Nuits macabres (French Edition)

Christelle Morize · Chapitre 8 sur 17

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Nuits macabres (French Edition)

Sixième Chapitre

 

 

Assis sur la grande marche du porche, Adragar affichait une mine soucieuse. L’extérieur, tel que le lui avait décrit son ami, bien que Jeratiah était loin de posséder une éloquence en la matière, commençait sérieusement à l’inquiéter. Le fait que les hommes aient pu instaurer une méthode nouvelle pour défendre leurs semblables, alors que le sort du petit peuple était rarement une préoccupation en haut lieu, ne le gênait pas en soi. Ce qui le perturbait était la croissance phénoménale des hommes. Ne sortant que la nuit, il avait été confronté aux nouvelles habitations, aux importants changements démographiques des lieux. La nuit, les hommes sortaient peu et, même s’il avait pu pressentir une augmentation considérable d’humains, jamais Adragar n’aurait pu imaginer une telle ampleur.

Tous ces bouleversements n’étaient en rien rassurants pour les deux combattants. Cela ne faisait malheureusement que conforter le sentiment de Jeratiah. Un nombre incalculable d’années s’était écoulé depuis leur léthargie forcée, cela ne faisait aucun doute. Combien de temps ? Et pourquoi les avait-on oubliés dans cette crypte ?

Quelque peu perdu, Adragar leva ses yeux perses vers son ami. Jeratiah conservait toujours cet air rembruni qui ne l’avait pas quitté depuis son retour. Il digérait difficilement cette longue journée en compagnie des humains, ainsi que le triste constat des pouvoirs que Michel avait consenti à lui laisser après l’avoir déchu. Ce ne devait être que provisoire, avait alors souligné Gabriel, en bon messager. Une fois la situation réglée, à savoir quand l’archange Michel viendrait en personne terrasser la démone de son épée, Jeratiah était attendu pour statuer de son sort et de son noble titre de combattant de Dieu pour avoir failli à sa mission, mais également pour avoir offert une infime partie de ses pouvoirs à un homme. Une des règles primordiales à ne jamais transgresser, même si ses intentions partaient d’un noble sentiment et avaient sauvé la vie de Gaspard.

Cependant, personne n’était revenu, laissant ainsi la crypte à l’abandon et les deux comparses, livrés à leur sort. Et l’inévitable s’était produit. Quelqu’un avait libéré la démone de sa prison. Privé de ses facultés les plus élémentaires, Jeratiah n’était plus en mesure de localiser le moindre démon, encore moins n’avait la prétention d’en affronter un. Sans l’aide des humains et du subterfuge dont ils avaient eu recours pour neutraliser le monstre, Jeratiah et Adragar demeuraient impuissants face à la situation.

– D’aussi loin que je m’en souvienne, l’homme a toujours persisté à laisser des traces de son passage sur terre, observa Jeratiah presqu’à lui-même, il doit bien avoir un lieu qui me permettrait d’en profiter.

– Pour ce faire, tu dois te matérialiser, lui rappela Adragar, les épaules affaissées de désespoir, avec cet affublement et ton épée, tu seras vite repéré et pris en chasse.

– Pas si j’agis la nuit, précisa Jeratiah en faisant mine de réfléchir, le problème est de savoir où. Peut-être devrais-je suivre ce lieutenant ?

Adragar leva un sourcil étonné vers son interlocuteur.

– Celui qui peut flairer ta présence ? Ce serait t’exposer davantage au danger, tu ne crois pas ?

– Nous ne pouvons pas laisser la démone tuer encore et encore, s’énerva d’emblée son ami, je n’apprécie pas beaucoup les humains, mais je ne peux décemment pas les regarder mourir sans rien faire.

– J’aurais aimé t’être plus utile, soupira l’homme dragon, mais je ne suis que le gardien du coffret maudit. Je serais incapable de la différencier quand elle est parmi eux et je ne peux pas la localiser dans sa forme originelle. Seulement quand elle mue.

Jeratiah laissa échapper un rire presque blasé.

– La sorcière qui t’a conçu devait avoir l’esprit bien tordu, lança-t-il d’un ton acerbe.

A peine les mots sortis de sa bouche qu’il les regrettait déjà. Il ferma les yeux quelques secondes, le temps de retrouver un semblant de calme avant de faire face à son ami.

