Le serment de Noël

Brooks · Chapitre 4 sur 9

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Le serment de Noël

Avait-elle perdu la raison ?

5.

 

 

Avait-elle perdu la raison ?

Accepter de passer la journée avec Jay était une pure folie !

Lorsqu’il quitta la pièce, Miriam resta un instant désorientée.

Pourquoi lui avoir cédé ?

En tout cas, cela prouvait au moins une chose : Jay arrivait toujours à ses fins.

Le pire était qu’elle ne pouvait réprimer un frisson d’excitation à la pensée de passer tout ce temps avec lui, songea-t–elle en essayant de calmer le feu de ses joues en y pressant ses mains glacées.

Elle avait beau s’en défendre, ce simple fait avait quelque chose de grisant. C’était bien la preuve qu’elle n’aurait jamais dû accepter.

Si seulement elle parvenait à atteindre le même détachement que lui. Pourquoi fallait-il qu’elle soit aussi sensible à son charme ?

Durant les semaines qui avaient suivi leur séparation, Miriam s’était bien juré de garder une distance aussi bien physique que mentale avec Jay. Rester loin de lui serait au moins la garantie qu’il ne pourrait la blesser de nouveau.

Cela relevait du plus élémentaire bon sens.

Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est que tout son bon sens fondrait comme neige au soleil dès qu’elle l’aurait retrouvé.

Morose, elle passa en revue ce que contenait son armoire.

Quelle tenue porter pour une sortie avec un mari dont on était séparée ? Inutile de lui donner à penser qu’elle s’était mise en frais pour lui. Cela dit, elle n’envisageait pas pour autant de jouer les parentes pauvres.

Jay ne s’était pas mis sur son trente et un, lui, mais cela n’aidait guère Miriam dans son choix. Quelle que soit sa tenue, il était toujours éblouissant.

Elle finit par opter pour une robe en lainage crème et un long gilet en cachemire assorti. Les bottes en daim clair et le manteau à capuche qu’elle s’était offerts récemment compléteraient élégamment l’ensemble. Malgré le soleil, ce début d’hiver était froid ; elle les supporterait aisément. Les cheveux lâchés, Miriam se contenta d’un peu de mascara et d’un brillant sur les lèvres pour tout maquillage. De simples créoles en argent apportèrent la touche finale à ses préparatifs.

Avant de quitter le studio, elle s’observa une dernière fois dans le miroir.

Pas trop mal ! pensa-t–elle, avec un regard complice à la jeune femme aux yeux brillants qui lui faisait face.

Certes, elle n’atteindrait jamais la sophistication d’une Belinda Poppins, mais elle n’avait jamais prétendu avoir une silhouette de mannequin.

En tout cas, les bottes à talons la faisaient paraître plus élancée et le manteau valait bien la petite fortune qu’il lui avait coûtée.

Oh, après tout, quelle importance ! marmonna-t–elle, en agrippant son sac à main.

Et pourtant, dût-elle s’avouer, faire fi de son apparence était hors de question ! Elle n’aurait pu s’y résoudre dès lors qu’il s’agissait de se présenter devant Jay.

« Que d’incohérences ! » soupira-t–elle en quittant l’appartement.

A peine avait-elle gagné le rez-de-chaussée que la porte d’entrée du studio qu’occupait Clara s’ouvrit à la volée. Le regard accusateur, cette dernière la détailla des pieds à la tête.

– Dis-moi que je me trompe, lança-t–elle sur un ton mélodramatique. Ce n’est pas toi que ce butor attend, assis dans sa voiture, là dehors.

Miriam ne put s’empêcher de sourire.

– Nous déjeunons ensemble, admit-elle, en décidant de passer le dîner sous silence. Il faut que nous discutions.

Clara roula des yeux horrifiés.

– Malheureuse !

– Non. Tout ira bien, vraiment. Je sais ce que je fais.

– Avec un homme comme lui ? Ma pauvre chérie, il n’y a pas une seule femme qui garderait la tête froide en sa compagnie. Il aura tôt fait de te faire croire n’importe quoi. Avant même que tu ne réalises ce qui t’arrive, tu te réveilleras dans son lit, inévitable prélude au fait de repasser ses chemises !

