Mémoires amnésiques
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§ 34
Au chalet de Gabriel.
— Alors Grégory, qu’as-tu trouvé ? interrogea Brody qui affichait un air
tendu.
— Son ancienne adresse en France.
— C’est tout ?
— Oui, mais je me suis demandé pourquoi elle l’avait écrite. Elle se
rappelle forcément où elle a habité et saurait y retourner sans avoir eu à en noter les coordonnées. Vous ne trouvez pas ça bizarre vous ?
— Oui, c’est vrai.
Brody fronça les sourcils.
— Quoi d’autre ?
— Rien. Pas même un article de magazine parlant d’expériences médicales
ou autre.
— Pourquoi parles-tu d’expériences médicales ? interrogea Gabriel. Brody fit un signe à Sofia.
— Catherine Wayne est victime d’une machination qui a pour origine des
manipulations génétiques. Je vais essayer d’être claire...
— Ouais, c’est toujours mieux... argua Grégory. — Nous tenons les informations d’Interpol, donc, ce que je vais vous dire
est top secret. Un groupe éminent de chirurgiens ainsi que plusieurs laboratoires d’expériences génétiques détenus par des privés se sont lancés, il y a trente-cinq ans, dans une aventure folle. Cela, sans se soucier des Droits de l’Homme bien sûr.
Sofia appuya sur ses mots.
— Vous n’êtes pas sans connaître l’émergence des nanotechnologies ? Sofia scrutait les réactions de Gabriel et Grégory. — Donne quand même quelques explications. On a besoin de réviser, dit
Grégory.
Gabriel resta muet, très concentré.
— Les nanotechnologies sont le monde microscopique. Un nanomètre
équivaut à un mètre divisé par un milliard. Pour vous donner une idée de sa petitesse, un virus mesure quelques dizaines, voire pour certains plusieurs centaines de nanomètres.
— Viens-en au fait...
Gabriel était agacé.
Brody esquissa un mouvement de main, lui indiquant de ne pas se
précipiter. Sofia continua :
— Bref ! La découverte des nanotechnologies a apporté beaucoup à notre
monde dans divers domaines. Notamment celui de la médecine. Les chercheurs savent aujourd’hui manipuler l’ADN à l’échelle nanométrique. Ils ont ainsi créé de nouveaux médicaments capables de soigner sans intervention chirurgicale. Et là, nous arrivons à Catherine Wayne...
Sofia échangea un regard de connivence avec Brody. — D’après Interpol, mais ils ne sont même pas sûrs du chiffre, une
centaine de personnes fait l’objet d’une expérience tout à fait particulière depuis trente-cinq ans. Des nanoboîtes contenant des informations leur ont été injectées dans le cerveau. Ensuite, ces personnes ont été placées en famille d’accueil, certainement grassement rémunérées, pour ne jamais révéler qu’il ne s’agissait pas de leur enfant...
— Des gens avides ou des désespérés qui en avaient marre d’attendre le
bon vouloir des services d’adoption, prononça Brody d’un air dépité.
— Si tu pouvais revenir à notre Catherine... demanda Gabriel. — J’y viens. En fait, c’est très simple. Catherine Wayne est une des
implantées.
Sofia laissa planer un silence, alors que Grégory émit un sifflement et que
Gabriel écarquilla les yeux comme pour digérer l’information calmement. Tous les trois se tournèrent vers Brody et c’est Grégory qui parla :
— Bon... Quelles sont les directives ?
— Avant tout, protéger Wayne. Mais en étant prudents. On ne sait pas
encore de quel côté elle est.
— Mais elle est implantée, donc elle est forcément du bon côté. — Pas sûr Grégory. N’oublie pas qu’ils la manipulent de l’intérieur. Brody pointa un index sur sa tempe.
— Mais quels sont les ordres que les implantés reçoivent à distance ? Gabriel avait devancé son frère cette fois.
— Le problème est que nous n’en savons rien. Mais d’après l’enquête
Interpol, nous pouvons imaginer qu’ils ont mis dans ces nanoboîtes toutes sortes de directives sur de multiples thèmes et que selon les cas, ils déclenchent telles ou telles serrures.
— De quoi s’agit-il ?
Gregory s’adressa à Sofia qui s’empressa de donner des explications.
— Grégory, il s’agit de la manipulation des masses ; de l’effacement du
facteur humain ou plus précisément de son contrôle, afin de diriger un maximum de personnes comme ils veulent et avoir le monde à leurs pieds.
— Mais c’est de la totale fiction ! Jamais ils ne pourront implanter tout le
monde ! s’énerva Grégory.
— En tout cas, ils s’y préparent, dit Brody gravement. — Ce sont des fous, rien de plus ! continua Grégory sur le même ton. — Oui, mais des fous intelligents Grégory, qui n’ont ni morale ni scrupule.
Des aliénés prêts à tout pour parvenir à leurs objectifs de contrôler l’humanité un jour. Des idéalistes. Autant dire, des gens dangereux. Il n’y a pas un instant à perdre. On se revoit dans vingt-quatre heures.
Brody se leva aussitôt et s’en alla en faisant déraper les pneus de son 4x4
qui soulevèrent un nuage de poussière dans la clairière paisible au bord du lac.
Sofia, Grégory et Gabriel étaient sur la terrasse, bras croisés, pensifs et
inquiets.
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