Will You Stay
Chapitre 4
Dawn
Je suis dans la mouise…
Jamais depuis que je suis en âge de faire des cadeaux à Noël je n’ai été aussi en retard. La plupart des personnes que je vais voir le soir du 24 décembre, je ne les ai plus côtoyées pendant près de quatre ans. Alors je me mets une pression de fou : je veux que tout soit parfait, ce qui fait que je me bloque de plus en plus. Le cadeau le plus difficile à trouver pour moi est celui de Garrett. J’ai plein d’idées, mais aucune ne me convainc à cent pour cent.
Je rougis en pensant à notre début de soirée d’hier. On est très fusionnels, sur ça il n’y a aucun doute, mais ce Noël va aussi être l’occasion d’ancrer notre statut de couple chez nos familles. Même si pour tout le monde nous étions une évidence, cela n’en reste pas moins quelque chose de tout nouveau pour nous.
Le seul pour qui je n’ai pas eu de mal à trouver le cadeau parfait, c’est Misha. Il est transparent à mes yeux et, surtout, je n’ai pas d’enjeux avec lui. J’ai pour seule mission de lui faire plaisir, et je sais comment parvenir au résultat escompté. Pour les autres, c’est un peu plus compliqué : même si j’ai déjà déniché les présents de certains, j’ai peur d’être légèrement à côté de la plaque, mais je n’ai pas autant de pression que pour Garrett.
Alors cet après-midi, je vais aller me promener en espérant trouver l’idée parfaite. Je me gare devant un joli pavillon blanc et j’ai tout juste le temps de m’arrêter que la porte d’entrée s’ouvre. Derek en sort, Brooke dans un bras et manœuvrant la poussette de l’autre. Je m’extirpe de la voiture, il se penche pour m’embrasser sur la joue et me donner sa fille. Puis il me contourne pour aller ranger les affaires dans la voiture. J’essaie de me retenir de rire devant son empressement, mais je suis très mauvaise à ce jeu-là. Il le remarque quand il claque le coffre et un petit tressaillement le trahit.
— Si Grace ne m’attendait pas dans la chambre, j’en profiterais pour te remercier et tout le tralala, mais là le devoir m’appelle, me lance-t-il en rebroussant déjà chemin.
Brooke, pas dérangée le moins du monde, commence à gentiment me tirer les cheveux le temps que je me ressaisisse.
— Allez, Petit Lardon, cet après-midi c’est juste toi et moi ! Il faut que tu m’aides à trouver ce qui ferait plaisir à tonton Garrett, d’accord ?
D’adorables mini gazouillis me répondent, je l’embrasse avant de l’attacher dans son siège auto et de reprendre la route. Une demi-heure plus tard, nous voilà dans la zone commerciale où j’espère trouver mon bonheur. Je me balade avec Brooke qui fait fondre tous les passants d’un sourire. Je ne suis pas beaucoup plus avancée que lorsque je suis partie de chez moi, mais j’ai acheté une tenue trop mignonne pour ma nièce et un super sac à main pour Jessie. Même si j’avais déjà des cadeaux pour chacune… On traverse une zone en travaux dans la galerie marchande, les ouvriers vont et viennent au milieu de la foule. Il y a également des hommes en costume avec des casques de protection sur la tête. Ils sont rassemblés à l’intérieur du magasin en chantier, penchés sur ce que je suppose être des plans.
Je me détourne pour me diriger de l’autre côté et m’arrête devant la vitrine d’une boutique vendant des vêtements féminins. Je repère un pull qui pourrait plaire à la mère de Garrett, et je suis sûre de débusquer quelque chose pour la mienne aussi.
Alors que je m’apprête à me précipiter à l’intérieur, j’ai comme la sensation d’être observée. Je me fige net au beau milieu de l’allée, me faisant presque insulter par les personnes en train de courir en quête du cadeau de la dernière minute. Je tourne sur moi-même, regardant dans toutes les directions en espérant trouver la raison de ce malaise, mais je ne parviens pas à en localiser la source. Pourtant, l’impression ne me quitte pas, mais j’ai beau continuer à chercher, je ne vois personne qui me fixe, et encore moins un visage connu. Brooke me ramène au moment présent en s’agitant dans sa poussette, alors je me reprends et pénètre dans le magasin.
Après quelques recherches fructueuses, je trouve même une magnifique robe pour Grace. Je fais emballer les trois cadeaux et décide d’aller m’assoir dans un café un peu plus loin. Il est temps de donner son goûter à Brooke et, à voir sa réaction lorsqu’elle aperçoit sa compote, elle est plus que d’accord ! Je me dépêche de sortir tout l’attirail et enfourne la première cuillerée dans la bouche grande ouverte de ma nièce.
— Il commençait à crier famine ton petit ventre, pas vrai ma puce ? je rigole en lui présentant une nouvelle bouchée.
— Bonjour ! Bienvenue chez Jitters, qu’est-ce que je vous sers ?
Le temps de passer ma commande à emporter, Brooke s’impatiente et le fait savoir à toutes les personnes autour de moi. Je lui fais les gros yeux, mais je pouffe dans la seconde suivante. Ma mère m’a raconté à plusieurs reprises que petite, je ne m’arrêtais jamais, toujours en train de babiller, et que je l’ai embarrassée à plus d’une occasion. Tout en continuant à la nourrir, je me penche pour lui déposer un baiser rapide sur son minuscule nez.
— C’est de bonne guerre, je suppose, mais quand tu seras grande et que tu viendras t’occuper de ta vieille tante Dawn, je me ferai un plaisir de te rendre la pareille ! Parole de scout !
— Sauf que tu n’as jamais été scout, m’interrompt une voix.
Du coin de l’œil, je regarde Misha se vautrer sur la chaise encore libre à ma table. Il ne perd pas de temps pour supplier la serveuse de lui apporter un café. Question de vie ou de mort. Je ne fais plus vraiment attention à son caractère… expansif, mais au vu des regards noirs que nous jettent les autres clients, ce n’est pas du goût de tout le monde. Alors que la dernière cuillère de compote franchit les lèvres de Brooke, elle gesticule comme un diable dans sa poussette. Je la détache pour la prendre, mais ses petits bras s’agitent en direction de Misha, qui grimace en la voyant faire.
— Éloigne cette chose pleine de bave et de nourriture de moi, déclare-t-il en s’approchant pourtant d’elle avec un sourire naissant.
Cette enfant a le monde entier à ses pieds, moi la première ! Pourtant, je n’aurais pas parié sur Misha, qui considère les personnes en dessous de la majorité comme ennuyeuses et bruyantes. Pour autant, c’est lui qui me l’enlève pour la prendre sur ses genoux. Brooke aux anges, essaie d’attraper tout ce qui est à sa portée et je m’occupe de libérer le passage pour éviter tout accident.
— Merci d’être venu, je suis en situation de crise… je commence.
— À quel niveau la crise ? m’interrompt-il. Du genre, je ne trouve pas ma paire de chaussures favorites ou, bordel de merde, mon meilleur ami que je pensais ne jamais revoir est dans mon salon ?
Mon regard lui fait ravaler son air moqueur, ce n’est pas la première fois qu’il se paye ma tête sur la manière dont mes retrouvailles avec Garrett se sont déroulées. Et à chaque occasion cela me donne envie de l’enfermer dans une pièce et d’en oublier la clé.
— Dooooonc, je reprends comme si de rien n’était, je suis en situation de crise. Malgré toute la meilleure volonté du monde, je n’ai pas réussi à trouver de cadeau pour Garrett. Je me suis dit que tu pourrais me filer un coup de main…
— Si tu me demandes de « m’activer » sur ton mec, tu sais que ça serait avec plaisir, mais je ne suis pas sûr qu’il soit vraiment branché par la chose.
— Misha ! Tu n’es pas sortable sérieusement, je rigole. Crois-tu, ou non, pouvoir m’aider dans ma recherche de cadeau idéal ?
Il me regarde quelques instants sans rien dire, alors j’en fais de même. Ses cheveux roux sont dissimulés sous un bonnet noir et sa tenue simple lui donne un air sage et rangé qui est bien loin de la vérité. Je m’apprête à le lui dire, quand il marmonne quelque chose dans sa barbe.
— Quoi ? Qu’est-ce que tu as bavé ?
— Que vous vous donnez tous le mot en ce moment…
D’un mouvement de la main, il me dit que ce n’est rien avant de reprendre :
— Bon, commençons par le commencement : qu’est-ce qu’il aime ? Hormis toi et cette petite chose qui se dandine sans arrêt ?
— La photo, je réponds instinctivement avant d’enchaîner : passer du temps avec ses proches, et le sexe. Garrett aime vraiment beaucoup le sexe.
La mine choquée de Misha est mémorable, et il tourne la tête vivement pour chercher du soutien autour de lui. Son regard se pose au-dessus de mon épaule, et son air passe de choqué à curieux, puis suspicieux. J’hésite quelques secondes avant de lentement me retourner… pour ne trouver personne. Le temps que je revienne à ma position initiale, Misha est absorbé par la bulle de bave qu’est en train de former Brooke. Quand cette dernière éclate, il se tient tellement près d’elle qu’il reçoit des postillons sur le visage. Bien fait.
— C’était quoi ça ? je lance en pointant du pouce derrière moi. On dirait que tu as vu un fantôme.
— Rien, j’ai cru reconnaître quelqu’un, mais je me suis trompé, répond-il en s’essuyant le menton tout en jetant un regard d’avertissement à Brooke. Tiens, récupère ton paquet. Il me semble qu’elle t’a déposé une livraison express.
Ne comprenant pas tout de suite ce qu’il veut dire, j’attrape la petite quand l’odeur me frappe.
— Oh ! Il va falloir que j’aille la changer rapidement sinon, elle va infester l’air à trois kilomètres à la ronde. On revient.
Le temps que je m’occupe de langer Brooke, Misha a l’occasion de redevenir lui-même. Je ne remets pas sur le tapis son changement brutal d’humeur de tout à l’heure.
— Donc, tu es prêt à m’aider à accomplir la mission la plus importante de ta vie ? je lui demande en déposant le Petit Lardon dans sa poussette.
— Tu n’es jamais dans l’exagération, c’est ça que j’aime chez toi… Mais oui, j’accepte de relever le défi, alors jeune fille il est temps de se remonter les manches et de filer d’ici.
Je l’embrasse sur la joue puis me dépêche de tout ranger et de prendre ma boisson, dorénavant tiède, avec moi. Je la savoure quand même, j’ai trop besoin de caféine. Je suis bien entourée, au milieu d’une galerie marchande qui ressemble à un rêve éveillé avec toutes ses décorations de Noël qui éclairent de mille feux le centre commercial. On flâne pendant plus d’une demi-heure sans rien trouver quand soudain, l’illumination me frappe. Je me fige, une main sur l’avant-bras de Misha pour l’arrêter. Il me regarde bizarrement, mais ne dit rien.
— Je sais ce que je vais lui offrir, je souffle.
— Tu es sûre ? Car au vu de ton expression je n’arrive pas à savoir si tu vas avoir l’idée de la semaine, ou être franchement malade.
Je raffermis ma prise, ce qui le fait grimacer.
— Je suis sérieuse, j’ai besoin qu’on revienne sur nos pas pour aller dans un magasin un peu plus loin. Je tiens le cadeau idéal pour ce premier Noël de retrouvailles.
Je ne prends pas la peine de vérifier s’il me suit, et fonce vers la boutique où je suis sûre de trouver mon bonheur.
Quand on ressort de là vingt minutes plus tard, je suis rassurée et tellement heureuse. Misha m’attrape par l’épaule pour que l’on marche collés l’un à l’autre.
— Je reconnais que tu as eu une super idée. Ça lui plaira, j’en suis sûr.
— Oui, je crois aussi qu’il devrait être heureux, je souris. Il va être l’heure de ramener Brooke, qu’est-ce que tu veux faire ? Tu restes ici ou je te reconduis ?
— Rester ici et me passer de votre sublime compagnie, mesdames ? Non merci, je viens avec vous.
— Tu es venu en bus et tu n’as pas envie de te retrouver collé comme une sardine à des étrangers pendant plus de quarante-cinq minutes, je devine.
— Peut-être.
Je secoue la tête en me marrant, tout en me dirigeant vers la sortie menant au parking.
***
Lorsque je me stationne de nouveau devant chez Grace et Derek, Misha a rejoint les bras de Morphée, tout comme Brooke. Je souris face ce tableau et ne peux m’empêcher de le prendre en photo. Bouche ouverte, tête calée sur la vitre… il va tellement la détester ! Je m’extirpe de la voiture le plus silencieusement possible et sors directement le siège auto afin de ne pas réveiller le petit être installé dedans. Lorsque je sonne, c’est Derek qui vient m’accueillir. Moi qui m’attendais à le trouver détendu et heureux, c’est avec la mine sombre qu’il récupère sa fille.
— Tout va bien ? je le questionne en rentrant mettre Brooke au chaud.
— Grace a été appelée en urgence à la clinique, son nouveau patient a fait une crise ou je ne sais quoi. Elle a dû partir peut-être dix minutes après vous et n’est toujours pas revenue.
— Oh, Derek, je suis désolée…
Il me sourit tristement avant de regarder en direction de la voiture.
— Tu pourras dire à Misha qu’il est adorable quand il dort…
— N’est-ce pas ? J’ai même pris une photo !
On rigole doucement puis je le préviens que je vais chercher le reste des affaires. Quand je reviens, il s’est un peu détendu. Il tient dans ses bras une Brooke à moitié réveillée, mais qui, d’être collée contre son papa, a déjà un joli sourire sur le visage. Je les embrasse tous les deux en promettant d’être prudente sur la route enneigée.
Il nous faut quarante-cinq minutes de plus pour rejoindre la maison. La neige incessante ralentit le trafic de manière abominable. Misha me grogne un au revoir avant de se réfugier chez lui. Au moment où je passe la porte, je suis accueillie par les décorations lumineuses. Notre appartement pourrait concurrencer le centre commercial de tout à l’heure. Mais en comparaison à Garrett endormi devant la télé, cela fait pâle figure. Je m’approche doucement de lui pour ne pas le réveiller. Je le détaille, mon attention étant attirée par ses pieds croisés sur la table basse. Je lève les yeux en direction d’un cadre au mur, un dessin de ces mêmes pieds que j’ai esquissés il y a plus de quatre ans alors qu’il était endormi tout comme aujourd’hui. Je ne peux résister à l’envie de m’incliner vers lui et de poser mes lèvres sur les siennes, chose que je n’avais pas pu faire à l’époque.
Un instant je suis debout et penchée sur lui, la suivante je suis emprisonnée dans son étreinte tout contre son torse.
— Tu m’as manqué, femme, me murmure-t-il d’une voix ensommeillée.
— Toi aussi, je lui réponds en me mettant à mon aise sur lui.
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