– Hors de question, déclara Miriam d’un ton aussi désinvolte que possible. J’ai renoncé depuis longtemps au rôle de parfaite épouse.

Les mains sur les hanches, Clara darda sur elle un regard sombre.

– Tu as le cœur bien trop tendre pour ne pas être en danger. Tiens-toi sur tes gardes, d’accord ?

– Oui, maman, lança Miriam en souriant. A tout à l’heure.

Dehors, un pâle soleil d’hiver peinait à réchauffer la rue. Dès qu’il l’aperçut, Jay déplia sa longue silhouette pour s’extraire de l’Aston Martin gris métallisé garée devant la porte. Lorsqu’il lui en tint la portière ouverte, il laissa son regard d’ambre s’attarder sur elle.

– Tu es ravissante, murmura-t–il. A croquer…

Miriam fronça les sourcils.

– Ne pourrions-nous rester sur un registre un peu plus… platonique, dit-elle, lui renvoyant ses propres termes.

Un sourire fugitif flotta sur les lèvres de Jay.

– J’ai seulement promis de ne pas te toucher.

Miriam le fixa d’un air dubitatif. Comment devait-elle interpréter cette lueur malicieuse dans ses yeux ?

Une moue désapprobatrice lui parut être la réponse la plus sûre.

L’odeur de cuir dans l’habitacle, mêlée aux doux effluves de l’eau de toilette de Jay lorsqu’il se pencha pour fermer la portière, l’enveloppa dans un nuage de sensualité.

De son pas souple, à la grâce féline, Jay fit le tour de la voiture.

« Comme il est beau ! » s’émerveilla Miriam, le cœur serré.

Ce n’était pas seulement la perfection de son corps mince, à la musculature puissante, qui lui donnait cette aura de virilité irrésistiblement séduisante. Non, il émanait aussi de lui un magnétisme animal envoûtant et le pire était qu’il en était parfaitement conscient.

Clara avait raison. Accepter cette sortie était insensé.

Ce qui l’était encore plus était de consentir à le voir jusqu’à Noël.

Mais comment refuser quelque chose à Jay ? Il ne s’avouait jamais vaincu.

Cela dit, à quoi bon se torturer avec d’inutiles questions ? Une fois passé les fêtes, la procédure de divorce serait enclenchée.

Un curieux sentiment de malaise la submergea à cette pensée. Elle déglutit avec difficulté, le regard obstinément fixé sur la route.

Au lieu de démarrer, Jay se tourna vers elle.

– Détends-toi, Miriam, dit-il en glissant son bras sur le dossier de son siège. Tu ne vas pas passer un examen !

Comment résister à cette tendresse qu’elle percevait dans sa voix ? se désola Miriam in petto.

« Surtout, ne pas le regarder ! »

– C’est juste que j’avais prévu un programme assez chargé pour ce samedi, lâcha-t–elle d’une voix blanche.

La sollicitude exagérée avec laquelle il lui répondit suffit à prouver à Miriam qu’il n’en croyait pas un mot.

– Je suis certain que tu sauras rattraper le retard pris, dit-il. Tu es quelqu’un de très efficace.

Elle lui lança un regard en coin. Un sourire nonchalant illuminait son visage, et une lueur amusée brillait dans ses yeux. Malgré elle, Miriam sourit aussi.

– Voilà qui est mieux.

Jay lui déposa un rapide baiser sur le nez, puis mit le moteur en marche.

– Aujourd’hui, nous remontons le temps, d’accord ? reprit-il. Nous venons juste de nous rencontrer. Nous ne savons rien l’un de l’autre et avons la journée devant nous pour faire plus ample connaissance.

Miriam eut l’impression d’entendre un signal d’alarme résonner dans son esprit.

– Je ne pense pas que…

– C’est parfait. Ne pense surtout pas. Pour une fois, laisse-toi guider par ton cœur.

« Pour une fois ? »

Elle étudia le profil aux lignes fermes de Jay, tandis qu’il engageait la voiture dans le flot de la circulation.

