Brioche

Caroline Vié · Chapitre 3 sur 6 · partie 1/3

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Brioche

Chapitre 2

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

Rien n’est plus dangereux que les gens qui se fichent de tout. Quand ils se piquent de prendre quelque chose au sérieux, ils deviennent redoutables. J’avais vraiment besoin d’en savoir davantage sur toi alors je suis allée taper ton nom sur Internet. J’entends encore le bruit de mes doigts sur le clavier. L’avantage d’Internet est qu’on y trouve tout commodément. C’est également son principal inconvénient. Il ne m’a fallu que quelques minutes, vraiment pas davantage, pour que mon palpitant parte en morceau, écrasé par un très gros marteau. La Toile, c’est ton univers, tu y évolues comme gardon en rivière. Je ne te surprendrai donc pas en te disant que la première chose qu’on y déniche est ta photo, celle qui assure benoîtement qu’un dieu malicieux t’a créé pour moi. Il y en avait même plusieurs, des clichés et j’ai passé pas mal de temps à les regarder avec la paisible certitude que j’étais la seule chose qui manquait au tableau. Le problème est venu quand j’ai commencé à lire les textes. Ta biographie était édifiante. J’ai d’abord été enchantée de me voir confirmer que tu étais hétéro. Je n’étais pas plus inquiète que cela, mais ce qui va sans dire va tellement mieux en le lisant. Et puis est venu le choc. Il suffit d’un mot pour que tout s’écroule et ce mot accolé à « situation amoureuse » était « marié », avec trois enfants par-dessus le marché… J’ai tapoté comme une furieuse, cherchant de site en site les mots « divorce », « séparation » voire « accident de voiture » qui pourraient d’un coup de baguette magique résoudre ma situation et je n’ai rien trouvé. Que l’horreur banale de savoir que tu étais engagé. Les points de suspension sont apparus comme lorsqu’on tape son code sur son compte en banque qu’on est seul à connaître et qu’il faut préserver des yeux curieux. C’est un secret minable. Tout le monde en possède de ce genre. C’est ce qu’on appelle bêtement son jardin intime, plein de mauvaises herbes envahissantes, de chiffres et de lettres soigneusement dissimulés sous l’anonymat de leurs points serrés. Tu as commencé à m’habiter en prenant tes aises, même que ça coinçait aux entournures, même que ça griffait, que ça saignait. Je me dandinais sous ta pression en folle qui oscille d’avant en arrière, d’arrière en avant, dans l’espoir de soulager sa peine par ce mouvement régulier de Culbuto. Le dodo s’est transformé en petit rat le jour où ton charme opéra. (…), ma noix qui ne sera jamais à moi. Une femme, des enfants… Il serait si facile de se débarrasser de ces scories et de connaître enfin le bonheur absolu. Je me suis mise à y croire, une forme de protection imbécile, mais l’amour n’a jamais rendu personne intelligent. Un amour de la qualité de celui que je te portais ne pouvait pas rester en jachère. C’était tout simplement impossible. Je te voulais si fort, si absolument que nous devions nous retrouver ne serait-ce que pour ne pas laisser perdre un si beau sentiment. J’avais, selon l’expression consacrée, « pété les plombs », en une crise de saturnisme virulent que Kurt Cobain n’aurait pas reniée. Depuis toute petite, j’ai subi impuissante ce mal étrange qui permet d’identifier ses bêtises sans pour autant pouvoir les éviter. Une forme de dédoublement narquois s’empare de moi et je secoue la tête, consternée en me regardant m’enfoncer. Je sais que je ne suis pas sage quand je tends la main vers le pot de glace alors que j’ai déjà trop mangé. À la saveur crémeuse et vanillée s’ajoute celle de la crise de foie inévitable, presque espérée. Ma friandise unique, j’ai eu les yeux plus gros que le ventre quand j’ai voulu te déguster. Tu pourras me reprocher d’avoir manqué de jugement (…), jamais de lucidité.

 

Excusez-moi, chère Madame, de ne pas vous le rendre dans l’état où je l’ai trouvé, mais j’ai dû le prendre, vous comprenez. Tout aurait été différent si vous me l’aviez prêté… Franchement, si tout s’était passé entre gens de bonne compagnie, vous ne seriez pas embêtée aujourd’hui. J’admets ma part de responsabilité. À vous d’accepter la vôtre. Je sais ce que vous allez rétorquer. Vous allez employer des grands mots comme « notion de choix » et « libre arbitre ». Laissez-moi vous dire qu’il s’agit là d’arguments déloyaux qui me donneraient presque à penser que vous êtes indigne de lui. Pardonnez ma mauvaise foi. Je reconnais qu’elle est phénoménale. La vérité est que je ne suis pas vraiment fière de moi. J’ai abîmé ce que j’avais de plus précieux au monde et je n’en ai tiré aucun profit. Je n’ai rien à vous dire de plus. Je ne vous en veux pas de l’avoir préempté. J’aurais fait la même chose si l’occasion m’avait été donnée. Je l’aurais peut-être mieux gardé. Je ne peux que vous réitérer mes excuses et vous rassurer. S’il a cessé de vous aimer, c’est uniquement parce que je l’avais drogué. Il n’a jamais rien éprouvé d’autre pour moi qu’un peu de peur et une série de besoins naturels. À chaque instant qu’il passait en ma compagnie, vous étiez vengée. Je comprendrais votre sourire triomphant car en le perdant si peu de temps, vous avez définitivement gagné.