– Excuse-moi. J’ai tendance à oublier que tu n’es en rien coupable des actes de cette vieille folle qui t’a donné la vie.

– Tu n’as pas à t’excuser. D’autant que nous avons déjà eu cette conversation quand nous nous sommes rencontrés et je crois d’ailleurs t’avoir précisé que j’étais entièrement d’accord avec toi.

Adragar se leva lentement, son corps massif dépassant le porche, puis observa machinalement ses mains griffues.

– Ma force, ma vue et mon odorat sont mes seuls atouts. Ils seront toujours à ton service sans aucune condition. Bien sûr, mon odorat n’est pas aussi affûté que fut le tien avant que Michel ne te prive de tes pouvoirs mais… Quelle que soit ta décision, je te suivrai.

– Rien ne t’oblige à rester, Adragar. La sorcière qui t’a lié à la boîte n’existe certainement plus depuis des lustres. Tu es donc libre.

– Humm ! Lâcha l’homme-dragon en grattant son menton carré, peut-être que si je n’étais pas doté d’une conscience, je fuirai cette vie, mais je n’oublie pas que tu as été le premier à m’accorder autant de confiance. Tu m’as également fait comprendre que j’étais bien plus qu’un simple gardien, moi qui avais pour habitude de faire fuir tous les hommes dont je croisais la route.

Ses ailes chiroptéennes s’étirèrent jusqu’à tendre la surface membraneuse puis revinrent lentement se réfugier derrière son dos.

– Dis-moi plutôt ce que tu as décidé pour attraper la démone, finit-il par demander, je suis prêt à sillonner les rues de la ville toute la nuit s’il le faut.

Son estomac grogna bruyamment dans la cavité. Embarrassé, Adragar posa une main sur son ventre en affichant une moue contrite.

– Enfin… après m’être restauré. Je n’ai rien mangeaillé depuis mon réveil. La tentation d’attraper du poisson dans la rivière m’a effleuré, mais la méfiance a été plus forte que la faim.

Devant l’air penaud du géant ailé, Jeratiah ne put réprimer un léger sourire.

– Je devrais pouvoir régler ce petit problème, laissa-t-il entendre en rabattant la capuche sur son visage.

– Pas trop petit, grimaça Adragar, visiblement affamé, et sois prudent, j’ai aperçu un second cours d’eau, plus à découvert que l’autre. Même sans lune, je ne m’y suis pas risqué.

– Je ne serai pas long. Ensuite, nous irons à la brune, proposa Jeratiah, à deux, ce sera plus facile de la repérer. Si nous ne sommes plus en mesure de la tuer, peut-être serait-il plus judicieux de la ralentir dans sa chasse et pourquoi pas l’affaiblir ?

Adragar hocha son crâne lisse d’un signe approbateur tandis que son ami disparaissait dans un nuage de poussière étincelante.

 

Dimanche 21 Septembre 2014

Rue des Etuves, Toul, deux heures trente du matin.

 

Descendant la rue d’un pas molasse, Stéphane Lafarge remonta le col de sa veste tout en tirant une dernière bouffée de sa cigarette. Ce fut sans l’éteindre qu’il envoya le mégot sur les pavés. A cette heure tardive, il pouvait au moins être certain de ne pas apercevoir la vieille Germaine derrière sa fenêtre. Celle-ci ne manquait jamais une occasion de le rappeler à l’ordre. Ce qui sera sûrement le cas à son retour, aux environs de midi.

Depuis qu’il occupait son appartement, rue Joly, il ne prenait presque plus sa voiture pour aller à la boulangerie où il bossait depuis quatre ans déjà. Faire des économies avait du bon pour sa santé, excepté les quelques quarante cigarettes qu’il grillait en une journée. Au moins, cette petite marche à la fraîche avait le mérite de le réveiller.

Stéphane jeta un bref regard autour de lui. Aucune lumière ne filtrait à travers les volets clos. Même le réverbère semblait peiner à éclairer la rue étroite. Il devait bien être le seul à se lever un dimanche pour que ces messieurs dames aient leur pain frais après une grasse matinée. Pour lui, ce serait pour demain, à moins que ses nouveaux voisins ne décident de percer des trous un peu partout dans les murs de leur appartement.

