Nuits macabres (French Edition)
Onzième Chapitre
Il aura suffi d’un klaxon de voiture pour l’émerger de son sommeil. Lui qui devait mettre la sonnerie de son téléphone au maximum pour être certain de se réveiller. Mais Benjamin savait pertinemment que cette enquête commençait sérieusement à le tracasser pour troubler ainsi un repos bien mérité. D’abord par ses multiples incohérences et des preuves pour le moins douteuses, mais également cette étrange présence qui ne cessait de le hanter sur les lieux du crime.
Il s’assit sur le bord du lit et guetta l’heure sur sa montre. Midi trente. A peine trois heures de sommeil. C’était peu, mais il avait appris à s’en contenter avec son travail. Son regard glissa sur le cadre, posé sur la table de nuit, où l’on pouvait voir ses parents, tendrement enlacés. Une photo prise quelques semaines avant leur tragique accident. Une voiture, conduite par un homme complètement ivre, qui roulait trop vite et à contresens sur l’autoroute. Quatre personnes furent fauchées ce jour là. Ses parents et les occupants de la voiture derrière eux, une mère et sa fille.
Benjamin se frotta énergiquement le visage. Ce n’était pas le moment de s’ankyloser dans les souvenirs. Cela ne lui avait jamais rien apporté de positif et il se devait de garder l’esprit clair pour son enquête. Le jeune homme se leva d’un bond et pénétra dans la salle de bains. A l’étage du dessous, on pouvait entendre le bruit de casseroles, de verres et d’assiettes. Antoine préparait certainement le repas. A cette pensée, l’estomac de Benjamin cria famine.
Quelques minutes plus tard, douché et rasé de près, il descendit les escaliers en bois et dut se pencher pour éviter la voûte. Et dire qu’à douze ans, il s’était amusé à sauter des marches pour l’atteindre. Dans la cuisine, Antoine faisait frire deux côtes de porc saupoudrées d’épices. Des salsifis beurrés attendaient sagement dans un plat, posé à côté de l’assiette à fromage.
– Je bouscule tes habitudes, observa le jeune homme en s’appuyant contre le chambranle de la porte, à cette heure, tu as déjà mangé.
– Penses-tu ! Il m’arrive de louper le repas de midi.
Comme son petit-fils ne releva pas, Antoine se retourna sur lui, une petite moue fautive sur les lèvres. Le jeune homme le dévisageait d’un air réprobateur.
– Je m’endors devant ces émissions soporifiques qu’on nous sert sur le câble, se défendit-il avant de reporter son attention sur la poêle, mais ne t’inquiète pas. Je ne me laisse pas abattre.
Benjamin contempla la frêle silhouette de son grand-père. Pour un homme qui avait été presque aussi grand que lui dans sa folle jeunesse, il ne restait pas grand-chose de cette belle allure qu’il affichait sur les cadres. Désormais, il était voûté et ses vêtements lui donnaient plus d’ampleur qu’il n’y paraissait.
– Je suis certain que tu te négliges autant que moi, avança le vieil homme en déposant une côte, encore frétillante, dans chaque assiette.
Loin d’avoir envie de débattre sur le sujet, d’autant que son grand-père n’hésiterait pas à y inclure Carine, le jeune homme préféra s’attarder sur la viande fumante qui lui titillait les narines. Ils attaquèrent leur repas en parlant de tout et de rien, appréciant ce moment de détente à sa juste valeur.
Une fois les assiettes vides, Benjamin se leva et entreprit de débarrasser la table. Il mit le tout dans le lave-vaisselle. Une commodité qu’il pensait utile pour son grand-père, tout comme la pièce attenante au salon, transformée en chambre, flanquée d’une salle de bains, parce que le vieil homme ne pouvait plus se permettre de monter les escaliers. Pendant ce temps, Antoine servait deux cafés serrés comme ils les aimaient tous les deux.