 

Je ne me suis jamais fait la moindre illusion sur mon apparence, mais j’ai toujours eu la prétention de croire que j’avais été dotée d’un bon cerveau. Mon absence de cœur avait pour avantage principal de m’avoir mise à l’abri de ses égarements. Quand je voyais les gens s’user les glandes lacrymales pour des histoires de sentiments, je les considérais avec un mélange de condescendance et de répulsion larvée qui ne constitue pas le trait le plus attachant de ma personnalité. Tu les as vengés, (…). En me disant que je te plaisais, tu as déclenché un mécanisme diabolique que j’étais incapable d’enrayer. Le romantisme crétin auquel j’avais échappé m’est tombé sur le sommet du crâne, kilo de plume, kilo de plomb. J’ai d’abord compté sur le sort : l’allié des faibles. J’ai assez sottement pensé que tu allais me tomber tout cuit, tout rôti dans le bec. C’était très bête et j’ai un peu honte de l’avouer. Je regardais partout comme une maniaque en me disant que je ne pourrais que te croiser. Je devais avoir l’air de ces oiseaux imbéciles et perpétuellement inquiets à la recherche d’un ver de terre, si ce n’est que je convoitais un acteur rondelet, une viennoiserie pur beurre qui met l’eau à la bouche à son évocation. Tout s’était métamorphosé en signe du jour où je te reverrais. Les plaques minéralogiques des voitures étaient devenues mon oracle favori. Il suffisait que j’y lise nos initiales pour me persuader que nous étions prédestinés. C’est sans doute à ce moment-là que j’aurais dû consulter. J’avais démarré au quart de tour passant de l’indifférence totale à l’obsession absolue. Ton nom que je ne pouvais dire, je l’écrivais partout. (…). Paul Éluard et sa liberté, c’était de la gnognotte à côté. La buée des vitres, les pâtes du potage, les gribouillis des carnets, ma langue sur mon palais, tout se transformait en alphabet incantatoire. Tu as le droit de me trouver ridicule. Je partage ton opinion. Ces rituels dérisoires n’avaient au fond qu’une fonction : retarder le moment où j’allais devoir admettre qu’en fait de cuit, c’était notre histoire qui l’était. Je devais soit m’y faire à la vitesse d’un cheval au galop, soit me secouer grand train pour essayer de te conquérir coûte que coûte. Je voulais te donner mon âme. Tu vois, (….), tu m’as fait prononcer des grands mots, sombrer dans cette mièvrerie qui m’insupporte. Tu auras été l’homme des premières fois. Mon âme. Tu as décliné mon offre, gentiment, fermement, définitivement. « Non, merci » (Tu es poli). Tu ne savais pas quoi en faire. Dans quoi ça se conserve une âme ? C’est du boulot. Et ça prend de la place. Quand on en a trop, on ne sait plus où mettre les flacons et il faut penser à les épousseter. C’est ce qu’on appelle communément un cadeau empoisonné. Quand j’ai été sur le point de te la donner, j’ai bien vu que tu as été brièvement tenté. Tu devais avoir une étagère à garnir ou un trou à combler. Tu t’es dit que ça ferait bien chez toi. Sur la commode du salon ou sur ta table de nuit, entre la pile de scripts et la boîte de mouchoirs en papier. Tu as peut-être pensé que tu n’avais pas ce modèle, pas cette couleur, pas ce parfum. On ne t’avait peut-être jamais offert d’âme. Et l’idée t’a fait sourire. Puis tu t’es dit que ça ferait une cochonnerie de plus, que tu n’en avais pas besoin. J’imaginais ton appartement bourré de fioles multicolores avec la mienne au milieu, insipide, inodore, incolore. Je la rêvais aussi posée sur un piédestal avec un petit coussin recouvert de velours rouge en dessous. Ou alors dans un coin du congélateur, à côté des frites et de la bouteille de vodka. Échouée dans les produits d’entretien, terminant dans les goguenots par erreur, parce que tu aurais pris ma bouteille pour du produit à WC. Je triturais mon âme en me demandant comment te la faire passer, te convaincre qu’elle te serait aussi utile qu’agréable. Je n’y suis jamais arrivée et il m’a bien fallu la remiser par-devers moi. Je ne savais pas quoi en faire puisque tu n’en voulais pas.

