Mémoires amnésiques

Myriam Salomon-Ponzo · Chapitre 2 sur 46

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Mémoires amnésiques

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Catherine se rendit dans le garage personnel de leur villa de Saint-Paul où

étaient parquées sa Cooper blanche et la Jaguar bleu-marine de Stephen. Catherine avait expressément formulé le désir de sortir elle-même sa voiture, sans avoir recours à leur employé attitré à cet effet.

Stephen lui avait offert la Cooper pour son anniversaire en janvier. Cela lui

avait semblé vraiment excessif, mais Stephen ne comptait jamais pour les cadeaux qu’il lui faisait. Catherine s’était sentie gênée à la vue du véhicule de luxe, puis avait ri. Cependant, elle avait voulu garder sa petite panda 4x4 couleur vanille pour ses déplacements entre amies. Et puis disait-elle :

— Cela attire moins l’attention des voleurs et pour aller à la plage, c’est

largement suffisant !

Sur ce point, Stephen lui avait suggéré de fréquenter les espaces privés,

puisqu’elle pouvait se le permettre désormais. C’était d’ailleurs ce qu’ils faisaient lorsqu’ils sortaient ensemble. Stephen aimait la plage du Majestic à Cannes. Mais Catherine avait besoin de sa liberté et continuait à aller dans les endroits publics qu’elle trouvait bien moins guindés et plus agréables. Chose qu’elle s’était gardée de dire à Stephen pour ne pas le froisser. C’était un tout petit mensonge, pas très grave à ses yeux et cela évitait bien des discussions sur un sujet que Stephen ne pouvait pas comprendre. Il vivait depuis si longtemps dans le luxe et la démesure qu’il ne connaissait plus la simplicité.

Quelquefois, Catherine arrivait à l’emmener dans des restaurants modestes

ou des lieux vides de foule et d’attraits confortables au sens où l’entendait Stephen.

Ce dernier acceptait ce petit jeu, comme il disait, pour faire plaisir à

Catherine, même si elle sentait bien qu’il n’était pas toujours à son aise. Elle appréciait le fait qu’il fasse cet effort pour elle.

Catherine traversa le garage en caressant du bout des doigts la Cooper : «

Ce n’est pas toi qui sors aujourd’hui ! »

Elle ouvrit une porte intermédiaire et se retrouva dans une seconde remise

plus petite où se trouvait la Panda. Elle n’osait l’avouer à Stephen, mais lorsqu’elle la conduisait, elle ressentait un coup de jeune, bien qu’elle n’ait que trente-cinq ans et soit très belle avec sa chevelure blonde et ses boucles naturelles qui retombaient sur ses épaules, la taille fine sans être de guêpe, des jambes élancées et des seins pommelés biens soutenus d’un joli quatre-vingt-dix. Elle n’arrivait pas à expliquer cette sensation, qu’en prenant son ancien véhicule, une bouffée d’air frais la submergeait.

« Comme au bon vieux temps » se surprenait-elle souvent à penser. Ce

sentiment étrange l’étonnait d’autant plus, qu’elle était très amoureuse de Stephen et que sa nouvelle vie lui convenait tout de même en grande partie.

Mais depuis quelques semaines, Stephen était devenu un peu agressif et

tendu. Or, Catherine ne l’avait encore jamais vu sous cet aspect. Cela l’avait mise dans un état de doute qui l’angoissait, peu à peu davantage chaque jour.

Tout avait commencé dix jours auparavant, alors qu’il était au téléphone.

Catherine était entrée dans son bureau sans prévenir et avait saisi quelques bribes de paroles assez confuses : « Ne vous inquiétez pas, j’ai la situation bien en main. Le sujet ne se doute absolument de rien... Veuillez m’excuser, je dois raccrocher. Catherine ! Tu es splendide ce matin ! »

Wayne avait contourné le bureau à la vitesse de l’éclair, se dirigeant vers sa

femme bras ouverts.

Catherine avait noté, à quel point, Stephen avait mis un certain

empressement à mettre fin à sa discussion lors de son arrivée.

— Ce n’était pas la peine de raccrocher Chéri, je pouvais bien attendre

quelques minutes.

— Oh, je n’aime pas t’ennuyer avec mon métier. Tu sais, c’est si peu

agréable...

— De quel genre d’opération s’agit-il cette fois ? — C’est... compliqué... Je préfère ne pas en parler... — Tu sais, je suis ta femme, tu peux tout me confier... — Cesse de poser des questions pour lesquelles tu n’entendrais rien aux

réponses ! avait subitement dit, de manière glaciale, Wayne en se dégageant de l’étreinte de Catherine.

La jeune femme était restée interdite. Wayne s’était ravisé aussitôt. — Oh je suis désolé mon amour ! Viens ! Il l’avait prise dans ses bras le

plus affectueusement possible. Ne m’en veux pas, s’il te plaît. Ce boulot est si stressant... Mais je l’aime, tu comprends. Tous les jours, nous sauvons des vies... Seulement, parfois, nous échouons... Dans ce cas-là, rien n’est sûr. C’est pour cela que je suis un peu ailleurs ces jours-ci.

Et en lui caressant la joue de l’index, il avait ajouté : — Je ne voudrais pour rien au monde gâcher ce joli sourire.

Catherine était restée muette, encore sous le choc de la transformation

soudaine de son époux.

— Que dirais-tu d’aller boire un verre sur la plage ce soir, les pieds dans

l’eau ? Juste toi, moi et les vagues.

Catherine s’était calmée un peu, bien qu’encore un peu effrayée. Elle s’était redressée et avait tenté d’oublier ce fâcheux épisode, du moins

en apparence.

— Oui. C’est une excellente idée ! Je vais même dire au cuisinier de nous

préparer un pique-nique. Bon, je te laisse travailler, je n’aurais jamais dû te déranger.

— Ce n’est rien. À ce soir.

Il avait semblé à Catherine que son sourire était empreint d’un poison dont

elle ne connaissait l’origine et qui l’avait remplie d’effroi. Elle s’était appliquée à marcher normalement vers la porte pour partir et avait lancé un dernier regard langoureux à Wayne avant de refermer et de se laisser aller à la peur.

La peur. C’était bien elle qui l’avait envahie quand Wayne avait changé de

ton et l’avait regardée si durement qu’elle aurait pu croire qu’il était possédé tant elle avait eu, en face d’elle, un homme si différent de celui qu’elle avait épousé.

Mais qui avait-elle épousé justement ?

Les choses s’étaient passées si vite. En six mois, elle avait rencontré

Stephen au Rialto de Nice, un dimanche, l’avait revu six fois et il lui avait fait sa demande. Sans même réfléchir, au grand dam de sa mère, elle avait accepté. Depuis, tout s’était déroulé comme dans un rêve et aucune question n’était venue s’interposer dans ses réflexions.

Or, à cet instant précis, Catherine s’était mise à s’interroger sur la réelle

nature de Stephen et sur ses mystérieuses rencontres au bord de la piscine avec ces hommes aux accents russes.

Catherine, tout en repensant à la scène du téléphone, démarra la Panda et

actionna le boîtier qui commandait le système automatique du garage. Elle sortit tout doucement et descendit l’allée jusqu’au grand portail opaque noir qui s’ouvrit, avant même qu’elle ne se soit arrêtée devant ; ce qui lui donna l’impression désagréable d’être espionnée. Elle jeta un oeil dans le rétroviseur : personne.

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