Laisser son cœur prendre le pas sur sa raison, n’était-ce pas ce qu’elle avait toujours fait avec lui ? Et voilà où ça l’avait menée !

– Jay, dit-elle d’un ton mesuré, il faut que tu saches que je ne changerai pas d’avis.

– Très bien, je suis prévenu. Maintenant, détends-toi. Qui sait ? Tu vas peut-être passer un bon moment ?

Miriam se rembrunit.

C’était précisément ce qui l’inquiétait !

***

 

Ils déjeunèrent dans un charmant petit pub de la banlieue de Londres, dont les poutres en chêne et les cuivres avaient vu, par le passé, défiler cochers et équipages. Dans l’immense cheminée, datant du xviie siècle, ronronnait un feu réconfortant. Le repas fut délicieux.

Miriam avait beau se dire qu’elle ne devait surtout pas baisser la garde, cela lui fut bien difficile. Jay faisait assaut de charme et de gentillesse. Elle ne doutait pas qu’il ait délibérément décidé de se montrer sous son jour le plus rassurant, mais cela n’y changeait rien.

Après le repas, ils marchèrent le long de la Tamise, dans l’air frais et lumineux. Le bleu du ciel n’était troublé que par quelques petits nuages blancs, et les dernières feuilles de l’automne s’envolaient, portées par la brise glacée. Des merles et des moineaux se querellaient, à la recherche de quelques graines et insectes.

Jay lui avait pris la main à la sortie du pub et Miriam l’avait laissé faire. Cependant, à sa grande surprise, il n’essaya à aucun moment de l’embrasser dans la solitude de cette paisible promenade hivernale.

Il ne tenta même pas de la prendre dans ses bras lorsqu’ils regagnèrent la voiture, dans les premiers rayons d’un soleil couchant qui teintaient le ciel de mauve et d’or.

Pourquoi ressentit-elle alors cette pointe de déception, cette légère contrariété, pendant qu’il lui tenait la portière ? C’était totalement irrationnel !

– Que t’arrive-t–il ? l’interrogea Jay en se tournant vers elle.

Trop tard, Miriam comprit que son expression avait laissé paraître ses sentiments.

Jay l’observait entre ses paupières mi-closes.

– Rien, répliqua-t–elle en s’efforçant de reprendre un visage neutre.

– N’avons-nous pas passé un après-midi agréable ?

– Tout à fait.

– Bon sang, Miriam, lâcha-t–il dans un soupir irrité, j’ai marché sur des œufs toute la journée et voilà que tu as l’air de trouver que quelque chose ne va pas. Je ne suis pas d’humeur à jouer aux devinettes. Que se passe-t– il ?

– Rien, te dis-je !

Pourquoi n’avait-elle pas mieux caché ce qu’elle ressentait ? Elle savait pourtant bien que Jay avait toujours fait preuve d’une sorte de sixième sens la concernant. Parfois, avant même qu’elle n’ait conscience de ses propres changements d’humeur.

Jay ne semblait pas décidé à mettre le moteur en marche tant qu’elle ne lui confierait pas ce qui la chagrinait.

Autant passer aux aveux, songea Miriam. En tout cas, partiellement.

– Cette promenade m’a rappelé le passé. Notre vie, avant…

Elle se reprit, elle avait été sur le point de dire : avant Belinda.

Evoquer cette femme en cet instant précis était impensable. Comment aurait-elle pu prononcer son nom en un tel moment ?

Le ciel d’encre se colorait de lueurs chatoyantes à l’horizon, et le parfum viril de Jay emplissait l’habitacle de la voiture d’effluves délicieux.

– Parfait ! s’exclama Jay, rivant au sien un regard implacable. C’était exactement le but recherché et je n’ai absolument pas l’intention de m’en excuser.

Déconcertée, Miriam écarquilla les yeux. Certes, Jay pouvait se montrer très dur quand il le jugeait nécessaire, pourtant, c’était bien la première fois qu’il se comportait ainsi à son égard. Elle releva le menton d’un air de défi.

– Je n’attendais rien de tel. Le grand Jay Carter n’est jamais en faute !