 

Il paraît que tu n’es pas très beau, mon (…). Tout le monde me le dit et c’est sans doute un fait. Je le vois. Je le sais. Tu transpires un peu. Et j’ai rarement vu quelqu’un d’aussi mal fagoté. Un short informe, un T-shirt chiffonné qui fait ce qu’il peut, le pauvre, mais qui peine à contenir tant de rondeurs généreusement disposées. L’ensemble est totalement inélégant. Quand tu marches, tu te dandines. Tes jambes sont arquées. Ta silhouette est un peu voûtée comme si ta tête était trop grosse, trop lourde pour le reste de ton corps. Tu as largement dix kilos de trop. Quand tu parles, ta bouche se tord drôlement. J’ai bien vu tout ça. Mieux que personne. Il n’y a pas une ride, pas un bouton que je ne connaisse par cœur. J’ai étudié tes photos à la loupe. Je t’ai scruté avec une précision savante pendant les moments que nous avons passés ensemble. Je savais que ces brefs instants étaient précieux. Je me créais des souvenirs. Je serais capable de faire une liste détaillée de tes grains de beauté, de tes taches de rousseur… Je pourrais décrire l’implantation de tes sourcils, reproduire le moindre bourrelet sur ta taille, le double menton naissant qui apparaît quand tu ne te tiens pas droit. Je connais mieux ton physique que tu ne le connais toi-même, mieux que le mien, mieux que tout… J’aime chacun de tes défauts. Peut-être davantage que tes qualités. Ils te rendent profondément désirable. Quand tu m’as fait la bise et que ta joue était moite et un peu piquante, j’ai trouvé ça plus sexy que si tu avais été doux et bien rasé. Je suis tombée désespérément amoureuse de tout ce que tu ne dois pas aimer chez toi, de tout ce que les autres méprisent, cette bande de crétins aveugles. Comme je suis seule à les chérir, tes faiblesses n’appartiennent qu’à moi. Tu ne sauras jamais à quel point je te trouve sublime, comment tes imperfections minuscules sont inscrites dans mon esprit comme de somptueux cadeaux. Je n’aurais jamais pu m’éprendre de Brad Pitt, de George Clooney ou de Johnny Depp ! Ces grandes vedettes sont habituées à recevoir la passion et à la renvoyer en plein visage d’un revers de la main. Toi, tu n’as rien de la couverture de magazine ou du poster qu’on accroche au-dessus de son lit. Tu incarnes le désir à échelle humaine. Tu es ce que tout le monde peut avoir, en juste un peu mieux, pour donner très envie sans faire peur. La séduction est un pouvoir magique. Quand on est conscient de l’avoir, on fait tout pour le maîtriser. On en use avec modération. On dose la potion pour que son effet soit de courte durée. Ce sont les apprentis sorciers qui font des bêtises, pas les magiciens confirmés. Ma sottise a été de penser que, parce que tu ne rentrais pas dans le moule de la beauté classique, tu chercherais aussi quelqu’un de différent. Que tu te contenterais de moi. C’était vraiment idiot que de croire cela, que tu ne t’aimais pas assez pour pouvoir m’aimer moi. Je me suis bercée longtemps de cette illusion aigre-douce. Et puis, un jour, j’ai vu une photo de ton épouse dans un magazine. Mon univers s’est écroulé comme les courses que j’essaye de faire tenir dans le placard de la cuisine. Le monde est mal fichu : toujours trop petit, étriqué. J’ai vu un cliché de ta femme et j’ai été contrainte d’admettre qu’elle me ressemblait. En juste un peu mieux, comme de bien entendu. Cette constatation m’a ôté ma consolation débile. Tu la regardais avec tant d’amour que, même avec la plus mauvaise foi du monde, il m’était impossible de penser qu’elle ne comptait pas. C’est là que j’aurais dû poser les armes, mais je ne l’ai pas fait parce qu’on ne change pas les rayures d’un zèbre.

 

