L'illustre corsaire: tragicomedie

Jean de Mairet · Chapitre 13 sur 35

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L'illustre corsaire: tragicomedie

Scene III.

Elle qui d'autre part y treuve son plaisir

Picque tant qu'elle peut son folastre desir,

Par tant de complaisance, & tant d'affeterie,

Qu'à moins d'estre hypocondre, il faut que l'on en rie;

Vous allez voir entrer cet Amoureux badin

Avec tous les soucis & les choux du jardin,

Qu'en forme d'une aigrette elle a mis sur sa tocque.

ISMENIE .

Elle l'ayme donc bien?

FELICE.

Vostre Altesse se mocque:

Mais je croy, sur ma foy, qu'elle l'ayme en effait

Plus que le Courtisan des vostres le mieux fait:

Les voicy, je vous prie observons leur entrée.

 

SCENE III.

 

CELIE, TENARE bouffonnement vestu.

ISMENIE .

Ah! Dieux, les beaux soucis.

TENARE.

C'est une main sacrée,

Une divine main plus blanche que le lis

Qui me les a donnez, attachez & cueillis.

ISMENIE .

Ce sont donc des faveurs?

TENARE.

Cela pourroit bien estre.

ISMENIE .

De grace dites-nous, ou nous faites connestre

Le bien-heureux objet dont les charmans appas,

Vous ont pû rendre sien?

TENARE.

Cela ne se dit pas.

ISMENIE .

Du moins promettez-moy que si je vous la nomme

Vous l'advoürez par signe;

TENARE.

Oüy, foy de Gentil-homme.

ISMENIE .

Allons donc au conseil, mais nous trois seulement;

Celie, entretenez vostre nouvel Amant.

TENARE.

Je n'ay pas entrepris un mauvais personnage.

Ma Reyne, je voy bien que la Princesse enrage

De voir que je vous ayme, & suis aymé de vous.

CELIE, en se mocquant.

Je le croy, mon Amant; c'est un Esprit jaloux

Qui ne sçauroit souffrir qu'on regarde personne,

Si ce n'est elle-mesme.

TENARE.

Il est vray, ma Mignonne: