Le serment de Noël

Brooks · Chapitre 2 sur 9

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Le serment de Noël

– Alors ? Que décides-tu ?

3.

 

– Alors ? Que décides-tu ?

Leurs assiettes vides avaient été enlevées par un serveur empressé. Jay fixait Miriam avec une intensité dérangeante.

– Si tu ne veux pas revenir vivre à l’appartement, enchaîna-t–il, je pourrais peut-être partager ton studio ?

Un instant, Miriam crut qu’il plaisantait mais un coup d’œil à son beau visage sévère lui montra qu’il n’en était rien.

– C’est impossible ! s’exclama-t–elle.

Livide, elle s’imagina cohabiter avec Jay dans son minuscule appartement doté d’un simple canapé-lit. Cette intimité était inacceptable !

– Pourquoi ?

– C’est trop petit pour deux personnes.

Une telle réponse allait lui laisser penser qu’elle prenait au sérieux sa proposition insensée, s’affola Miriam. Elle s’empressa d’ajouter :

– De toute façon, ce n’est pas le problème. Je veux divorcer, Jay, pas revivre avec toi.

– Je sais, dit-il.

Un moment, il l’observa par-dessus le bord de son verre, tandis qu’il prenait une gorgée de vin.

– En matière de divorce, reprit-il enfin, je peux faire que la situation soit pour toi facile… ou difficile… Très difficile, même. Tu me connais, Miriam. Je ne suis pas homme à lancer des menaces en l’air.

Le regard aux reflets d’or s’était soudain durci. La bouche avait adopté un pli implacable.

Comment pourrait-elle revivre avec Jay ? songea Miriam, horrifiée.

Toutes les fibres de son être lui disaient qu’elle ne le supporterait pas. C’était tout simplement inenvisageable.

Jay lisait-il dans ses pensées ?

C’était à le croire !

Il vida son verre, puis s’en servit un autre avant de proposer d’une voix résignée :

– Bon, d’accord ! On pourrait s’entendre sur un compromis : nous continuons à habiter chacun de notre côté, mais nous passons l’essentiel de notre temps libre ensemble. Cela te convient ?

N’était-ce pas une conversation irréaliste pour deux personnes dans leur situation ? se demanda Miriam.

Elle s’efforça d’adopter un ton ferme.

– C’est ridicule ! Tu le sais aussi bien que moi.

Jay eut une moue goguenarde.

– Impossible, ridicule… Je ne te savais pas aussi négative Miriam.

– Je ne suis pas négative. Tout simplement sensée.

– Tu veux dire comme tous ces gens qui mangent cinq fruits et légumes par jour, ne font jamais la fête, se couchent de bonne heure…

Fallait-il vraiment qu’il la fasse passer pour une véritable rabat-joie ? s’offusqua Miriam in petto.

– Cesse de plaisanter ! riposta-t–elle sèchement. Simplement, cela ne servirait à rien. N’importe qui serait de mon avis.

– Je suis n’importe qui. Pourtant, je ne suis pas de ton avis.

Mon Dieu, non, pensa Miriam, Jay Carter n’était pas n’importe qui. Cela, au moins, c’était indubitable !

Les joues en feu, elle demanda :

– Jay, pourquoi t’obstines-tu ?

– Je te l’ai dit, je ne veux pas d’un divorce. Choisir la solution de facilité n’a jamais été dans mes habitudes. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer. J’étais persuadé que nous formions un couple idéal. D’accord, il semble que, pour l’instant, il rencontre quelques problèmes mais il ne sera pas dit que je rendrai les armes sans avoir combattu.

Jay se recula sur sa chaise. La lumière tombait sur sa chevelure sombre et y mettait des reflets d’ébène. Ses traits fermement dessinés apparaissaient dans toute la beauté d’une œuvre d’art au classicisme parfait.

En le contemplant, Miriam se sentit de nouveau gagnée par le doute qui s’était insinué en elle depuis l’instant de leur rencontre. L’incertitude n’avait cessé de l’obséder, même après leur mariage.