J’ai commencé à vivre à l’infinitif, un temps mort vivant. Vider la poubelle. Étendre le linge. Trouver le livre. Voir le film. Faire l’interview. Sourire. Parler. Faire rire. Réconforter. Manger. Écouter. Répondre. Marcher. Dormir. Recommencer. Infinitif. Les autres temps, abolis. L’infinitif comme punition. Sans même m’en rendre compte, progressivement, j’avais tout simplement cessé d’être le sujet de ma vie. Je ne revenais que par sursaut, lorsque quelqu’un me complimentait pour ma félicité. La coupe était pleine. J’allais déborder. Prête au massacre. Une souris qui joue à Elephant dans les couloirs. Quand je l’ai dit à la table d’un déjeuner, cela a bien fait rigoler l’assemblée. Une andouille triple A s’était permis des blagues insupportables sur ton physique. Elle te trouvait « immonde » : rien que ça. C’était comme de se plaindre de la cantine devant un gamin du Darfour ou de demander une petite laine au supplicié d’un bûcher. Je me revois déclarer à cette consœur, une fille sympa, pas bégueule que j’aimais plutôt bien, que je n’hésiterais pas à lui tirer une balle dans le caisson si j’avais la certitude que sa disparition te ferait apparaître. J’ai posé mon index sur sa tempe et je lui ai souri. Je lui ai demandé poliment de ne pas courir. Je ne voulais pas arriver essoufflée au rendez-vous que je t’avais fixé. Elle ne savait pas quoi répondre. Quelque chose dans mon ton a dû lui donner à penser que je ne rigolais pas tout à fait. Ses yeux ont croisé les miens. Cela n’a duré qu’une seconde, le temps qu’un long frisson galope sur sa colonne vertébrale. Elle a ri. Comment réagir autrement ? J’ai laissé retomber mon doigt sans même avoir fait mine de tirer. Ces inconscients pouvaient commander du dessert et se marrer en paix. Les faire passer de vie à trépas ne m’aurait avancé à rien. Tu n’étais pas Jodie Foster, Ronald Reagan est mort tout seul comme un grand. Je n’avais aucun moyen de t’impressionner. Je n’avais même pas rencontré Johnny Depp. L’impuissance, la vraie, c’est quand même le plus fou ou le plus extrême, ne changera jamais la donne, ne servira jamais à rien.

 

Je n’aime pas les corvées domestiques. Rien ne m’assomme davantage que de passer le balai, pis l’aspirateur et son fil qui se coince dans tout ou d’étendre le linge sur ces séchoirs malcommodes qu’on surnomme Tancarville et qui me donnent l’envie de passer leur créateur par les armes. Je préfère pourtant tous ces menus tracas à la conversation. À la table du déjeuner dominical, Blake et Mortimer, mon mari et mon fils, sont assis avec deux paires de grands-parents. Tout le monde parle en même temps et il est fascinant de constater que pas un seul convive ne prononce quelque chose d’intéressant. Le premier parle du roman qu’il vient de finir. Le second de ses études. Papy de sa santé (ça ne va pas, mais alors pas du tout). Mammy de la sienne (ça va mal, mais moins que Papy). Papa du Parti. Et Maman d’on ne sait trop quoi (Alzheimer commence à faire des siennes). Je me tais. La cuisine me tend ses petits bras parfumés à l’estragon. Je touille le ragoût qui n’en a pas besoin. « Tu veux un coup de main ? » crie ma mère, envisageant sans doute d’en profiter pour essayer de s’arsouiller discrètement au kirsch de ménage. « J’en ai pour deux minutes », réponds-je, sachant pertinemment que je vais étirer ce temps de grâce comme une montre molle de Dali. Je touille. Ton visage monte dans la fumée et je lui souris. Tu me manques. C’est incroyable ce que ça fait mal. Quand le repas a été fini, mon soupir de soulagement a dû décapiter un papillon au Mexique.

 

« Oh putain, il ressemble à Vladimir Poutine ! » Mets cette grossièreté sur le compte de la surprise. Daniel Craig a vraiment la tête de Poutine en à peine plus aimable, mais en moins effrayant. Dans une tentative dérisoire pour me purger de toi, je suis partie à la chasse aux beaux mecs. J’ai organisé un référendum afin de savoir qui fait rêver copines joyeuses et copains gays avant de lancer ma croisade. Daniel Craig arrivait en tête de liste grâce à sa surexposition médiatique dans un itsy bitsy monokini. À cette évocation, le regard de nombreuses personnes réputées raisonnables se mouillait de convoitise pis que devant la vitrine de Ladurée. En chair et surtout en os, Craig… ressemble à Vladimir Poutine, ce que je peine à trouver sexy même avec la meilleure volonté du monde. Il possède également cet air content de lui de celui qui a un peu trop fêté le succès du dernier James Bond ou qui vient d’envoyer discrètement un importun au goulag. Cela l’a pourtant mis d’une humeur de chien qui répond par oui ou par non entre deux soupirs navrés.

Mon deuxième sujet d’expérience était Robert Pattinson, dont mes nièces me vantaient les vertus après m’avoir infligé une série de films de vampires propres à transformer le plus viandard des mangeurs d’entrecôtes en végétalien militant. Une poignée de gravures de mode maquillées au blanc d’Espagne y vivaient des amours mollasses étonnamment dépourvues de mordant. Je suis arrivée devant le beau Robert encore plus dépenaillée que d’habitude après avoir échappé à une marée humaine de gamines échauffées qui m’auraient bien vendu leur père, leur mère et quelques frères et sœurs en plus pour approcher leur idole. Je me suis trouvée face à un jeune homme à peine moins anémié que dans le film, regardant la ligne d’horizon d’un air de profonde réflexion que j’ai rapidement assimilé à une myopie mal corrigée. Robert Pattinson ne fait pas bonne santé. Il est bien élevé, dit bonjour à la dame, merci quand on lui sert un verre d’eau. Ces déclarations de jeune homme civilisé sont les paroles les plus passionnantes que je l’entendrai jamais prononcer. Pour le reste, bernique. J’ai eu beau essayer de m’auto-monter le bourrichon en pensant aux gamines de dehors, impossible d’éprouver quoi que ce soit d’autre qu’un ennui poli et une envie exponentielle de faire autre chose, ailleurs, vite.

