Police : la loi de l'omerta
Coopération policière
sympathie avec les policiers. Certains applaudissent les camions de CRS. Si
ces événements permettent aux policiers de retrouver du sens à leur métier,
ils ont aussi eu pour incidence de choquer et de libérer, voire d’encourager,
les discours racistes chez nous, à tous les niveaux hiérarchiques. Certains,
décomplexés, traumatisés par l’horreur des attentats, cèdent à la haine et
aux sirènes de l’extrême droite. Je commence à porter une oreille attentive à
ces discours qui me dérangent de plus en plus, car ils polarisent toute
discussion.
C’est à ce moment-là que je pars en formation OPJ (officier de police
judiciaire) à Oissel pour obtenir ma qualification. C’est l’occasion d’un
grand bol d’air pendant quatre mois. Mais à mon retour, rien n’a changé.
Pire, je me sens piégé. Le troisième commissaire de ma carrière pose ses
valises à Colombes. Le 1 er avril 2015, le jour de sa prise de fonction, une
opération est menée contre un trafic local qui permet la saisie de 10 kilos de
cannabis.
Ce résultat et la bonne humeur qui en résulte ne l’empêchent pas de
refuser mes demandes de stage et de mutation sous prétexte d’un « contrat
moral ». En effet, les commissaires profitent de notre formation OPJ pour
nous imposer une sorte de retour sur investissement, par rapport au temps
« perdu » à l’école de police, soit en ce qui me concerne deux ans avant
d’avoir la possibilité de partir du service. Je lui rappelle que personne ne
m’a fait de cadeau pendant cette formation, car, étant gestionnaire des
informateurs, j’ai continué à travailler après les cours pour la construction
des dossiers judiciaires, notamment celui qui lui a permis de si bien
commencer. Je lui dis que ce temps de travail n’a pas été compté et que je
n’ai signé aucun contrat, même à l’oral. Il n’existe aucun texte
réglementaire qui définit cette contrainte. Elle est pourtant pratiquée dans
tous les services, sans réaction des syndicats.
COOPÉRATION POLICIÈRE
Malgré tous ces dysfonctionnements qui commencent à peser lourd, la
passion de l’enquête reste forte. Mon objectif de lutter contre le crime
organisé demeure inchangé. Je fais tout ce que je peux pour obtenir la
coopération des diverses unités afin de coordonner notre travail à
Colombes. Leurs compétences sont mises à contribution de manière stratégique en fonction des besoins d’enquête. Les policiers réalisent que les