Le serment de Noël

Brooks · Chapitre 6 sur 9

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Le serment de Noël

Il est parfois plus difficile de tenir…

7.

 

 

Il est parfois plus difficile de tenir ses résolutions que l’on ne l’imagine, se répéta plus d’une fois Miriam au cours des semaines qui suivirent.

L’humidité de novembre n’avait pas tardé à laisser place aux premiers frimas de décembre, annonçant une période qui ne pourrait que raviver des souvenirs douloureux en elle.

L’important était de rester sereine et de garder ses distances avec Jay. Il ne pouvait s’agir que de distances mentales, à vrai dire car, dans les faits, ils passaient l’essentiel de leur temps libre ensemble.

Surtout, se répétait-elle, elle ne devait pas céder à la crainte qui ne cessait de l’assaillir : celle de ne plus pouvoir se passer de lui.

Elle en était d’ailleurs tout à fait capable.

Elle y avait parfaitement réussi au cours des mois précédents. Et, à l’avenir, il lui faudrait s’y résoudre, il n’y avait pas d’autre solution.

Il ne lui était pas difficile d’y voir clair dans le jeu auquel se livrait Jay avec maestria. En se rendant indispensable à ses yeux, il ne doutait pas que Miriam ne finisse par renoncer à son intention de divorcer.

Par ailleurs, il ne se départait jamais d’une parfaite maîtrise de soi. Bien que chacun de ses gestes, chacune de ses paroles trahissent un désir ardent, il n’abusait jamais de la situation, même lorsque Miriam s’abandonnait totalement à la fougue de ses baisers.

C’était une bonne chose, pensa-t–elle en arrivant au travail en ce premier lundi de décembre. Eût-il poussé plus loin les choses qu’elle n’aurait probablement pu refréner les émotions qu’elle contenait à grand-peine.

Or, elle savait fort bien que refaire l’amour avec Jay l’entraînerait sur un terrain où elle se refusait à aller. Ce serait se mettre en danger, de nouveau, et elle ne pouvait se le permettre.

Après tout, la trahison de Jay n’avait pas eu que des effets négatifs, songea-t–elle, assise à son bureau, le regard perdu dans le vague.

Certes, cela lui avait causé bien des souffrances mais, par-delà le chagrin et l’épouvantable solitude, elle avait trouvé une certaine tranquillité d’esprit dans l’idée que les jeux étaient faits.

Jay avait raison. Elle n’avait cessé d’attendre le moment où il la tromperait, comme son père l’avait fait avec sa mère. Se résigner à son sort offrait une sorte de réconfort, même dans les pires moments.

Désormais, elle n’aurait plus à redouter les Belinda Poppins dans les parages de Jay.

La sonnerie du téléphone la fit sursauter.

– Secrétariat de monsieur Thorpe. Que puis-je pour vous ?

La voix de Jay avait une intonation tellement lascive que Miriam sentit son estomac se contracter.

– Oh, j’aurais plusieurs suggestions…

– Jay ? Qu’est-ce qui te prend de m’appeler au bureau ?

– Je ne pourrai malheureusement pas te voir ce soir, ni durant les quelques jours qui viennent. Il faut que je parte en Allemagne. Une affaire à régler.

Miriam ne put s’empêcher d’être soulagée. Depuis qu’il avait refait irruption dans sa vie, il n’y avait pas eu un jour où elle ne l’avait vu. Ça ne serait pas désagréable de pouvoir un peu faire le point, sans être troublée par sa présence.

– Ce n’est pas grave.

– Ah bon ? J’aurais au moins espéré une pointe de déception.

– Je sais bien que tu as des obligations auxquelles tu ne peux échapper.

Cette fois, ce fut sur un ton acide que Jay répondit :

– Quelle épouse complaisante ! C’est si rare…

– Si tu m’as appelée dans l’intention d’être désagréable…

– Je t’appelle pour te dire que je viendrai te chercher à 13 heures. Comme je serai absent plusieurs jours, nous déjeunons ensemble. D’accord ?

