Sous haute surveillance

Norah McClintock · Chapitre 44 sur 46

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Sous haute surveillance

Et puis, elle voyait bien comment il…

Et puis, elle voyait bien comment il se comportait lorsqu’il venait dans sa chambre la nuit pour la réconforter, après ses cauchemars. Au moindre contact, il rougissait, son visage se fermait et il tressaillait. Il avait envie d’elle et il combattait ses désirs, c’était flagrant. Il se torturait

— et il la torturait par la même occasion.

Maintenant, elle se rendait compte que leurs points communs étaient plus nombreux que leurs différences. En premier lieu, ce qui les avait unis était le tragique sentiment de leur solitude.

Et l’enfer de la solitude, Cathy n’en voulait plus, ni pour Rafe ni pour ellemême. Il devait bien y avoir un moyen de le forcer à croire de nouveau en elle. Oui mais lequel ?

Deux jours plus tard, elle trouva une réponse. Les enfants étaient partis à

l’école et Rafe à San Antonio. Elle faisait un peu de ménage dans la maison. Ouvrant un tiroir du bureau pour y ranger des crayons que Juanito avait laissés traîner, elle tomba sur la paire de menottes de Rafe.

Elle les prit et se mit à les ouvrir et à les refermer machinalement, exactement comme Sadie l’avait fait avant de les rabattre sur le poignet de Rafe et le sien, pour qu’ils ne puissent plus se perdre l’un l’autre. Bel échantillon de logique enfantine.

En souriant, Cathy fit claquer une fois de plus le mécanisme et une idée complètement folle germa dans son esprit.

Avec un petit rire nerveux, elle glissa les menottes dans la poche de son tablier et referma le tiroir.

Elle avait un plan.

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Le lendemain matin, Rafe, qui ne se doutait de rien, finit ses œufs brouillés, repoussa son assiette et se mit à corriger le dernier devoir d’arithmétique de Juanito. Apparemment, le petit garçon avait la bosse des maths car il n’y avait pas la moindre erreur.

 

A un coup de Klaxon sur la grand-route, Old Yeller, le labrador de Rafe, se mit à aboyer pour prévenir que quelque chose arrivait.

— Les enfants ! Le car de ramassage scolaire, annonça Cathy !

Juanito enfourna ses affaires en toute hâte dans son cartable. Sadie s’approcha de Cathy et lui sourit d’un air entendu.

— C’est pour aujourd’hui, alors ?

Cathy, en prenant un air de conspiratrice, approuva d’un hochement de tête et lui glissa des clés dans la main. Sadie les empocha discrètement et tendit la joue pour un baiser.

— Cette fois, tu ne le perdras pas, maman, dit-elle en clignant de l’œil. Elle alla embrasser son père puis les deux enfants sortirent en courant, leurs lourds cartables dansant au bout de leurs bras.

Restés seuls, Cathy et Rafe trouvèrent d’un seul coup la cuisine bien silencieuse… Cathy versa à Rafe une autre tasse de café et s’assit en face de lui… Rafe se cacha derrière son journal…

Par la fenêtre entrouverte, au-dessus de l’évier, une fraîche brise d’automne se faufilait dans la pièce. Les rideaux frémissaient doucement. L’air sentait le cèdre.

Quel matin idéal pour faire l’amour. Si seulement…

Rafe écarta son journal, prit sa tasse et la porta à ses lèvres. Cathy le regardait fixement mais il maintenait les yeux baissés. Lâche ! eut-elle envie de lui crier. Mais elle avait autant peur que lui. Ils auraient pu être un couple ordinaire, mari et femme. En train de prendre leur petit déjeuner. Mais c’était loin d’être le cas, hélas !

— Pourquoi est-ce que tu ne me regardes jamais ? murmura-t-elle finalement. Rafe repoussa sa chaise et se leva. Sans tenir compte de la question, il tira une enveloppe de la poche de sa veste posée sur le dossier de sa chaise et en sortit une liasse de papiers qu’il jeta sur la table devant Cathy.