Comment un homme tel que Jay, qui avait tout pour lui : personnalité, esprit, fortune, et un corps magnifique, pouvait-il être séduit par quelqu’un comme elle ?

Tout de suite après leur séparation, une amie avait formulé ce qui était certainement l’opinion de toutes leurs connaissances. Bien qu’elle n’eût cherché qu’à lui rendre service, Angéla avait confirmé les pires craintes de Miriam.

– Ecoute, avait-elle dit en lui prenant la main avec douceur, il faut être réaliste… Jay est un être hors du commun. Tu as la chance de partager sa vie, qu’il rentre chez vous tous les soirs. Alors, est-il vraiment important qu’il ait quelques aventures, de-ci de-là ? De la part d’un homme tel que lui, peut-on attendre autre chose ? Ce qui compte, c’est qu’il t’ait épousée, non ?

Ainsi, tout le monde pensait qu’elle devait s’estimer heureuse de son sort !

N’était-il pas inespéré, pour une fille aussi insignifiante qu’elle, de partager la vie de cet être d’exception ?

Elle aurait dû se traîner à ses pieds, en remerciant Dieu qu’il ait daigné baisser les yeux sur elle.

En tout cas, cela semblait être l’avis partagé par tous !

– Eh bien ? lança Jay d’une voix paresseuse que démentait la détermination avec laquelle ses pupilles couleur d’ambre fixaient Miriam. Que décides-tu ? Soit tu acceptes que nous passions quelques moments ensemble, soit je rends ta vie…, pour le moins désagréable.

– Tu ferais cela, vraiment ? interrogea Miriam, livide.

– En l’état actuel des choses ? Sans la moindre hésitation.

– Comment peux-tu prétendre que tu m’aimes ?

– Mais c’est précisément parce que je t’aime, Miriam, que j’agis de la sorte.

– Nous n’avons pas la même conception de l’amour.

– Pardonne-moi si cette remarque me laisse froid, venant d’une femme qui m’a caché plus de choses qu’elle ne m’en a avouées… Une épouse qui tenait tellement peu à moi qu’elle ne m’a même pas laissé la possibilité de me justifier. Sans parler de ton manque de confiance en moi…

Miriam lui décocha un regard assassin.

Comment osait-il lui faire des reproches et, qui plus est, jouer le rôle d’un saint homme injustement accusé ?

Quel aplomb insensé !

– Si notre relation compte autant pour toi, s’insurgea-t–elle, pourquoi ne pas avoir fait plus d’efforts pour me voir, après notre séparation ?

– Parce qu’il ne servait à rien que j’essaie de te faire entendre raison. Tu n’étais pas prête à m’écouter et je n’avais aucune intention de continuer à me heurter à un mur.

– Je ne vois pas ce qui a changé.

Avant que Miriam ne puisse réagir, Jay s’était penché vers elle pour prendre sa main. Il entrelaça ses doigts aux siens.

– J’ai tout simplement compris que l’un de nous deux devait enfin se décider à agir en adulte. Or, il y a peu de chances pour que ce soit toi, ma chérie.

Il s’interrompit un instant, avant d’ajouter d’une voix douce :

– Et puis, tu me désires toujours, n’est-ce pas ?

Non, mais qu’est-ce qu’il croyait ? s’indigna Miriam, in petto.

Elle faillit lui répondre qu’il était le dernier homme sur terre qu’elle pourrait désirer.

A sa grande frustration, les mots ne franchirent pas ses lèvres et elle dut se contenter d’émettre une onomatopée indistincte.

– Lorsque tu me regardes, reprit Jay, le désir se lit dans tes yeux. Tu n’as rien oublié de ce que nous avons vécu, n’est-ce pas ?