Il s’engagea dans le tunnel qui donnait sur la Place du Marché, encore plus sombre que d’habitude. Heureusement qu’il aimait son métier, sinon il serait resté volontiers sous la couette. Un léger bruit le sortit de ses pensées. Stéphane crut percevoir une ombre contre le mur. Loin d’être effrayé, d’autant qu’il savait se défendre, il ne changea pas le rythme flegmatique de ses pas. A l’entrée de l’hiver, les SDF cherchaient souvent un endroit tranquille pour roupiller. Quoique le tunnel ne les abritait pas toujours du vent et de l’humidité.

Quelle ne fut pas sa surprise quand il découvrit une jeune femme adossée contre le mur, une crinière rousse flamboyante encadrant un visage d’une beauté à couper le souffle.

– Que fais-tu là, ma belle ? Demanda Stéphane, toute seule et… toute nue.

Il faillit s’étrangler en prononçant les derniers mots. La jeune inconnue repoussa ses longs cheveux, laissant ainsi apparaître une poitrine généreuse.

– C’est mon jeu préféré, confia-t-elle d’un air provocateur.

Stéphane jeta un regard de chaque côté du tunnel, convaincu qu’on lui jouait une belle farce qui commençait à l’émoustiller dangereusement.

– C’est encore un mauvais tour d’Anthony, bafouilla-t-il, en évitant le corps nu de la belle étrangère, eh, c’est bon, mec ! Tu peux te montrer, je t’ai grillé.

La jeune femme fit un pas vers lui et posa un doigt sur sa bouche.

– Chut ! Je pourrais changer d’avis. Ce serait dommage pour toi, susurra-t-elle d’un ton plus que prometteur.

Sans attendre, elle commença à ouvrir sa veste, glissa ses bras menus entre les vêtements et se colla outrageusement contre lui. Au bord de l’explosion, Stéphane la plaqua contre le mur et céda à ses bas instincts. Une occasion comme celle-ci ne se présenterait pas deux fois. Aussi, se contenta-t-il de baisser son pantalon et de satisfaire la belle. Il se retrouva bien vite au sol, la jolie rousse le chevauchant avec furie jusqu’à lui offrir le plus bel orgasme qu’il n’ait jamais connu. Comblé, il prit le temps de reprendre un semblant de souffle.

– Mon Dieu, c’était vraiment quelque chose !

La jolie rousse, toujours assise sur lui, se pencha en avant et posa les mains sur les bras de son amant d’un soir. Ses longs cheveux retombèrent sur le visage de ce dernier, visiblement épuisé.

– Laisse Dieu en dehors de ça !

La voix, devenue caverneuse, fit sursauter le jeune homme de stupeur. Sa dernière vision fut le visage violacé d’un monstre au regard rouge sang, arborant un sourire carnassier dont les dents affûtées vinrent se planter dans la chair de son cou.

 

La sonnerie d’un portable résonna dans la pièce. Benjamin dut tâtonner plusieurs fois sur la petite table avant de mettre la main sur ce fichu téléphone. Sans regarder qui le dérangeait au beau milieu de la nuit, il colla l’appareil à son oreille et lâcha un « ouais » encore embrumé par la fatigue.

– « On a trouvé un autre corps. »

C’était du Jacob dans toute sa splendeur. Soit il prenait un malin plaisir à papoter de tout et de rien avant d’annoncer la couleur, soit il n’y allait pas par quatre chemins. S’il utilisait cette dernière méthode dans le but de sortir ses hommes de la douce torpeur de leur rêve, c’était un pari gagné. Benjamin se retrouva assis, frottant négligemment son visage.

– Quoi ! Où ça ?

– « Le tunnel de la Place du Marché. Je t’y rejoins dans une vingtaine de minutes. »

Après avoir acquiescé, le jeune homme se laissa aller contre le dossier du canapé. Il ne manquait plus qu’un tueur en série se soit installé dans la ville, rumina-t-il en repensant à la réunion qui s’était achevée tard dans la soirée. Il avait reçu un mail du docteur Hubert avec les résultats de l’autopsie. Même si la morsure dans le cou avait été fatale pour Thomas Verrier, celui-ci était encore en vie pendant que l’animal s’acharnait sur son corps. Pas longtemps certes, mais suffisamment pour souffrir le martyre. Une mort horrible, pensa Benjamin, non sans un léger frisson.

