L’homme Traqué
Grand Prix du roman de l'Académie française
Francis Carco
L’HOMME TRAQUÉ
1922
Grand Prix du roman de l'Académie française
Table des matières
I ................................................................................................. 4
II .............................................................................................. 15
III ............................................................................................ 26
IV ............................................................................................. 32
V .............................................................................................. 55
VI ............................................................................................. 65
VII ........................................................................................... 78
VIII .......................................................................................... 93
IX ........................................................................................... 101
X ............................................................................................. 113
XI ........................................................................................... 120
XII .......................................................................................... 131
À propos de cette édition électronique ................................. 142
Au petit jour, après qu’il avait rangé sur les rayons de la boutique ses quatre fournées de pain et les croissants encore tout chauds, Lampieur montait dans sa chambre et, la fatigue de la nuit pesant sur lui de toute sa masse, il finissait parfois par s’endormir. Mais, quand Lampieur se réveillait, aussitôt, son angoisse s’éveillait avec lui et il avait beau s’employer à la chasser, il n’y parvenait point.
L’homme, alors, rejetait les draps et les couvertures de son lit, se levait, chaussait de vieilles savates et poussait, dans le toit, une fenêtre à tabatière pour aspirer l’air du dehors. Mille bruits lui arrivaient. Il les reconnaissait, un à un, depuis celui des autobus qui ébranlaient, contre la sienne, les maisons de la rue Rambuteau, jusqu’à celui – si faible et cependant distinct – du grelot attaché sous la selle d’un lointain triporteur.
Lampieur écoutait ces bruits comme quelqu’un qui, ne sa-chant plus où il est, demande aux moindres choses de lui ré-pondre. Et elles lui répondaient. Elles le rassuraient. Elles lui laissaient entendre qu’il descendrait bientôt se mêler à leur tourbillon machinal, à leurs feux, à leurs lumières qui s’allumaient dans les vitrines et à leur incessante trépidation.
Néanmoins Lampieur n’apportait nulle hâte à sortir de sa chambre. Chaque fois qu’il en ouvrait la porte, il éprouvait presque une frayeur à l’idée qu’il y avait des gens, derrière, qui l’attendaient… Cela lui enlevait toute assurance. Et, cependant, il voyait que le couloir qui conduisait aux escaliers était désert et que personne ne lui en disputait l’accès.
« Allons ! » se disait-il, et il se dépêchait de refermer la porte sur son passage et de gagner, tout en se surveillant, la rue où il se perdait dans la foule.
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