Les femmes qui font des scènes

Charles Monselet · Chapitre 126 sur 136

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Les femmes qui font des scènes

Je M’appelle Corbin

 

J’ai à raconter une aventure arrivée à une femme, autant affolée de noblesse que la comtesse d’Escarbagnas.

Elle ne voulait frayer qu’avec des gens de qualité.

Et pourtant, elle était née avec un cœur sensible.

Comment accorder la voix, la voix suppliante de ce pauvre cœur, avec l’accent impérieux de l’orgueil héraldique?

Il fallait au moins douze quartiers pour lui baiser la main;

Vingt quartiers pour lui écrire un billet doux;

Trente quartiers pour lui dire: Je vous aime!

Il fallait remonter jusqu’aux croisades pour suivre la progression.

Aussi, que de fois son cœur eut-il à souffrir et à murmurer!

Mais le préjugé fut toujours le plus fort.

Pas d’armes—pas de marquise.

Car elle était marquise.

Un jour, il se présenta un fort bel homme, à la poitrine bombée, aux sourcils extrêmement noirs et fournis, comme le Du Bousquet du roman de Balzac: la Vieille Fille.

C’était probablement un homme qui avait à se venger de quelque chose ou de quelqu’un.

Il se faisait appeler le vicomte de Saint-Ovipare.

Il avait un carrosse et des gens.

Son ton était exquis.

Il disait belle dame! à toutes les femmes, et il baisait dévotement le bout de leurs doigts gantés.

Le vicomte de Saint-Ovipare n’inspira aucune méfiance à la marquise.

Au contraire.

Il chercha à plaire,—il plut.

Il fit son métier de soupirant en conscience.

Enfin, il obtint un tendre rendez-vous.

Et... lorsqu’il n’eut plus rien à souhaiter.

Il s’écria d’une voix retentissante:

—J ’ C !

 

Ne voyez-vous pas, caché sous cette historiette, un mythe très-profond?

Pour moi, j’y vois mes Illusions parées, fleuries, entrelacées à la façon d’un groupe vaporeux de Gendron, et rasant le lac de ma vie.

Elles m’appellent, elles m’attirent du regard, du sourire et de la voix.

L’une me dit, en effeuillant des bouquets et en me les jetant au visage:

—Je suis Camille!

L’autre, en me montrant les saules:

—Je suis Galathée!

Celle-là, blanche et fière:

—Je suis Hélène!

Éperdu, enivré, je me laisse peu à peu séduire par ces ravissantes fées; je les suis et je les poursuis; et lorsque je parviens à les saisir et à les étreindre dans mes bras passionnés, elles s’écrient, mes Illusions, avec de mauvais éclats de rire:

—Je m’appelle Corbin!