Noa Noa
Vivo du Matin
La lune insidieuse et confidentielle rit à travers les bambous bien alignés de ma case, Hina, la lune! et rythme aux caprices de sa clarté la musique, là bas, qui me vient du rivage, et l'on dirait—ces bambous, la lune—dans la nuit pleine de souvenirs, dans le silence, l'instrument et la mélodie.
Dans le silence tous deux, près et loin, mon coeur et le vivo chantent.
Ah! ce n'est pas un passant qui chante au loin sur le vivo sa chanson: c'est mon coeur! C'est mon coeur qui se souvient au clair de la lune, au clair de la lune qui filtre à travers les bambous de ma case sa clarté mélodique, accompagnement des mots autrefois dits et des danses dansées.
En moi tous deux, mon coeur et le vivo chantent.
Mais que s'en aille loin de moi mon coeur vers la mer, et que les souvenirs cèdent aux espérances vers la mer dont les bruits autour de l'Ile sont les murs bénis, impénétrables, de mon exil, et que je tende mes mains à l'espace plein de promesses!
Loin tous deux, loin tous deux, mon coeur et le vivo chantent.
VIVO DU MATIN
_Chante, vivo tahitien, Chante la chanson du matin! Chante gaîment, c'est chanter bien.
Ma vahiné, dans les bois,
Comme l'arbre frémissant,
Avec l'aube dans les bois
J'irai chanter en dansant.
Chante, vivo tahitien!
Puis, sur le bord de la mer,
Comme les flots agités,
Puis, sur le bord de la mer
En dansant j'irai chanter.
Chante la chanson du matin!
Tu crois dormir et je vois
Tes yeux briller dans les fleurs.
Tu crois dormir et je vois
Tes dents luire sur les flots.
Chante gaîment, c'est chanter bien!
Viens, je chanterai pour toi
Des chants clairs comme le jour.
Viens! je danserai pour toi
La douce danse d'amour.
Chante, vivo tahitien!
A l'ombre des pandanus
Tu sais qu'il est bon d'aimer,
A l'ombre des pandanus
Et sur le bord de la mer._