J’ai été ensuite prisonnière avec Bradley Cooper pendant un quart d’heure qui m’a semblé durer des mois. Ce gosse beau qui fait la une des journaux people n’a rien à dire de pertinent sur aucun sujet. Il tient à faire l’entretien dans un français que j’ai entendu qualifier de délicieux. Outre le fait que son accent à couper à la scie circulaire est difficilement transposable à l’écrit, la médiocrité de ses propos ne me semble pas s’expliquer uniquement par sa maîtrise approximative de notre beau langage. En cinq minutes, nous avons épuisé tous les thèmes de conversation y compris la faim dans le monde, bien du malheur en vérité. Me voilà donc réduite à écouter ses récits de vacances dans la bonne ville d’Aix-en-Provence avant que l’attachée de presse bénie me sorte de là.

Je me suis après frottée au charmant Ryan Gosling dont il me faut bien admettre que la rencontre ne me laisse aucun souvenir. Je suis presque convaincue que ce garçon est fait en images de synthèse et qu’on passerait la main au travers si on essayait de le toucher. Jude Law m’a davantage marquée tant son teint blafard, sa calvitie naissante et son décolleté velu me rappelaient un salsifis oublié au réfrigérateur. Sa gentillesse réelle et son humour n’ont pas suffi à dissiper cette comparaison potagère dont je reconnais volontiers qu’elle n’est pas flatteuse. La seule envie qu’il m’a donnée est celle d’un steak saignant et de frites dorées.

Plus tard, assise en face de Hugh Grant, je tente, une fois de plus, de me mettre en condition. Pas de doute, il est beau. Bô. J’ai vu deux collègues liquéfiées au sortir de la pièce parce qu’il leur avait fait la bise avant de les congédier. Si j’étais grossière, je dirais que ça sentait la crevette négligée. Pour ce mollusque dépoitraillé affalé sur un fauteuil. En attendant longuement mon tour, j’ai eu le loisir d’écouter son agent jouer les pintades qui a pris un coup de bâton en hurlant dans son iPhone. « Il veut un restaurant chic mais pas trop, où on puisse manger des spécialités françaises mais légères. Où on puisse se poser mais aussi se lever. Avec du monde mais pas trop. Pour qu’on le reconnaisse sans le faire suer. » Dans un élan de pitié qui ne m’est pas coutumier, j’ai sorti trois noms de cantines hors de prix pour tirer la pauvrette de ce mauvais pas. En pensant que, à titre personnel, j’aurais plutôt envoyé ce pénible chez McGuffin, fast-food aux saveurs hitchcockiennes dont les hamburgers seraient élaborés à base d’entrailles de stars de cinéma. Arrivée dans le saint des saints, je regarde l’acteur anglais. Je lui en veux sourdement. Je ne sais pas bien pourquoi. Peut-être parce qu’il ne me bouleverse pas. Il me sourit gentiment, m’offre une moitié d’une pâtisserie délicieuse qu’il découpe délicatement. Un éclair. Pas de génie. Mais c’est un bon début qu’une demi-pâtisserie. Je me morigène. Ce n’est pas sa faute s’il n’est qu’une superstar adulée par les minettes. L’Anglais n’est pas idiot. Un bon point pour lui. Il voit que je ne suis pas sous le charme quand j’entame ma gourmandise sans que mon regard s’allume lorsqu’il s’étire longuement à la manière d’un chat ou qu’il fait apparaître un bout de langue rose pour lécher, un à un, ses doigts poisseux de sucre. Il renonce. Un autre bon point. Il est un peu surpris. Stimulé aussi. Ce n’est pas si souvent qu’une créature féminine, aussi peu que ce soit, ne tombe pas en pâmoison devant lui. Il se relève un peu, croque dans son gâteau et manque de s’étrangler quand je lui pose une question vacharde. C’est pourtant vrai que tous ses films se ressemblent, qu’il joue toujours la même chose, qu’il n’y a que le titre et l’affiche qui changent et encore pas trop pour ne pas dérouter ses fans. Il est tellement surpris qu’il en pose sa fourchette. Avec laquelle il se curait élégamment les ongles. Il répond sérieusement. Je l’écoute tout pareil. Les meilleures interviews sont celles dont on se fout. Le papier sera bon. L’éclair l’a été. Il fera autant rêver les lectrices qu’un Anglais capricieux capable de se montrer bien disant quand on ne se laisse pas charmer. Quand je lui tends ma main à serrer, je crois lire dans ses yeux une pointe de respect. C’est peut-être une illusion. J’aimerais que ce soit vrai. Cela m’amuserait.