– Mais c’est impossible ! J’ai une montagne de choses à faire.

– 13 heures, Miriam. Si je ne te vois pas arriver, je monte te chercher.

– Certainement pas ! Pour qui te prends-tu ?

– Mais pour ce que je suis : ton époux ! N’oublie pas, 13 heures.

Sur cette injonction, il raccrocha.

Avec horreur, Miriam constata qu’il était déjà près de 11 heures et qu’elle avait à peine commencé à trier la pile de courrier sur son bureau.

 

***

 

Quelques minutes avant l’heure fixée par Jay, elle leva le nez de son ordinateur, comme prévenue par une horloge intérieure. Elle empoigna son manteau et son sac, et se dirigea vers le rez-de-chaussée de l’immeuble.

Jay l’attendait déjà, nonchalamment assis sur l’un des canapés qui meublaient le hall d’entrée. Ses vêtements, de la meilleure coupe, mettaient magnifiquement en valeur la perfection virile de sa silhouette.

A tel point que Miriam en eut le souffle coupé.

Une onde de désir lui fit monter le rouge aux joues.

Dès qu’il l’aperçut, il bondit sur ses pieds, un sourire moqueur aux lèvres.

– Une minute de plus, et je montais te chercher.

– J’espère que tu n’aurais pas osé !

Les yeux de chat, pailletés d’or, s’attardèrent sur le visage empourpré de Miriam.

– Pourquoi ? Ce ne serait pas la première fois…

Miriam préféra ne pas relever. Dans l’ascenseur, elle s’était bien promis de s’en tenir à une attitude de politesse distante, non seulement durant le repas mais également dès son retour d’Allemagne.

Jusqu’à ce que les fêtes soient passées et qu’elle puisse réitérer sa demande de divorce. Sans pleurs, ni récriminations.

Tout ce qu’elle voulait, c’était retrouver la paix. Tant pis si elle était lâche.

Jay n’avait peut-être pas tort lorsqu’il lui reprochait de fuir. En tout cas, elle se refusait à revivre cette jalousie qui l’avait ravagée lorsqu’ils vivaient ensemble.

Dehors, quelques flocons voletaient dans l’air froid.

– On dirait que nous allons avoir un Noël blanc, lança Jay sur un ton enjoué.

Comment pouvait-il évoquer Noël avec une telle décontraction ?

Une boule se noua dans la gorge de Miriam.

– Il faut que je sois de retour à 14 heures. Nous n’avons pas beaucoup de temps.

– Ce n’est pas grave. J’y avais pensé et j’ai réservé une table à deux pas d’ici.

A deux pas, certes, mais dans un hôtel cinq étoiles où le moindre plat atteignait des prix faramineux.

A peine avaient-ils pris place qu’on leur apporta une bouteille de champagne dans un seau à glace.

Miriam haussa un sourcil réprobateur. Ce qui amena un sourire sur les lèvres de Jay.

– Nous n’allons pas nous voir pendant plusieurs jours, dit-il. J’ai pensé que nous pouvions nous accorder un petit plaisir.

A quoi bon protester, réfléchit Miriam tandis que l’on remplissait leurs coupes. Lorsqu’elle y trempa ses lèvres, elle trouva qu’il y avait comme un parfum de fruits rouges et d’été dans le pétillement des bulles sur sa langue.

Dès qu’ils furent seuls, Jay tendit la main vers elle, et emprisonna ses doigts glacés dans les siens.

– Tu vas me manquer, murmura-t–il d’une voix caressante. Et moi, est-ce que je vais te manquer ?

Soudain, Miriam prit conscience que ce serait le cas. Elle retira sa main et gratifia Jay d’un sourire réticent.

– Tu ne seras absent que quelques jours. Et j’ai une multitude de choses à faire avant Noël. Des cadeaux à acheter, des cartes à envoyer… Je vais être très occupée.

