L'illustre corsaire: tragicomedie

Jean de Mairet · Chapitre 11 sur 35

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L'illustre corsaire: tragicomedie

Acte II.

 

SCENE PREMIERE.

 

ISMENIE, EVANDRE, ARMILLE.

ARMILLE.

Voila le personnage, & bien que vous en semble?

ISMENIE .

Je le treuve naïf, & plaisant tout ensemble,

Puis qu'il m'a fait passer un quart d'heure d'ennuy,

Que si l'autre en son genre est aussi bon que luy,

C'est un couple d'Esprits de diverse nature

Qui font de leur folie une belle peinture;

Car l'autre, dites-vous, estant plus serieux

Ce meslange d'humeurs doit estre gracieux.

EVANDRE.

Je croy que le dernier vous plaira davantage;

Car dés qu'il se verra dans ce bel equipage

Il ne tranchera plus que de principauté.

ARMILLE.

Comment, quel equipage, où l'a-t'il emprunté?

ISMENIE .

Quoy, vous oubliez donc que par vostre priere

Je luy viens d'envoyer un habit de mon frere,

Et qu'il n'a point voulu parestre devant moy

A moins d'estre couvert & receu comme un Roy?

ARMILLE.

Madame, excusez-moy, la chose est si plaisante

Que j'en auray long-temps la memoire presente;

Mais j'ay creu par ces mots, d'Equipage & de Beau,

Qu'on luy dressoit encor quelque appareil nouveau.

ISMENIE .

Non, il n'a qu'un habit, & son suivant un autre,

Pour leur contentement autant que pour le vostre.

ARMILLE.

Croyez que vostre Altesse en aura du plaisir,

Pourveu qu'elle le traite au gré de son desir;

Car comme il se croit Prince, il faut qu'elle luy rende,

Et reçoive de luy les honneurs qu'il demande,

Et l'engage sur tout, apres quelques discours

A luy faire un narré de ses belles amours.

EVANDRE.

Oüy, c'est d'où sa folie a pris son origine,

Son Maistre m'en asseure, & je me l'imagine.

ISMENIE .

Bien, il sera traité de toutes les façons,

Et suivant son humeur, & suivant vos leçons.

EVANDRE.

Ainsi vous en aurez un passe-temps extréme.