Seul Michael Fassbender, illustration vivante de la maxime de Boby Lapointe, « davantage d’avantages avantagent davantage », s’est révélé quelque peu digne de sa réputation. Voilà un garçon séduisant, beau, drôle et vraiment pas sot. Il n’a qu’un défaut. Celui qu’avaient aussi les autres. Ils ne sont pas toi. Ces purges méthodiques n’ont pas eu l’effet espéré. Je ne t’ai pas oublié.

Alors, j’ai essayé de te remplacer. Après tout, un acteur potelé en vaut bien un autre. C’est du moins ce dont j’ai voulu me persuader. Face à Jack Black, j’ai déchanté. Jack a tout ce qui me plaît chez un homme. Il est mignon tout plein, aime le rock’n roll et m’a montré sa cicatrice d’opération de la vésicule biliaire en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Il venait de prêter sa voix dans un dessin animé sympa dont la morale m’est longtemps restée en mémoire comme un modèle de stupidité. « Il faut laisser parler ton cœur plutôt que ton cerveau », disait le héros, ce qui est vraiment idiot. Si je l’avais écouté, je courrais après les gens avec une feuille de boucher. Cette idée a fait rire Jack qui a le même sens de l’humour que moi. Il a un beau rire, un sourire enjôleur et des gestes aussi enveloppants. Il m’a même donné l’aubade avec un petit air de Led Zeppelin de derrière les fagots. Je le contemplais en connaisseuse. Comme j’aurais pu le désirer s’il ne t’avait pas tant ressemblé. Je me sentais mal à l’aise. Comme devant un blasphème. Je te voulais trop pour pouvoir accepter une imitation. J’ai senti mon sourire se briser. Et j’ai lu dans son regard une vague surprise peinée. J’ai sans doute été désagréable, Jack, et je vous en demande excuse. C’est que je me méfie des contrefaçons. Laissez-moi croire que j’ai quelque mérite à ne pas avoir cherché le regard d’un autre dans vos grands yeux couleur marron glacé. J’aime trop l’original pour pouvoir me contenter d’un produit de substitution. Pardon.

 

Nous nous sommes revus. Notre deuxième rencontre a eu lieu approximativement treize mois, deux semaines, trois jours, trois heures et quinze minutes après la première. Je t’ai eu à moi pendant dix-sept minutes et trente-trois secondes comme en témoigne le cadran numérique de mon enregistreur. Je savais que notre entrevue ne durerait pas longtemps. Dans un moment de délire nocturne dont je ne me vante pas, je m’étais imaginé combien de temps je pourrais te garder si mes confrères me cédaient leur précieux créneau. Si tous les quarts d’heure du monde voulaient se donner la main… Ce n’est pas arrivé. Mes collègues se moquaient de te voir et n’hésitaient pas à me le faire savoir, mais pas au point de faire montre de générosité. C’est donc avec le cœur en minuteur que je me suis préparée à te rencontrer. Contrairement à ce que je craignais le plus au monde, tu m’as reconnue.

« C’est vous qui m’avez traité de gros con ! » t’es-tu exclamé sur le ton enthousiaste du fan de hard rock qui vient d’apprendre que Metallica va venir donner un concert dans son jardin. Tu m’as appelée par un prénom qui n’était pas le mien, mais qui aurait pu l’être, ce qui m’a fait plaisir.

J’ai acquiescé, ravie. Je renaissais de mes cendres et autres platitudes de ce calibre. Souriceau Phénix, me voilà : Oui, oui, c’est bien moi.

Tu étais content de me voir. Tu as même posé ta main sur mon genou exceptionnellement gainé de nylon. Ta main a fait « scritch » sur mon collant. J’avais eu envie de montrer mes jambes, comme ça, pour que tu les remarques. J’avais une âme à caser, sans compter mon cœur dans lequel Keith Moon venait de se réincarner. J’avais aussi emporté ma pagaie au cas où tu te montrerais lent à la détente.

« Je suis content de vous voir ! » Tu étais content de me voir. Pendant dix-sept minutes et trente-trois secondes.

« Parlez-moi de votre film », t’ai-je professionnellement demandé.

Tu m’as répondu que tu en étais très fier et que c’est pour cela que tu venais le défendre devant la presse déchaînée.

— Parce que vous comprenez, moi, les interviews, ça me casse les pieds.

— Merci.

Tu as enlevé ta main. Scritch. Tu t’es rendu compte que tu avais été maladroit.

