Le roi de Lahore (Original)

Jules Massenet · Chapitre 6 sur 21

Pages du PDF

Le roi de Lahore (Original)

4. Szene

Scène IV

Les Mêmes, Alim, Kaled.

ALIM, avec force et autorité.

Non! Sitâ m'appartient!.. qu'elle vive!

TOUS.

Le roi!

C'était le roi!..

SITA, à part, très-émue.

C'était le roi!

Calme et souriant, le roi marche vers Sitâ, au milieu de la stupeur générale.

On s'écarte respectueusement sur son passage. Seul, Scindia a fait un

mouvement violent promptement réprimé.

ALIM, avec charme, à Sitâ.

Viens, je ne serai pas ton maître.

Je veux attendre, résigné,

Que ton cœur innocent apprenne à le connaître Cet amour jusqu'ici peut-être dédaigné!

Ensemble.

SITA.

Ah!.. je vous écoute, et mon âme

S'emplit d'un indicible émoi;

Vous parlez d'obéir à la voix d'une femme,

Vous parlez d'obéir et vous êtes le roi!

KALED, près d'eux.

O Sitâ, relève la tête,

Que ton esprit soit rassuré.

L'avenir s'offre à toi comme une longue fête,

Laisse l'amour fleurir en ton cœur enivré.

SCINDIA.

O cruelle impuissance!

Son amant, c'est le roi!

Il faut donc en sa présence,

Il faut me soumettre à sa loi!

TIMOUR.

Ah! sa seule présence

Vient désarmer ma loi.

LES PRÊTRES ET LA FOULE, avec Timour.

Toute humaine puissance

Cède devant le roi!

SITA, à part.

Leur terrible sentence

Me remplissait d'effroi!

Il me rend l'existence;

Mais, hélas! il est roi!

ALIM, à Scindia, lui montrant les prêtres.

Si la seule innocence

Ne désarme leur loi,

Cette injuste sentence

Doit fléchir devant moi,

KALED.

Leur injuste sentence

Fléchit devant le roi.

LES PRÊTRES, au roi.

Ah! ta seule présence

Désarme notre loi!

SCINDIA, avec rage.

O cruelle impuissance!

C'est le roi! c'est le roi!

Après cette scène d'ensemble, Timour s'avance vers Alim.

TIMOUR.

Roi, l'amour profanant cette enceinte bénie,

Ce temple toujours respecté,

Cet amour est un crime et Dieu veut qu'on l'expie.

ALIM, simplement.

Parle! tu seras écouté.

TIMOUR.

Au nom de Mohamed, qu'il nomme le Prophète,

Le sultan Mahmoud vient pour combattre nos dieux, Ses soldats si ta main, seigneur, ne les arrête.

Vont chasser jusqu'ici nos peuples devant eux. Eh bien, rassemble ton armée,

Marche vers le désert de Thol,

Et que, devant tes pas, ainsi qu'une fumée

S'efface l'ennemi menaçant notre sol.

ALIM, fièrement.

Je n'ai pas attendu ta parole, ô mon père,

Pour rassembler mes cavaliers.

Comme votre salut, ma gloire encor m'est chère. Demain mes bataillons partiront par milliers,

Demain mes étendards flotteront dans la plaine.

A Sitâ, doucement.

Me suivras-tu, Sitâ?

SITA.

Vous êtes mon maître.

SCINDIA, sombre, les regardant. – A part.

Il mourra!

ALIM, après un temps, à Timour.

Que ta main me bénisse et qu'Indra me soutienne!

Il fléchit le genou devant Timour qui étend la main sur son front.

SCINDIA, à part, avec un profond sentiment de haine.

Ton jour est proche, Alim, car je t'ai condamné! Sitâ m'appartiendra.

TIMOUR, relevant le roi.

Vas et sois pardonné!

Ensemble final.

Reprise du motif. – Tableau.

 

OceanofPDF.com