– Dis-moi ! Est-ce que tu as déjà eu la sensation d’être espionné ? Finit par lui demander Benjamin, toujours intrigué par ces sensations indéfinissables qui l’assaillaient depuis la veille.
– Tout le temps ! Dès que j’ouvre mes volets, madame Martin est planquée derrière ses rideaux. Elle aimerait bien voir ce qui se passe ici. Et c’est le même cinéma quand Nathalie vient faire le ménage. C’est une vraie commère !
Devant le regard offusqué de son grand-père, le jeune homme ne put réprimer un sourire affectueux.
– J’ai dit quelque chose de drôle ? S’étonna Antoine.
– Non, en fait, ce n’était pas vraiment le sens de ma question, confessa Benjamin, d’un air amusé.
– Mais de quoi parles-tu alors ?
– Ce n’est pas important, soupira le jeune homme, avant d’avaler une gorgée de café, ça doit certainement être la fatigue.
Antoine laissa échapper un léger soupir. Il sucra sa tasse et posa un coude sur la table, sans lâcher son petit-fils du regard.
– Tu sais que ta méthode d’intimidation ne marche plus depuis un moment ? Lui rappela gentiment Benjamin.
– Oh, je suppose que tu en as adopté des biens plus efficaces pour faire craquer les malfrats que tu arrêtes, allégua le plus âgé, mais je ne te lâcherai pas tant que tu ne m’auras pas expliqué de quoi il retourne.
Devant l’obstination de son grand-père, le jeune homme se mit à rire de bonne grâce.
– Très bien, capitula-t-il en reprenant un peu de sérieux, quand je dis espionné, c’était plus dans le sens observé. Je parle d’une présence. Comme si quelqu’un se tenait juste devant moi, mais je ne le vois pas.
Antoine fit mine de réfléchir, fronçant ses sourcils grisonnants.
– Non, jamais ça m’est arrivé, confia-t-il d’un air inquiet, je crois que tu as raison, c’est sûrement la fatigue. Tu devrais prendre des vacances. Je n’arrête pas de te le répéter.
– Pour le moment, ce n’est pas prévu au programme, soupira Benjamin, en jetant un bref regard sur le journal.
Il fut tenté de lire l’article dont Jacob lui avait parlé quand son téléphone vibra sur la table. Le prénom Carine s’afficha sur le cadran et le jeune homme se contenta de refuser une énième fois l’appel sous le regard ahuri de son grand-père.
– Tu veux bien me dire ce qu’il s’est passé pour que tu sois autant remonté contre elle. Je vois bien que tu es en colère.
– Ecoute ! Je ne…
– S’il te plaît, insista Antoine, donne-moi des explications et je ne t’embêterai plus avec ce sujet.
Une proposition bien tentante que Benjamin ne comptait pas laisser filer, sachant que son grand-père était un homme de parole. Le jeune homme se laissa aller contre le dossier de sa chaise et toussota légèrement comme pour s’éclaircir la voir.
– Une semaine avant notre rupture, Carine pensait qu’elle était peut-être enceinte. J’étais visiblement le seul à m’en réjouir. J’ai pourtant tout fait pour la rassurer, lui dire que ce n’était pas une mauvaise chose que d’avoir un enfant. Maintenant que son salon de coiffure était bien lancé, elle pouvait se permettre de penser à sa vie privée. Elle a commencé à me sortir un speech comme quoi elle n’était pas prête, que si elle devait avoir un enfant, il fallait mettre certaines choses en ordre. Ensuite, elle m’a reproché d’être trop obnubilé par mon boulot. Elle voulait un homme constamment à ses côtés. Pour elle, c’était primordial pour être un bon père. Elle m’a donc posé un ultimatum. Si le test de grossesse était positif, soit je quittais la police, soit elle mettait un terme à notre relation.
Il marqua une courte pause, le temps d’avaler une gorgée de café, puis repoussa la tasse d’un air blasé.
