Police : la loi de l'omerta
Fabien Bilheran
« Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le
mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. »
Albert Einstein
À la fin des années 1990 et à l’aube du nouveau millénaire, toute ma
bande de copains de collège, de lycée ou du quartier a déjà expérimenté le
cannabis. La drogue est à tous les coins de rue et n’épargne aucune classe
sociale. Bien que grandissant dans un environnement paisible, j’observe
impuissant l’emprise grandissante de la consommation de stupéfiants :
cannabis, cocaïne, crack, speed, ecstasy, médicaments… Je pourrais citer
une longue liste de connaissances qui consomment ou qui sont impliquées
dans le trafic de stupéfiants, du plus petit niveau jusqu’au trafic
international.
Alors que je suis étudiant en sciences et techniques des activités
physiques et sportives (Staps), lassé de livrer des meubles pour financer
mes études, je m’interroge sur mon avenir. Élevé auprès de nombreux
gendarmes et fort de mes connaissances acquises à observer des vies brisées
par la drogue, je décide de prendre mon destin en main. Âgé de 22 ans, mon
choix est arrêté : intégrer la « brigade des stups du 36 », vitrine de la Police
nationale, pour lutter au mieux contre le trafic de drogues.
Je réussis le concours de gardien de la paix en 2007 et j’intègre l’école
de police de Nîmes au sein de la 218e promotion des gardiens de la paix. Au
moment de décider de l’affectation, je suis indécis. Le choix des postes est
restreint : Paris ? ou Paris ? Je ne connais rien de la région parisienne. Pour
l’instant, je veux seulement apprendre le métier de policier sur le terrain. Je
sollicite donc les conseils de mon formateur, qui me demande :
« Tu veux faire quoi dans la police ?
— Je veux aller à la brigade des stups.
— Prends Colombes. »
Voilà comment je suis devenu « colombien ». En quelques secondes.
LE COMMISSARIAT DE COLOMBES
Je suis donc affecté au commissariat de police de Colombes en 2009.
C’est un vieux bâtiment inadapté et mal entretenu. Un lieu atypique. Il a
d’abord été utilisé comme maison close, puis comme maternité, avant de
devenir un commissariat.