– Ce n’est pas ce que je te demandais.

Curieusement, sans que Miriam en saisisse la raison, Jay lui sembla différent.

Elle le dévisagea en silence. Cet homme était l’amour de sa vie, songea-t–elle, bouleversée. Pourtant, que n’aurait-elle donné pour ne jamais l’avoir rencontré… L’aimer lui avait ouvert les portes de la passion et d’un bonheur qu’elle n’aurait pas connu sans lui, mais la médaille avait son revers : la souffrance et les tourments de la jalousie.

Manifestement, il attendait une réponse. Miriam haussa les épaules.

– Oui, bien sûr, tu me manqueras, répondit-elle, affectant un air détaché.

– Tu pourrais jouer un peu la comédie.

– Que veux-tu que je te dise, Jay ? J’ai pris l’habitude de vivre sans toi.

Jay se resservit une coupe de champagne, puis se recula sur son siège et darda sur elle un regard fiévreux.

– J’ai trop envie de toi, déclara-t–il à brûle-pourpoint.

Je n’aurais pas dû m’interdire de te toucher, ni de te faire l’amour, au cours de toutes ces semaines.

Miriam sentit son cœur s’affoler dans sa poitrine.

Jay pouvait-il percevoir son trouble ?

Malgré la distance qui les séparait, elle avait l’impression qu’il l’attirait, tel un aimant.

– Nous avions décidé…

– Je me fiche bien de ce que nous avions décidé. Tu m’aimes toujours, Miriam. Je me trompe ? Ne me dis pas que tu n’as pas autant de mal que moi à respecter nos prétendues conventions !

– Qu’est-ce qui…, qu’est-ce qui te prend de me dire cela, maintenant ?

– Nous allons être séparés pendant plusieurs jours. Je ne veux pas partir sans te faire l’amour. Appelle ton patron, dis-lui que tu ne te sens pas bien. On prend une chambre ici !

Miriam frissonna. Avait-il tout planifié avant même de l’emmener déjeuner ?

Cette pensée aurait dû la mettre en colère, elle sentit cependant une vague de désir la submerger.

– C’est impossible, dit-elle, la gorge nouée.

Jay se pencha vers elle, et lui caressa la joue d’une main.

– Viens, insista-t–il d’une voix rauque. J’ai tellement envie de toi.

Après tout, pourquoi ne pas céder ?

Certes, ce serait une folie mais ce serait aussi un souvenir qu’elle chérirait, au long des jours et des nuits de solitude qui l’attendaient.

Elle n’aimerait jamais un autre homme, alors pourquoi ne pas s’accorder ce dernier moment de bonheur ?

– Mais…, mais le repas ? murmura-t–elle d’une voix tremblante.

Un sourire indéchiffrable illumina le visage de Jay et Miriam sentit son ventre se nouer.

– Donc…, c’est oui ? interrogea-t–il.

Subjuguée, Miriam hocha la tête.

– Viens, dit Jay en lui prenant la main.

Avec un parfait professionnalisme, la réceptionniste leur tendit sans ciller la clé de leur chambre après que Jay eut signé le registre au nom de monsieur et madame Carter et demandé qu’on leur fasse monter du champagne et des fraises.

Si seulement elle-même avait été capable d’afficher cette assurance désinvolte ! se désola intérieurement Miriam, au comble de l’embarras.

Les portes de l’ascenseur se refermèrent sur eux et Jay l’enlaça avant de prendre ses lèvres.

Peu importait que tout cela lui apparaisse vaguement immoral, songea Miriam en nouant les bras autour de son cou. Elle l’aimait tellement, plus que sa vie même.

Au moins, il lui resterait le souvenir de cet après-midi avec lui.

Sentir la preuve de son désir contre son ventre mit le feu à son esprit. Elle entrouvrit les lèvres pour répondre à son baiser.

Elle saurait se contenter de ces quelques heures.