Les femmes qui font des scènes
II La scène de la lettre.
LE MARI. Caroline...
LA FEMME. C’est une indignité! Laissez-moi; je veux rentrer seule.
LE MARI. Es-tu folle?
LA FEMME. Voyons, laissez-moi, vous dis-je. Qu’est-ce que cela vous fait que je m’en aille? Vous serez plus libre pour aller retrouver cette personne. Croyez-vous que je n’ai pas surpris le coup d’œil qu’elle vous a lancé? Me prenez-vous pour une aveugle ou pour une sotte? Il fait là un joli métier, votre ami.
LE MARI. Oh!
LA FEMME. Je ne sais qui me retient d’aller souffleter cette effrontée.
LE MARI. Tu l’étonnerais, pour le moins.
LA FEMME. Après un an de mariage, Alphonse, je n’attendais pas cela de toi!
LE MARI, perdant patience.—Mais quoi? mais quoi? mais quoi?
LA FEMME. Encore si tu avais un reproche à me faire! Mais y a-t-il un mot, un seul, à dire sur ma conduite?
LE MARI, faisant signe à un cocher de coupé.—Cocher, êtes-vous libre? (A sa femme) Monte là-dedans ou je t’assassine!
II
La scène de la lettre.
LA FEMME. Vous sortez, mon ami?
LE MARI. Oui, mon amie.
LA FEMME. Vous n’attendez pas le facteur?
LE MARI. Le facteur doit être passé maintenant.
LA FEMME. Comment le savez-vous?
LE MARI. Je le sais parce qu’il est midi et demi.
LA FEMME. Il n’avait rien pour moi?
LE MARI. Probablement, puisqu’on ne vous a rien remis.
LA FEMME. Ni... pour vous?
LE MARI. Pas davantage. A moins que la femme de chambre n’ait oublié... Voulez-vous que je la sonne?
LA FEMME. C’est inutile. N’obligez pas vos gens à mentir. Vous avez reçu une lettre.
LE MARI.—Parbleu! voilà la première nouvelle que j’en ai.
LA FEMME. Vous avez reçu une lettre, vous dis-je.
LE MARI. Ma chère amie, le temps me presse, et je crains fort de ne plus trouver maître Panchost à son étude. Adieu, mon Adèle; à tantôt, mon trésor.
LA FEMME. Montrez-moi cette lettre.
LE MARI. Encore? Mais quelle lettre? Je n’ai pas de lettre.
LA FEMME. Je vous ai vu la serrer dans la poche de votre habit, là...
LE MARI. De ce côté?
LA FEMME. Oui.
LE MARI. Eh bien, vous avez mal vu, ma chère, voilà tout.
LA FEMME. Je ne vous demande pas à la lire; je ne veux que la voir.
LE MARI. L’un est aussi impossible que l’autre.
LA FEMME. Vous me refusez?
LE MARI. Tyranniquement.
LA FEMME. Dites-moi seulement d’où elle vient?
LE MARI. De votre cerveau, petite tête folle et aimée.