Noa Noa

Paul Gauguin · Chapitre 20 sur 32

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Noa Noa

Chapitre II

Par elle, on touche à l'éternel, qui n'a pas d'avenir,—et par cette science de joie et d'amour qui fleurit dans tes jardins, ô Terre Délicieuse, j'ai connu le bonheur et je me suis guéri du mal occidental d'espérer.

 

II

 

_C'est printemps! C'est matin! C'est fête!

Viens! Que fais-tu, songeur, seul au seuil de ta porte!

—J'écoute chanter dans ma tête

Le refrain d'une chanson morte.

Plus de lumière, plus de bruit.

Ferme les yeux: le ciel est tout de noir tendu.

—Non! je vois luire dans la nuit

Le reflet d'un rayon perdu.

Dans mes yeux et dans ma pensée

La trace n'est pas effacée

De la grande aurore passée.

Sur les vagues et dans le vent

Plus haut que la voix des vivants

La voix des morts vibre souvent.

Flots, ô forêts, ô fleurs folles d'être vivantes, Vous êtes l'épanouissement du passé. L'épanouissement des germes entassés

Dans les profondeurs des tombes ferventes.

Et toi, race dorée, ô radieuse encore!