– Le test s’est avéré négatif, poursuivit-il avec une moue de dégoût et Carine voulait reprendre la vie comme si rien n’était arrivé. Seulement, je ne pouvais pas. Pas après m’avoir sorti tous ces reproches. Alors, j’ai décidé de rompre.
– Oh pétard ! Je ne pensais pas que…
– Je suis bien mieux célibataire, crois-moi ! Coupa Benjamin d’un ton qui se voulait convaincant.
Il agita le bras d’un air évasif comme pour passer à autre chose puis s’efforça de sourire. La rupture en elle-même ne l’affectait pas plus qu’il le pensait au départ. Ce qui le perturbait davantage était que Carine ait pu avoir raison. Etait-il capable d’être un bon père avec un métier aussi accaparant que le sien ?
– N’y pense même pas une seconde ! Pesta gentiment Antoine, comme s’il lisait en lui, je ne permettrai à personne de dire que tu ne seras jamais un bon père. Que cela vienne de Carine ou de quelqu’un d’autre !
Visiblement soulagé d’en avoir terminé avec le chapitre Carine, le jeune homme semblait toujours fasciné par l’aisance avec laquelle son grand-père rebondissait, agissant toujours en bon protecteur qu’il était pour lui.
Le silence qui régnait dans la petite demeure fut brisé par un bruit sourd. Quelqu’un frappait à la porte.
– J’y vais, fit Benjamin en joignant le geste à la parole.
Il traversa le salon à grandes enjambées et ouvrit la porte d’entrée où l’on pouvait apercevoir une fine silhouette à travers la vitre épaisse. Sur le palier se trouvait une jeune femme aux cheveux lisses et auburn. Elle lui adressa un regard confus tout en reculant pour vérifier le nom sur la boîte aux lettres.
– C’est pour quoi ?
– Oh, j’ai dû me tromper, grimaça-t-elle en regardant autour d’elle, je cherche Antoine Delavaut.
– C’est bien ici, confirma Benjamin, je peux vous aider ?
Elle cilla des paupières, apparemment étonnée, puis, d’un geste embarrassé, ne sachant pas par quoi commencer, forçant son sac à main à demeurer sur le cuir mouillé de son blouson. Le jeune homme entendit les pas traînants de son grand-père derrière lui.
– Léa ? S’étonna-t-il, que faites-vous là ?
La jeune étudiante qui était descendue dans la crypte avec deux autres, pensa Benjamin. Celle qui avait laissé un message sur le répondeur de son grand-père. Il fronça les sourcils, tout en scrutant la jeune femme. A première vue, elle ne ressemblait pas à une journaliste en devenir. Elle ne reflétait pas l’image qu’il s’en faisait, du moins d’après celles qu’il avait déjà croisées par le biais de son travail.
– Qu’est-ce qui vous amène à Toul ? S’enquit le vieil homme, visiblement ravi de la revoir.
– Je voulais m’assurer que vous alliez bien, avoua d’emblée Léa.
– En voilà une idée ! Pourquoi irais-je mal ?
– Oui, pourquoi irait-il mal ? Persista Benjamin d’un ton presque soupçonneux.
Léa eut la désagréable sensation d’être jugée par le plus jeune. Elle n’aurait su dire pourquoi il la mettait mal à l’aise.
– Oh, mais vous êtes toute trempée ! Entrez donc ! Proposa Antoine, en cédant le passage.
Benjamin, quant à lui, refusa de bouger davantage. Quelles que soient les raisons qui avaient poussé cette femme à revenir à Toul, il pensa à juste titre qu’elles ne devaient pas être totalement honorables. Léa dut se frayer timidement un passage entre l’embrasure de la porte et la haute silhouette qui prenait le reste de l’espace.