— Comprenez-moi, je répète la même chose dans le monde entier depuis des semaines ! Mon métier, c’est d’être acteur ! Pas de faire de la promo !

Tu as reposé ta main. Scritch. Tes yeux, toujours bleus et incroyablement chaleureux, dans les miens.

— Et si vous jouiez le rôle du monsieur gentil et compréhensif qui m’aide à faire mon boulot ?

Quand j’ai réentendu cette phrase stupide sur mon enregistrement, j’ai eu envie de m’enfoncer un pic à glace dans l’oreille. Indulgent, tu as souri, faisant apparaître un éclair myosotis dans les plis de tes paupières. C’était franchement déloyal. J’ai senti comme une toute petite déchirure, un accroc minuscule. Tu as parlé de ton métier. Je t’ai adoré. Pendant les quatorze minutes et dix-huit secondes que nous avons pu passer ensemble. Tu vibrais d’une telle passion, emporté par un ouragan de mots, qu’on ne m’a plus entendue du tout. Tu es parvenu à me faire taire, une occurrence plutôt rare, mes relations peuvent en témoigner. Ta main était toujours là. Scritch, scritch. Tu me serrais le genou dans ton élan. Une petite voix insidieuse me susurrait que je ne saurais jamais provoquer chez toi pareil emportement. Effectivement. Quand l’attachée de presse est venue nous séparer, tu n’as pas protesté. Tu étais content de me voir, mais pas au point que ton emploi du temps soit chamboulé. J’ai remballé mon âme et je t’ai quitté. Mon cœur, passé en mode hémophile, coulait à petit glou-glou. « Tu es arrivé à le dérider », m’a dit l’attachée de presse en me poussant gentiment mais fermement vers le couloir. Elle m’avait fait sortir de la pièce d’un mouvement élégant.

« Je me demande bien comment tu as fait, a-t-elle soupiré. Il tire la gueule depuis ce matin. Ton charme a dû opérer », a ajouté ce premier prix de psychologie. « Je crois qu’il a pris la grosse tête depuis qu’il bosse avec des stars. » Sur son téléphone portable, elle m’a montré la photo. Celle où tu poses avec Johnny Depp. Où vous aviez l’air de deux copains en virée. Elle avait l’air impressionné. Je ne me souviens pas de l’avoir saluée. Je suis sortie dans la rue et je me suis assise sur un banc. Mon genou portait encore la marque de tes doigts. J’y ai posé ma main. Scritch. J’ai cru sentir encore la chaleur de la tienne. J’ai serré doucement. Soudain, les larmes ont coulé. Je me suis liquéfiée. Si je te méritais sans doute, je ne te vaudrais jamais.

 

Pourquoi me regardes-tu ainsi comme si tu ne me voyais pas ? Tu es devant moi et c’est pire que si tu n’étais pas là. J’ai ton enveloppe charnelle en ma possession. Je tiens ta tête sur mes genoux. Il me suffit de tendre la main pour te toucher. Et ça ne change rien. En t’obligeant à t’incarner, je n’ai finalement rien gagné. J’ai perdu le droit de te rêver. En te serrant vraiment contre moi, je me suis privée du fantasme de tes bras. Il ne me reste plus que très peu de toi. Je ne me suis jamais sentie aussi seule que là, maintenant, avec toi. Admire mon nouveau cadeau. C’est un miroir. Un très grand miroir. Nous allons faire ensemble le tour de la propriétaire, de la locataire plutôt ou de la chapardeuse vraiment. Je me suis fixé un objectif déraisonnable. J’aimerais qu’aujourd’hui tu te considères avec mes yeux. Parvenir à te faire comprendre ce que je ressens sera peut-être la seule façon dont nous partagerons enfin quelque chose. Profite bien car ce miroir est unique. Essaye de te tenir un peu droit. Je sais bien que tes petits plis naturels sont mis en valeur par cette position avachie. Il est cependant temps que tu te révèles en pleine lumière. Mon dieu, j’avais presque oublié à quel point tu me plais. Explorons ensemble la carte du Tendre de ton anatomie, univers de courbes parfaites, aux arcs exquis. Même quand ta tête retombe comme celle d’une poupée de chiffons, tu restes gracieux. Ta barbe duveteuse d’une douceur d’oisillon a la couleur du sucre filé. Bien sûr, tu perds beaucoup de toi-même en ne te montrant pas plus réactif. Tu n’entends pas ta voix délicatement sensuelle de tigre enrhumé. Tu ne peux pas admirer la façon délectable dont tes lèvres briochées détaillent chaque mot avec un appétit évocateur de toutes les gourmandises. Je brosse tes cheveux doucement. Je tire ta tête en arrière pour t’inviter à profiter de ma contemplation. Je ne suis pas convaincue. Tu n’as pas retrouvé ta moue gourmande. Tu retombes mollement sur le sol comme un Barbapapa pris de narcolepsie. Je me demande si l’idée du miroir était finalement judicieuse. Tu n’es pas vraiment à ton avantage en ce moment. Je ne vois guère comment il te serait possible de t’apprécier. Il n’y a guère que moi pour t’aimer encore dans cet état-là.