De leur côté, les agents de la police scientifique avait découvert des cheveux longs et roux dans la veste de la victime, appartenant à un sujet féminin. Benjamin ne tenait pas à s’emballer trop vite, même s’il persistait à croire qu’une tierce personne avait pris part à l’attaque. Comme la recherche ADN n’avait encore rien donné, une nouvelle enquête de voisinage était donc programmée pour le lendemain, ainsi qu’une autre entrevue avec la veuve. Thomas Verrier avait peut-être eu une maîtresse. Il ne fallait rien négliger.

D’autres analyses étaient encore en attente, comme les fluides corporels trouvés sur les lieux du crime et qui semblaient être un véritable casse-tête pour les ingénieurs de la scientifique. Quant à l’enfonçure étrange, Potier était catégorique. L’objet, qui avait creusé la pierre, était fait de bronze.

Perdu dans ses pensées, le jeune homme fut agressé par les lumières du lustre. Il laissa échapper un juron à peine audible avant d’apercevoir son grand-père dans son pyjama bordeaux sur le seuil de la porte.

– Mais que fais-tu sur le canapé ? Tu as une chambre, s’étonna le vieil homme sans masquer son étonnement.

Benjamin se redressa lentement puis massa ses tempes douloureuses.

– Oui, oui, je sais, bafouilla-t-il, je me suis juste assis, le temps de boire un café… je n’ai rien vu venir. Désolé de t’avoir réveillé. Si je ne mets pas la sonnerie de mon téléphone à fond, je ne l’entends pas.

Il esquissa un léger sourire en guise d’excuse.

– Oh, te fais pas de bile pour ça. Je me lève au moins deux fois par nuit. Quand tu auras mon âge, tu n’auras plus besoin de téléphone. Ta vessie sera plus efficace, crois-moi.

Antoine traîna les pieds sur le plancher puis s’arrêta devant le couloir qui menait aux toilettes. Une certaine inquiétude se peignit sur son visage usé.

– C’est pour ton boulot, je suppose, remarqua-t-il sans vraiment attendre de réponse, Carine ne te dérangerait pas à quatre heures du matin.

Benjamin ne releva pas la dernière phrase. Il avait refusé sept appels de la jeune femme la veille et la connaissant bien, elle récidiverait jusqu’à ce qu’il décroche. Avec nonchalance, il s’étira longuement et se leva en attrapant sa tasse de café, tandis que son grand-père disparaissait dans la pièce du fond. Quand le vieil homme revint dans le salon, Benjamin s’était visiblement passé le visage sous l’eau et commençait à enfiler ses chaussures.

– Ça veut dire que tu vas rester plus longtemps ?

– Avec l’affaire qui vient de me tomber dans les pattes, il y a de grandes chances. Ça t’ennuie ?

– Au contraire, sourit Antoine avant de reprendre son sérieux, enfin, je veux dire. Je sais que tu es très accaparé par ton travail, mais j’aime bien quand tu dors ici. Tu vas sûrement retourner chez toi prendre quelques affaires.

Apparemment, son grand-père tentait vainement de remettre le sujet Carine sur le tapis puisque la jeune femme possédait un salon de coiffure à quelques rues de son appartement, mais Benjamin n’y tenait pas du tout.

– J’y suis allé hier soir. J’avais besoin de me changer, lui apprit-il avant d’attraper son trousseau de clés près du téléphone fixe.

Il remarqua que le chiffre trois clignotait sur le répondeur qu’Antoine n’avait pas pris la peine de consulter.

– Je vois que tu continues à ignorer tes messages. Ça pourrait être important.

– Penses-tu ! C’est sûrement ce rhumatologue qui me persécute encore pour que je prenne un rendez-vous, lâcha le vieil homme d’un ton détaché.

– Attends ! Tu veux dire que tu n’es jamais allé le voir ? S’étonna Benjamin, enfin, grand-père, ce n’est pas raisonnable.

Antoine adopta une mine embarrassée avant de s’éclipser dans la cuisine.

– Ce sont exactement ses mots, avoua-t-il de la pièce voisine, mais je refuse de subir cette opération. Si c’est pour traîner les pieds derrière un déambulateur pour le peu de temps qu’il me reste à vivre… qu’il aille se faire voir !

