Les femmes qui font des scènes
Chapitre VI
L’HOMME BARBU. J’ai cru que c’était lui... Comme ce Mancheron est lent à venir!
Pourvu qu’on ne cherche pas à le retenir au Grand Café. Tout serait perdu.
Mais non; c’est un homme rangé, et qui n’a pas l’habitude de coucher hors de chez lui,—ce dont je le loue hautement.
Patientons un peu, en respirant l’air de la campagne.
J’aime la campagne.
On ne peut plus exercer tranquillement qu’à la campagne. (On entend le trot d’un cheval; l’homme barbu se précipite au-devant.)
La bourse ou la vie!
VI
UN VAUDEVILLISTE, errant dans les environs de la Celle-Saint-Cloud, l’air préoccupé.
Non, pas ici.... je serais trop en vue.
Inclinons plutôt du côté de ce petit fourré.
UN PIVERT, interrompant ses coups de bec contre un arbre. Que veut cet homme-là?
UN MERLE. Son air n’est pas méchant.
UNE ALOUETTE. Fuyons! il a deux miroirs sur les yeux!
LE MERLE. Eh non! c’est une paire de lunettes.
LE VAUDEVILLISTE. J’aime la campagne... moi, que l’on prend pour un sceptique et pour un corrompu.
A de la Famille de l’Apothicaire.
Comme tant de sages vantés,
Je raffole de la campagne.
Pour fuir l’air impur des cités,
Souvent je me mets en campagne.
Au théâtre, par mon effort,
Je suis fier de mainte campagne.
Si ce couplet n’est pas très-fort,
Qu’on me pardonne... A la campagne!
Oh! oui, j’aime la campagne! (Jetant les yeux autour de lui.)
LE MERLE. Il tient du papier à la main.
UN MOINEAU. Moi qui ai passé mon enfance dans le jardin du Palais-Royal, je sais ce que c’est: c’est un journal.
LE VAUDEVILLISTE. Hâtons-nous; mes instants sont précieux.
Je suis seul... bien seul...