Police : la loi de l'omerta

BILHERAN Fabien NAUDIN Agnès · Chapitre 53 sur 76

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Police : la loi de l'omerta

Un tournant dans la police

dossiers de trafics et ceux liés à l’économie souterraine de la ville.

Colombes est réputée pour le commerce visible de drogues dans les Hauts-

de-Seine : tous les services de police du département s’y retrouvent. Ce qui

génère beaucoup de flagrants délits. Nous n’avons que peu de temps pour

l’initiative, trop occupés à traiter le flux constant des gardes à vue (en

moyenne entre trois et quatre par jour). Une véritable usine d’ouvriers de

police judiciaire. J’atteins les huit cents heures supplémentaires par an. Mon

réseau de « tontons », le surnom donné aux informateurs, me permet d’être

avisé immédiatement en cas de tentatives d’assassinat liées au trafic de

drogue, en quelques secondes parfois, avant même que la police soit

sollicitée. J’exerce mes missions avec envie, détermination, malgré certains

échecs. La gestion des informateurs n’est pas une science exacte, loin de là.

Il est arrivé que l’opération policière déclenchée sur mes recommandations

n’aboutisse à aucun résultat. Je me souviens notamment d’une fois, une

opération menée avec la sûreté territoriale (ST). Nous avions tenté

d’interpeller un fugitif, à la tête d’un puissant réseau local. Chou blanc à

l’adresse donnée. Notre mode de fonctionnement, toujours le même, en est

la cause. On a l’habitude de « péter » les portes le mardi à 6 heures du

matin. Le lundi sert à vérifier que tout est en place pour le lendemain et une

garde à vue pour stups durant quatre-vingt-seize heures, le défèrement

devant le magistrat est planifié le vendredi après-midi, avant le week-end.

Les délinquants cherchant à éviter une interpellation le mardi à 6 heures se

lèvent donc à 5 heures pour aller finir leur nuit à l’hôtel.

Pour enrayer ce problème, on décide de changer nos méthodes, de

décaler les opérations à des horaires « imprévus », augmentant ainsi

sensiblement les chances d’interpellations et de saisies, celles-ci pouvant

passer de zéro à plusieurs kilos de drogue, sans oublier les armes et souvent

beaucoup d’argent.

UN TOURNANT DANS LA POLICE

2015. La colère couve dans les rangs. C’est un tournant majeur dans la

police ces dernières années. Les conditions de travail ne s’améliorent pas

même si l’attentat de Charlie Hebdo et la série d’actes terroristes meurtriers

en France rappellent tous les policiers à leurs devoirs et à leurs missions de

protection de la population. Je participe à la marche du 11 janvier, rassemblant plusieurs millions de personnes. Beaucoup partagent un mot de