Comme pour laisser ses paroles s’insinuer dans chacun des nerfs tendus à craquer de Miriam, il marqua une pause puis enchaîna :

– Tu te souviens exactement de tout ce que tu as éprouvé avec moi. J’ai été ton premier amant, et je ne me suis pas contenté de te faire l’amour : je t’ai adorée, Miriam. Mais tu ne m’as donné que ton corps. Tu ne m’as jamais ouvert ton âme. C’est moi qui t’ai initiée au plaisir, moi qui t’ai fait connaître la jouissance ; seulement, je me suis leurré en pensant que je te possédais, corps et âme. C’est une erreur que je ne commettrai plus.

Il tourna sa main dans sa paume, et s’inclina pour caresser de ses lèvres brûlantes l’endroit où son pouls battait follement, à la naissance du poignet.

Miriam fut parcourue d’un irrépressible frémissement. Il avait toujours suffi que Jay l’effleure pour que chacune de ses terminaisons nerveuses palpite d’un émoi qui la laissait sans résistance.

Il redressa la tête et ses pupilles fauves se vrillèrent aux siennes, observant l’effet qu’il avait sur elle.

– Tu vois, murmura-t–il. On ne peut pas tricher avec la vérité. Tu fais partie de moi. Nous sommes liés l’un à l’autre.

Miriam essaya d’arracher discrètement sa main à son étreinte, sachant que le lieu ne se prêtait guère à un esclandre.

– Plus maintenant, répliqua-t–elle, ou seulement sur le papier.

– Ce n’est pas un vulgaire chiffon de papier qui nous lie l’un à l’autre, Miriam. Tu m’appartiens. A jamais. Mais j’ai fini par comprendre qu’il ne suffisait pas que tu sois ma femme : je veux tout savoir de toi, connaître jusqu’à tes pensées les plus secrètes, accéder au tréfonds de ton âme. Tout ce que je n’ai même pas encore approché, n’est-ce pas ?

Miriam finit par réussir à dégager sa main et s’écarta suffisamment pour reprendre un peu ses esprits.

– Si nous sommes dans cette situation, dit-elle d’une voix blanche, c’est parce que tu as eu une liaison avec ta secrétaire.

Jay laissa échapper un soupir résigné.

– C’est faux, répondit–il calmement. De plus, ce n’est pas la raison qui nous a amenés là où nous en sommes. Un jour ou l’autre, tu aurais fini par te convaincre que je ne valais pas mieux que ton père. C’est ancré en toi et tu ne peux pas accepter de voir les choses différemment, de crainte de mettre ton fragile équilibre en péril.

– C’est ridicule !

Le menton levé, prête à défendre ses opinions bec et ongles, Miriam décocha à Jay un regard de défi.

– Je ne pense pas me tromper, riposta Jay. Sinon, pourquoi ne m’avoir jamais confié que tu n’aimais pas notre appartement ? En fait, tu ne voulais pas prendre le risque de me contrarier. Or, tu m’as toujours dit que c’était ainsi que ta mère agissait avec ton père. Elle se rangeait à toutes ses décisions de peur de perdre son amour. Il faudra bien que tu finisses par affronter tes démons, Miriam.

Une fois de plus, ils furent interrompus par le serveur qui apportait leurs assiettes.

Lorsqu’il s’éloigna, Miriam prit la parole sans laisser à Jay le temps de poursuivre.

– Après ce que tu as fait, dit-elle, tout homme adopterait la seule attitude convenable.

– Et que devrais-je faire ? interrogea Jay, affichant un sourire que contredisait la lueur dans ses yeux.

– Tout simplement, accepter un divorce à tes torts.

– Hors de question ! s’exclama Jay, l’air réjoui. Au fait, ton plat te convient ? Le mien est délicieux.

– Jay…

Lorsqu’il lui coupa la parole, ce fut avec le plus grand sérieux, et la note de tendresse dans sa voix faillit avoir raison de la résolution de Miriam.

– Mange, dit-il. Inutile de poursuivre cette discussion ce soir. Oublions tout, et profitons de la soirée. Nous irons même danser. D’accord ?

Comment aurait-elle pu être d’accord ? se révolta intérieurement Miriam.

– Je ne pense pas que…

– Alors, c’est parfait. Je ne te demande pas de penser quoi que ce soit. Je veux juste que tu prennes du plaisir.