– Je manque à tous mes devoirs, s’exclama Antoine, je vous présente mon petit-fils, Benjamin. Benjamin, Léa est la jeune femme qui m’a laissé…
– Un message sur le répondeur, finit le jeune homme sans lâcher Léa du regard, j’avais compris.
Si le courant était passé dès la première minute avec le vieil homme, ce n’était pas du tout le cas avec le petit-fils qui semblait de nature plus méfiante. Elle se sentait comme une intruse. Aussi, Léa décida-t-elle de tout expliquer à Antoine sans trop s’attarder.
– Vous êtes frigorifiée, remarqua celui-ci en l’aidant à retirer son blouson, c’est le plus gros défaut de cette ville. Le temps est capricieux. Venez-vous asseoir par ici.
La jeune femme se laissa guider jusqu’à un fauteuil confortable. Ensuite Antoine posa délicatement la veste trempée sur le dossier d’une chaise, près d’un radiateur, pour la faire sécher. Il ne pouvait pas être plus juste. Ce vendredi même, les gens étaient installés à la terrasse des cafés à profiter des derniers rayons du soleil. Le dimanche, la pluie mouillait le bitume et un vent glacial s’était levé, s’engouffrant partout.
– Benjamin ! Tu veux bien préparer une boisson chaude pour notre invitée.
Le concerné manifesta son exaspération d’un soupir bien marqué et fonça vers la cuisine en marmonnant quelques mots à peine audibles.
– Il a l’air bourru comme ça, mais c’est un bon garçon, sourit Antoine en prenant place en face de la jeune femme. Alors, que vouliez-vous me dire de si important ?
– Je tenais d’abord à m’excuser, confia Léa, profitant d’être seule avec le vieil homme quelques secondes, la Chapelle des évêques était votre jardin secret et la crypte, bien plus encore. J’aurais dû insister pour que les garçons n’y pénètrent pas, mais la curiosité a été la plus forte.
– Vous êtes restée avec moi pendant que ces deux couillons faisaient je ne sais quoi en bas, lui rappela Antoine, et puis, j’ai ma part de responsabilité. Je n’étais pas obligé de les laisser faire.
– Je pense que vous vouliez les voir profiter des lieux puisque vous ne pouviez plus vous y rendre, comprit la jeune femme, c’est en partie pour cette raison que je suis ici. J’avais peur que vous ayez eu l’idée de descendre dans la crypte tout seul.
Benjamin revint de la cuisine avec un mug, rempli de café fumant qu’il posa sur la table basse.
– Pourquoi vos amis ne sont-ils pas avec vous ? S’enquit-il en s’installant dans le canapé, si je comprends bien, c’est plutôt à eux de faire des excuses, non ?
Ainsi, il avait tout entendu. Pourtant, elle avait chuchoté, ce qui avait amusé Antoine.
– Lucas voulait m’accompagner, mais Jeffrey est tombé malade. Je pense que sa place est auprès de son frère.
La réponse sembla suffire au jeune homme qui étira ses longues jambes tout en croisant les bras devant lui.
– Donc, vous vouliez parler de ce qui s’est réellement passé en bas. C’est bien ça ? Et comment savoir si vos amis ne vous ont pas menti à vous aussi ?
– Ils ont bien des défauts, je vous l’accorde, mais ils ne m’ont jamais menti. En tout cas, pas Lucas.
Il la considéra d’un regard sceptique, mais Léa refusa de baisser les yeux devant les doutes auxquels il la condamnait sans la connaître. Ce fut Antoine qui intervint, toujours posé et calme face à la situation.
– Je propose que vous nous racontiez ce que vous savez et nous aviserons ensuite. Qu’en pensez-vous ?
La jeune femme hocha la tête en guise de réponse. Elle avala une gorgée du liquide chaud qui lui fit beaucoup de bien. Quelle idée d’avoir mis un simple tee-shirt sous un blouson à peine épais pour la saison ? Avec le plus de précisions possibles, elle relata les faits tels que les lui avait raconté Lucas, peut-être avec moins de verve et d’effroi puisqu’elle n’y avait pas assisté.