– C’est de la rééducation, le rectifia Benjamin en levant les yeux au ciel, et arrête de parler comme si tu étais condamné. Hormis tes problèmes de genoux, tu te portes comme un charme pour un homme de 80 ans.

Comme Antoine s’évertuait à garder un silence insupportable, Benjamin prit l’initiative d’appuyer sur le lecteur. Le premier message venait effectivement de la secrétaire du rhumatologue en question. Le second, du docteur Maillard en personne qui donnait un rendez-vous précis à Antoine en lui rappelant gentiment qu’il ne devait pas prendre sa santé à la légère. Benjamin en avait assez entendu. Il allait éteindre le répondeur quand la voix du troisième message le stoppa dans son geste.

« Bonsoir Antoine, c’est Léa. Je voulais m’excuser de ne pas être passé vous dire au revoir. Et puis, les garçons voulaient rentrer au plus vite, alors… Il y a autre chose. Jeffrey et Lucas vous ont menti sur ce qui s’est passé dans la crypte. J’aimerais vous en parler de vive voix. Permettez-moi de vous rappeler demain ou je vous donne mon numéro. C’est vous qui voyez. C’est le 07… A bientôt. »

La frêle silhouette du vieil homme apparut près de l’entrebâillement de la porte, aussi surpris de cet appel que son petit-fils. Celui-ci s’était raidi en entendant le mot crypte.

– Tu as laissé des étrangers pénétrer dans…

– Non, ils m’ont suivi, coupa aussitôt Antoine, sur la défensive.

– Evidemment, ça change tout, railla Benjamin, visiblement furieux, pendant des années, tu m’as fait promettre de ne jamais parler de cet endroit à quiconque, ce que j’ai fait et toi ! Tu y emmènes… qui sont-ils d’ailleurs ?

– Oh ! Des journalistes.

– Quoi ! Mais, tu es devenu fou ! Il n’y a pas pire rapace qu’un journaliste.

– Calme-toi ! Ce n’étaient que trois jeunes étudiants, remarqua Antoine d’un calme qui irrita le jeune homme.

– Ils ne le resteront pas longtemps. Et, à en juger ce message, ils ont sûrement foutu une belle merde dans la crypte. Mais enfin, qu’est-ce qui t’a pris ?

– Il n’y a que les deux couillons qui sont descendus. La petite Léa est restée avec moi parce qu’elle avait peur. Et oui, je les ai laissé descendre. Ne me demande pas pourquoi, mais j’ai cédé. Peut-être parce que je me fais vieux et que cet endroit va disparaître avec moi quand je ne serai plus là.

– Et moi, je suis une option !

– Mais tu t’en désintéresses totalement. A chaque fois que je t’y emmenais, tu refusais d’y rester plus de dix minutes.

Benjamin lâcha un soupir contrarié avant de parcourir les quelques mètres qui le séparaient de son grand-père.

– Ecoute ! Je t’accompagnais parce que ça me plaisait de partager ces moments avec toi. Tu me parlais de mon père, du tien, de ton grand-père et des hommes de la famille. Que vous étiez censés protéger cette crypte, bien que son existence demeure encore un mystère. Tu étais tellement émerveillé… C’est un endroit magnifique, je te l’accorde, mais je n’ai jamais réussi à voir ce que tu tentais de me montrer. Je me rappelle simplement qu’il y faisait froid, c’était humide et sombre.

Affichant un air abattu, Antoine se laissa doucement choir sur une chaise.

– Ça n’a plus d’importance, dit-il tout bas, je ne sais pas ce qu’on fait ces deux andouilles, mais c’est sûrement grave pour que Léa appelle. Et je ne peux même plus aller voir.

Benjamin eut un pincement au cœur en détaillant le visage de son grand-père ravagé par la tristesse. Il se pencha légèrement vers lui en posant une main affectueuse sur son épaule.

– Eh ! Je n’ai jamais dit que je renonçais à l’héritage des Delavaut, même si je ne sais toujours pas en quoi ça consiste, confia-t-il d’un léger sourire avant de se redresser, je dois y aller, mais à mon retour, on ira voir les dégâts. Je t’aiderai à descendre les escaliers, si tu veux. Tu connais les lieux mieux que moi.

Le vieil homme reprenait doucement des couleurs. Il porta une main tremblante sur celle de son petit-fils.

– Merci Benjamin. J’en serai ravi.

 

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