L'illustre corsaire: tragicomedie
Scene III.
Elle qui d'autre part y treuve son plaisir
Picque tant qu'elle peut son folastre desir,
Par tant de complaisance, & tant d'affeterie,
Qu'à moins d'estre hypocondre, il faut que l'on en rie;
Vous allez voir entrer cet Amoureux badin
Avec tous les soucis & les choux du jardin,
Qu'en forme d'une aigrette elle a mis sur sa tocque.
ISMENIE .
Elle l'ayme donc bien?
FELICE.
Vostre Altesse se mocque:
Mais je croy, sur ma foy, qu'elle l'ayme en effait
Plus que le Courtisan des vostres le mieux fait:
Les voicy, je vous prie observons leur entrée.
SCENE III.
CELIE, TENARE bouffonnement vestu.
ISMENIE .
Ah! Dieux, les beaux soucis.
TENARE.
C'est une main sacrée,
Une divine main plus blanche que le lis
Qui me les a donnez, attachez & cueillis.
ISMENIE .
Ce sont donc des faveurs?
TENARE.
Cela pourroit bien estre.
ISMENIE .
De grace dites-nous, ou nous faites connestre
Le bien-heureux objet dont les charmans appas,
Vous ont pû rendre sien?
TENARE.
Cela ne se dit pas.
ISMENIE .
Du moins promettez-moy que si je vous la nomme
Vous l'advoürez par signe;
TENARE.
Oüy, foy de Gentil-homme.
ISMENIE .
Allons donc au conseil, mais nous trois seulement;
Celie, entretenez vostre nouvel Amant.
TENARE.
Je n'ay pas entrepris un mauvais personnage.
Ma Reyne, je voy bien que la Princesse enrage
De voir que je vous ayme, & suis aymé de vous.
CELIE, en se mocquant.
Je le croy, mon Amant; c'est un Esprit jaloux
Qui ne sçauroit souffrir qu'on regarde personne,
Si ce n'est elle-mesme.
TENARE.
Il est vray, ma Mignonne: