Will You Stay

Alicia Garnier · Chapitre 8 sur 17

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Will You Stay

Chapitre 6

 

Dawn

 

Plus qu’une, et ça sera bon.

Je positionne la dernière photo avec un sourire nostalgique, on ne doit pas avoir plus de huit ou neuf ans dessus. Me replonger dans notre passé, enfin, tout ce qui fait que nous en sommes arrivés là aujourd’hui, m’a mis du baume au cœur. Certes, le chemin n’a pas été simple, il a même été chaotique, toutefois on a eu la chance de se retrouver. Je ne doute pas qu’il y aura des hauts et des bas, mais on les vivra ensemble. Et c’est le plus important.

— Franchement, la vie n’est pas juste, regarde-moi ça ! Il était déjà beau comme un dieu alors qu’à cet âge-là j’étais plus proche d’un Gremlins que d’un être humain ! s’exclame Misha.

Je pouffe face à ce triste constat avant d’attraper le Polaroid dont il parle. On y découvre Garrett, torse nu, en train de sourire à l’appareil, enfin, surtout à la personne le tenant, à savoir moi. Cette photo date de peu de temps après que je lui avais coupé les cheveux, juste avant notre première vraie guerre froide. Avec le recul, je me rends compte que déjà à l’époque, il était évident que quelque chose se tramait. Il fallait vraiment que l’on soit aveugles pour ne rien voir, et attendre treize ans de plus pour être finalement prêts à tenter notre chance.

— Il était peut-être beau, mais il allait entamer une phase de gros connard… Alors que toi, tu as dû toute ta vie rester cet être parfait que tu es, je réponds.

— La flatterie ne te mènera nulle part, jeune fille. Je t’en veux encore de m’avoir fait annuler ma soirée pour faire du collage avec toi !

— Au moins j’aurai essayé, je lui réponds en haussant une épaule avant de ranger la photo. Qu’est-ce que tu en penses ?

Misha prend le temps de regarder notre création du jour, ses yeux virevoltent d’un élément à l’autre et un doux sourire lui éclaire le visage.

— Je pense qu’il devrait l’adorer. On vous retrouve à chaque stade de votre vie, mais… commence-t-il avant de s’interrompre, hésitant.

Ce n’est jamais bon signe, Misha n’est pas du genre à retenir ses mots, et lorsqu’il le fait c’est qu’il va aborder un sujet que je risque de mal prendre. Je serre les mâchoires, prête à encaisser ce qu’il aura à me dire.

— Mais ? je l’encourage.

— Tu cherches à représenter vos vies, tout ce qui vous a amené jusqu’ici, on est d’accord ?

J’acquiesce, alors il reprend :

— Donc je pense qu’il te faudrait au moins une photo de chacun l’un sans l’autre pour que la boucle soit bouclée. Ça fait partie de votre histoire, de qui vous êtes. Tu vois ce que je veux dire ?

Les mots me manquent. Je ne m’attendais pas à ce qu’il me suggère de mettre notre « rupture » sur ce tableau. Je ne voulais y apposer que les bons moments, les fous rires, les résultats de nos Da-Res, ou encore la photo qui trône au milieu de toutes les autres. Nous, nous embrassant. Mais Misha a raison, si j’en venais à occulter cette partie importante de nos vies, je ne montrerais pas tout. On pourrait croire que nous avons eu une histoire digne d’un conte de fées, alors qu’on en est loin. Interprétant mal mon silence Misha amorce un rétropédalage :

— Après, ce n’est que mon avis, Dawn, tu n’es pas obligée de le suivre. Tu sais à quel point mes idées peuvent être mauvaises parfois…

Je ne lui laisse pas le temps de placer un mot de plus, je me jette à son cou pour le serrer contre moi. Surpris dans un premier temps, il se fige avant de m’enlacer à son tour et de me comprimer fort contre lui. Ce que j’aime cet homme ! La vie ne lui aura pas fait de cadeaux et pourtant, il est cette petite boule d’optimisme, toujours prêt à remonter le moral des troupes. J’espère juste qu’il arrivera bientôt à trouver ce qu’il cherche désespérément…

— Que ferais-je sans toi ? je lui chuchote à l’oreille avant de me reculer pour l’embrasser sur la joue.

— Pas grand-chose hélas. Alors, quelle photo vas-tu choisir pour illustrer la Dawn sans son Garrett ?

Le ton théâtral qu’il utilise pour me poser cette question me fait rire, pour autant mes gestes ne sont pas assurés quand j’entame l’exploration de la boîte contenant tous mes souvenirs. Misha met la main à la pâte en fouillant à son tour. Il me connaît mieux que moi-même alors il pourrait très bien dénicher la perle rare. Cependant, c’est moi qui la trouve. Je m’immobilise, l’image entre les doigts. Misha se penche vers moi pour regarder le cliché que je tiens, et me tapote gentiment la cuisse en un signe silencieux d’assentiment, avant de se lever pour me laisser seule.

Je me remémore précisément le jour où a été prise cette photo, c’était il y a deux ans et demi à la terrasse d’un café à Seattle. Misha et moi avions passé notre temps à flâner dans les rues, le soleil d’été nous donnant plus d’énergie que d’habitude. Et sur un coup de tête, j’étais entrée dans un salon de coiffure pour en ressortir avec vingt bons centimètres de cheveux en moins. Mon sourire est hésitant, mais je regarde droit dans l’objectif comme pour mettre le spectateur au défi d’exprimer son opinion sur « la nouvelle moi ». Je souris à mon portrait figé dans le temps, avant de lui trouver une place sur le pêle-mêle posé sur table devant mes yeux. C’est à ce moment que Misha revient en me tendant une tisane, cet homme me connaît tellement bien.

— Il l’a vraiment réussi ce Da-Re ? me demande-t-il en pointant du doigt un morceau de papier tout chiffonné où l’on peut voir nos deux écritures.

Je rigole en y repensant avant de lui répondre :

— Oui, il a bien réussi à gober les douze flans au caramel, mais il a été malade ensuite et s’en est écœuré. Encore aujourd’hui, il ne peut pas passer devant le rayon au supermarché sans prendre une légère teinte verdâtre !

— Vous êtes quand même sacrément allumés de vous lancer des défis pareils, même si je me doute que de nos jours ils doivent être un peu plus… épicés.

Je rougis face à cette vérité, mais il ne faut pas croire que les Da-Res stupides ne fusent pas à la maison. On en a été privés trop longtemps pour ne pas en abuser encore durant quelque temps. Voyant que je ne compte pas confirmer ou infirmer sa supposition, il se reconcentre sur mon cadeau de Noël.

— Mission presque accomplie, il ne te reste plus qu’à trouver la même chose pour lui, et tu auras fini ! Tu vas demander de l’aide à sa famille du coup ?

— Je ne vais pas avoir le choix, je lui réponds en m’étirant le dos devenu douloureux à force de rester courbé. Je verrai demain matin pour leur envoyer des textos, il est trop tard maintenant. C’est toujours bon de ton côté pour m’accompagner récupérer les derniers éléments ?

— Oui, j’en profiterai pour me trouver une petite récompense pour tout ce dur labeur.

Le temps de tout ranger et de mettre en sécurité notre travail, il est déjà minuit passé quand je franchis le seuil de mon appartement. Le salon est plongé dans l’obscurité, ce qui m’étonne, Garrett n’est pas un couche-tôt. Alors que je suis en train d’allumer une lampe à côté de l’entrée, la porte derrière moi se rouvre. Je sursaute avant de reconnaître l’intrus.

— Qu’est-ce que tu faisais dehors par une tempête pareille ?

Il ne me répond pas tout de suite, il prend le temps d’enlever toute la couche de vêtements supplémentaires dont il n’a plus l’utilité maintenant qu’il est au chaud. Une fois pieds nus, il s’approche de moi avec un air déterminé, limite féroce, sur le visage. Je recule par automatisme, même si je n’ai pas peur de lui. Lorsque mes fesses rentrent en contact avec le guéridon, je m’arrête. Il en profite pour venir m’emprisonner de ses bras, un de chaque côté de ma tête. Sans un mot, il se penche et m’embrasse comme si cela faisait des semaines que l’on ne s’était pas vus et non quelques heures. Quand il recule, il me laisse complètement pantelante et surtout désireuse d’obtenir plus. Bien plus.

— J’étais en mission secrète pour comploter dans ton dos, m’avoue-t-il avant de nicher sa bouche dans mon cou et de le parsemer de baisers humides.