Le sourcil levé, il la gratifia d’un coup d’œil réprobateur qui donna l’impression à Miriam d’être une petite fille capricieuse.

– Il m’arrive de faire des erreurs, comme n’importe qui, déclara-t–il d’un ton ferme. Cela a d’ailleurs été le cas il y a dix mois. J’aurais dû venir te chercher ce soir-là et te ramener à la maison pour te faire l’amour, jusqu’à ce que tu n’aies plus le moindre doute sur le fait que tu es la seule femme de ma vie.

Envahie par une vive chaleur, Miriam passa sa langue sur ses lèvres soudain devenues sèches.

A sa confusion se mêlait une émotion qu’elle préférait renoncer à analyser. Heureusement, Jay mit fin à son calvaire en se détournant pour lancer le moteur.

– Rares sont les femmes qui sont encore susceptibles de rougir comme tu le fais, dit-il d’un ton négligent, tandis qu’ils quittaient le parking du pub. C’est terriblement excitant !

Miriam se força à rire.

– Je ne vois pas ce qu’il y a de sensuel à devenir rouge comme une écrevisse.

Jay poursuivit comme si elle ne l’avait pas interrompu.

– Mais tout en toi me fait cet effet. La douceur de ta peau. Tes taches de rousseur…

– Jay, je t’en prie !

– Tu te souviens comme j’aimais les caresser du bout des lèvres, de la pointe de ma langue ? Est-ce que tu rêves parfois à la façon dont nous faisions l’amour jusqu’à l’aube, dans notre grand lit ? Avec cette ivresse que donne la certitude d’être aimé et de pouvoir rendre cet amour. Est-ce qu’il t’arrive de penser à ces moments-là, Miriam ?

– Non, mentit-elle. Jamais !

– Eh bien moi, si. Tout le temps. Surtout la nuit. Et rien n’efface ces souvenirs, pas même une douche glacée.

Il lui prit la main, et passa un doigt caressant au creux de sa paume, puis le long de son poignet.

Une décharge électrique parcourut le bras de Miriam. Surtout, pensa-t–elle, ne pas lui laisser percevoir son trouble. Elle retira brusquement sa main.

– Arrête ! ordonna-t–elle sèchement. Pas pendant que tu conduis.

Le rire difficilement contenu dans sa réponse fit regretter sa réaction à Miriam.

– Ah bon, dit-il. Alors je peux, quand je ne conduis pas ?

– Ce n’est pas ce que j’ai dit !

– Non, c’est vrai. J’ai le droit de regarder, mais pas de toucher, n’est-ce pas ? C’est la règle, si je comprends bien. Je suis persuadé que tu ne l’as édictée que parce que tu as autant envie de moi que j’ai envie de toi.

Miriam se raidit.

– Tu es en plein fantasme ! répliqua-t–elle, l’air farouche.

– Si nous en venons à parler de nos rêves, laisse-moi te dire que ceux te concernant sont particulièrement osés. Et les tiens ?

Comment aurait-elle pu avouer que les fantasmagories qui peuplaient son sommeil la laissaient, au petit matin, tremblante de confusion ? songea Miriam.

– Je ne rêve jamais, affirma-t–elle.

– Et moi, je sais toujours à quel moment tu dis des mensonges.

Le regard obstinément fixé sur la route, le cœur serré, Miriam railla :

– La liste de tes talents est stupéfiante ! Malheureusement, permets-moi de te dire que tu te trompes. D’ailleurs, tu ne me connais pas aussi bien que tu le crois. Si c’était le cas, tu aurais su que je ne pourrais jamais accepter qu’il y ait quelqu’un entre nous.

Dans l’obscurité naissante, tandis que les lumières aux fenêtres des immeubles créaient une atmosphère de confort douillet, elle se sentit au comble du désespoir.

– Si tu veux le savoir, Miriam, il y a toujours eu quelqu’un entre nous, observa Jay.

Elle lui lança un coup d’œil intrigué.

– Que veux-tu dire ?

– Le fantôme de ton père nous a toujours accompagnés, depuis le début. J’étais seulement trop stupide pour m’en rendre compte.

Comme sous l’effet d’un coup de fouet, Miriam se cabra.