 

Mon désespoir m’a poussée à t’écrire des lettres. Des mots qui brûlent comme le vomi quand on a trop bu d’alcool. Des mots non dits et non vus. J’avais envie que tu saches. J’ai également écrit sur toi des choses bien quelconques et professionnelles qui ont fait hocher la tête des amis. Franchement, je sais torcher un article, dévoiler juste ce qu’il faut pour faire croire qu’il suffit d’une poignée d’euros pour partager mon intimité. Tu ne liras jamais ces textes. Tu n’y apprendrais rien que je n’ai déjà laissé paraître. Tu serais gentiment flatté et ce serait pire que tout. Il n’y a rien de gentil dans le sentiment que j’éprouve pour toi. Il faudrait que tu lises entre les lignes. Que tu les écartes et que tu aies chaud, que tu te roussisses les sourcils dans la fournaise, que tu rebondisses comme sur un trampoline géant. J’aimerais que tu ne te contentes pas d’apparences, que tu voies plus loin que le bout de leur nez. Seulement, bien sûr, cela demanderait un effort que tu ne fourniras jamais. Alors, j’ai fait des beaux articles. Sages juste ce qu’il faut. Si un jour, tu tombais dessus, tu ne te ferais pas mal. Tu ne te poserais pas de questions. Tu laisserais les lignes où elles sont, bien rangées dans le magazine en papier recyclé. Tu refermerais le journal sans savoir ce qu’il contient vraiment. Tu ferais ce qu’ont fait des centaines de célébrités avant toi. Qui ont parlé avec moi et que j’ai écoutées religieusement avant de placer leurs mots, bien alignés, sur le papier. La différence, c’est qu’il n’y avait rien de plus pour elles. Pas davantage que leurs mots soigneusement restitués. Pour toi, (…), c’est une autre affaire. Il y a un message personnel. Comme ces disques de rock qu’il faut passer à l’envers pour en trouver le sens caché, pour appeler Lucifer ou quelque créature maléfique particulièrement mal lunée. Pour la voir, il faut croire, prendre le disque, le sortir de sa pochette et savoir l’entendre. Il est tellement plus simple de laisser la galette de vinyle jouer sa musique sans chercher à tenter le diable, encore plus facile de la remiser dans un placard, sans la sortir de son emballage cartonné. C’est cette solution que tu as privilégiée.

 

Je n’aurais jamais dû te brûler avec ma cigarette. C’est d’autant plus ignoble que je ne fume pas. J’ai appuyé le bout incandescent derrière ton oreille. J’ai dû soulever tes cheveux pour le placer là. Sur un endroit tendre particulièrement sensible. Quand j’ai enlevé le scotch de ta bouche, tu as crié. Puis tu as pleuré. Ta tête dans mon cou. Pardon, pardon. Je ne le ferai plus. Ce n’était pas ta faute si ce crétin de chef n’a pas voulu de mon film japonais. J’ai jeté les cigarettes et le briquet. Pardon. Je vais te mettre de la crème. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je t’aime à jamais, mon amour chéri. Si fort que j’aurais voulu mourir dans tes bras. Tu sourirais. De ce sourire que je ne sais pas décrire parce qu’il me déchire le cœur, parce qu’il m’a pourri la vie. Tu sourirais pour moi. Il y aurait du désir dans tes yeux. Des promesses d’un monde meilleur. Rien que cela. Pas longtemps mais ça irait. Quelques secondes auxquelles je m’accrocherais. Puis je laisserais aller. Je respirerais une bouffée. Bien à fond jusqu’à sentir l’odeur sucrée de ta peau se poser sur ma langue. Puis, je laisserais aller. Je ne chercherais pas à t’embrasser. Je laisserais aller. Mes yeux se fermeraient sur ton sourire. La lumière s’éteindrait pour la dernière fois en emportant ton image très loin du reste, rien que pour moi. Je laisserais aller et tu resterais là. Tu poserais peut-être tes lèvres sur mon front. Je ne le sentirais pas. Tu me rouerais de coups. Et je ne le sentirais pas. Tu partirais et je ne le sentirais pas. Tu ne serais pas là et je ne le sentirais plus. Ce serait bien. J’aimerais cela. La mort est venue pour d’autres et moi je suis encore là. Tu m’as ouvert le ventre, vidée comme un poisson en un seppuku grotesque. Ironique pour une critique qui a si fort défendu le cinéma nippon. Je n’ai pas d’assistant pour me porter le coup de grâce. Ce n’est pas toi qui me rendras ce service-là. Il aurait sans doute fallu que je fasse appel à Johnny Depp.

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