Mon cœur s’emballe un peu plus, et j’essaie vainement de ne pas perdre le fil de mes pensées. Mais c’est un exercice très compliqué à faire pendant que l’homme que vous aimez vous dévore comme si vous étiez son biscuit de Noël préféré. Je ne peux retenir un gémissement, ce qui a pour réaction de le faire doucement rire. Je papillonne des yeux en tentant de retrouver mes esprits, et lorsque j’arrive à refaire le point sur ce qui m’entoure, l’air satisfait de Garrett est la première chose que je distingue.

— Tu ne m’avais pas dit que tu devais sortir ce soir…

— Je serais un bien mauvais James Bond si tu étais au courant, tu ne crois pas ?

Sur cette évidence, il me laisse en plan avant de s’enfuir vers les escaliers. Je reste quelques minutes de plus en bas, histoire de calmer mes hormones en ébullition. Quand je me sens prête à l’affronter pour essayer d’en savoir plus, je monte à mon tour. Je ne le trouve nulle part dans la chambre, mais l’eau que j’entends couler dans la salle de bains me donne un bon indice de l’endroit où il se trouve. Je n’hésite pas une seule seconde, je me déshabille avant de me faufiler dans la pièce où la vapeur a déjà recouvert le miroir. J’ouvre doucement le rideau et la vision qui s’offre à moi fait se contracter mon bas-ventre.

Garrett se tient dos à moi, tête baissée. Sa main gauche est appuyée sur le carrelage devant lui et l’eau cascade le long de son corps. D’où je suis, je peux nettement voir son bras droit bouger, je sais très bien ce qu’il est en train de faire, et si j’avais eu le moindre doute, le regard qu’il me jette par-dessus son épaule me l’aurait confirmé. Ma bouche s’entrouvre et un frisson me parcourt malgré la chaleur moite de la pièce. Il se retourne complètement pour me faire face, et je sais qu’en temps normal, c’est à ce moment précis, qu’il aurait remporté la manche. Je lui aurais sauté dans les bras pour n’en faire qu’une bouchée. Je profite de la vue qui m’est offerte quelques instants, avant que Garrett n’amorce un mouvement pour venir vers moi.

— Da-Re de ne pas me toucher ce soir ?

Ses yeux s’écarquillent face à ma demande, puis ils s’assombrissent soudainement quand il abandonne l’idée de gagner ce défi dans un grognement. Il fait un pas dans ma direction, et alors qu’il est sur le point de m’embrasser, je lâche la fin de mon gage :

— Sinon tu n’as plus le droit de proposer de Da-Re jusqu’à Noël de l’année prochaine…

Nos lèvres ne sont plus qu’à un souffle de se rejoindre, je vois ses prunelles faire des allers-retours entre mon corps nu, ma bouche et mon visage. Il cherche à savoir si je suis sérieuse…

Un peu mon neveu que je suis sérieuse, après l’allumage en règle auquel j’ai eu le droit dans le salon !

Il doit le lire à mon expression, car avec un regret flagrant il recule.

— Dawn…

— Acceptes-tu ce Da-Re, Garrett ? je susurre en faisant glisser mes mains sur mon ventre.

— Qu’on soit bien d’accord, reprend-il d’un ton vaguement menaçant, tu me demandes si je peux te résister alors que tu es nue et plus que prête pour me recevoir ?

— Tu es bien présomptueux tout à coup !

Il rigole avant de reculer d’un nouveau pas, puis il croise les bras et prend appui sur le mur.

— Pitié, Dawn, nous ne couchons peut-être ensemble que depuis quelques mois, mais ça m’a amplement suffi à reconnaître les signes quand tu es excitée. Les joues rougies, les pupilles dilatées, le souffle court, les seins tendus… Je suis sûr que si je me glissais en toi en cet instant je ne rencontrerais aucune barrière, bien au contraire.

Je me mets à sérieusement douter de ma brillante idée en sentant le feu du désir s’ancrer un peu plus profondément en moi. Il me connaît bien, je me consume sur place, surtout quand son sexe bandé se dresse sous mes yeux, à quelques centimètres de moi. Et cette bouche tentatrice me disant des mots aussi « visuels ». Alors que je m’apprête à lui annoncer que j’annule ce Da-Re, il me devance. Il s’approche autant que possible de moi, sans m’effleurer, et lorsqu’il me parle, sa voix chaude descend se nicher directement entre mes cuisses.

