Les femmes qui font des scènes

Charles Monselet · Chapitre 64 sur 136

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Les femmes qui font des scènes

Chapitre IV

L’AMOUREUX. Viens, chère belle; nous avons tant de choses à nous dire.

L’AMOUREUSE. Crois-tu?

UN COQUELICOT, à demi-voix . Mais rougis donc!

L’AMOUREUSE. Ces branches ont failli me déchirer la joue. C’est égal; c’est bien beau la campagne, n’est-ce pas, mon Paul?

L’AMOUREUX. J’aime la campagne!

ENSEMBLE. Nous aimons la campagne, parce qu’on y sent mieux son cœur battre; parce que les aveux y fleurissent naturellement sur les lèvres; parce que les serments sont faits pour être prononcés sous le ciel et dans les parfums!

Nous aimons la campagne, parce que la campagne c’est le désert. (Un bruit semblable à un baiser.)

UN LÉZARD. C’est étonnant; ceux-là ne me font pas fuir.

 

IV

 

DES BOURGEOIS, tout en sueur, leurs habits sous le bras, ployant sous des paniers de victuailles.

Vive la campagne! Vive l’herbe! Vive les moutons! Vive la joie et les pommes de terre en fleur!

Arrêtons-nous dans cet endroit, qui nous semble très-favorable pour manger un morceau.

N’est-ce pas, madame Menesson?

N’est-ce pas, monsieur Douillard?

Avec les châles de ces dames, que nous accrocherons aux branches des arbres (pas les dames, les châles; hi! hi! hi!) nous nous préserverons du soleil.

Allons, Charlot, mets la nappe, pendant que nous allons déballer les provisions...

UNE ROSE SAUVAGE. Fi! quelle société! D’où cela sort-il?

UN COUCOU. J’ai longtemps habité une cage, rue Saint-Denis; je crois que je reconnais une de ces figures-là.

LES BOURGEOIS. Dépêchons-nous! dépêchons-nous! Ohé! les autres, arrivez donc!

Fichtre! le pâté s’est cassé en route, et la charcuterie a crevé le papier.

C’est égal, les morceaux en sont bons.

Il n’y a pas de plaisir sans peine, la brigue-dondaine!

Nous n’avons que trois assiettes, elles seront pour les dames; honneur au beau sexe!

Quant aux verres, puisque nous les avons oubliés, ma timbale d’argent servira pour tout le monde; nous ne sommes pas dégoûtés les uns des autres.

LE COUCOU. Oui, j’en reconnais un; voilà le passementier qui fait le coin de la rue du Ponceau.

UN BLUET. Oh! cette grosse maman qui s’assied sur moi!... Adieu le jour!

UN HANNETON. On dit que je suis sans malice. J’ai bien envie de me laisser choir dans leur salade.

LES BOURGEOIS. Mangeons! mangeons! mangeons! Nous aimons la campagne, parce que la campagne fait trouver le saucisson meilleur.

Buvons! buvons! Nous aimons la campagne, parce que la campagne communique au vin un petit goût suret qui est plein de charmes.

Vive la campagne!

LE COUCOU. Je les reconnais tous.