonnante et pourtant radieuse!
Sitâ, tu m'as compris et mon âme est joyeuse;
Près de toi, je le sens, bientôt, j'aurai trouvé
Le repos qui m'est cher et l'amour tant rêvé.
SITA, qui l'a écouté avec stupeur, à part.
Lui!.. c'était lui! grands dieux!
Très-frappée, elle se trouble et chancelle.
SCINDIA.
Viens, chère enfant!
SITA, suppliante.
Arrête!
SCINDIA.
Tu trembles!.. tu pâlis!..
Il la regarde longuement aven défiance, puis il va pour lui prendre la main.
SITA, avec un vif mouvement de crainte.
Par ce temple sacré,
Par ce Dieu qui me garde en cette humble retraite, De grâce, laisse-moi!
SCINDIA, qui n'a cessé de l'observer, avec éclat.
Maudite!.. c'est donc vrai!
Sita recule devant le regard terrible de Scindia.
Ton infâme secret on me l'a fait connaître.
Le trouble où je te vois d'ailleurs me l'a livré.
Sous les habits d'un prêtre
Un amant, chaque soir, ici, vient près de toi!
SITA, elle demeure d'abord comme anéantie; puis soudainement.
Avant de m'accabler, ô maître, écoute-moi:
. . . . . . .
C'était le soir d'un jour de fête.
Je priais seule ici. Soudain, j'entends des pas ... Un homme ... jeune et fier ... devant l'autel s'arrête ... Il me parle, et je tremble en écoutant sa voix.
Je n'ose regarder ... puis, sans que je devine
Si cette vision est humaine ou divine,
Il disparaît.
SCINDIA.
Tu l'as revu plus d'une fois!
SITA, naïvement.
Chaque soir, il revient à cette même place,
Il me parle d'amour sans que jamais sa main
Ose effleurer la mienne et ... doucement ... il passe En murmurant: Demain!
SCINDIA, à Sitâ, perfidement.
Et cet homme, ce dieu, cet insensé, peut-être,
Vient-il ... à ton appel?
SITA.
Quand je chante au pied de l'autel
La prière du soir, je le vois apparaître.
SCINDIA.
Un délire pieux
A pu tromper tes yeux.
Je veux t'en délivrer, te sauver de toi-même.
Morte est ta vision, moi je vis et je t'aime!
Viens!
SITA.
Ah! par pitié, laisse-moi!
Pourquoi troubler ainsi ma vie?
J'étais heureuse, hélas! pourquoi
M'ôter le repos que j'envie!
Pourquoi faut-il qu'en un instant
La douceur d'un rêve innocent
Me soit cruellement ravie!
SCINDIA, avec une ardeur et une passion croissantes.
Pour l'amour de ta beauté
J'aurais donné ma vie,
Et mon cœur eût accepté
La honte et l'infamie.
Ma puissante volonté
A tout jamais nous lie!
Il veut la saisir et l'entraîner.
SITA, énergiquement.
Je ne te suivrai pas!
SCINDIA, avec menace.
Ce que j'ai résolu
Peut s'accomplir malgré tes pleurs et ta prière. Prends garde!
SITA, révoltée.
Ah! je te hais, je brave ta colère!
SCINDIA, il s'arrête, puis avec fureur.
Je me vengerai donc et tu l'auras voulu!
S'élançant vers de tympan de bronze, il le frappe avec violence. – A ce
signal, paraissent bientôt Timour, les prêtres, les serviteurs du temple et la
foule, envahissant la scène de toutes parts.
SITA, pendant l'entrée du chœur.
Ah! que veut-il?.. quel danger me menace!..
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