— J’ai dit : pourquoi est-ce que tu…

— Lis cela, coupa-t-il d’un ton glacé.

Elle retint ses larmes. Encore cette fois, il la repoussait, refusant de la regarder dans les yeux et de parler avec elle d’autres sujets que les affaires courantes et les enfants.

Elle déplia le document et essaya de lire. Mais les caractères d’imprimerie dansaient devant ses yeux mouillés.

— Qu’est-ce que cela dit ?

Rafe saisit son chapeau à la patère.

— C’est un papier du gouvernement qui dit que Juanito peut rester. Il a fallu faire intervenir quelques amis influents, tirer quelques ficelles mais, ça y est, c’est officiel.

— Oh, Rafe… ! C’est merveilleux.

Enfin, il la regarda — avant de se souvenir qu’il s’était fait une règle de s’en abstenir. Il poussa un bref soupir et détourna les yeux, mais pas assez vite pour dissimuler les émotions pénibles qui le tourmentaient.

— Oui, c’est merveilleux, approuva-t-il d’une voix qui exprimait davantage la misère que la joie.

Le cœur battant, Cathy le regarda fouiller dans les poches de sa veste à la recherche de ses clés de voiture. Dans quelques secondes, il allait annoncer son départ, comme chaque matin, parce qu’il ne supportait pas de rester en tête à tête avec elle.

Mais, bien sûr, aujourd’hui, il n’irait nulle part. Pas si elle suivait son plan.

— Et moi, Rafe ? demanda-t-elle d’une voix blanche. Est-ce que je peux rester aussi ?

Il retourna les doublures de ses poches.

— Bon sang ! Où sont mes clés ?

Comme il avait l’air pressé de s’échapper !

— Je… j’ai vu Sadie jouer avec, dit-elle tristement. Rafe ouvrit quelques tiroirs et les referma en les faisant claquer. Puis il se tourna vers elle.

— Pourquoi les lui as-tu laissées ?

Il y eut un bref silence.

— Rafe, je t’ai posé une question… à propos de moi, de nous.

— Pas maintenant.

Tout doucement, elle dit :

— Alors quand ?

Rafe ouvrit d’autres tiroirs. Le cœur battant, Cathy sortit les menottes de sa poche. Il ne risquait pourtant pas de la surprendre. Il ne la regardait pas. Elle ferma un bracelet autour de son poignet et cacha sa main dans son dos. Il referma le tiroir. Elle se rapprocha doucement.

— Rafe, nous avons à parler. Nous ne pouvons pas rester dans le vague indéfiniment.

— J’ai dit pas maintenant, Cathy.

Il essaya de la contourner, mais habilement elle le repoussa dans un coin. Il se raidit. Pour passer, il aurait fallu qu’il la touche — chose qu’il redoutait pardessus tout.

— A quoi joues-tu, ce matin ? demanda-t-il d’une voix étrange.

— A cela.

Elle avança sa main libre et la posa sur la poitrine de Rafe. Pour une fois, il ne frémit pas. Mais son cœur battait la chamade.

— Tu aimes que je te touche, n’est-ce pas, Rafe ?

— Cathy…, maugréa-t-il.

— Vas-tu rester en colère contre moi jusqu’à la fin des temps ?

— Si tu as le moindre bon sens, n’insiste pas. Je n’en peux plus.

— Je sais. Je dirais même que je compte là-dessus. Parce que, moi aussi, je suis à bout.

— Où sont les clés ? redemanda-t-il, excédé.

Pourtant, il ne bougea pas. Il paraissait hypnotisé.

— Sadie les a prises, dit Cathy innocemment.

— Tu savais qu’elle les avait et tu l’as laissée partir avec ?

— Tout juste.

Cathy ravala sa salive. C’était maintenant ou jamais. Son cœur battait douloureusement. Alors, tant qu’il lui restait encore un peu de courage, vite !

Exactement comme Sadie avait fait, elle ferma l’autre bracelet autour du poignet de Rafe.

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