Noa Noa

Paul Gauguin · Chapitre 10 sur 32

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Noa Noa

Tupapaüs

Et toute l'Ile, sur les rivages, au bruit Du vivo, des chansons, des rires assemblée, S'agite, folle, bavarde, bariolée,—Les femmes, le tiaré à l'oreille, les plis Du paréo tendus sur leurs reins assouplis, Le torse libre, aux tons de bronze et de bitume,—Et la mourante ardeur du couchant se rallume Aux brusques éclairs d'or qui sillonnent leur chair.

Le vent de l'éternel été s'endort dans l'air Vespéral. Le soleil, vieilli, vaincu, recule Devant la jeune lune au bord du crépuscule Se dressant, radieuse, et leurs feux, un moment, Sur la crête des flots qui dansent, mollement S'entrebaisent—et sur la tête solitaire De l'Aroraï, temple et sommet de la terre, D'où le rideau des bois dérobe à tous les yeux La gloire, la douleur et le secret des Dieux._

 

TUPAPAÜS

 

_Dans la nuit du monde

En gémissant

Les Tupapaüs font des rondes

En gémissant

Et leurs yeux sont rouges du sang

Des innocents.

Ouh ouh ouh

Les Tupapaüs

Aux yeux fous

Quand on dort

Ils entrent dans les cases

Sans ouvrir les portes

Et ce sont des morts

Qui parlent à voix basse

Et des mortes

A voix d'épouvante,

A voix basse,

Morts amoureux des vivantes

Qui laissent les filles lasses,

Mortes affamées

D'être aimées,

Qui laissent les garçons pâmés.

Ouh ouh ouh

Les Tupapaüs

Et ce sont dans la nuit d'orage

—Malheur à nous si tu les nommes!—

Les Indicibles des vieux âges

Qui viennent torturer les hommes

Impies,

Les Ineffables des époques accomplies,

Avec de grands visages roux,

Les orbites pleines de flammes,

Les dents longues comme des rames,

Et la foudre dit leur courroux:

Mais pour eux, ils ne parlent pas.

La Peur

Avertit qu'ils sont là

Et les montre,