Les femmes qui font des scènes

Charles Monselet · Chapitre 115 sur 136

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Les femmes qui font des scènes

Chapitre VI

Avec ses grands bras et ses grandes jambes il a vite fait d’organiser le vide autour de lui.

Enveloppant sa danseuse d’une étreinte enthousiaste, il s’avance avec elle, en imprimant à sa botte gauche des balancements égaux.

Puis, il la rejette brusquement aux bras de son vis-à-vis.

Il passe en cinq minutes par toutes les nuances du vertige et de l’indifférence, de la furie et du dédain.

Il marche,—il bondit.

Il ondule comme un navire, il tourne comme un moulin à vent, il piaffe comme un cheval.

Et le cavalier seul!

Les mains brandies, le talon épileptique, la voix luttant avec l’orchestre, l’œil plein de gaz et de sang.

Il se tord en sautant, et saute en se tordant.

Il se jette à plat ventre,—et il se relève.

Et, en se relevant, il imite le geste gracieux d’un homme qui offre une rose à sa danseuse.

 

VI

 

Il a perdu Sophie, ou plutôt Sophie l’a perdu,—que dis-je? perdu! servons-nous donc des mots de notre temps: Sophie l’a lâché.—Un chicard est trop gênant pour une femme. Un chicard doit toujours aller seul, comme le bourreau.

Sophie l’a lâché pendant qu’il s’obstinait à demander à un Chinois sa photographie; elle a pris le bras d’un jeune monsieur, tout émerveillé de ce commencement d’aventure, et elle a disparu avec lui dans les couloirs faits pour la causerie. Quand le chicard s’est retourné, il n’a plus vu personne.