Benjamin se redressa lentement puis frotta négligemment le visage avec lassitude.
– Je ne voudrais pas vous blesser, mais il semblerait que vos amis aient un peu extrapolé la vérité. Un homme vêtu comme Robin des Bois…
Il laissa sa phrase en suspens, mais ce n’était pas la peine qu’il en dise plus.
– C’est impossible ! Contesta gentiment Antoine, quelque peu surpris par l’imagination débordante des jumeaux, je n’ai jamais vu la moindre personne dans la crypte et encore moins un animal dans l’eau. Mon grand-père nous y a emmenés dès que nous avons su marcher, mon frère et moi. Tout comme le sien avant nous. Cette crypte est un havre de paix. Une sorte de sanctuaire abandonné, comme le pensait mon père.
– Et si quelqu’un vous avait suivi, supposa Léa, pour ensuite vous observer. C’est possible !
– Comment aurait-il ouvert la crypte ? Les Allemands eux-mêmes n’ont pas réussi et Dieu seul sait qu’ils ont tout tenté. Ils avaient même dynamité les piliers de la cathédrale pour la détruire.
La jeune femme baissa les yeux sur sa tasse, réfutant l’idée même que Lucas ait pu lui mentir. Pourtant, Antoine semblait le mieux placé pour contrer son récit.
– De toute façon, nous serons fixés ce soir, trancha Benjamin, sortant Léa de ses pensées.
– Ne me dites pas… tous les deux ? Mais c’est dangereux ! S’affola la jeune femme en se tournant vers Antoine, et vos genoux ?
Aucun argument ne pouvait dissuader le vieil homme de descendre à nouveau dans la crypte. Lui qui pensait ne jamais y remettre les pieds n’allait pas passer à côté d’une telle opportunité. Il savait néanmoins qu’il s’agissait là de sa dernière visite en ces lieux.
– Benjamin sera mes jambes, en quelque sorte, et je serai ses yeux.
– Et si quelqu’un se trouve réellement dans la crypte, peu importe de quelle façon il a pu entrer, que ferez-vous ?
Elle les regarda tour à tour, attendant manifestement une réponse. Le jeune homme lui reconnaissait au moins une qualité, elle était tenace. Et surtout jolie. Son téléphone vibra sur la table de la cuisine. Benjamin se leva, espérant qu’il ne s’agissait pas d’une vaine tentative de Carine.
– Salut Jacob ! Que se passe-t-il ?
– « La réunion a été reportée à dix-sept heures, lui apprit d’emblée le commissaire, il y a eu un meurtre dans le secteur de la Croix de Metz. Du coup, tout le monde est sur les charbons ardents. »
– Un rapport avec notre enquête ?
– « Je ne crois pas. Une femme assassinée devant chez elle. Le mobile serait le vol. Cartes de crédit, sac à main volés. On l’a même dépouillée de son manteau et de ses chaussures. A croire que les malades se sont donné rendez-vous à Toul ! J’ai mis le capitaine Barrette et son équipe sur l’affaire. »
– Ça s’est passé où exactement ?
– « Bâtiment Les Goncourt, attends une minute ! Rue Louise Michel, pourquoi ? »
– Il y a eu cinq appels étranges cette nuit, dont un provenant du secteur Croix de Metz. Mais ce n’est pas au même endroit.
– « Quel rapport avec notre enquête ? »
– Probablement rien, mais les appels concernaient un fait similaire relaté par les Leroy.
– « Les témoins de cette nuit ? Alors oui, ça mérite de creuser un peu plus de ce côté-là, approuva Jacob, je te laisse le soin de t’en occuper. Donc, n’oublie pas ! Dix-sept heures. Déjà qu’une réunion le dimanche a fait grincer les dents de certains, ça va être une partie de plaisir. »
– Je prends note. Des nouvelles du docteur Hubert ?
