Les femmes qui font des scènes
Chapitre V
Le valet de chambre poursuit:
—Monsieur le comte a reçu ce matin deux nouvelles perruques; laquelle des deux faudra-t-il lui essayer?
Le vieillard va fermer la porte.
Le valet de chambre dit:
—Monsieur le comte ne se souvient plus que mademoiselle Éléonore vient le voir dans deux heures, et qu’il n’a pas encore commencé sa toilette.
Le vieillard tend vers lui ses mains suppliantes.
Le valet de chambre dit:
—Monsieur le comte oublie sans doute qu’il m’a chassé.
Le vieillard tombe à genoux...
Le valet de chambre ne s’en ira pas, il ne s’en ira jamais.
Il sait où est le cadavre.
V
Dans une des tribunes de l’hippodrome de la Marche, une jeune femme est assise. C’est une des plus séduisantes reines d’un monde de dissipation, d’élégance et d’amour. Elle est admirablement jolie, admirablement vêtue. Ses yeux ont de l’esprit. Elle a un nom aussi célèbre que ceux des chevaux qu’elle regarde courir.
Derrière elle, mais formant un groupe à part, se tiennent quelques jeunes gens à la mode, riant et pariant.
Arrive un gandin au milieu d’eux, un gandin heureux de sa personne, bruyant, chauve, portant aux bas-côtés des joues une paire démesurée de buissons flavescents qui semblent deux commencements d’incendie, habillé comme un garçon coiffeur qui voudrait faire rire ses camarades, c’est-à-dire couvert d’un paletot aussi court qu’un gilet de flanelle, le menton scié par un col d’un métal inconnu, l’œil clignotant, la bouche entr’ouverte.