Police : la loi de l'omerta
Un tournant dans la police
dossiers de trafics et ceux liés à l’économie souterraine de la ville.
Colombes est réputée pour le commerce visible de drogues dans les Hauts-
de-Seine : tous les services de police du département s’y retrouvent. Ce qui
génère beaucoup de flagrants délits. Nous n’avons que peu de temps pour
l’initiative, trop occupés à traiter le flux constant des gardes à vue (en
moyenne entre trois et quatre par jour). Une véritable usine d’ouvriers de
police judiciaire. J’atteins les huit cents heures supplémentaires par an. Mon
réseau de « tontons », le surnom donné aux informateurs, me permet d’être
avisé immédiatement en cas de tentatives d’assassinat liées au trafic de
drogue, en quelques secondes parfois, avant même que la police soit
sollicitée. J’exerce mes missions avec envie, détermination, malgré certains
échecs. La gestion des informateurs n’est pas une science exacte, loin de là.
Il est arrivé que l’opération policière déclenchée sur mes recommandations
n’aboutisse à aucun résultat. Je me souviens notamment d’une fois, une
opération menée avec la sûreté territoriale (ST). Nous avions tenté
d’interpeller un fugitif, à la tête d’un puissant réseau local. Chou blanc à
l’adresse donnée. Notre mode de fonctionnement, toujours le même, en est
la cause. On a l’habitude de « péter » les portes le mardi à 6 heures du
matin. Le lundi sert à vérifier que tout est en place pour le lendemain et une
garde à vue pour stups durant quatre-vingt-seize heures, le défèrement
devant le magistrat est planifié le vendredi après-midi, avant le week-end.
Les délinquants cherchant à éviter une interpellation le mardi à 6 heures se
lèvent donc à 5 heures pour aller finir leur nuit à l’hôtel.
Pour enrayer ce problème, on décide de changer nos méthodes, de
décaler les opérations à des horaires « imprévus », augmentant ainsi
sensiblement les chances d’interpellations et de saisies, celles-ci pouvant
passer de zéro à plusieurs kilos de drogue, sans oublier les armes et souvent
beaucoup d’argent.
UN TOURNANT DANS LA POLICE
2015. La colère couve dans les rangs. C’est un tournant majeur dans la
police ces dernières années. Les conditions de travail ne s’améliorent pas
même si l’attentat de Charlie Hebdo et la série d’actes terroristes meurtriers
en France rappellent tous les policiers à leurs devoirs et à leurs missions de
protection de la population. Je participe à la marche du 11 janvier, rassemblant plusieurs millions de personnes. Beaucoup partagent un mot de