– Mon père n’a rien à voir dans notre histoire. Quand je t’ai rencontré, il était mort depuis longtemps.

– Certes, mais je sais ce que je dis. C’était un homme séduisant et sans cœur, poursuivit Jay. Ta mère m’a beaucoup parlé de lui, elle m’a même montré une photo. Il avait la bouche tombante. Cela révèle quelqu’un de peu fiable.

Tentée de protester, Miriam se ravisa. Jay n’avait pas tort. Curieux ! Elle n’y avait jamais prêté attention.

– C’est très intéressant, mais, je te le répète, mon père n’a rien à voir avec ce qui nous arrive.

– Faux ! Il a tout à y voir, au contraire. Heureusement pour lui qu’il n’est plus de ce monde, sinon je lui dirais ma façon de penser.

Jay avait proféré cette menace sur un ton de rage difficilement contenue, et un silence pesant s’installa.

Après quelques instants, il reprit d’une voix étouffée :

– Malheureusement je n’ai pas d’autre choix que de me battre contre un fantôme. Au moins, cela m’aide à mieux comprendre.

– A comprendre quoi ?

– Ce que tu es. En particulier, les raisons pour lesquelles tu n’étais jamais sortie qu’avec des faibles, des hommes que tu pouvais dominer et qui cherchaient plutôt une mère qu’une femme.

– Ridicule !

Jay ne voyait-il pas qu’elle était horriblement vexée ? Implacable, il poursuivit :

– Et puis, tu es tombée amoureuse de moi. Cela n’entrait pas dans tes plans. Tout à coup, tu avançais sans protection, en terrain miné. Alors que tu te croyais à l’abri, c’était comme si le sol se dérobait sous tes pas. Submergée par des émotions insurmontables, tu te retrouvais dans la même situation que ta mère.

Pourquoi tremblait-elle ainsi ?

De colère ou parce que la perspicacité de Jay avait ouvert une brèche dans les défenses qu’elle avait toujours solidement élevées dans son esprit ?

– Arrête la voiture. Laisse-moi sortir !

– Pour que tu puisses t’enfuir ? Une nouvelle fois ?

Miriam ne put se retenir de crier.

– Je n’ai pas fui ! Je suis partie parce que tu m’avais trompée.

– C’est ce que tu as bien voulu croire, Miriam. Tu étais tellement persuadée que cela finirait inévitablement par arriver… Pour toi, ce n’était qu’une question de temps !

– Je t’ai vu !

N’aurait-il été en train de conduire qu’elle l’eût frappé. En prendre conscience lui donna l’impression de recevoir un seau d’eau glacée sur la tête. Dire qu’elle s’était toujours considérée comme la personne la plus douce qui soit !

Avait-elle changé à ce point ? se demanda-t–elle avec horreur.

Etait-ce ce que leur relation avait fait d’elle ?

Elle prit une profonde inspiration.

– Je veux rentrer chez moi. Immédiatement.

Du coin de l’œil, Jay remarqua sa pâleur.

Sans plus attendre, il tourna dans une petite rue bordée d’arbres et gara la voiture le long du trottoir.

Une fois le moteur coupé, il se tourna vers Miriam et l’entoura de ses bras, sans même lui laisser le temps de protester.

Elle essaya de se débattre, mais finit par renoncer.

– Chez toi, Miriam, dit-il doucement, c’est ici. Dans mes bras. Quand finiras-tu par l’admettre ?

– Je ne peux pas.

– Cela viendra. Pour l’instant, il ne sert à rien d’en discuter. Ce soir, nous allons au théâtre. Ensuite, j’ai réservé une table dans un bon restaurant.

Miriam leva les yeux, et vrilla son regard à celui de Jay.

– C’est inutile, Jay. Au fond de toi, tu le sais aussi bien que moi. Plus rien ne sera jamais comme avant.

Jay observa un moment de silence avant de répondre :

– Mais je ne cherche pas à ce que les choses redeviennent comme avant, Miriam. Cette fois, ce que je veux, c’est non seulement ton corps, mais aussi ton cœur et ton âme… Rien de moins.