L'illustre corsaire: tragicomedie
Acte IV.
SCENE PREMIERE.
DORANTE, ERPHORE.
ERPHORE .
Seigneur, quelque soupçon qui me tombe en l'esprit,
Je veux croire pourtant qu'Axala vous escrit,
Et qu'en cette hymenée il a l'effronterie
De disputer la palme au Roy de Ligurie;
Mais vostre jugement n'a pas dequoy douter
Que le plus grand des deux ne la doive emporter,
Si bien que maintenant c'est à vous à connestre
Quel rang tient ce Pirate, au prix du Roy mon Maistre.
DORANTE .
Je sçay quel est son rang, & quel celuy du Roy;
Mais je suis obligé de luy garder la foy.
ERPHORE .
Mais la raison d'Estat vous deffend de le faire.
DORANTE .
Mais celle de l'honneur m'ordonne le contraire,
Et d'autant que l'honneur m'est plus cher que le bien,
Je le suy sans reserve & sans crainte de rien.
ERPHORE .
Vous estiez en prison alors que vous promistes,
Et vostre liberté deffait ce que vous fistes.
DORANTE .
Je luy promis ma sœur dans ma captivité;
Mais rien ne m'y força que sa civilité,
Et croyant que possible il éprouvoit la mienne,
Je luy donnay la foy qu'il faut que je luy tienne:
Il est vray j'en fis trop, mais puisque je l'ay fait,
Telle qu'est ma promesse elle aura son effait.
ERPHORE .
Pourquoy donc recevoir la parole d'un autre,
Puisque le grand Corsaire avoit desja la vostre?
DORANTE .
Avant qu'à cette amour le Roy fut embarqué,
Il avoit sceu la chose & s'en estoit mocqué;
Dorante, me dit-il, cette galanterie
Ne doit pas arrester un Roy de Ligurie;
C'est un trait de Pirate aussi vain qu'indiscret,
Et, si vous m'en croyez vous le tiendrez secret:
Je le creus, & ma sœur ne vient que de l'apprendre
Par mon commandement, & la bouche d'Evandre.
ERPHORE .
Ce pretexte de foy me semble un peu leger;
Car ou vous nous trompiez, ou sans ce messager
Nostre hymen dans huict jours estoit prest à ce faire.
DORANTE .
Je l'advoüe.