Police : la loi de l'omerta

BILHERAN Fabien NAUDIN Agnès · Chapitre 54 sur 76

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Police : la loi de l'omerta

Coopération policière

sympathie avec les policiers. Certains applaudissent les camions de CRS. Si

ces événements permettent aux policiers de retrouver du sens à leur métier,

ils ont aussi eu pour incidence de choquer et de libérer, voire d’encourager,

les discours racistes chez nous, à tous les niveaux hiérarchiques. Certains,

décomplexés, traumatisés par l’horreur des attentats, cèdent à la haine et

aux sirènes de l’extrême droite. Je commence à porter une oreille attentive à

ces discours qui me dérangent de plus en plus, car ils polarisent toute

discussion.

C’est à ce moment-là que je pars en formation OPJ (officier de police

judiciaire) à Oissel pour obtenir ma qualification. C’est l’occasion d’un

grand bol d’air pendant quatre mois. Mais à mon retour, rien n’a changé.

Pire, je me sens piégé. Le troisième commissaire de ma carrière pose ses

valises à Colombes. Le 1 er avril 2015, le jour de sa prise de fonction, une

opération est menée contre un trafic local qui permet la saisie de 10 kilos de

cannabis.

Ce résultat et la bonne humeur qui en résulte ne l’empêchent pas de

refuser mes demandes de stage et de mutation sous prétexte d’un « contrat

moral ». En effet, les commissaires profitent de notre formation OPJ pour

nous imposer une sorte de retour sur investissement, par rapport au temps

« perdu » à l’école de police, soit en ce qui me concerne deux ans avant

d’avoir la possibilité de partir du service. Je lui rappelle que personne ne

m’a fait de cadeau pendant cette formation, car, étant gestionnaire des

informateurs, j’ai continué à travailler après les cours pour la construction

des dossiers judiciaires, notamment celui qui lui a permis de si bien

commencer. Je lui dis que ce temps de travail n’a pas été compté et que je

n’ai signé aucun contrat, même à l’oral. Il n’existe aucun texte

réglementaire qui définit cette contrainte. Elle est pourtant pratiquée dans

tous les services, sans réaction des syndicats.

COOPÉRATION POLICIÈRE

Malgré tous ces dysfonctionnements qui commencent à peser lourd, la

passion de l’enquête reste forte. Mon objectif de lutter contre le crime

organisé demeure inchangé. Je fais tout ce que je peux pour obtenir la

coopération des diverses unités afin de coordonner notre travail à

Colombes. Leurs compétences sont mises à contribution de manière stratégique en fonction des besoins d’enquête. Les policiers réalisent que les