L'illustre corsaire: tragicomedie

Jean de Mairet · Chapitre 23 sur 35

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L'illustre corsaire: tragicomedie

Acte IV.

 

 

SCENE PREMIERE.

 

DORANTE, ERPHORE.

ERPHORE .

Seigneur, quelque soupçon qui me tombe en l'esprit,

Je veux croire pourtant qu'Axala vous escrit,

Et qu'en cette hymenée il a l'effronterie

De disputer la palme au Roy de Ligurie;

Mais vostre jugement n'a pas dequoy douter

Que le plus grand des deux ne la doive emporter,

Si bien que maintenant c'est à vous à connestre

Quel rang tient ce Pirate, au prix du Roy mon Maistre.

DORANTE .

Je sçay quel est son rang, & quel celuy du Roy;

Mais je suis obligé de luy garder la foy.

ERPHORE .

Mais la raison d'Estat vous deffend de le faire.

DORANTE .

Mais celle de l'honneur m'ordonne le contraire,

Et d'autant que l'honneur m'est plus cher que le bien,

Je le suy sans reserve & sans crainte de rien.

ERPHORE .

Vous estiez en prison alors que vous promistes,

Et vostre liberté deffait ce que vous fistes.

DORANTE .

Je luy promis ma sœur dans ma captivité;

Mais rien ne m'y força que sa civilité,

Et croyant que possible il éprouvoit la mienne,

Je luy donnay la foy qu'il faut que je luy tienne:

Il est vray j'en fis trop, mais puisque je l'ay fait,

Telle qu'est ma promesse elle aura son effait.

ERPHORE .

Pourquoy donc recevoir la parole d'un autre,

Puisque le grand Corsaire avoit desja la vostre?

DORANTE .

Avant qu'à cette amour le Roy fut embarqué,

Il avoit sceu la chose & s'en estoit mocqué;

Dorante, me dit-il, cette galanterie

Ne doit pas arrester un Roy de Ligurie;

C'est un trait de Pirate aussi vain qu'indiscret,

Et, si vous m'en croyez vous le tiendrez secret:

Je le creus, & ma sœur ne vient que de l'apprendre

Par mon commandement, & la bouche d'Evandre.

ERPHORE .

Ce pretexte de foy me semble un peu leger;

Car ou vous nous trompiez, ou sans ce messager

Nostre hymen dans huict jours estoit prest à ce faire.

DORANTE .

Je l'advoüe.