– « Bah, vu comme c’est parti, il va avoir un peu plus de boulot que prévu, mais il m’a garanti que les résultats de l’autopsie seraient prêts pour la réunion. Ah et, hier, en appelant nos collègues de la Drôme, j’ai demandé à recevoir un double des rapports de leur enquête. J’ai envoyé le tout à Cabeza et Potier pour qu’ils comparent les morsures. »
– Espérons qu’ils auront du nouveau.
– « Je l’espère également, mon petit Ben. Et comme je veux mettre toutes les chances de notre côté, cette nuit, on recommence à patrouiller dans les rues. Si on peut mettre la main sur ces cinglés avant qu’ils ne s’en prennent à une autre victime, j’en serai le premier ravi. La brigade canine sera de la partie. Ton équipe et toi également. »
– Bien patron !
Comme à son habitude, Jacob baragouina ses éternelles recommandations avant de mettre un terme à la conversation. Contrarié par ce changement de programme, Benjamin ne pouvait pas annoncer à son grand-père que leur petite excursion à la crypte était remise au lendemain. Il jeta un bref regard vers le salon où le vieil homme semblait à l’aise avec Léa. Etait-il donc possible que cette jeune femme se soit attachée à Antoine ? En tout cas, elle ne feignait pas son inquiétude.
Sa montre affichait à peine deux heures. Réfléchissant à vive allure, Benjamin calcula le temps qu’il lui fallait pour aller dans la crypte, vérifier ce qui avait été endommagé, revenir chez son grand-père et ensuite appeler José. A deux, ils ne seraient jamais de trop pour rencontrer les cinq habitants qui avaient appelé le poste de police.
D’un pas décidé, il retourna au salon où Léa semblait un peu plus détendue qu’à son arrivée.
– Petit changement de programme, lança-t-il, en se dirigeant vers les escaliers qui menaient à l’étage, la réunion a été reportée et Jacob veut qu’on patrouille toute la nuit, donc je propose qu’on aille à la crypte tout de suite.
Pris au dépourvu, Antoine ne savait pas s’il devait s’en réjouir ou non. Le soir lui aurait permis de profiter pleinement de cette dernière visite. Finalement, l’excitation fut la plus forte.
– Oh, et bien, pourquoi pas ? Finit-il par dire en se levant difficilement.
Léa demeura pantoise quelques secondes.
– Votre petit-fils est flic… euh pardon, policier ? Rectifia-t-elle, confuse.
– Benjamin est lieutenant dans la police judiciaire, expliqua fièrement le vieil homme.
Le teint devenu soudainement blême, la jeune femme se demandait si elle avait bien agi en venant tout avouer à Antoine. Peut-être était-ce une grossière erreur ? Quand le jeune homme revint dans le salon, il portait un blouson qui ne lui donnait pas l’allure d’un policier. Mais quand il se pencha pour attraper son portable, elle aperçut nettement le holster d’épaule.
– Tout ce qui se rapporte à la crypte est une affaire de famille, observa Benjamin, qui avait remarqué la pâleur de son visage, cela ne regarde que les Delavaut. Pas la police.
Si Léa était rassurée sur ce fait, la présence d’une arme la mettait quelque peu mal à l’aise.
– Vous avez des doutes sur ce que je vous ai dit, mais vous emmenez quand même ceci, déclara-t-elle en désignant la crosse du revolver.
Il baissa les yeux sur son Sig Sauer puis reporta son attention sur la jeune femme.
– Prudence est mère de sûreté, c’est bien connu, avança-t-il, d’ailleurs, vous venez avec nous. Comme ça, vous pourrez aviser vos amis que tout est clean.
Antoine fut le premier à s’en réjouir. Quant à la jeune femme, à qui on n’avait pas demandé son avis, dissimula habilement la joie que lui procurait cette perspective inattendue.
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