— Je relève ce Da-Re, miss Warren, je ne te toucherai pas ce soir. Il est hors de question que je ne puisse pas te lancer des Da-Res dès que l’envie m’en prend.

Sur ces paroles, il sort de la baignoire en me laissant pantelante, les jambes tremblotantes.

Cet homme aura ma mort sur la conscience un jour, je vais prendre feu et il ne restera qu’un petit tas de cendres quand on me retrouvera.

Je me douche rapidement, me brosse les dents et le retrouve dans la chambre. Il a allumé sa lampe de chevet, et je le vois allongé dans le lit, les paupières fermées. Mais lorsque je m’avance, complètement nue, dans la pièce, je distingue ses yeux qui brillent.

On peut être deux à jouer, mon chéri.

Je contourne le lit et soulève la couette pour me recouvrir hâtivement, je fais la maligne, mais nous sommes quand même en plein hiver. Ça serait dommage que j’attrape une pneumonie à deux jours de Noël…

— Bonne nuit, Allen.

— Hmpf…

C’est la seule réponse que j’obtiens, et je ne peux m’empêcher de sourire en me mettant sur le flanc pour lui tourner le dos.

Quand la lumière s’éteint, mon cœur fait une embardée, mais les minutes passent et il ne fait rien. Il reste sagement de son côté du lit.

— Davidson ne te manque pas ? me demande-t-il soudain.

— Euh… Si, je suppose, mais j’aime aussi notre vie ici. Wilmington est l’endroit où on a déposé nos valises. Pourquoi, ça te manque à toi ?

— De plus en plus. Tu te souviens, il y a quelques années, on s’était dit que c’était le lieu idéal pour élever un enfant ? Avec l’arrivée de Brooke, je me suis mis à réfléchir à plein de trucs, et l’envie de repartir m’installer là-bas se fait plus pressante, plus forte.

Je me retourne pour lui faire face, même si je ne le vois pas totalement. Son profil me paraît très sérieux, alors je tâche de chasser les pensées coquines qui me traversent encore.

— Je sais que ça serait un énorme changement, il faudrait voir ce que voudrait faire Misha, et Derek et Grace devraient s’organiser pour la gestion de la petite. Mais j’ai envie d’être un peu égoïste sur le coup et de construire notre nouvelle relation dans la ville qui nous a vus grandir et où on a été les plus heureux. Une toile pas trop entachée par notre passé…

La vérité m’éclate en plein visage. À aucun moment je ne me suis posé la question de savoir si revenir nous installer ici pouvait l’affecter d’une quelconque manière. Mais il a quand même failli perdre la vie à quelques pas de là, j’ai vécu avec Josh dans ce même appartement ! Pour ma part, tout cela était derrière moi, et sur l’instant, j’étais trop heureuse de retrouver mon petit monde et la naissance mouvementée de Brooke nous a tous bien occupés par la suite.

Je lui attrape le visage et le force à me regarder.

— Oui. Si c’est ce que tu veux, je te suivrai au bout du monde, Garrett.

Je n’en dis pas plus, il n’en a pas besoin, son sourire me le fait comprendre. Et pourtant, je ressens l’urgence de lui montrer que je saisis, que je suis enfin sur la même longueur d’ondes que lui. Je me penche vers lui pour l’embrasser et il se laisse faire gentiment.

— Je tiens à préciser que ce n’est pas moi qui te touche, tu fais ça comme une grande, me nargue-t-il tout contre mes lèvres.

— Petit malin. Si tu veux que j’arrête, je le peux aussi.

Ses doigts m’attrapent pour me faire grimper sur lui, son désir pressé contre mon ventre ravive le brasier en moi en une seconde.

— Si tu oses t’arrêter, je te jure que cette fois-ci je te séquestre pour de vrai, Dawn. Da-Re ou pas je…

Je le fais taire d’un baiser, ses mains m’agrippent les hanches pour m’ancrer un peu plus sur lui. Il n’y a plus un centimètre entre nous, et j’adore ça.

— Le premier qui fait atteindre le nirvana à l’autre gagne ?

Il ne me répond même pas, l’instant d’après je me retrouve plaquée sur le matelas. Garrett entre mes cuisses descend dangereusement près de mon entrejambe. Au premier coup de langue, mon cerveau se déconnecte complètement.

 

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